LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

16 mars, 2012

JE T’APPARTIENS

Classé dans : Objectivation — inconnaissance @ 10:44

Mettons les choses en perspective pour prendre conscience de notre dépendance aux mots. 

Pensons à l’enjeu représenté par le sens de nos paroles (ou de nos écrits en direction de destinataires définis)

Pensons à ce qu’il faut d’énergie et d’investissement pour mettre en forme, faire comprendre et faire accepter ses paroles.

Pensons à l’aura, à la considération dont jouit ce qu’on appelle la « culture » et qui est principalement représentée pas des mots. D’ailleurs pensons que les mots sont des critères culturels, permettant de juger, de discriminer, de sélectionner les gens pour les répartir sur l’échelle sociale.

Pensons combien certains mots, certaines idées sont devenus importants pour nous. Pensons que l’on est prêt, parfois, à donner sa vie pour un mot, une idée ; à tuer, à violenter pour un mot, une idée. Pour du sens. Ce n’est pas la colère qui nous fait frapper quelqu’un en particulier, c’est la pensée, la raison et la personne qui s’y trouvent. Toutes les émotions sont impersonnelles, elles n’ont pas de destinataire.

Pensons à l’espoir que nous mettons dans des mots et leur sens, à la valeur, au prix que nous accordons à des mots, à leur sens, au fait que nous nous reconnaissons dans des mots.

Pensons au souci que nous donnent certains mots prononcés.

Pensons à notre recherche incessante de sens et de mots. Pensons que nous dépendons énormément du plaisir, des bienfaits, que peuvent nous procurer des mots et leur sens. Pensons que nous en faisons un but, la référence. Pensons que nous cherchons notre salut, notre raison d’être, notre identité dans les mots. 

Mot à maux. 

Pensons que c’est comme sujet des mots, comme sujet du sens des mots que nous pensons exister. (êtres de grammaire).

Importance sociale et importance individuelle énormes donc.

Voyez comment :

Ce que vous trouvez beau, vous n’êtes pas le seul à trouver cela beau, cela ne vous est pas spécifique, bien d’autres trouvent cela beau, puisque ce beau a reçu son sens de beau des autres. Ce que vous trouvez bien, vous n’êtes pas le seul à trouver cela bien, cela ne vous est pas spécifique puisque ce bien a reçu son sens de bien des autres. La valeur humaine que vous convoitez, vous n’êtes pas le seul à la convoiter, puisque cette valeur a reçu son sens des autres. Vous essayez simplement d’adapter votre beau, votre bien votre valeur plus ou moins anciens au beau, au bien, aux valeurs d’aujourd’hui. Et demain il faudra recommencer, et après-demain etc 

Ce sont certains sens de la société et certaines valeurs de la société qui nous constituent, nous définissent. Ce sens est retenu, cette valeur est retenue parce qu’ils semblent généraux et pérennes. L’idée que l’on a de soi est constituée de tels critères. Toutes nos déviations, aberrations, bizarreries, manies, vices, tous nos travers, sont également des réponses appropriées à un ancien sens extérieur, légitime parce que vu comme non arbitraire ou collectif ou parce que vu comme désiré par la collectivité. (voir aussi l’article : les mots : procès et jugement, 2) Vous les trouverez toujours aussi dans le monde. 

Au cours de l’existence, il suffit que les mots employés soient vus comme exprimant un sens commun que l’on ignorait, pour qu’ils se gravent, fussent-ils complètement aberrants, faux.

Le je est objectivé, c’est sa condition d’existence. L’objectivation est l’appartenance (je général)

Mais ce général n’est que l’idée que l’on se fait du général, car on ne saurait le vérifier, le trouver.

Or, il faut que le général existe pour que le je existe. Tant que l’idée que le général ou le sens commun existe, persiste, le « je », fait de sens général, a toutes raisons de chercher à lui correspondre.

(Et il y a des gens qui semblent particulièrement en position d’énoncer ce genre de sens commun) 

Le je naît par disjonction, distinction, et sa vocation est de retrouver l’union perdue, d’abolir la séparation. Il n’est pas singulier par son sens que l’on retrouvera toujours dans le monde (comme l’a bien remarqué Luc FERRY) il est singulier par ses formes d’écart avec son idée du général.

Que ne ferait-il pas pour faire partie du groupe, c’est à dire pour être général, que ne ferait-il pas pour ne pas être exclu du sens, rejeté, isolé, puisque ce n’est qu’en étant général qu’il peut exister. Plus ce sentiment d’être séparé est fort (sentiment de ne pas pouvoir correspondre à du général) et plus le désir de sens est fort. Il appartient au désir de l’autre. Il croit que le paradis perdu de l’accord parfait existe. 

