LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

2 décembre, 2008

SAVOIR VIVRE ET BONHEUR

Classé dans : Savoir vivre — inconnaissance @ 13:00

Il semble, à ne pas y regarder de trop près,  qu’il y ait des gens à qui la vie réussisse ; et d’autres pour qui la vie est une source plus ou moins constante de difficultés ou de souffrance. Ces derniers peuvent penser, alors, qu’il y a un savoir, une expérience de la vie qui leur manquent.

Ils se tournent vers des personnes dont la profession ou la raison sociale est de prétendre qu’elles connaissent les conditions ou les facteurs de bonheur ou de réussite d’une vie. Religions, psychologues, philosophes, éducateurs ou moralistes..

Si un certain savoir est utile à la vie quotidienne, tout savoir ou pseudo-savoir ne l’est pas forcément.

Quel rapport entre le savoir et la vie ? Quel rapport entre la souffrance psychologique et le savoir ? Davantage de savoir, de ce savoir que l’on conserve et auquel on peut faire appel à volonté, permet-il moins de souffrance ? Faut-il apprendre ce qu’il faut faire, ce qu’il faut penser, ce qu’il faut aimer, aller voir quelqu’un qui nous apprendra comment s’y prendre dans les différentes circonstances, ce qu’il faut faire, ce qu’il faut penser, ce qu’il faut aimer  ?

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Extraits de l’article : «Le divorce, une épreuve pour chacun.»

http://www.la-croix.com/parents-enfants/article/index.jsp?docId=2254553&rubId=24300

«Catherine Serrurier, thérapeute de couple (2), dresse un constat similaire : « Face aux crises du couple aujourd’hui, on est arrivé à un degré de tolérance zéro. On a oublié l’une des principales vertus qui les faisaient tenir : la patience ! Et on ne supporte plus qu’une alliance devienne ce que l’on ressent comme une aliénation. »

« Si la décision de divorcer se prend plus facilement qu’autrefois, un divorce pour autant n’est jamais anodin. Jusque-là, on attirait surtout l’attention sur les dégâts qu’il pouvait provoquer sur les enfants, au risque de minorer les souffrances qu’il pouvait engendrer chez les conjoints. Aujourd’hui les psys commencent à tirer la sonnette d’alarme : les divorces « à l’eau de rose » qui viennent clore une belle histoire d’amour, ça n’existe pas.» 

Comment : tolérance, patience, prudence (divorces à l’eau de rose)

« Un divorce est rarement vécu sans souffrances. Il provoque une très grande blessure narcissique, un sentiment d’abandon, une perte de confiance en soi. Et les deux partenaires, en dépit des apparences, mettent souvent du temps à s’en remettre. Car un lien d’amour ne se défait pas aussi facilement qu’il s’est fait, explique Serge Hefez. « L’illusion de notre époque est que les liens sont jetables, comme les rasoirs et les stylos, dit-il avec humour. Or, les liens sont inscrits en nous, on garde de l’autre en soi et on a projeté quelque chose de soi en l’autre, dont on est privé quand l’autre n’est plus là. Dénouer un lien ne se fait pas du jour au lendemain, cela nécessite un vrai travail sur soi en profondeur : il faut prendre le temps d’y réfléchir, d’écouter ce qui se passe en soi, d’en parler avec les autres. »

Comment : le lien jetable est une illusion : Temps d’y réfléchir, travail, écouter ce qui se passe en soi.

Peut-être ces personnes connaissent-elles des façons d’améliorer les choses ou savent-elles comment éliminer nos problèmes. Le salut, la réconciliation par la religion, la résolution des problèmes par la psychologie, une meilleure façon de vivre par la philosophie…..

Mais c’est exactement l’inverse. La cause des difficultés à vivre vient justement de ce qu’on a intériorisé et tenu pour vraies trop de connaissances à propos de la vie et de l’homme (trop de connaissances venues des religions, psychologues, philosophes, moralistes).

Le résultat, c’est que nous voyons apparaître dans la conscience, à tout propos, des idées, des valeurs d’autorité, théoriques, qui ne sont que des principes a priori, des contraintes préétablies, des buts obligatoires, figés, des concepts arrêtés. Voir les conseils ci-dessus.  

