LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 décembre, 2017

PAS ICI PAS MAINTENANT

Classé dans : Imagination — inconnaissance @ 14:43

En fait, on ne peut pas être ailleurs qu’ici et maintenant. Réellement.

Quand on nous dit qu’il faut faire retour à « l’ici et maintenant « , l’intention est peut-être bonne, mais on risque fort de nous induire en erreur et de nous faire louper une chose toute simple : c’est que pour être dans un futur ou un passé plus ou moins proches, et dans un autre lieu que celui où nous nous tenons, il faut imaginer la chose. Il faut se projeter comme on dit. Et on le fait déjà, complètement, ici et maintenant. Tout le monde sait cela, mais cela implique que celui qui se promène dans un autre temps et un autre lieu est une image mentale de nous-même qui n’a plus du tout les caractéristiques de l’être vivant que nous sommes. Pour être ressemblante, il n’en reste pas moins qu’elle est parfaitement irréelle.

Et pourtant, on est sous la coupe de ce genre d’images de soi irréelles qui auraient atteint les buts pour l’être que nous avons contractés  (je’m voyais déjà en haut de l’affiche) Comme s’il y avait un lien, un chemin entre qui nous sommes et cette image. Des pensées défilent discrètement et ont ce pouvoir sur nous de nous faire prendre en compte cet autre soi ou ces buts qu’elles véhiculent. On ne se projette plus dans un autre temps et un autre lieu vraisemblables, on imagine un autre soi possible. Le lieu et l’époque n’ont plus d’importance. Il vaut mieux même qu’ils se fassent discrets pour laisser libre cours à l’imagination de cet autre soi.

Symétriquement, ce n’est pas ce que l’on observe et comprend du comportement d’autrui qui nous impressionne, qui nous fait perdre nos moyens, c’est ce que l’on imagine, c’est ce qui nous échapperait, c’est ce qu’il serait et qui nous serait caché. C’est l’incarnation dont il serait capable On projette sur autrui ce que l’on n’a pas réussi à être, ce qui nous fait rêver, ou des qualités qui sont censées aller avec son statut social, et on pense qu’il peut les incarner.

Donc au lieu de nous inviter à faire retour à « l’ici et maintenant », (il est souvent utile de planifier ou de faire des projets) il serait plus juste de nous inviter à réintégrer notre condition humaine personnelle c’est à dire toutes nos perceptions, sensations, impressions, émotions etc Tout cela c’est la conscience du tout, du monde y compris. 

On rêve donc d’une incarnation, on rêve d’être cette personne que l’on voudrait être. Effectivement, il existe bien un chemin. Je suis le chemin hi hi hi Suivez-moi.

Qui ne rêve pas d’autre chose que de ce qui est ? Qui ne rêve pas de devenir autre chose ? Qui ne fait pas son examen de conscience ou qui ne procède pas à quelques petites autocritiques publiques ou privées ? Qui ne fait pas la promotion d’une humanité meilleure pour en venir à se plaindre, se lamenter à propos de ce qui est ? Qui ne passe pas son temps à juger, juger au nom de quelque but pour l’être  ou au nom de ce que devraient être les hommes ? Qui ne s’élève pas contre des injustices ou des problèmes sociaux ? Qui n’imagine pas en permanence un autre monde et un autre soi ?

Il n’est question que de ça dans ce qui a servi de livre de chevet ou de livre de référence à notre civilisation occidentale : les évangiles. ? C’est un refus permanent du monde et des hommes. Il fallait les sauver, les faire rêver d’un autre monde, d’une autre humanité.. Vous devez penser que vous avez besoin d’être sauvé. Mais on ne peut qu’être en guerre avec ce qu’on refuse, on ne peut que le haïr.

Ah le conditionnel ! Il fait fureur ! Il s’affiche sans pudeur : et si….

Mais ce n’est pas tout : qui ne se revendique pas de quelque raison éthique ou morale ou de quelque haute idée de lui-même ou de quelque dignité attachée à une fonction ou de quelque conviction pour expliquer ou justifier une décision ou une action ? C’est vouloir être fidèle à une image irréelle , l’image qu’une pensée produit.

Mais ce n’est pas tout. Toutes les coutumes, convenances, tous les comportements passés dans les mœurs, les raisons morales que l’on invoque génèrent une image irréelle à imiter.

En bref : toute pensée nous projette dans un autre temps et un autre lieu imaginaires . Tous les concepts de valeur que la culture a inventés depuis des siècles génèrent des images modèles. Ce n’est pas ici, pas maintenant .Elle représenteront un autre soi que soi dès que nous les aurons à l’esprit ; (N’en jetez plus, la cour est pleine!)

L’emprise du ce qui devrait être est proportionnelle à l’importance que l’on accorde à la parole, aux mots d’un certain genre. Ils croissent et diminuent ensemble. Pour un enfant de 5-6 ans, tous ces discours sur la vie ou sur ce qu’il est ne signifient rien, n’ont aucun sens.

