LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

24 mai, 2011

LES MOTS : PROCES ET JUGEMENT, 1

Classé dans : Mot — inconnaissance @ 10:34

En tant que repère collectif, que référent, en tant qu’enjeu – il s’agit d’imposer le sien – que but, en tant que valeur commune, en tant que moyen de savoir, en tant qu’occasion d’accord collectif apparent donc de moyen de pression, en tant que moyen de contrôle, de sélection, de discrimination, le mot est le souverain absolu.

A quel genre de souverain avons-nous affaire ? Quelle est sa politique ? Comment gouverne-t-il ? Faut-il le guillotiner ?

On y est peut-être habitué, mais il est un fait que le rapport entre ses pensées et soi  est un rapport de coercition et de persécution.

Présentation générale de l’accusé. 

On découpe le monde, la vie, les êtres en petits morceaux séparés, définis et constants grâce aux mots. Les morceaux existent en tant que morceaux simplement parce que chaque mot implique un référent particulier, stable et défini.

« Je pense, donc je suis » Le morceau « je » est défini et séparé du morceau « suis » etc puisque deux mots différents les désignent.

Cette séparation exclut, a priori, l’interdépendance, l’échange, le mélange. Et la permanence du mot exclut, a priori, que les morceaux changent, évoluent, se transforment. Je toujours je.

Mais rien ne permet de dire que ces morceaux sont séparés. (Pas de suis dans je ? Pas de je dans suis ?)

Et qu’est-ce qui est permanent ?

Si l’herbe est le référent de « herbe » dans quel état de pousse est-elle ? Quelle couleur ? Le brin d’herbe existe-t-il sans ses nutriments, sans air et sans soleil ? Le nom d’une personne désigne la personne de quel âge ? (1, 10, 90 ans ?) Est-ce la même personne ?

D’autre part, chaque mot existe par différenciation, opposition avec les autres mots.  « Je » existe par rapport à « tu ». Penser existe par rapport à ne pas penser.

Les mots créent des divisions, des oppositions, des dualismes dans le monde et dans l’homme : le bon appelle le mauvais, le bien, le mal, le haut , le bas, moi appelle les autres etc etc

Morcellement et dualisme.

Les mots nous séparent, donc, les uns des autres, nous séparent du monde. (Moi n’est pas tu) Mais ils se prêtent à des stratégies sans fin et sophistiquées pour essayer – forcément vainement puisqu’ils sont la séparation même, puisque de nouveaux mots morcellent davantage et apportent davantage d’oppositions – d’abolir cette séparation.

Bon, c’est ainsi, c’est la condition humaine actuelle et l’usage actuel des mots. Mais pitié, qu’on nous délivre de tous ceux qui reprochent aux hommes, avec des mots, d’être séparés, différents, antagonistes, en les opposant avec des mots et en augmentant les divisions. Et notamment celui dont il est question ici :

 » L’homme qui a prêché l’amour était corrompu, parce qu’il a créé une division dans sa conscience….Cet homme qui nous a parlé d’amour est responsable, parce que l’amour et la haine vont ensemble….Qui dit amour du prochain dit dualité. Là où il y a division il y a destruction. »

(U.G. -Le dos au mur .- Les Deux Océans)

Négation de la contradiction, donc hypocrisie. « Aimez-vous les une les autres » « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée »

Comme tous les politiques, le mot parle d’union, de rassemblement, après avoir morcelé, jugé, opposé, discriminé, comparé, rejeté. Elle est bien bonne ! ! !

Le souverain dit : nous voulons.

Le monde, les êtres, la vie se présentent donc sous la forme de fragments représentés par les mots et leur référent. « Monde », « être » et « vie », ces signifiants et la représentation qu’on en a, remplacent la chose, la réalité elle-même, se donnent pour la chose elle-même. Le symbole se substitue aux sens. L’image mentale remplace la chose » On oublie la substitution et le mot s’impose comme la réalité. « Le mot tue la chose » aurait dit Jacques LACAN.

