LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

24 août, 2012

LA FARCE PERMANENTE, 2

Classé dans : Reve — inconnaissance @ 13:36

(petit hommage à Paul VALERY)

Tout le monde, du haut en bas de l’échelle sociale, de façon professionnelle ou personnelle, d’une façon ou d’une autre, veut faire le bien des autres. Pas un bien concret, précis, immédiat, mais un bien moral, existentiel, futur. Et tout le monde est en recherche, recherche ce bien général. De l’artiste qui veut faire réfléchir ou qui veut signifier quelque chose, au marchand qui vend un rêve de bonheur, du psy qui connaît la voie de l’équilibre au voisin qui vante ses solutions, du spirituel au politique, tout le monde se mêle de vouloir faire le bien de tout le monde et tout le monde cogite pour trouver ce bien.

Même façon de s’identifier à un moi imaginaire qui dans un monde imaginaire atteindrait un bien imaginaire général.

Tous ces gens veulent tellement être bien, et nous aussi, qu’il leur est facile de nous entraîner avec eux dans leur recherche sans fin : la recherche d’un sens du bien global, qui mettrait en perspective tout ce qui arrive.

La généralité de ces solutions qui n’existe pas mais qui se met à être crédible dès qu’on invente le mot : « La généralité n’apparaît qu’avec les symboles «  (Paul VALERY) Avec le symbole, naît l’idée de généralité.

Car, ce n’est pas seulement, comme nous le disions, que nous refusons que la vie, le monde, n’aient pas un sens, ne répondent pas à un dessein – on dégage des sens généraux de type politique, sociologique, culturel, génétique etc qui peuvent être intéressants quoique discutables et limités- il faut aussi que ce sens soit un sens de bien, que ce dessein soit moral en quelque sorte. Mais rappelons que le bien n’est rien d’autre que la satisfaction du désir du maître, de l’autorité.  Seuls, ayant à le trouver par nous-mêmes, nous sommes démunis, perdus.  Car ce sens de bien général et durable, à trouver absolument, n’est pas fourni par notre observation du monde ou des autres ou par la réflexion.

Nous en sommes toujours au même point depuis la petite enfance : ce sens de bien découle de la demande, du désir des gens que nous admirons ou avons admirés, que nous avons en haute estime ou que nous avions en haute estime, puis de figures plus abstraites et idéales prenant le relais. Il s’agit d’une demande de nature morale. (exemple : la religion) Les satisfaire = faire le bien. (Remarquons que mépriser tout le monde = disparition de la croyance en un bien)

Le fait que nous ne savons pas, le fait que nous cherchons, c’est ce que l’on cache. «Ce qui est toujours dans l’esprit n’est presque jamais sur les lèvres. » (Paul VALERY)

Le fait que nous jouons à être celui qui a trouvé ou qui connaît quelqu’un qui a trouvé, c’est ce que l’on montre.

(On a vu pourquoi la langue, dans la communication, jouait en faveur des idées convenues, des clichés, des conventions «Clarté est convention Une idée est claire quand nous faisons convention avec nous-mêmes de ne point l’approfondir. » (Paul VALERY).

C’est ce qui explique, in fine, après toutes ces admirations et identifications successives, que la pensée de bien ou de mal surgit, avant même que nous ayons eu le temps d’enquêter et de réfléchir.

C’est ce qui explique que même sans mépriser, il est très difficile de cesser d’idéaliser, parce que l’espoir de trouver quelqu’un qui nous demanderait quelque chose au nom d’une véritable connaissance du bien général, nous permettant, du même coup, de faire le bien et de se penser « bien », est à ce prix..

Les psy, parlent aussi de l’enfant qui se construit dans le regard de l’autre. (Elles n’ont pas fini de fantasmer les minorités dites victimes de discriminations) C’est un peu vague.

Il y a un jeu de miroir qui commence à l’aube de notre existence et qui risque de continuer jusqu’à sa fin. On en connaît les formes actuelles les plus apparentes. Tout ce qu’on fait, c’est pour en rendre compte aux autres, pour en témoigner, pour obtenir un feed-back, une existence identitaire, cette identité étant sociale mais aussi chargée moralement. Même une expédition en solitaire doit être racontée. Penser à tout ce que l’on ne ferait pas, si cela devait rester à jamais absolument inconnu de tout le monde.

Même le soldat qui part à la guerre, au-delà de son désir de servir, d’être utile à son pays, espère bien en tirer un bénéfice pour lui-même, jouir quelque part, soit à l’occasion de ses actions soit en obtenant reconnaissance, admiration, récompense etc Combien partiraient encore si on leur disait : vous allez connaître des conditions de vie atroces, mourir probablement, et être ignorés, voire méprisés par le reste de la population ? Il y a beaucoup d’illusion là-dedans.

