LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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20 juillet, 2012

UNE CERTAINE IDEE DE L’AUTRE

Classé dans : Autre — inconnaissance @ 20:48

On peut être content de tomber sur des exemples flagrants de ce qu’il ne faut pas faire, sur des erreurs grossières, très répandues, dont on n’est pas indemne. C’est très éclairant et salvateur.

Parmi ces idées fausses, il y a celle qui nous entraîne sur la voie de la régression, de l’infantilisation, voire de la négation de soi. C’est une certaine idée de « l’autre » ou de l’altérité. Idée chrétienne, psychologique, sociale. Idée qui inspire par exemple ce genre de « chose » ! :

«Le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres «(CYRULNIK)

Autant dire : admettre son incomplétude, admettre que l’on dépend des autres pour exister, partir à leur recherche, trouver les bons « autres », s’en nourrir, s’y référer. 

ou bien cette protestation d’Alain FINKIELKRAUT dans l’émission « Répliques » du 19/11/2011 « Malaise dans la civilisation » à propos d’un enfant qui se permet de sortir sa video-game pour y jouer devant un médecin qui lui a sauvé la vie quelques années plus tôt. (Comment ? ! ! ! ! Et la reconnaissance éternelle due ? Et le devoir d’attendre du médecin la permission ? Mais le médecin n’a fait que son travail, un travail pour lequel il était grassement payé) 

Rappelons-nous, si possible :  nous avons commencé par peser autant que les adultes de notre entourage. Et puis il s’est passé quelque chose, et nous nous sommes mis à peser de moins en moins dans l’existence, ou à rapetisser. Comme si on nous avait inoculé un produit pour nous dissoudre ou nous rétrécir.

Trouverons-nous légitimes ces questions :

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’une comparaison. L’est-il ?

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’une dévalorisation. L’est-il ?

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’une remise en cause. L’est-il ?

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’un manque. L’est-il ?

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’un doute. L’est-il ?

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’une admiration. L’est-il ?

L’autre n’est pas, ne doit pas être la conscience d’une dette. L’est-il ?

Si ce n’est pas le cas, mise en doute de sa propre existence, mise en doute de son droit à l’existence, conditionnement de son droit à l’existence, évaluation de son existence.

La société table sur notre besoin de trouver des raisons d’exister. Une occasion de nous faire marcher toute notre vie.

Il s’est passé ce que MAHARSHI évoque :  » Vous avez été tellement habitué à la connaissance relative que vous avez fini par vous identifier à elle. Cette fausse identification a forgé la difficulté à connaître le Soi qui ne peut être objectivé. » et voilà que «Vous avez perdu contact avec-vous-même et vous demandez aux autres de vous guider » … » Pour qui est cette relativité ? Pour qui est cette imperfection ? »

Pourquoi une infantilisation ? Parce que les deux moyens utilisés avec les enfants pour les inférioriser et les rendre dépendants sont l’idéalisation et le devoir de faire plaisir.  (Sommairement : papa, maman)

Pour l’idéalisation, je renvoie, juste pour éclairage, et non comme référence, à ce que dit FREUD de la formation de l’idéal du moi ou du moi idéal, et à toute la stratégie mise en œuvre par les parents et la société pour encourager, confirmer, aggraver cette idéalisation (alors qu’il faudrait faire le contraire).

Pour le devoir de faire plaisir, il faut se reporter à une sorte de synthèse qui s’est faite en Occident, entre le christianisme et l’image de la mère et qui  l’imprègne puissamment.

Christianisme : amour, don de soi, obéir, plaire à Dieu, être serviable etc (vertus à pratiquer)

Image de la mère : aimante, dévouée, tendre, se sacrifiant. (Prioritaire dans nos sociétés) Donc lui rendre, par devoir, son amour en étant gentil, en lui faisant plaisir. Tout cela se marie. 

Idéal. On sait comment cela se passe : les beaux modèles humains qu’on nous fait imaginer, les belles images, ont besoin, pour acquérir du crédit, de la vraisemblance, de la réalité, d’être projetées, plaquées sur des personnes réelles. Affectivité. La sentimentalité, l’affectivité dans laquelle on a baigné est constamment renforcée en se portant vers de nouvelles causes, vers de nouveaux objets,  propres à susciter l’émotion.  (voir le cinéma par exemple)

Rappelons-nous aussi par quels moyens détournés on nous a conduits à embrasser ces idéaux et ces sentiments.

