LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

17 août, 2012

LA FARCE PERMANENTE, 1

Classé dans : Reve — inconnaissance @ 10:37

«Il était une fois un sot qui se promenait à dos d’âne, il portait dans la main droite un seau d’eau, et dans la gauche, le sceau du roi, l’âne, tentant un saut, trébucha, les trois [so]s tombèrent. Dans une dictée, comment écrire le dernier |so] de la phrase ? » C’est impossible évidemment. A trois choses différentes doivent correspondre trois mots différents. On ne peut les confondre, les désigner en un seul mot.

Il y a autant d’amours, de raisons, de biens, de fidélités que d’individus. On ne peut les désigner avec un seul mot. La chose unique, commune aux hommes qui serait l’amour ou la fidélité, etc n’existe pas. C’est un mythe. Mais là nous parlons de l’amour, de la raison etc vécus.

Mais si ce n’est pas d’elles, de quoi parlent-ils ? Leur- a-t-on posé la question : mais de quoi parlez-vous ? On entend d’ici la réponse machinale : ben, de l’amour.

S’il s’agit de l’amour idéal, de la raison idéale, de la fidélité idéale qui serait l’apanage de l’Homme modèle, ils n’existeront jamais que dans leur imagination, chacun d’ailleurs se faisant une image différente de cet idéal.

Donc ils ne savent même pas ce qu’ils font. Il s’agit des hommes, mais cela ne dépend pas des hommes. Ils persistent à confondre l’univers de leur pensée avec la réalité, ou ils croient que la raison ou l’amour etc auxquels ils pensent est véritablement l’amour ou la raison réels, comme cet hurluberlu qui croit en l’existence des éléphants roses qu’il imagine ou comme ce sot qui essaie d’écrire le mot qui désignerait les trois [so]. Ils prennent leurs désirs pour la réalité.

Ils vous invitent à un jeu de cache-cache avec vous-même. S’agit-il de l’amour, de la raison, du bien commun, de la fidélité etc dont vous vous êtes fait une idée d’après vos lectures, vos conversations (c’est de l’ordre de la culture, c’est votre idée de la généralité amour ou de la généralité raison etc ) ou s’agit-il de vos propres expériences, ressentis ? Ils vous invitent à passer de l’un à l’autre pour leur plaire, et à croire qu’ils parlent de l’un et de l’autre, mais vous ne devez pas interroger cette ambiguïté. Ce qui est amusant, c’est leur candide confiance dans le fait que vous accepterez de jouer sur les deux tableaux.

Le suspect dit au policier qui l’interroge et lui brosse un scénario : qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ?

Le bonheur, c’est d’avoir quelqu’un à perdre.” (Philippe DELERM)

«Donner un sens à ma vie, c’est donner un sens aux petites choses, pour qu’elles ne se changent pas en acquis, mais demeurent des dons : un moment partagé avec mes enfants, mes amis ou l’homme que j’aime ; le goût de la nourriture, du vin, du café, le goût d’un livre, d’un ciel, d’une musique, le goût du silence aussi, et bien sûr, le goût du travail. » (Véronique OLMI) 

« Il faut que chaque jour soit action et communication vers les autres » (Martin GRAY) 

Qu’est-ce que nous avons à voir là-dedans ?

Eh bien nous sommes le poisson, l’auteur est le pêcheur, et ces concepts de valeur sont l’appât.

Dans la foulée, puisqu’ils prétendent connaître l’amour, la fidélité, la raison etc qui existent chez vous et chez tout le monde, ils en viennent à parler au nom de l’amour, de la raison, de la fidélité etc générale, commune, pour en tirer les conclusions qu’il faut et faire des prescriptions à tout le monde, quand ils ne font pas comme si nous devions avoir les mêmes sentiments qu’eux à l’égard de leurs valeurs ou références. Quasiment comme s’ils avaient le monopole de l’amour, de la raison, de la fidélité etc (puisqu’ils affirment et jugent les gens) Ben voyons !

On sait maintenant pourquoi cela fonctionne ainsi, c’est pour que nous essayions d’incarner ou de ne pas incarner (jugement) leurs concepts, que nous prendrons comme des références.  Comme on ne pourra pas répondre à la question : le bien de qui ? L’amour de qui ? La raison de qui ? La fidélité de qui ? etc etc il s’agit de négliger, de nier les individus et de poser qu’il y a une vérité de l’amour, de la raison etc qui ne dépend pas des individus. Aux hommes de tendre vers elle, de l’atteindre, de témoigner pour elle. Il s’agit des hommes, mais cela ne dépend pas des hommes.

Marche à l’ombre!

  http://www.youtube.com/watch?v=Jux0ZxATNWk&feature=related

La farce ne s’arrête pas là.

