LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

9 août, 2017

L’ALTRUISTE MALGRE LUI

Classé dans : Altruisme — inconnaissance @ 11:02

On ne pourrait pas avoir une idée préalable des vacances, une idée préconçue de la musique ou de la littérature, une idée cultivée du beau ou du juste, si on ne pouvait pas associer ces idées à des signifiants. Déjà, on ne peut pas leur trouver de vrais référents (quand il y en a, même si on ne sait pas ce que c’est, on peut les décrire) , alors si on enlève le signifiant..pffuiitt . Plus rien. (avec le signifiant, au moins, on peut parler d’une chose sans jamais l’avoir rencontrée, il suffit de répéter ce qu’on a entendu)

L’existence et le crédit du signifiant font l’existence et le crédit de notre idée. (Ne dépaysez pas le mot, ne l’employez pas dans des domaines où il n’a pas sa place… sauf si c’est de la poésie. La mer, la mer toujours recommencée)

La permanence du signifiant fait la permanence apparente de notre idée. (quand le mot est oublié, l’idée aussi) L’intérêt ou l’amour porté au signifiant et à notre idée sont indissociables. (attention à bien séparer un mot de son synonyme peu flatteur)

Sans cela , la verbosité de France Culture ne serait pas possible. « Baudelaire, le plus peuple des poètes » lit-on. Si on ne partait pas avec l’idée préconçue de « peuple » et de « poète », (BAUDELAIRE, le plus) on ne pourrait pas comparer notre compréhension de BAUDELAIRE à l’idée proposée. Il y a eu, préalablement, agglutination, cristallisation, fossilisation de pensées autour de ces deux signifiants en écoutant, lisant tout ce qui se disait à leur sujet .

Ce fonctionnement du mental exclut catégoriquement que toute chose, tout aspect du monde, tout ce qui se passe, tout ce qui se dit soit considéré comme des processus, des parties intégrées d’un tout en mouvement, d’un fonctionnement naturel. Non seulement on part de l’idée que l’élément en question peut être compris sans s’occuper du reste, mais qu’il possède en lui-même les ressorts, les causes de son propre fonctionnement. Un génie ne serait pas la conséquence d’un accident, d’un concours de circonstances exceptionnel dans les processus ? Si on ne l’est pas, c’est de notre faute..

C’est ainsi, par définition, l’objectivation sépare le sujet de l’objet même quand il y a du sujet dans l’objet c’est à dire quand le sujet est concerné. (objet poète par exemple) Elle statue, légifère, conclut à propos de l’objet en tant que tel, puis elle revient au sujet pour le contraindre à se conformer à ce qu’elle aura dit de l’objet. Séparation de peuple et de l’individu . Délibération à propos du peuple. Puis encadrement de l’individu pour qu’il entre dans la catégorie peuple ainsi conçue.. Le maître ou l’autorité, c’est quelqu’un qui exclut qu’on lui dise : mais que savez-vous de moi, et de ce qui me convient à moi ? Le maître ou l’autorité sépare le concept du sujet Il statue sur le concept puis il nous oblige à nous soumettre à ce qu’il aura décrété.

Mais l’objectivation, ce n’est pas que ça.. On part de cas particuliers, bien réels. On en tire des idées générales. On s‘active en faveur de ces idées générales qui deviennent une cause collective.. Cette cause se retourne plus ou moins contre les cas concrets. Ces idées générales, telles qu’elles sont conçues, et le service qui leur est dû caractérisent une société, un type de société. (l’idée que l’on se fait couramment de peuple et de poète, caractérise une société. France-culture connote à sa sauce)

Prenons l’exemple de la médecine. Fort heureusement devenue aussi scientifique que possible et encore libérale. Le cas particulier, c’est le problème de santé de quelqu’un. L’idée générale, ce sont les connaissances générales des médecins, elles sont en rapport avec une idée générale de la santé ou de la maladie. Le médecin soigne le patient mais se met aussi au service de cette conception,voire de la politique de santé. Les mesures qui seront prises peuvent aller contre la volonté du patient et même contre son intérêt. Car il n’y a pas de raison que le patient passe après l’intérêt de cette idée générale. .Ce n’était pas ce qu’il voulait. Avons-nous à nous soumettre au discours officiel sur la santé, à faire prospérer une idée en vigueur de la médecine ? On n’a pas cotisé pour ça.

Pour l’éducation, c’est bien plus grave. Le développement des facultés, des connaissances et de la créativité d’un enfant est le cas concret. On cogite, on théorise à propos de ce que devrait être ce développement pour en tirer des idées générales. Ces idées générales, politiques, idéologiques, deviennent une cause collective sacrée que le corps enseignant est chargé de servir avec zèle. Ces idées, on l’a vu, se retournent contre le développement des facultés de l’enfant. C’est que pour une société donnée : la nature de ces idées, les valeurs qu’elles véhiculent sont un enjeu politique important. Cela révèle l’idée générale qu’elle se fait de l’enfant. L’enfant a été objectivé, puis théorisé, puis intégré de force dans cette théorie.