D’ailleurs « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » (Paul VALERY)

Il est étonnant de constater la confiance, la crédibilité, l’importance qui sont accordés aux exigences ou demandes d’organisations officielles comme des entreprises, des institutions sans aucun esprit critique, par pure conformisme.

Toute forme sociale reconnue peut demander ce qu’elle veut : elle tire avantage de ce besoin qu’on a tous de répondre à une demande de quelque représentant de l’autorité – bien sous tous rapports – pour penser qu’on fait le bien. Mais seule l’image sociale de cette organisation, de cette institution nous garantissent que l’on fera le bien.

Pour résumer  : «Plaire à soi est orgueil ; aux autres vanité » (Paul VALERY)

C’est à dire qu’en fait tout a découlé de la nature des relations entre les hommes et surtout entre le petit enfant et les adultes puisque le bien et le mal découlent de l’existence d’un sujet supposé savoir.

(Dieu dit :que le fait de manger du fruit de l’arbre soit mal, et le fait de manger du fruit de l’arbre devint mal)

Ce sujet détiendrait un savoir et ce savoir est jugement.

A quoi cette foi dans l’existence d’un bien général et dans la possession par certains de la connaissance de ce bien mène-t-il ? A des fantasmes nombreux et stupides sur la qualité, la valeur des autres, à la religion de l’autre ( religion : le fait de sacraliser un principe puis de l’avoir en dévotion ), à courir après d’innombrables valeurs représentant des modèles humains, à se laisser berner par tous ceux qui parviennent à parler au nom de nos valeurs, et à cet éternel et malheureux malentendu : que ce que l’on fait ou essaie d’être, c’est pour plaire à l’Autre, pour être dans le bien défini par l’Autre, espérant une récompense, alors que l’Autre ne s’est pas engagé et ne rend aucun compte.

C’est pourquoi les tenants de la religion de l’autre – dans la veine de «Il faut que chaque jour soit action et communication vers les autres» (Martin GRAY)« – sont stupides ou malintentionnés.

Le retour à l’idéalisation, à la mythification, de l’autre en général, de n’importe quel autre est toxique

En effet, puisque c’est l’autre qui définit pour nous le bien et le mal, à travers ses demandes pour peu que nous l’idéalisions ou le surestimions si peu que ce soit, cela revient à multiplier les problèmes, les cas de conscience, les sentiments de culpabilité, les exigences, les phases d’enthousiasme et de dépression. N-a-t-on pas déjà eu assez de modèles comme cela dans notre vie, des modèles que nous avons cherché, nous le regrettons maintenant, à imiter ?

Si déjà, il faut voir en n’importe quel autre quelqu’un d’intéressant, s’il faut en faire un objectif, combien l’aliénation va être terrible si en plus cet autre occupe une place emminente dans la société.

Un tel a priori positif, la recherche obstinée de la valeur de l’autre, amoindrit le discernement, nous interdit presque d’avoir une opinion négative quand c’est nécessaire.

On retrouve le schéma faux de l’amour, propre à la religion. Faux car on n’aime pas si on conditionne son amour à la satisfaction de ses propres désirs. Non, on n’aime pas plus si on répond à une demande, pas moins si on n’y répond pas.

Les vraies relations sont égalitaires, elles supposent que l’on soit naturel, sincère, spontané, que l’envie soit là. Le principe de l’élan vers l’autre étant posé, fini la liberté. Il faut être au service de l’autre, faire de l’autre un objectif, et s’effacer soi-même.

L’expérience montre qu’un sentiment préconçu est rarement pertinent. Or, par nature, ce sentiment veut convaincre, toucher. Danger, car « le contenu d’un sentiment semble pouvoir croître ad infinitum «  (Paul VALERY)

Se rend-on compte : si le sens profond, nécessaire, du monde et de la vie est un sens de bien ou de mal, si chaque chose, chaque événement, s’inscrit dans ce cadre et reçoit son sens de bien ou de mal, si tout est vu à l’aune d’un jugement moral, à quel point notre responsabilité est engagée, à quel point tout devient dramatique, pesant. Et tout ceci repose sur une simple hypothèse jamais vérifiée, sur une idée gratuite, selon laquelle il y aurait un sens général à la vie, au monde, un sens de bien et de mal et qu’il serait détenu par l’autre.

D’abord, il faut un sens parce que nous nous pensons et que, en tant qu’objet de pensée, nous dépendons d’une pensée. Puis il faut être bien parce que cette pensée est faite de jugements moraux. Nous ne pensons pas l’homme en termes scientifiques, neutres, mais en termes d’idéal, sous forme de jugements. Les concepts de valeur duels impliquent un objectif louable et un mal à proscrire. Nous ne sommes pas indifférents, amusés, quand on nous traite de ceci ou de cela.

«Le débat religieux n’est plus entre religions, mais entre ceux qui croient que croire a une valeur quelconque, et les autres(Paul VALERY)

 

 

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