Ce sont autant de rigidités. Toutes ces idées, croyances, «connaissances» sur la vie et l’homme auxquelles nous adhérons brident et perturbent l’élan vital, la joie de vivre, l’amour. Celui qui veut ne sera jamais que le produit de la pensée.

Nous avons eu le tort de croire qu’il nous manquait un savoir, de trop valoriser le savoir, nous nous sommes faits une idée fausse du savoir.

Pourquoi ?

Laissons de côté le contenu des pensées pour ne nous intéresser, pour l’instant, qu’à sa nature, sa structure.

La pensée, ou, si vous voulez, la parole, regardez-là bien sans vous occuper de son sens, qu’est-ce ?

Rapports de cause à effet ou déterminismes, comparaisons, évaluations, conceptualisations ou objectivations des choses, maniement ou maîtrise des concepts, appropriation de la conclusion, utilitarisme. Nous n’y pouvons rien, c’est ainsi. Penser, c’est faire cela. Seulement cela.

Cela convient-il à la vie, à l’être ? Sont-ils ainsi ? La vie assujettie, au logos, à la pensée s’en trouve-t-elle plus heureuse ?

Tous les objets de la pensée (les autres, nous inclus) sont soumis aux lois, à la logique de la pensée.

D’ailleurs, tous les concepts de la pensée sont des objets pour la pensée, sujet de la phrase compris. (Dans la phrase : «je mange une tartine» même le «je» est vu, dans la pensée, comme celui qui est en train, qui est concerné par l’action, de manger une tartine. Il est un objet de conscience.)

Tout ce qui fait partie d’une pensée est régie par la relation de cause à effet produisant un résultat inéluctable. S’il s’agit d’une personne en position de sujet, elle semble accomplir l’action sans coup férir. Elle est capable. Elle bénéficie de tous les mérites qui découlent de cette réussite. Si elle est en position d’objet, elle subit implacablement l’action.

Toutes les conclusions, tous les jugements, tous les qualificatifs, pris dans ce déterminisme, sont vus comme le résultat d’une logique sans faille.

Tout ce qui fait partie d’une pensée, nous inclus, est soumis à la loi de l’objectivation, de la réification.

Tout ce qui fait partie d’une pensée, nous inclus, est soumis à jugement.

Tout ce qui fait partie d’une pensée, nous inclus, est soumis à manipulation, à appropriation.

On se retrouve responsable ou coupable en fonction du rapport de cause à effet dont on a réussi à nous convaincre en nous inculquant ces pensées.

En fait, la perfection du rapport de cause à effet, de l’objectivation ou de la désignation, l’autorité de la conclusion ne sont que des effets illusoires du langage. Le monde n’est pas obligé.

Si nous croyons que le sujet de la pensée est arrivé à ce résultat, c’est qu’il était en position de vouloir et de choisir. Si nous croyons qu’une suite logique d’éléments a conduit l’objet (humain) d’une pensée à être ce qu’il est, c’est que le résultat était à sa portée. Dans tous les cas, nous nous sentirons coupables de ne pas en faire autant.

Mais une volonté appliquée à soi est un conflit avec soi.

Si nous croyons tenir la chose avec le mot, nous sommes d’une grande naïveté. Un concept sur l’homme est un problème sur l’homme. Il n’amène que du doute ou d’autres pensées.

Si nous croyons pouvoir compter durablement sur une conclusion, pouvoir en faire une valeur, nous serons grandement déçus.

Si nous nous laissons séduire par l’efficience du langage, par sa suffisance, nous allons souffrir.

«Le déterminisme est la seule manière de se représenter le monde. Et l’indéterminisme, la seule manière d’y exister.» (Paul VALERY)

Etre un objet de sa propre pensée ou de la pensée d’un autre ne rend pas heureux. La volonté ne rend pas heureux quand elle s’applique à nous. Etre le penseur d’une pensée nous concernant ne rend pas heureux.

Or, cette dépendance au savoir et cette idée fausse à notre sujet nous ont été largement transmises par ceux qui y avaient intérêt. Les religions, les psychologues, les philosophes, les moralistes de tous poils. Tous ceux qui pensent l’homme. Il y a même de la –> concurrence . Et pour cause, le sujet est le sujet, l’agent d’execution de ses pensées. Quand on modèle les pensées d’une personne, on contrôle ses actions.

