La voix vient du coeur, du tréfonds de notre être. Nos sentiments, notre ressenti, notre état d'âme, notre nature psychologique profonde la façonnent. Notre sincérité, nos intentions, notre humeur s'y reflètent. Elle transmet nos caractéristiques physiques internes. Elle est presque charnelle malgré sa nature impalpable. Elle s'élève de là où s'élève le souffle et en même temps que lui. Sa tessiture, son timbre, ses intonations etc ses caractères les plus profonds nous représenteront toujours.
De même que la vibration d'un instrument à corde fait vibrer à distance la corde d'un autre instrument, on ressent, perçoit directement, de toutes nos fibres tout ce qu'il y a dans une voix sans conceptualisation, rationalisation. C'est la communion initiale.
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Le bébé entend la voix de sa mère et des personnes de son entourage. Il les reconnaît immédiatement. Il détecte les variations émotives. La voix de sa mère, c'est sa mère et il est déjà confronté à comment elle est ou qui elle est.
Il mémorisera bientôt des items particuliers et répétitifs dans ces voix. Les premiers signifiants qui s'associent aux ressentis, aux situations qu'il traverse. Le monde prend des couleurs, des saveurs, des formes diverses au fil des sentiments, émotions dont ces signifiants sont empreints. Ces signifiants se confondent toujours avec l'énonciateur ou l'adulte.
La voix peut se présenter aussi comme une manifestation de puissance voire de force physique.
Il n'y a aucune distanciation, relativisation possible de ces signifiants et des situations ou ressentis associés. Ce premier et pur sujet, le témoin des signifiants, apparaît, disparaît, heureux, malheureux selon l'émotion, mais sans être conscient de lui-même. Impermanence.
« Ainsi, le toucher, la vibration d'un son vont créer le sujet. Il se forme et disparaît, se forme et disparaît, se forme et disparaît. Il n'y a pas d'entité permanente du tout» (U.G. .- Le dos au mur .- Ed. Les Deux Océans)
La voix et les premiers purs signifiants ont d'abord créé le monde, directement, sans passer par le sens. Et ce monde, heureux ou malheureux, est dépourvu de doute, de relativité, comme son connaisseur. La voix est un réferent absolu. Si les signifiants et l'énonciateur sont inconditionnels ou absolus, le sujet, non conscient de lui-même, est aussi inconditionnel.
Le rapport aux signifiants s'étend à tous les adultes en rapport avec le cercle familial.
Le monde ne dit pas qu'il existe. L'enfant ne nomme pas le monde non plus. Aucun mot ou aucun signifiant n'a été créé par nous, ils viennent tous des autres ou ils ont été pris dans la culture. Le monde, la vie, tels que l'enfant en prend connaissance est une création qui a pour origine : les adultes et la langue.
Triomphe de la sensualité, de l'aménité particulières, mais aussi des duretés, des passions, des faussetés, des désirs de l'adulte et des conditionnements socio-culturels. Voix sans issue. D'autant plus que tout ceci va disparaître ou a déjà disparu. Resteront en mémoire les signifiants associés aux affects. Laissons-les tomber.
(Manier l'émotion, le sentiments à travers les mots, c'est une invitation à la régression. Les droits de l'homme sont complètement fondés et raisonnables. Pas besoin de charité. Rien ne peut justifier la domination, l'oppression, l'exploitation, l'humiliation des hommes. Certainement pas des facultés intellectuelles supérieures ou une position de pouvoir)
En effet, jamais la légitimité des signifiants eux-mêmes, jamais la légitimité du découpage du monde par les signifiants, jamais le sens suggéré par les adultes aux signifiants, jamais l'émotion dont ils les imprègnent ne sont remis en cause ou justifiés.
Le faire reviendrait à remettre en cause les adultes eux-mêmes auxquels l'enfant doit de se sentir exister dans le seul monde qu'il connaisse, et ce d'autant plus que les signifiants sont parfaitement arbitraires. Pas de discussion possible.
D'autre part, en tant qu'inventeurs ou créateurs des mots, en tant que référents du seul monde que connaissent les enfants et parce que ces premières « connaissances » se déposent sur un terrain vierge dépourvu d'idées préconçues, parce que les comparaisons, les relativisations, les mises en perspective, la concurrence ou contradictions entre adultes sont exclues, ces derniers semblent détenir la vérité.
Les enfants croient tout ce qu'on leur dit (maman a dit, la maîtresse a dit, le révérend père Machin a dit). Cela signifie que les mots disent ce qui est. Ce qui est dit est la réalité. Ou l'adulte dit la vérité.
Si les mots des adultes disent la vérité, les adultes deviennent la référence en matière de vérité du mot. Ou la vérité des mots a un référent en la personne des figures d'autorité.
C'est l'époque rêvée pour un lavage de cerveau durable, les endoctrineurs religieux, politiques ne s'y trompent pas. Et la misère continue.
Mais que font-ils d'autre, les adultes, que de transmettre les connaissances qu'ils ont eux-mêmes reçues ou apprises des autres. Les enfants se font d'eux une idée fausse qu'il est souhaitable de corriger aussi vite que possible pour leur permettre de s'épanouir.
La communion, dans sa plus pure expression, est la communion autour de signifiants, de formules, dont le sens est possédé, connu uniquement par l'autorité.
En mettant le sentiment, l'émotion, la motivation, qu'il faut dans des mots valorisés de longue date, on arrive à la communion infantile recherchée.
La voix ou l'énonciateur ne sont pas une origine. Ils ne prouvent pas l'existence d'une personne, ils ne la caractérisent pas. Ce n'est qu'un instrument de communication. Ils durent le temps de l'élocution. Seulement en s'unissant, en faisant un, le sens et la voix bénéficient de l'effet de surprise, particulièrement avec un enfant qui ne sait rien et ne maîtrise pas la parole. En réalité, la voix est un donné, un héritage génétique ou physiologique. Elle n'appartient à personne. Le sens est un donné, un héritage culturel, il n'appartient à personne. Ces deux dimensions de la parole sont aussi impersonnels et transitoires l'une que l'autre. L'autorité est un effet de langue. Personne ne parle. Il ne faut pas imaginer que la parole vient de quelqu'un.
La conscience, même lorsque nous pensons, est absolument silencieuse.
Seulement l'autorité ne commence à exister dans la durée, comme nous le verrons, qu'à partir du moment où l'enfant a commencé à se penser et à s'identifier à cet objet de sa propre pensée.
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