Mais c’est un morceau, un référent défini, séparé, autonome, fixe, un objet mental séparé du penseur ou connaisseur qui s’offre.

Cela conduit à des fixations sur des objets mentaux, au développement de fantasmes et de sentiments exacerbés à propos de ces objets sous prétexte d’un signifiant commun. Puis éventuellement à de gros problèmes psychologiques.

C’est le jeu de la séduction et de la suggestion qui se passe entièrement dans l’espace des échanges.

Le petit enfant emploie les mots de ses parents, non en connaissance de cause, mais essentiellement par mimétisme, pour participer.

Miséricorde, citoyen, courage, bien, vertus etc. Ces mots désirent être aimés, désirent qu’on les serve. Sans discussion. « Je suis, je veux » disent-ils.

Les mots désirent, exigent de tous de l’amour ou de la haine.

Heureux les miséricordieux : je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément « miséricorde ».

Ah zut, où est-elle ? Où la trouver ? Qui est-elle ? Peu importe. Aime le mot. Sers-le. Sois y fidèle. Fais-en ton étendard, ton trésor, ton maître.  Un, deux, trois, avec moi….

Et maintenant, il y a toutes ces choses, tous ces comportements, tous ces aspects, tous ces airs, attitudes, correspondant aux mots, toutes ces abstractions que l’on a isolées, puis, investies, convoitées, pour lesquelles on s’est engagé, au nom desquelles on est prêt à bien des folies….Cela en fait des soucis. Chaque mot exige d’être servi malgré tous les problèmes qu’il pose.e

La parole aboutit toujours à un mot, comme si c’était une solution, une clé, une vérité, un accord, qui s’imposaient, qui devaient recueillir l’assentiment de tous. Cette solution, cette clé, cette vérité seraient dans le mot ou seraient représentés par le mot. Il suffit d’être attentif à la direction que prennent les sentiments et au mot-conclusion, au mot qui centralise toutes les attentes ou sert de fondement à toutes les ambitions.

« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi «  Moi, moi, moi, moi…..

« La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents. » (CYRULNIK) —> aaahh la résilience….quel pied ! Il faut que je note cela dans mon carnet.

 Ce qui est important pour nous, c’est de défendre, de justifier nos sentiments pour les mots qui nous viennent du passé, d’être fidèles à ces sentiments, parce que nous croyons que nous allons en retirer du bonheur et de l’amour en retour.

Je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément…

Peut-on se sentir sentimentalement libre par rapport à des mots que les autres célèbrent ? Etrangers, même, à cet engouement collectif que l’on ne s’explique pas et que l’on ne concevait pas un instant plus tôt ? (Nous aimons ce mot, beaucoup, passionnément, à la folie….que d’espoir en lui !)

Le souverain règne sur ses sujets dans la durée. On ne peut s’attacher, s’accrocher à des perceptions. Elles sont trop mouvantes, labiles, informelles, globales. On ne peut s’attacher, s’accrocher qu’à du fixe et du défini. L’objet mental créé par le mot. De même, ce n’est pas la personne du Roi plus ou moins malade physiquement et psychologiquement, instable, en proie au doute, qui est vénérée, c’est une figure transcendante.

C’est très simple au fond : comme la pensée est et sera toujours incapable d’expliquer l’être humain, elle veut forcer l’être humain à devenir le type d’individu auquel elle pense. Cela fait longtemps que l’on se transmet des histoires et des théories sur les êtres humains.

« L’inconnu est effrayant et trop infini pour être compris par l’esprit qui essaye de combler l’espace avec des concepts et des croyances…..Reconnaître qu’il n’y a pas de lieu connu pour ceci, maintenant, et qu’il n’y a aucun moyen de comprendre ceci, maintenant, souffle l’esprit avant même notre mort , et pourtant, c’est la réalité.» (Unmani Liza HYDE)

A suivre…. 

12

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...