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Quoi que nous voulions être, quels que soient les buts pour l’être que nous avons contractés, quel que soit l’autre soi que nous avons en vue, cela vient de la culture, cela fait partie des concepts que la socioculture promeut, que la collectivité tient en estime. Cela ne vient pas de nous. Cela ne vient pas de l’organisme.

On ne peut pas oublier les grandes valeurs ou les grandes idées dont on nous rebat les oreilles : liberté, égalité, fraternité, droits de l’homme ou humanité, amour, non-violence, ni les mots en usage quand on parle de l’homme : conscience, âme, libre-arbitre, personnalité, raison on connaît les reproches qui font mouche ; injuste, menteur, peureux, égoïste, faux, intolérant, corrompu, borné, indigne etc par opposition aux vertus qu’il faudrait avoir ; on a quelque idée sur les valeurs qui nous sont propres du fait de l’éducation que nous avons reçue et de la conception de l’existence qui est la nôtre.

Tout cela , ce sont les concepts d’une culture, des concepts qui circulent, des concepts que l’on enseigne partout, tout le temps, que l’on inculque et qui s’impriment. Tout cela fait l’objet d’une culture, cimente une société et alimente les pensées. Ce sont même des pensées, des pensées conditionnées. A chaque fois que vous lisez ou entendez ces concepts, des histoires qu’on a racontées à leur sujet remontent à la surface.

En fait, tout cela renvoie à des types de comportement stéréotypés qu’une société donnée a étiquetés, attribués à des gens, et qu’elle veut promouvoir ou éradiquer . Les spirituels font chanter certains concepts. Les philosophes font s’entrechoquer certains concepts. Les psychologues font résonner certains concepts. Les politiques battent le tambour avec des concepts. Leurs sujets de conversation, c’est ce qu’ont dit les autres avant, qu’ils soient nommés ou pas. Ce sont des histoires qu’on se transmet de générations en générations.

Donc, quand nous voulons devenir ou être ceci ou cela, ce n’est pas pour satisfaire notre désir, c’est pour satisfaire la demande de la société, le désir ou la demande des autres, c’est pour leur plaire, c’est pour être aimé par eux. Ce ne sont pas ces qualités que nous aimons ou désirons, c’est ce que devrait nous apporter tout cela si on parvient à les incarner assez. Alors il faut cesser de croire que c’est notre désir d’être ceci ou cela, que c’est nous qui voulons être ceci ou cela. Il n’en est rien. Admettons que nous voulons plaire aux autres ou à la société, être aimés par eux  Ce qui est garanti, c’est que si on se moque éperdument, totalement de plaire à qui que ce soit ou quoi que ce soit, d’être aimé par qui que ce soit ou quoi que ce soit, ces concepts de valeurs qui circulent perdront leur aura, leur pouvoir sur nous.

- Monsieur CHURCHILL, vous êtes ivre

- Et vous, vous êtes laide. (c’est dur parce qu’elle n’y peut rien)

C’est pour cela que l’on a à l’esprit les autres, quand on se fait des reproches. (Gardez bien les autres au chaud, en vous. Pas d’inquiétude : les médias oeuvrent beaucoup en ce sens. Tous les journalistes portent le même nom : monsieur toutlemonde)

Les buts pour l’être représentés par ces concepts nous interdisent d’être ce qui est, d’être sensibles au monde comme nous le sommes.

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Cela ne colle pas avec ces buts Le vrai monde non plus ne colle pas avec ces buts et ne collera jamais. Non, pas encore ici et pas maintenant.

Mais ces images de ce que nous devrions être, feront que, par comparaison, nous nous sentirons en faute ou imparfaits, elles généreront une image négative de nous-même. (comment sauriez-vous que vous êtes égoïste si l’idée d’altruisme ou de générosité n’était pas là comme objectif à atteindre? Comment sauriez-vous que vous être menteur si l’idée de franchise était absente. Et si les idées d’altruisme et de franchise étaient absentes, vous comporteriez-vous comme un égoïste ou un menteur? Réponse : vous n’en savez strictement rien Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y aurait plus l’attrait de l’interdit) Cette image négative représente ce qu’il faut changer, modifier. Ces buts ne sont là que pour rejeter ce qui est, pour dessiner un chemin mental vers elles, pour générer une image de soi correspondant à ce qui est rejeté. C’est un dialogue entre deux personnes : une personne fantasmatique, utopique et la personne critiquable que nous croyons être. Notre image de nous-même nous tracassera, nous malmènera, nous tourmentera . Cette personne mentale veut passer d’un état imparfait à un état admirable.

Le désir vient de l’organisme, il est biologique (recherche d’un plaisir ressenti) . La volonté vient d’une pensée, elle est mentale.