En art, en littérature, on le sait, il y a les bons et il y a les mauvais, ceux qui sont en enfer et ceux qui sont au paradis, ceux qui sont au panthéon et ceux qui sont aux oubliettes, ceux qui sont à l’index et ceux qui n’y sont pas. . La question n’est pas de ce que chacun tire de la fréquentation de tous ces artistes ou écrivains, mais des jugements et des enseignements qu’il faut tirer de la fréquentation des heureux élus. On sait ce qui est bon pour nous. Mais que savez-vous de moi, et que savez-vous de mes besoins et de mes facultés ? Chhtt Taisez-vous !.

La morale n’a pas d’autre justification possible que le respect de chacun. L’idée générale que l’on en tire devient sacrée. (voir tout ce que l’on met là-dessous et tout ce qu’on exige en son nom) Les porte-parole de cette idée générale ont des prétentions exorbitantes. Le respect de chacun ne compte plus. On connaît la suite.

De même, on est content triste ou déçu en fonction des critères sociaux en vigueur, mais on ne sait pas comment on serait dans les mêmes conditions si on était étranger à ces critères ou s’ils étaient différents.

L’altruisme, c’est l’idée générale qui non seulement passe avant les désirs particuliers, mais exige des individus qu’ils se soumettent à cette idée. Là, c’est l’altruisme obligatoire. 

L’idée préconçue avec un critère de jugement, c’est l’idée générale qui a pris le pouvoir et qui s’exprime ainsi. Si on est le but, la raison d’être de la morale, de l’art, de la santé psychique ou physique, pourquoi devrions-nous être en accord avec une idée préconçue ?

Une musique, par exemple, doit-elle être belle selon l’idée préalable que nous avons de la beauté ? Pourquoi l’effet qu’elle a sur nous – tout ce qui est touché, réveillé, ébranlé, amplifié, toutes les impressions qu’elle fait germer dans la conscience, tout ce qu’elle nous fait éprouver – doit-il correspondre à « beau » ? (les tous premiers accords du premier concerto pour piano de BRAHMS ne sont pas « beaux » https://www.youtube.com/watch?v=AVejU0aTQCs  mais peut-être nous suggèrent-ils quelque chose comme çà https://www.youtube.com/watch?v=MY8FQc917Pg )

Ce ne serait pas nous respecter de vouloir à tout prix faire entrer notre appréciation ou notre façon de juger dans une boite venue d’on ne sait où, on ne sait pourquoi. Alors écouter de la musique en voulant qu’elle produise du beau, c’est être obtus.

L’idée de musique dans la musique – l’idée préconçue, en usage - ignore, écarte l’effet de la musique sur soi, . Non, c‘est à nous seuls d’apprécier ou de désapprouver. C’est notre propre état psychique et émotionnel qui est concerné. Et il dépend de nombreux facteurs : de ce que nous sommes et de notre état du moment. Par chance, comme elle n’est pas du logos, on est plus libre, on ne risque pas de donner consistance à un penseur. 

Ainsi nous avons d’un côté un nombre considérable d’idées générales accrochées à leur signifiant et qui se résume en un mot : jugement. Cela passe pour des vérités qu’il faut accepter. Et nous avons de l’autre côté des effets, des impacts, des répercussions, des conséquences des événements, des phénomènes dans la vie de chacun d’entre nous. C‘est comme ça, cela ignore les idées préconçues. Cela nous touche ou pas, cela nous est favorable ou défavorable, agréable ou désagréable.

On peut faire de soi un moyen au service d’une idée générale, d’une fin culturelle, et on peut faire de la culture un moyen au service de soi. Mais attention, faire de quelque chose de social, de moral, de culturel un moyen au service de soi tout en consultant autre chose que soi pour le faire, c’est retomber dans le premier cas. Soi est la valeur suffisante.

Le meilleur exemple que l’on puisse donner de cet empire souvent absolu du jugement préalable est l’habitude que nous avons prise de nous plaindre. On se sent lésé, on trouve que nos droits ou nos désirs légitimes n’ont pas été respectés, et on invoque des tas de bonnes raisons pour justifier nos plaintes. Cela peut même devenir une habitude, on peut passer son temps à se plaindre. Mais il est rare que l’on se plaigne pour des raisons précises et que l’on s’adresse à quelqu’un de précis pour obtenir de lui qu’il fasse droit à notre requête. La plupart du temps, on se dit victime d’un ordre établi, d’un usage, d’un groupe, d’une loi, d’une institution, d’un système, d’une mentalité et c’est contre eux qu’on récrimine et qu’on développe toute une argumentation. On sait que cela ne mènera à rien, que c’est vain, qu’aucune action de notre part n’est envisagée parce que l’on a admis notre impuissance. Nos raisons de nous plaindre sont des idées générales. Il nous faudrait obtenir l’autorisation ou la réparation de la part de l’ordre, de l’usage, du groupe, de la loi ou du système mais jamais une idée générale de ce genre ne nous permettra de passer à l’action puisqu’il faudrait qu’elle soit approuvée par les autres, puisque ce sont les autres – dans le cas présent, absents – qui pourraient nous soutenir. 

