LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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15 février, 2012

HANTES

Classé dans : Images — inconnaissance @ 12:12

Pas la peine de faire des études de linguistique, de psychologie ou de devenir phénoménologue pour se rendre compte que l’effet essentiel de la pensée et des mots qu’elle recèle est de produire des images. (représentations). On a pu aussi s’apercevoir que ces images nous influencent, nous poursuivent, nous hantent, nous obsèdent. Quel pouvoir n’ont-elles pas.

L’image est le fruit de l’imagination et l’imagination est suscitée par les mots. Naturellement. (voir les articles « nominalisme » et suivants) Nous avons toujours à l’esprit, une représentation, in absentia, de l’objet, que cet objet soit présent ou pas. Quand l’objet ne se rencontre jamais, on est à 100% et tout le temps dans l’imaginaire. Après des siècles et des millénaires, cette civilisation est malade de son imagination. L’imaginaire est ce qui caractérise essentiellement la politique, la religion, les idéologies, les sciences humaines, la sociologie, une bonne partie de la culture, toutes disciplines qui se sont développées avec le temps et qui ont formaté, structuré, imprégné nos esprits.

Maintenant, ce sont nos productions mentales, notre imagination qui nous rendent malades. Plus ou moins. C’est évident.

Ce n’est pas que l’image elle-même soit pernicieuse, c’est notre rapport à l’image, c’est sa fonction, son statut qui le sont. Elle l’est quand on la prend pour la réalité, un but, un idéal. C’est alors que ce qu’on nous dit de cette image (image de Dieu, de l’homme, de la volonté, de la raison etc) ne nous paraît plus farfelu.

Que prenons-nous comme repère, but, idéal : un rêve, un fantôme, une apparition, dépourvus de vie et de réalité. C’est la nature de l’image. (voir l’article : « Penser contre ce qui est » ) (Sinon, quand vous avez faim, vous n’auriez qu’à penser à un bon repas et à le manger) Et justement, non seulement les disciplines citées ont multiplié les occasions de fabriquer des images, mais en plus, elles ont fait d’elles le nec plus ultra de la vie humaine, elles en ont fait une valeur suprême.

Elles s’alimentent des problèmes qu’elles ont elles-mêmes créés en diffusant leurs extravagances.

Ainsi, non seulement nous avons du mal à échapper au pouvoir des images associées à nos pensées obsédantes, machinales, et à leur ôter tout crédit, mais en plus, nous projetons, plaquons nos images sur le monde, sur les autres. On ne s’aperçoit de cette projection que lorsque l’on en revient à une vision impartiale, neutre, détachée des choses, à la vision ou à la perception fournie simplement par les sens. Sans plus. On se rend compte, alors, que tout venait de nous. 

L’image exprime la valeur et est objet de sentiments. L’Homme, le modèle est l’Image par excellence. Etudier cette Image, c’est comprendre le conditionnement socio-culturel qui lui a donné naissance. Elle le reflète, elle le trahit, elle dépend du genre de pensées dominantes. .

Et que disent nos images ? Que nous rêvons d’une existence affranchie des vicissitudes et caractéristiques du corps, d’une existence purement spirituelle ; que nous rêvons d’un modèle de savoir et de maîtrise ; que nous rêvons d’universel.

STIRNER avait pressenti cela :

« Homme ! Ta tête est hantée, tu as un grain, tu t’imagines de grandes choses, tu te dépeins tout un monde de dieux qui existent pour toi, un royaume des esprits où tu es appelé, un idéal qui te fait signe » telle est la puissance des images. On en rêve. On voudrait être elles. (Voir les lubies d’aujourd’hui) 

« le nouvel Être décèle une conception plus immatérielle que l’ancien Dieu qu’on représentait sous une forme corporelle, tandis que le nouveau demeure d’une spiritualité absolue » En fait il a la nature, la beauté, l’incorruptibilité, la perfection de nos images.

« cet être général et supérieur vit en toi parce qu’un esprit impérissable a adopté en toi un corps périssable et qu’en conséquence la forme n’est en réalité qu’une forme adoptée….je respecte cet être supérieur dont tu es hanté « c’est cet esprit qui est respectable.  

« Mais si l’esprit que l’on ne considère pas comme la propriété du moi corporel, mais comme le moi propre lui-même, est un fantôme, l’homme aussi qui n’est pas reconnu comme ma propriété , mais comme le moi propre n’est qu’un fantôme, une pensée, un concept «  l’esprit qui n’est pas à moi est moi, c’est le véritable homme, et c’est un fantôme.

Autrement dit «  L’homme dépasse tout homme individuel, il est son être et cependant il n’est pas son être à lui, car il serait aussi particulier que l’individu lui-même, tandis qu’il est quelque chose de général et de supérieur »

Montée en puissance des images, développement de l’imagination : 

«  Mais pour toi le monde entier s’est spiritualisé, il est devenu un fantôme énigmatique »

« Ce n’est pas seulement l’homme mais toute chose qui est spectre. L’être supérieur, l’esprit qui hante toute chose, n’est lié à rien, et ne fait qu’y apparaître. Fantômes dans tous les coins ! »

Partout, en tout, on cherche l’essence, parce que l’on projette son image. 

