LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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17 juillet, 2009

MIMETISME

Classé dans : Conformisme — inconnaissance @ 16:13

Parler et même penser, c’est faire deux choses : désigner quelque chose, un référent, à quelqu’un d’autre et parler de ce qui est désigné à ce quelqu’un c’est à dire parler au nom de ce qui est désigné en indiquant ses qualités ou/et ses actions.- parler c’est interpeller et communiquer.

Grâce aux mots qui désignent, l’interlocuteur est censé considérer la même chose que le locuteur. En réalité, comme nous l’avons vu, nous n’avons pas le même référent.

S’il y avait une réalité de référence unique et commune pour chaque mot, une réalité de référence à laquelle tout le monde pourrait se reporter, on parlerait de la même chose, on pourrait être vraiment d’accord.

Mais cette réalité de référence n’existe jamais. Jamais. Résumons les articles précédents.

« Soyons clairs : vous n’entendez jamais un seul mot de quelqu’un d’autre, quelles que soient les relations d’intimité que vous croyez avoir avec cette personne ; vous n’entendez que vos propres traductions ; ce sont vos mots que vous entendez. » (U.G. Rencontres avec un éveillé contestataire .- Ed. Les deux Océans) Voir : « Le déchirement »

Je peux trouver un platane. Je peux observer attentivement ce platane que j’ai devant les yeux, et vous pouvez observer avec la même attention ce même platane. Dans ces conditions, l’attention vraiment soigneuse et totale à «ce qui est» exclut toute parole et toute pensée. Même là, nous n’observerons pas exactement le même platane.

Si je parle de ce platane ou d’un platane, c’est une image-souvenir de composition que j’aurai devant les yeux ou à l’esprit. Et vous aurez une autre image-souvenir de composition à l’esprit selon vos expériences et souvenirs personnels au sujet du ou des platanes. Chacun sa représentation mentale d’ailleurs inconnue des autres. Pas de réalité de référence à laquelle nous pourrions nous reporter. Mais on peut toujours retourner voir le platane, cette chose, pour affiner notre connaissance.

En revanche, si je parle d’amour ou de n’importe quel mot abstrait traitant de l’homme ou de la société, tout ce qu’il y aura, c’est ma représentation mentale du mot, le sens que je lui donne, ou l’idée que je me fais des relations particulières entre deux personnes. Mais nous ne trouverons nulle part la réalité de référence (la chose) «amour», une réalité de référence à laquelle tout le monde pourrait se reporter. Car si ces mots sont abstraits, c’est justement parce que ce sont de purs objets mentaux, des produits de l’imagination.

Ce qui n’est pas perceptible doit être imaginé. Nous sommes experts dans l’art de nous représenter des choses totalement imaginaires. Et on ne sera pas démenti par l’expérience, on ne cherche pas à expérimenter ces choses.

Catéchisme : Liberté et responsabilité. Extrait :

«La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le libre arbitre chacun dispose de soi. La liberté est en l’homme une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. La liberté atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude.»

Liberté, homme, raison, volonté, délibérées, vérité, bonté, Dieu etc Là, ils ne savent même pas de quoi ils parlent. Et ne sachant pas de quoi ils parlent – sauf à faire référence à tout ce que l’on est censé croire à ce sujet ou à tout ce que croit une clique soi-disant bien informée – ils ne savent pas en quoi, dans quelle mesure, pourquoi il faudrait faire de la liberté, de la raison, de la volonté etc des réalités et des valeurs. Chansons pour rêveurs impénitents.

En politique, on trouve ce genre de discours :

«Il y a mille tâches à entreprendre en faveur de la diversité sociale, de la pluralité des générations, de la vitalité de la cité, de la mise en réseau des ressources et des initiatives de ses habitants, d’une véritable action culturelle et artistique.» (Philippe MEYER)

Pas de réalité de référence pour la «diversité sociale» la «vitalité de la cité» «l’action culturelle». Ce sont des constructions propres à chacun. Et il n’y a pas de raison d’admettre, a priori, que les constructions des autres sont meilleures que les nôtres et de partir à leur recherche.

(A propos des mots abstraits, un petit article général instructif ici —>

http://www.danielmartin.eu/Enseignement/Pedagogie.htm 

Les mots ne désignent pas forcément quelque chose qui existe. Ce n’est pas parce qu’un mot existe, qu’il désigne nécessairement une réalité, ou quelque chose que l’on peut expérimenter.

D’autre part, puisqu’il n’existe jamais de réalité de référence commune, je ne peux pas parler au nom d’une telle réalité, et je ne peux pas parler au nom des autres, puisqu’ils n’ont pas la même réalité de référence que moi. Je peux juste éventuellement, comme dans le cas du platane, indiquer l’origine de ma connaissance.

L’existence des choses humaines ou sociétales désignées par les mots abstraits n’a pas été montrée, et les autres ne peuvent pas se reporter à ma source de connaissance, ou je ne peux pas me reporter à la source de connaissance de l’autre, elle est entièrement mentale, imaginaire.

Et on prétendrait parler au nom du sens commun de ces choses imaginaires propres à chacun ?

Alors il suffirait de dire les Français, la patrie, le christianisme, la justice, le courage etc pour parler en toute légitimité au nom des Français, de la patrie, du christianisme, de la justice, du courage etc comme si tout le monde savait de quoi on parle ? Ce n’est pas le cas.

Le comble, c’est de parler au nom d’un super leader ou de Dieu qui parlent, eux-mêmes, au nom de tous.

Le drame veut que nous croyons encore que certains parlent vraiment, en toute légitimité, au nom de tel groupe, telle notion etc C’est l’idée d’autorité.

La base de tout cela, c’est la croyance en un regard identique sur le référent.

Nous prétendons parler au nom de la collectivité quand nous parlons au nom d’un illusoire sens commun., c’est à dire au nom de ceux qui donneraient le même sens que nous à ces concepts. Cette caution collective nous autoriserait, croyons-nous, à faire un système de ces concepts, à les étendre à tout le monde. Cette collectivité n’existe pas. Ce sens commun n’existe pas.

D’ailleurs qui nous a demandé de représenter la collectivité ? Pourquoi prenons-nous en charge ces notions sans même savoir ce qu’il en est exactement de cette communauté de savoir ou de ce consensus à leur sujet ?

Cela disqualifie tous les systèmes de pensée (religieux, politiques, philosophiques, psychologiques, moraux) où l’auteur part de l’idée que les autres devraient se soumettre à ses conclusions.  

Nous agissons par mimétisme. Tout le monde utilise ces mots en faisant comme si les autres se référaient à la même réalité. Alors nous en faisons autant. Nous participons à ce jeu de dupe généralisé. Chacun reconnaît dans la démarche de l’autre le simulacre même auquel il se livre.

Comme disent les enfants, mais qui ne sont pas dupes, eux : «On dirait que l’on aurait la même vision» ! «On dirait que ces mots désignent quelque chose» !

C’est la tournure de la grande farce culturelle dans laquelle la dimension affective, sentimentale ou les mises en scène symboliques, jouent un très grand rôle. A défaut d’un véritable accord toujours introuvable, c’est la recherche constante d’une communion, d’un partage, d’un consensus, d’une vibration commune pour accréditer l’idée de cet accord. Au niveau sociétal, cela donne les mythes que la société produit et encourage.

Pourquoi n’avons-nous jamais vérifié personnellement ce qu’il en était de ces choses désignées par les mots des sciences humaines et morales, et de l’exactitude de tout ce que l’on raconte à leur sujet ? Pourquoi sommes-nous si crédules et si dociles ?


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