Ils cherchent donc inconsciemment, consciemment ou délibérément à coloniser notre esprit, à établir leur emprise sur lui

Les pensées, venues des religions, psychologues, philosophes, moralistes, prises comme un savoir extérieur, comme des valeurs d’autorité, produisent des problèmes, de la souffrance. Les problèmes et la souffrance nous portent à chercher des solutions dans d’autres savoirs, et chez ceux qui «savent».

Ceux qui savent augmentent le nombre de nos savoirs, de nos pensées, de nos problèmes et nous manipulent. D’où le déferlement d’ouvrages de ceux qui pensent l’homme.

«Dès que vous introduisez la question : « comment vivre ? » vous avez fait de la vie un problème. Comment vivre a rendu la vie insignifiante. Dès que vous posez cette question, vous vous tournez vers quelqu’un pour la réponse et vous devenez dépendant. Et ce monsieur-là vous fait marcher « .

(Uppaluri Gopala KRISHNAMURTI .- Le mental est un mythe .- Ed. Les Deux Océans)

 

5 commentaires

  1. Carole

    Suis-je en train de lire ce blog parce que je suis en quête d’un savoir qui m’aiderait à vivre ? En tout cas merci pour vos réflexions… Ignorante de ma motivation, je n’en apprécie pas moins la lecture.
    Une question : serait-ce parce que nous sommes désespérément en quête d’absolu dans un monde relatif que nous nous laissons si facilement abuser par le langage et par les savoirs prétendument universels ?

    Bonjour Carole,
    En quelque sorte.
    Je dirais que tout sens, toute vérité sont d’abord sortis de la bouche de nos éducateurs auréolés de toutes sortes de pouvoirs et de science quand nous étions enfants. Ce ne serait pas si important si nous n’étions pas devenus des êtres de langage, de culture et si ces êtres de langage et de culture étaient réels ou viables . Par exemple (et c’est mon propos dans la suite du blog) si la pensée, la parole cessaient d’être notre référence presque unique, si elles étaient simplement démasquées -conservées mais remises à leur place – nous ne serions pas si dépendants de toutes les formes d’autorité, si crédules à leur égard. Cordialement.

    Commentaire by Carole — 20 mars, 2009 @ 12:19

  2. Carole

    Alors c’est une remise en cause de l’intellect comme unique outil de connaissance (dans notre civilisation occidentale en tout cas) On peut aussi « penser » avec son corps n’est-ce pas, avec ses émotions ? Et la pensée comme rêverie ? J’en ai fait l’expérience sur la scène. Pour jouer, il faut devenir « idiot »… c’est très intéressant et très difficile pour certains, car cela bouscule des habitudes bien enracinées.

    Idiot ! (hi hi) je n’ai, malheureusement, jamais fait de théatre. J’imaginais que pour jouer il fallait laisser son moi, son ego
    avec tous ses savoirs, idées, désirs, convictions au vestiaire pour faire de la place pour le personnage que l’on va
    interpréter, mais « idiot » est plus interessant, plus fort. Ce mot m’a fait réféléchir.
    L’intellect, c’est bien, mais pas quant il s’agit de l’être humain, de ce que nous sommes. Il ne peut pas le dire ou servir
    de guide, à mon avis.

    Commentaire by Carole — 20 mars, 2009 @ 14:29

  3. shandora

    C’est vraiment drôle, une fois qu’on le comprend (ce qui n’est pas encore toujours le cas dans mon cas, mais vient petit à petit) comment on se fait « piéger » en quelque sorte de la croyance dans nos pensées…nos croyances sur les autres, de nous mêmes. personnellement, toute ma vie, j’ai changé d’opinion et de la façon de regarder les choses constamment. J’ai pensé telle ou telle chose sur la société, le végétarisme, mon mari, moi même etc…et j’ai complètement changé de regard ensuite….c’est très déstabilisant pour les gens autour de moi, mais je ne me bats plus contre « ma tendance  » à vouloir regarder un sujet, de multiples facettes….ça m’a enrichi, mais en même temps, ça m’a fait comprendre que tout le monde d’une certaine façon à raison, je comprends aussi qu’à la fin, rien n’existe autrement que dans la pensée….qui, en soi, n’est rien d’autre que….nous mêmes. (je n’arrive pas aussi bien à manier les mots que toi, j’espère que ce que je viens d’écrire a un sens?)