Est-ce que ce général pérenne existe ?

« L’artiste est l’homme libre par excellence. » (Marcel GAUCHET)

« L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. » (J.P. SARTRE)

« Un philosophe doit aussi enseigner, pas seulement de la philosophie, mais aussi du savoir. » (Michel SERRES)

« L’amour, c’est l’essence dans le moteur ; c’est la condition émotionnelle pour que l’épanouissement ait lieu mais ce n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est l’action, la dynamique de vie ». (Serge HEFEZ)

La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents. (CYRULNIK)

« Tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton coeur. etc.. »

Ce qui est vu comme général et comme permanent, c’est à dire objectif : –> l’artiste, –> ce qu’il se fait, –> savoir, –> l’action, –> l’art de naviguer, –> aimeras. Tout le monde a saisi ?

En effet, pourquoi conserver et valoriser l’idée qui vous vient à l’esprit en lisant ces mots si vous savez que chacun donne un sens différent à « l’artiste », à « ce qu’il se fait », à « savoir », à « l’action », à « l’art de naviguer », à « aimeras », si ce n’est pas un sens commun, si ce n’est, et si ce ne sera toujours que votre idée ? Pourquoi conserver l’idée qui vous vient à l’esprit quand vous lisez ces mots, si cette idée de l’artiste, ce qu’il se fait etc évolue, varie ? N’avons-nous pas déjà assez cherché en vain ce supposé général pérenne ?

Pensez-vous que ces gens voulaient simplement témoigner de leur propre vision des choses ? Autrement dit, pensez-vous qu’il faille interpréter leurs propos de la façon suivante par exemple :

Il pense que d’être un artiste, selon la conception qu’il en a, doit lui permettre d’être un homme libre.

Il pense qu’il sera résilient s’il est capable d’appliquer son idée de l’art de naviguer dans les torrents.

Ou n’auraient-ils pas de plus grandes ambitions ? Parce que si c’est le cas….

Décrivez-moi votre : « artiste » votre « ce qu’il se fait », votre « action » votre…. etc) Allons.

A« artiste » ne correspond aucune une réalité objective, aucune réalité commune de référence – il n’y a pas même d’expérimentation possible de cette réalité – il n’y a que la représentation propre, intime, ponctuelle, changeante de chacun de « artiste ».

A « ce qu’il se fait » ne correspond aucune réalité objective, aucune réalité commune de référence – il n’y a pas même d’expérimentation possible de cette réalité – il n’y a que la représentation propre, intime ponctuelle, changeante de chacun, de « ce qu’il se fait »…

A «  art de naviguer «  ne correspond aucune réalité objective, aucune réalité commune de référence – il n’y a pas même d’expérimentation possible de cette réalité – il n’y a que la représentation propre, intime, ponctuelle, changeante de chacun de « art de naviguer ».

A « aimeras «  ne correspond aucune réalité objective, aucune réalité commune de référence – il n’y a pas même d’expérimentation possible de cette réalité – il n’y a que la représentation propre, intime, ponctuelle, changeante de chacun de aimeras

Tout d’abord parce que ces réalités communes de référence seraient de l’ordre de l’esprit, de l’essence humaine, d’un général abstrait. Comment un général humain abstrait pourrait-il être une réalité commune de référence ? (Alors avec quoi, en fonction de quoi, pourquoi quelqu’un jugerait-il mes représentations ?)

Inutile de courir après un accord général véritable, une reconnaissance définitive, grâce aux mots. Cela n’arrivera jamais.

Il en va ainsi de toutes les idées à son sujet que l’on a cru, à tort, générales, que l’on a adoptées pour cette raison, dans l’espoir d’une correspondance à un général. Elles ne l’étaient pas. 

Nous sommes véritablement des amphibies ou des êtres doubles : nous vivons dans le monde sensible et dans le monde du symbole ou du sens. Et de même que l’organisme vivant est soumis au premier, fait intégralement partie du premier, le sujet (du sens) fait intégralement partie du second, il n’aura jamais raison du second, du mot. Il lui appartient. Le mot n’a que faire de n’apporter aucune garantie. Or, les mots nous font entrer dans un monde abstrait, théorique, idéologique, systématique et nous coupent de ce que nous ressentons quand ils ne peuvent déboucher sur aucune expérience véritable.

 

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