LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

30 juin, 2012

AUTORITE MORALE

Classé dans : Bien — inconnaissance @ 11:07

J’ai des convictions, et je me bats pour elles. (Et, éventuellement, je vous bats pour elles) 

Etre bien intentionné, chercher le bien, c’est toujours bien vu, cela va de soi. L’essentiel est de montrer que l’on veut le bien des autres, du monde, de soi. Le contraire est inimaginable. C’est ce qui fait dire (SOCRATE par exemple) que personne ne fait le mal volontairement – le mal en tant que mal, parce que c’est le mal, parce que l’on se repait de la souffrance causée ainsi à autrui et qu’on en est fier. (identification au mal).

Le problème, c’est que chacun parle, pense, agit en fonction de son idée personnelle et particulière du bien et que cette idée est rarement clairement exprimée. L’inconvénient, c’est que se mettre au service du bien, c’est à dire au service de son idée du bien, c’est, comme on va le voir, se lier les pieds et les mains. Ce n’est pas qu’il faille se mettre au service du mal, mais il faut ne se mettre, sérieusement, au service d’aucune idée, fusse-t-elle celle qui nous gratifie tant à cause du bien qu’elle suppose.

La liberté de penser est souvent mal accueillie tout simplement parce que c’est la liberté de suivre sa propre idée de son propre bien, idée différente des autres (et surtout des idées dominantes). Rapidement, de par la généralisation des mots, cela devient un projet de société, un bien qui inclut les autres sans leur demander leur avis, et c’est un procès que l’on fera, et souvent un procès d’intention. Il faut être fort à ce jeu de construction, il est plutôt réservé à une minorité. Certains feraient autorité pour légiférer à ce sujet et le font savoir.

On en arrive à vouloir construire une société idéale comme le faisaient les grands idéologues du XIX-XXe siècles ou comme le font aujourd’hui des idéologues plus sournois ou à vouloir construire des micro-sociétés idéales comme le font aujourd’hui une multitude de micro-idéologues sévissant dans de nombreux domaines. Merci, on n’a pas besoin qu’ils nous disent ce qui est bien pour nous. Cela, c’est notre affaire. 

Et justement, comme il n’est pas question de nous demander notre avis, il ne s’agira pas du bien souhaité par nous mais du bien d’un concept abstrait : du bien de l’Homme. Où irait-on si on devait mettre de la démocratie dans chaque micro ou mini-société : institutions, entreprise, école, famille ? Non, il vaut mieux une idée vague du bien, une idée vague et abstraite de l’Homme (voir la politique où on est toujours pour la paix, contre la guerre, pour le progrès contre la régression, pour la raison contre la déraison, pour la justice contre l’injustice, pour le sérieux contre ce qui est fantaisiste, pour l’équilibre contre le déséquilibre, pour l’action, contre l’inaction etc Indigent ! ).

Notons que comme chacun se fait une idée différente de l’idée générale du bien, que notre idée personnelle du bien n’a pas fait l’objet d’un examen, que l’on n’a pas vérifié non plus qu’elle correspondait à l’idée générale du bien, ce sera une sérieuse source de malentendus.

On est bien obligé de se rendre compte que l’on dépend fortement de cette référence constante à une idée du bien parce qu’elle nous légitime aux yeux de tout le monde et à nos propres yeux et qu’elle nous motive.

Attention ! Quand on est gavé de bons sentiments, on éprouve le désir, le besoin de faire le mal pour rétablir l’équilibre. « Qui veut faire l’ange, fait la bête » disait PASCAL. Action, réaction disait mon prof de physique. Avis aux moralisateurs frénétiques. 

Ne soyons pas surpris. Cette idée directrice, obligatoire d’un bien procède directement de l’image du modèle humain qui nous possède, qui nous demande sans cesse des comptes. Image : pur produit de l’imagination, pur fantasme de perfection, pur fantôme, pure chimère. Les modèles humains, c’est comme les avis, on en a tous un. Parler au nom de son idée du bien, rechercher le bien – et quand on parle ainsi, cela signifie que ce bien, au singulier, doit être général – prouve que l’on est esclave d’une image mentale. 

On s’est plus ou moins fortement identifié à notre idée profonde du bien ou du modèle. Elle ne nous quitte pas. Si on en doutait, il suffirait de regarder dans quelle mesure nous espérons, voulons, parfois exigeons que les autres l’adoptent, à quel point nous luttons pour la faire triompher ou à quel point nous sommes anéantis lorsqu’elle est battue en brèche.