    bises,
    Shandy

    Je comprends très bien ce que tu me dis, selon moi évidemment.
    La pensée est parfaite et indispensable pour vivre dans ce monde puisqu’il est constitué, soit de choses que nous avons fabriquées avec de la pensée, soit d’une nature que nous expliquons avec la pensée. Pour s’y insérer et se comprendre à un certain niveau, il faut bien penser.
    Mais alors que la science, et nos connaissances techniques peuvent prévoir et expliquer la façon dont les choses peuvent se passer, après des millénaires de conditionnement, de théories et vérités sur l’homme, on est toujours incapable de prévoir ce qu’il va éprouver, et faire. Cela aurait dû nous faire comprendre, depuis longtemps, que la pensée n’est pas en mesure de dire qui nous sommes, ou que le sujet du sens (et chacun a sa vérité) ne recouvre pas l’homme.
    Malgré cela, on continue à nier que nous ne nous résumons pas à être ce sujet du sens. On fait tout pour que nous croyons être seulement ce sujet. C’est la transfusion de croyances, l’apologie des croyances, l’estime des croyances etc A mon avis, le grand enjeu est là : reconnaître la nature véritable, la fonction, les limites de ce sujet. C’est tout.
    Car la première croyance, la croyance primordiale, est la croyance en la réalité de ce sujet. A elle s’associent
    toutes les autres.
    Il suffit qu’elle s’effondre pour que la Vérité de notre nature apparaisse..
    J’adore la lumineuse et puissante simplicité de ton blog.
    Bises
    jean louis

    Commentaire by shandora — 4 octobre, 2009 @ 11:34

  4. jack

    Ne sommes-nous pas à l’instar des fourmis, des termites, des abeilles…, de tout l’existant du minéral au biologique et même de l’énergie primordiale, ne sommes-nous pas tous programmés (génotype du biologique) tel des robots, et victimes d’un dualisme illusoire créé par la pensée dans le cerveau entre un esprit ou une âme indépendante du corps et le corps lui même, source et producteur de la dite pensée?
    Quand la pensée se prend d’indépendance vis à vis du corps, qu’elle tente d’exercer une volonté qui va à l’encontre de la programmation génétique de son corps, que ce soit par ses propres rèves ou que ce soit par application de concept ou obéissance à une volonté extérieure, ne provoque t’elle pas un conflit d’autant plus important que le dit concept (ou volonté extérieure) est contraire aux aspirations du corps pensant, débouchant sur la désharmonie, le désarroi, la maladie psychique ou psychosomatique…?

    Personnellement, je distingue le vivant, la vie et ses manifestations (vie mouvante, interdépendante), que l’on ne peut réduire à un programme, et le logiciel constitué par la pensée. (Vraiment un programme : le monde de la langue est fermé sur lui-même et en suspension dans le vide) Enfin, de toute façon, le vivant, nous en faisons partie. Nos connaissances ne sauraient, à mon avis, en prendre la mesure.
    En revanche, j’ai maintes fois comparé le conditionnement socioculturel, nos connaissances, à un logiciel, et même à un implant. Et je suis bien d’accord pour dire que les théories, inventions de la pensée sont coupées du fonctionnement naturel de l’organisme.
    Drôle d’espèce que l’être humain, puisqu’il est capable de produire lui-même des chimères à son sujet qui le rendront complètement malade. (La folie : je ne crois pas que cela existe chez les animaux)

    Commentaire by jack — 22 juillet, 2010 @ 14:59

  5. jack

    Effectivement cela n’existe pas chez les animaux sauvages, sauf bug génétique mais dans ce cas ils ne sont pas viables très longtemps, par contre chez les animaux domestiques, on arrive à leur provoquer certains symptômes similaires aux nôtres par le dressage, le stress, l’humanisation… qui font d’ailleurs que ces annimaux sont incapables par la suite de retourner à l’état sauvage.
    Mais l’impact est mille fois plus puissant chez l’homme parce que le langage a développé des mémoires multiples et phénoménales et que la pensée qui en découle travaille sur elle même et s’auto-alimente en leurres divers…

    Commentaire by jack — 23 juillet, 2010 @ 12:33

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