Mais la personne qui veut s’amender ne peut rien. Elle est irréelle elle aussi, sans vie. Elle a besoin que nous lui donnions de l’énergie. L’énergie dont la personne mal fichue ou plus ou moins mauvaise a besoin pour avoir la volonté d’atteindre le but (car cela passe forcément par elle) , c’est l’investissement dont bénéficie « le but pour l’être » . Elle est sur le chemin, dans le flux qui va de soi au but. Autrement dit, l‘énergie pour aller au-delà de la personne, pour se rapprocher du but, consolide la personne. C’est amusant comme truc, vouloir se débarrasser de ses pensées par exemple renforce les pensées. Le but étant un état sans pensées, l’énergie déployée pour l’atteindre renforcera la personne qui doit se débarrasser des pensées autrement dit la personne censée penser. .

Si l’énergie cesse (retour à ce qui est ou désinvestissement du but) la personne cesse. Quand le cours d’eau se tarit, la feuille qu’il emportait s’échoue et se décompose.

La personne semblait avoir de la volonté. Elle n’en avait aucune, c’était notre énergie. Nous semblions être cette personne qui en pinçait pour le but. C’est faux. La conscience de ce qui est, incluant l’idée du but en tant qu’idée , se fiche éperdument du but. C’est la personne seule qui était liée à la personne idéale comme le pôle moins est lié au pôle plus, comme les contraires sont indissociables. C’est un processus mental automatique indépendant de notre volonté. La personne nous devait son semblant d’existence momentanée. L’énergie que nous déployions, c’était notre désir d’être aimé par tout le monde. Les buts n’étaient qu’un moyen, mais un mauvais moyen puisqu’il n’y a pas de buts communs. Chacun a sa conception des buts. « Chacun sa route, chacun son chemin » dit la chanson.

N’est-il pas extraordinaire de continuer à croire que l’objectif de la personne imparfaite est notre objectif ? N’est-il pas stupéfiant de continuer à nous prendre pour cette personne irréelle  ? N’est-il pas révoltant de constater que l’échec de la personne à incarner ce qu’elle voulait incarner passe pour être notre propre échec ? N’est-il pas temps de s’apercevoir que le jeu de ces deux personnes irréelles, indispensables l’une à l’autre, ne s’arrêtera jamais ? N’est-il pas sidérant de ne pas acter une fois pour toute que c’est un jeu ou un processus mental qui se déroule indépendamment de notre volonté ?

Indépendamment ? Nous n’en sommes pas sûr tant qu’on est encore entraîné par ce processus. Nous croyons toujours, plus ou moins que c’est nous qui voulons être ceci ou cela. Nous sommes encore persuadés que c’est notre volonté parce que l’énergie vient de nous, l’investissement vient de nous. Confusion à propos de notre soi-disant volonté.

Quelle est cette volonté qui ne fait pas partie du fonctionnement involontaire de l’esprit ? Elle n’existe pas. Pour qu’il y ait volonté, il faut qu’il y ait pensée, la volonté vient de la pensée. Et la pensée n’est pas quelque chose que nous maîtrisons, que nous faisons. La pensée, c’est le fonctionnement involontaire de l’esprit. La volonté comme direction fait partie du fonctionnement involontaire de l’esprit au prise avec les dualités.

Il est clair que dès qu’il y a un but, on se demande comment y parvenir, surtout quand ce but porte sur quelque chose dont nous n’avons aucune véritable connaissance. Pas de vraie connaissance ? Alors il faut croire. Croire que nous ne serons plus séparés quand nous atteindrons le but.  Vous croyez savoir, vous imaginez. 

Tout ce que nous voulons changer, corriger, améliorer est une création des « buts pour l’être » que nous avons contractés.Tout ce qui est nommé : « conscience » « ce qui est », « vie » « Être » « Un » etc devient un but du même genre, parce que la pensée s’en empare. Donc cela devient un concept. Cronos avait tout compris (heureusement que le temps passe, parce que s’il s’accumulait… !) parti

Et STIRNER aussi qui écrivait  «  tout jugement que je porte sur un objet est la créature de ma volonté et de cette considération en découle une autre, c’est que je ne me perds pas; dans ma créature, le jugement , mais que je reste le créateur, le juge, qui constamment crée. Tous les prédicats des objets sont mes affirmations, mes jugements, mes créatures, s’ils veulent se détacher de moi, pour devenir quelque chose en soi ou même m’en imposer, je n’ai rien de plus pressé que de les rappeler dans leur néant, c’est à dire en moi leur créateur « 

S’il ne doit pas y avoir de soi en dehors de soi, ce n’est pas la peine d’en parler de quelque manière que ce soit.

Donc, c’est peut-être une bonne idée de ne dépenser aucune énergie, de ne déployer aucune affectivité pour les produits de la pensée ou de l’imagination.

Une partie de notre énergie est mobilisée pour maintenir chacun de ces buts. Les désinvestir, c’est la récupérer. De toute façon, même si chacun atteignait ses propres buts, on seraient encore séparés les uns des autres. Alors ce n’est pas la peine d’héberger les autres en soi .

Imperfection    https://www.youtube.com/watch?v=ICAfU8YFr6E

 

 

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