Car cela ne tient pas debout. Il n’y a pas de bien commun pérenne. Le bien de qui ? De l’Homme ? Il n’y a pas d’Homme commun, il n’y a pas d’essence humaine et encore moins pérenne. Seulement la langue n’arrête pas de nous induire en erreur en suggérant, en faisant passer l’idée qu’à chaque mot commun, pris comme base de départ (à chaque signifiant reconnu), correspond un référent réel, commun – ou que comme le mot est commun, la chose qu’il désigne doit être commune – même quand aucune réalité sensible ne peut être trouvée. Alors on l’imagine. On ne cesse pas de l’imaginer et d’aimer ce produit de l’imagination. (Cela fait tellement longtemps que nous croyons en la réalité de ce que nous imaginons sur la base d’histoires que l’on nous raconte, pour peu que ceux qui nous les racontent sachent s’y prendre et passent pour savoir. N’est-ce pas hallucinant l’influence, le pouvoir, de ces mondes imaginaires ! )

L’idée d’une essence humaine – quelque chose qui serait commun – n’est suggérée, introduite par aucune perception, aucun ressenti. Elle est uniquement suggérée par les mots et leur prétention à la généralité. C’est parce que le mot est censé être le même pour tout le monde que son référent est censé être le même pour tout le monde. Référent imaginaire dont le caractère commun est imaginaire. L’essence. C’est parce que l’on dit Homme en pensant à tous les individus et qu’on l’imagine, parce qu’on dit n’importe lequel des mots abstraits – moraux ou psychologiques par exemple – à leur sujet, et qu’on les imagine, c’est parce que chacun de ces mots est censé être valable pour tous les individus, commun à tous les individus, que l’on se met à chercher l’homme – le même – dans tous les individus, l’attribut – le même – dans tous les individus, à croire en leur existence.

En est-il ainsi ? Parlons-nous du même homme ? Impossible puisque l’on ne fait que l’imaginer. Aucune réalité sensible accessible à tous n’est disponible. Ce qui est sensible ne dit pas qu’il est commun, universel. 

Qu’est-ce qui n’est pas modèle commun imaginaire ? Chaque concept de valeur, chaque mot à propos des hommes contient un modèle (revoir tous ceux des citations) et chaque concept, chaque mot, s’il n’est pas vu comme ayant un sens différent pour chacun, fait de ce modèle, un modèle général, commun. 

Et puis, à partir du moment où l’imagination entre seule en ligne de compte, le malentendu-bluff est au centre de la communication. Ce qui serait totalement étranger à soi comme unicité de l’autre, on ne peut le concevoir, le comprendre. Ce qui est unique, on ne peut le transmettre. (voir l’article « Transmission ou transfert »). Contre cela, pour sauver l’idée d’une autorité morale, il ne reste plus qu’à faire croire à l’autre que ce qu’il comprend est ce qu’on voulait dire, que son interprétation est correcte.

Ainsi, tout le monde fait comme s’il savait de quoi il parle quand il parle de généralités, d’essences, c’est à dire quand il nomme. Vérité d’évidence qui passe de génération en génération. Pour ne pas avoir l’air idiot, pour ne pas mettre en question le savoir de l’autre, pour ne pas s’opposer à tout le monde, on le croit, on finit par admettre que ces généralités auxquelles on pense alors, sont ces généralités mêmes auxquelles les autres font allusion (voir la persuasion-mère, le référent du tu qui doit être le même tout le temps et quel que soit celui qui dit tu, ou du je qui fait référence au référent du tu) D’où l’importance extrême de toute la mise en scène, de l’entraînement, de la persuasion, de la conviction, des sentiments dans la communication ou dans les citations en question.

En effet, imagination et émotions/sentiments vont ensemble. Pour faire plaisir, pour éprouver les plaisirs de la communion, pour faire confiance, on participe aux sentiments exprimés pour des idées, concepts, conclusions. Si on devait rester totalement insensible à ces sentiments, émotions, élans, répulsions, si on n’acceptait pas d’imaginer et d’investir ce produit de l’imagination, que resterait-il de raisons, de démonstration, de preuves que l’auteur a raison ? 

On sait trop bien, n’est-ce pas, quel effet a eu sur nous, quand on était enfant, quel effet a encore sur nous la conjugaison de l’aura d’une personne, de l’aura du verbe quand il semble précieux, et du désir de savoir. Imagination et sentiments sont les deux mamelles de l’ignorance. 

Quand tout le monde est prisonnier d’un modèle humain et de son bien, comment rejeter la recherche du modèle et du bien chez les autres ? Comment nier la bonne intention des autres à notre égard ? Comment rejeter leur désir ? Comment ne pas leur faire confiance ?

Une bonne partie de la considération que nous accordons aux autres ne vient-elle pas du fait que nous leur attribuons de bonnes intentions à notre égard.

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