«  La libre pensée (par là, il faut entendre la pensée machinale, compulsive, celle qui ne nous obéit pas ndr) est démence, parce que c’est uniquement l’homme intérieur qui s’agite en nous, c’est lui seul qui conduit et règle tout le reste de l’homme »

« Quelles tortures les plus forts et les plus géniaux parmi les chrétiens se sont imposées pour saisir cette apparence fantasmatique ! Pourtant la contradiction des deux natures, divine et humaine, de la nature fantasmatique et de la nature sensible a subsisté constamment » et pour cause ! 

L’image est un fantôme qui nous hante, elle en a toutes les caractéristiques : immatérielle, humaine, récurrente, hors d’atteinte, hors de contrôle, impressionnante, immortelle, irréelle, fausse. Elle traverse les corps. Et on la prend pour la réalité. Et on voudrait être elle. C’est notre objectif. De quoi perdre la raison ! Du fantasme à l’hallucination, il n’y a qu’une différence de degré.

Imaginons. Rêvons de l’image. Faisons-en un but. Nous y sommes habitués. La société, les discours, la culture, l’éducation nous en fournissent constamment. (Pub par exemple) C’est une occasion, de rêver et d’aimer., de s’investir, de posséder quelque chose de précieux. Revêtons-la de tous les dons, de toutes les promesses, de tous les espoirs. Protégeons-la du monde, et ce sera d’autant plus facile que ce sera spirituel, que ce sera une pure image.

Et quand la société fait de l’adoration des images mentales ou de l’essence spirituelle une valeur incontestable, difficile de résister. L’image servira à la comparaison.

Il suffit donc de savoir que nommer, c’est imaginer, et d’ajouter aux caractères du mot, les caractères du monde rêvé, et on a l’image en question. Elle sera spirituelle, fantomatique, fantasmatique et conforme aux prétentions et au sens des mots. Elle nous hante parce qu’on ne peut la vérifier, et que pourtant, on ne peut, par fidélité et attachement, l’envoyer balader. On l’a prise pour la réalité à atteindre. 

Quels caractères du langage ? (voir « les mots procès et jugement » ) Le mot : 

Il généralise (il range les individus dans la catégorie ou applique la catégorie à tout le monde. exemple : raison = raison de tout le monde) il est englobant. Imaginons ce qui peut correspondre à cela.

Il correspond à des critères donnés et fixes. Imaginons ce qui peut correspondre à cela.

Il est abstrait (catégorie mentale) en tant qu’opération mentale. Imaginons ce qui peut correspondre à cela.

Il est commun, partagé. Imaginons ce qui peut correspondre à cela.

C’est le maître incontestable, il renvoie à un référent unique. (il n’y a qu’une seule raison) Imaginons ce qui peut correspondre à cela. 

Ce qui est commun est hors de contrôle. Ce qui est général est hors d’atteinte. Ce qui est fixe ne meurt pas et ne change pas. Ce qui commande impressionne et est hors d’atteinte. Ce qui est abstrait est immatériel, immarcescible.

A beau mentir qui parle de ce qui n’existe pas. On ne ne pourra jamais trouver ce qui n’existe pas pour le confondre. 

Et de quoi parlent les mots le plus souvent ? De soi. Qu’est-ce qui nous intéresse le plus ? Soi. Le modèle d’Homme. Donc c’est le genre de pensée prioritaire. L’image, dotée des caractéristiques citées, sera une figure, un type. .

Il ne faut pas dire que c’est le jugement à notre endroit de telle personne qui nous trouble ou nous met en colère. Si ce jugement n’était que celui de cette seule personne, si ce n’était que son opinion personnelle, cela ne nous dérangerait pas. Ce qui nous perturbe, c’est de penser que ce jugement représente un point de vue partagé, collectif. 

Mais l’image n’est ni indépendante – elle dépend du mot – ni maître – elle dépend de nous, de ce qu’on imagine – ni universelle ou commune – chacun a la sienne – ni fixe ou immortelle, ni exacte ou réelle – la réalité est différente. C’est rien. Ne nous occupons plus de ce que pensent, croient, les autres – laissons-les pérorer -arrêtons d’imaginer ce que les autres, le discours postulent, et revenons simplement à ce qui est vrai, vérifié pour soi. .

Ainsi : « vous n’avez nul besoin de vous libérer d’un monde qui n’existe que dans votre imagination «  (Jean KLEIN)

On comprend alors pourquoi il est à la fois normal, extraordinaire et probant que U. G. déclare : :

«Il m’est impossible de créer une image en moi de ce à quoi vous ressemblez. Si je me tourne vers le mur, m’éloignant ainsi de vous, cette caméra (il pointe son doigt vers ses yeux) se focalise sur le mur, et je ne peux absolument pas créer une image de ce à quoi vous ressemblez. Impossible….  Je ne peux absolument pas créer ne serait-ce qu’une seule image. Bien que je connaisse Paul depuis trente ans, je ne me souviens pas de ce à quoi il ressemble….. » (Probable que les enfants avant le langage fonctionnent aussi ainsi)

Alors une image d’une abstraction ou d’un idéal ! ! ! !

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