Arrive-t-il souvent que notre perception d’un lien (ce qui relie des gens et qui aurait de la valeur) ne nous motive pas ou ne nous mobilise pas pour agir conformément à un jugement a priori ?

Quelle que soit la situation, pourquoi devrions-nous placer notre conscience sous l’égide d’un jugement a priori fixé par on ne sait qui et sottement adopté? Pourquoi devrions-nous prendre le critère du jugement comme patron :le beau pour la musique, le peuple pour BAUDELAIRE, le dévouement pour une cause, la patience pour une institution, la valeur pour les traditions ou les mœurs, l’amour pour les hommes etc Pourquoi faudrait-il fixer un objectif a priori à la conscience dans notre rapport au monde ? Elle sera, à bon droit, ce qu’elle sera nonobstant les censeurs de toutes sortes.. Pourquoi devrions-nous nous falsifier ? Sommes-nous un vase vide qu’il faut remplir  ? Pourquoi ? Mais parce qu’il faut que le type de société dans lequel on se trouve nous impose sa loi et sa vérité. Parce qu’il est la valeur suprême. C’est ainsi que les adultes sont de sinistres altruistes malgré eux, ils sont complètement esclaves des idées préconçues, des valeurs d’un type de société. En leur nom, ils s’en prennent à moins forts qu’eux quand ils ont du pouvoir sur eux. 

On le fait parce qu’on se soumet à l’idée dans la chose : l’idée de dévouement dans un comportement, l’idée de peuple chez BAUDELAIRE, l’idée de beau dans la musique, l’idée de patience…Combien de comportements dictés par l’idée préconçue de père (un bon père) , de mère (une bonne mère) , d’homme (digne de ce nom) , de femme (de vraie femme) , d’intelligence (l’idée en vigueur) , de vertu ( reconnue) , de culture (celle qu’il faut) , de républicain etc etc Une idée générale accrochée à son signifiant comme un ballon baudruche à un fil, correspond au fait qu’on évite de se demander : de qui, de quoi, pour qui, pour quoi. (intelligence, vertu, responsabilité, libre-arbitre, homme : de qui, de quoi, pour qui, pour quoi. Comme cela on peut gloser à l’infini) Ces idées sont là, fidèles au poste, scotchés sur le signifiant. Les jugements découlent d’elles en permanence. Si on ne les avait pas, on serait obliger de faire connaissance avec la chose, de l’explorer en tant que telle.

Qui veut travailler à la défense ou la perpétuation d’idées générales qui représentent un type de société ?. (par exemple si vous ne souscrivez pas à l’idée d’émancipation de la femme , aucun jugement qui en découle ne doit formater votre conscience)

Car il ne s’agit pas de ne pas comploter contre cette société ni même de la laisser en paix, il s’agit bien de se dévouer, parfois de se sacrifier pour elle. Qui est d’accord pour adopter avec toute chose, les grilles de lecture, les critères d’appréciation qu’on lui inculque et pour refouler tout ce qui ne rentrerait pas dans le cadre ?

Le moment où l’on perd de vue un intérêt propre qui était pourtant la raison d’être d’une discipline ou d’un projet (comme l’éducation, si l’idée qui circule vous est indifférente, aucun jugement qui en découle ne doit formater votre conscience) est le moment où on devient altruiste sans le savoir. Qui est d’accord pour être le moyen (l’instrument, le cobaye, ) au service d’une fin sous la forme d’une idée générale ?

Quel que soit le mot utilisé pour parler de nous : individu, citoyen, Homme, personne, Français, consommateur, patient, lecteur, téléspectateur, père ou mère, automobiliste, usager des transports en commun, parent d’élève, employé, contribuable, électeur etc la tendance la plus fréquente, et de loin, est de lui attribuer un sens général, purement social, d’en faire un enjeu pour tous, d’en tirer des critères de jugement à l’usage de tous. Ensuite on vérifiera si on a bien pris en compte ces critères . Un citoyen, une personne, un Français ou un parent d’élève doit-il être ceci, cela, cela selon l’idée préalable que l’on nous a donné de ces choses et réagir comme prévu ou pouvons-nous nous sentir libres d’être ce que nous sommes indépendamment de ces idées préconçues ? Ne voulez-vous pas parler et oeuvrer en faveur de l’idée générale de citoyen, de Homme, de Français, de consommateur, de patient, de lecteur etc en cours ? Ne voulez-vous pas transmettre, inculquer, suivre l’idée générale de contribuable, patient, téléspectateur etc en cours ? Si l’idée générale ne vous convient pas, aucun jugement qui en découle ne doit formater votre conscience.

Idées générales de Mère et de Père. Mère : pas obligé d’épouser un sentiment, sous prétexte qu’il fait lien, si ce n’est pas notre sentiment . Père : pas obligé de souscrire à une idée, sous prétexte qu’elle fait lien, si ce n’est pas notre idée. Plus on part tôt avec cette conscience-là et plus on dispose de forces personnelles pour l’avenir.

 


 

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