Sentiments et idées se sont réunis et sont transférés, par principe, sur l’autre.  L’Autre.

C’est ainsi que, a priori, il faut avoir de la considération pour l’autre ;  a priori, il faut être serviable ; a priori, il faut être gentil avec l’autre ; a priori, il faut donner de la valeur, trouver des qualités à l’autre ; a priori, il faut chercher à plaire à l’autre ou ne pas lui déplaire ; a priori il faut trouver l’autre précieux ; a priori, il faut faire preuve d’abnégation avec l’autre ; a priori, il faut s’oublier avec l’autre ; a priori, il faut mettre l’autre au-dessus de soi. Comme si on était des enfants.

C’est ainsi que s’est constituée, progressivement, une sorte de religion de l’autre, (très à la mode) renfermant tous les espoirs (intellectuels et sentimentaux) une sorte de mythe de l’altérité où se rassemblent bien des mouvances politiques, sociologiques, psychologiques, spirituelles, et même philosophiques actuelles. L’un parle d’élan, l’autre parle de différences qui enrichissent, l’autre parle de liens, l’autre parle d’ouverture à l’autre etc etc  Entre la spiritualité et la psychologie, le cœur de l’homme actuel balance.

On voit où cela peut mener :  si l’autre est intéressant, est une valeur, par principe, s’il est un tyran, le tyran est intéressant, est une valeur, par principe.

Dès que l’autre se présente, soit il se passe ce dont on parlait plus haut : doute, sentiment d’infériorité, sentiment de devoir, sentiment d’insuffisance ou de manque, timidité, apesanteur ou dissolution, sentiment de culpabilité, sentiment de dette, inquiétude, besoin d’être aimé, besoin d’être reconnu ; soit on attend, on exige de lui qu’il se comporte conformément à ces principes : comment, il a refusé de me rendre service ! ! ! comment, il m’a dédaigné, ignoré ! ! comment, il ne m’a pas renvoyé l’ascenseur ! comment, il n’a tenu aucun compte de ce que je suis, de ce que je représente  ! comment, il ne m’a pas donné ce qui m’est dû.

C’est aussi la religion de la bonne action : bonne action à faire ou fermement attendue.

C’est qu’en vérité, les relations se basent d’abord sur ce qu’il est convenu d’attendre et de donner, sur des us et coutumes, sur des présupposés ou préjugés sociaux etc ce sont les expressions des idées en question. Or, le début d’une relation est déterminant. 

Les tenants des vieilles traditions (dont ils bénéficient) et des valeurs établies peuvent bien invoquer toutes les mauvaises raisons qu’ils veulent, ce qui est en cause, ce ne sont pas des vilenies, c’est la négation ou l’interdiction de l’accord avec soi, c’est le raccordement aux couches profondes de l’être, c’est la dignité consciemment vécue, qui que l’on soit, puissant ou misérable, adulte ou enfant.

Quand les choses viennent à vous, mirez-les  » disait LIN-TSI. On n’est pas obligé de saisir et de trouver merveilleuses toutes les bananes qu’on nous tend et d’être :  » comme un singe qui jette un fruit pour en cueillir un autre sans que cela prenne fin  » (HOUANG-PO)

Ce qui est défendu, c’est l’indépendance, même passagère, par rapport aux critères sociaux et aux convenances ; c’est le fait de ne pas se laisser impressionner ; c’est le fait d’être libre par rapport aux sentiments et émotions environnants ; c’est le fait de ne pas chercher à faire plaisir aux autres, de ne pas chercher à admirer les autres.

Pourquoi est-ce infantilisant ? Parce que c’est présupposer, chercher un désir chez l’autre, désir prioritaire que l’on doit prendre en compte, comme dans l’émission ci-dessus où la dépendance au regard de l’autre exprime un degré supérieur de civilisation.

Ce qui est exigé va de la suspension de conscience en attendant la permission ou les indications de l’autre (exemple de FINKIELKRAUT) au devoir de s’écraser, du contrôle de sa conscience au refoulement général et constant.

Non, si on est capable de tirer, tranquillement, sa video-game ou de s’occuper de ses affaires.

 

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