C’est aussi l’histoire de quelqu’un qui jouerait un personnage dans un monde fictif, hypothétique  (on dirait que la vie s’apprend, qu’on serait dans un torrent, que Dieu existerait, qu’il y aurait un malaise existentiel etc ) alors je serais celui qu’il faut (un homme d’action, un Estanguet, quelqu’un qui a appris etc) et youpiie, c’est la réussite ! C’est chouette !

Ainsi s’expliquent, si vous ne riez pas, votre désenchantement, votre agacement, votre tentation, votre lassitude, votre malaise, votre impuissance et votre fatigue depuis le temps que ça dure. .

Car la question se pose : de qui parlent-ils ? A qui s’adressent-ils ? Qui est concerné ? Qui devrait retenir et prendre en compte ces propos ? Quelle est leur arrière-pensée en nous racontant cela ? Que nous veulent-ils ? Qu’est-ce qui donne un sens au fait de nous raconter cela au lieu de se le dire à eux-mêmes et de nous laisser tranquilles ? Ils se cachent à eux-mêmes leur intention et la vraie nature de leur démarche.

C’est à nous qu’ils s’adressent et c’est nous qu’ils essaient de mobiliser. Leur arrière-pensée : nous gagner à leur cause ou conforter le sujet supposé savoir. C’est le sens de leurs propos. Un nous qui déciderait et voudrait aller dans leur sens est sollicité. Que savent-ils de cette entité, en nous, capable de décider et de vouloir ? Rien. Cela n’a pas d’importance. Le message subliminal, c’est qu’ils comptent sur le fait que nous serons d’accord de faire comme si….comme si notre décision et volonté allaient vraiment pouvoir obtenir les résultats prévus. C’est qu’ils comptent sur le fait que nous n’allons pas briser la foi, la confiance, le crédit accordé à l’avance. Leur dépendance et leur prétention à le cacher est risible. Narcisse au pouvoir.

Ils sont un rêve. Ils conçoivent mentalement un monde dont ils seraient le connaisseur. Mais ce monde est peuplé de choses qui n’existent pas comme on l’a montré au-dessus. Il s’y passe des actions totalement théoriques, des actions qui n’ont jamais lieu ici et maintenant. Dans ce monde imaginaire, il y a un personnage imaginaire (nous) qui fait des choses imaginaires, sous l’oeil du connaisseur. Marche et rêve.

« Le si est un instrument essentiel de l’action mentale. » (Paul VALERY)

Ce qui n’est pas rigolo, c’est que si on n’y prend pas garde, si on fonctionne selon ce schéma, on se prépare bien des tracas. Car c’est de cette façon que les pensées ont du pouvoir sur nous. Chacune d’elles représente une scène avec un ou des personnages. Adhérer, aimer, épouser cette pensée pour des raisons diverses (parce qu’on a cru celui qui nous l’a transmis par exemple, c’est adhérer, épouser, du même coup le personnage qui dans cette scène nous représente. C’est s’identifier à lui.

C’est leur espoir : que nous croyons en l’existence de ce monde en adhérant à leurs propos, de façon à ce que l’on s’identifie à ce personnage du rêve.

L’immanence divine est telle que l’homme prend conscience de l’action de Dieu sur lui ” (Théologie catholique)

Je ne sais pas de quelle immanence divine vous parlez. Mais qui vous permet de parler au nom de l’immanence divine ? J’ai autre chose à faire que de m’amuser à imaginer un monde où je prendrais conscience de l’action de Dieu sur moi.

« Ce qui serait l’idéal, ce serait le bien commun. Devant le mal propre, il y aurait le bien commun. Ce serait une symétrie magnifique. Et j’y ai pensé évidemment le second jour après l’impression. Ma conclusion c’est de dire que de plus en plus le droit doit viser la question du bien commun. (Michel SERRES)

Je ne sais pas de quel bien commun vous parlez. Mais qui vous permet de parler au nom du bien commun comme si vous le connaissiez, comme s’il existait ? J’ai autre chose à faire que de m’amuser à imaginer un monde où je viserais ce bien commun supposé. Et pourquoi devrais-je croire que je peux être cet homme, dont vous parlez, qui viserait votre bien commun ? Etc

Nous ne quittons pas l’imaginaire. On sera convaincu si cela nous plaît, nous conforte dans nos opinions. (On verra pourquoi), pas parce que des preuves sont apportées. Aucune preuve ne peut être apportée quand il s’agit de nous.

Avec les enfants qui ne parlent que pour eux, qui ne généralisent pas, qui ne pensent pas pour les autres, qui nous laissent tranquilles en ne cherchant pas à nous convertir, à passer pour quelqu’un qui posséderait ce savoir général, cette attitude est honteuse. 

 

 

 

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