LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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3 juillet, 2014

LE BIEN-PORTANT IMAGINAIRE

Classé dans : Sacre — inconnaissance @ 14:23

Il est dangereux, pour un malade, de se croire bien-portant. Non seulement il ne risque pas de soigner sa maladie, mais, si elle est contagieuse, il risque de la transmettre à beaucoup d’autres.

Depuis que les hommes ont décidé de se regrouper et de vivre en société, ils font de la société un sujet de réflexion. Avec le temps, le développement et la complexification des sociétés, avec leur montée en puissance, ce sujet est devenu majeur, prioritaire, obsédant. Il a même saturé leur esprit. La question de savoir : qu’est-ce qu’une société, qu’est-ce qu’une bonne société, qu’est-ce qui doit la fonder, quel rapport entre une société et ses membres, comment organiser la société, quel sens lui donner, comment la faire évoluer, comment la préserver etc etc a donné naissance à de multiples disciplines.

Même les religions, à partir du moment où elles sont devenues institutions, ont pour vocation, comme on vient de le voir, de donner un sens à une société, d’inventer une certaine organisation de la société. (Rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu, ce qui appartient à Dieu, c’est une certaine conception de la société)

Dire : société ou collectivité, c’est la penser. La penser, c’est faire de l’ensemble de ceux qui la constitue, un objet de pensée. Faire des individus que l’on fait entrer dans une société un objet de pensée, c’est trouver le lien entre eux, c’est donner un sens à l’objet, à l’ensemble. Un certain sens dont le but sera, fondamentalement, obligatoirement : l‘existence, la préservation, les intérêts de cette collectivité. (car peu nombreux sont ceux qui pensent la société dans le but de la discréditer, de la détruire, de détruire leur objet de pensée. C’est très mal vu)

En conséquence, toutes ces disciplines, de la philosophie, de la théologie, à la politique, en passant par la psychologie, la morale, la littérature etc traitent de ce qu’on appelle : les mœurs, les règles de vivre-ensemble, les relations humaines souhaitables. Les bonnes et les mauvaises, leurs justifications, leurs améliorations. Il n’y a pas de sujet plus important. Qu’est-ce qui échappe, aujourd’hui, à ce domaine ? Qu’est-ce qui n‘est pas une contribution à ce domaine ?. Quand pensons-nous hors de ce domaine ? Penser la société, c’est un super-super jeu de société, tout le monde le pratique. Assidument.

Et pourtant, « société », « collectivité » « nation », « communauté » ? Qu’est-ce que c’est ? Vous avez trois heures pour dire ce que c’est. Et ne vous trompez pas. Votre réponse doit être exactement la même que celle de tous les autres candidats. Sinon, c’est la pagaille. Non, c’est hors-sujet, la question n’était pas : qu’est-ce qu’une société doit être, selon vous ? Mais qu’est-ce que c’est, une société ? Qu’est-ce que ça veut dire : une société ?

On voit quelqu’un, une personne. On ne dit pas que l’on a là, devant soi, une société. On voit deux personnes. On ne dit pas que l’on a, là, devant soi, une société. Il en faut combien, d’individus, pour dire que c’est une société ? Et où est la société, en dehors de cet individu, de cet autre, de cet autre, de cet autre rassemblés ? Où ? Montrez-la moi que je l’étudie.

Malaise. Et pourtant, c’est le sujet constant de vos pensées et de vos échanges avec les autres. Voici la réponse : une société, ce sont des normes pour les relations humaines. Vous comparez toujours (toutes ces disciplines comparent toujours) vos relations, les relations des autres, à un modèle, à des normes. D’où viennent ces normes ? Qu’est-ce que c’est que ces normes ? C’est forcément une construction, une théorie.  Pas étonnant que chacun ait sa théorie à lui. Pas étonnant que l’on cherche toujours celui qui possédera la vérité à ce sujet – pour être enfin tranquille, avoir la réponse, avec la preuve, par le résultat, que c’est la vérité – sans jamais le trouver. (Malgré les religions. La théocratie, ça marche pas) Pas étonnant que ceux qui veulent péter plus haut que leur « c .. » qui prétendent mieux savoir que les autres veuillent par tous les moyens imposer leur idée aux autres ou se mettent en colère quand leur idée est remise en cause ou se font les porte-paroles de ces normes. (Que moi j’ai des diplômes ou que je suis le chef…)

Voici ce qui, certainement, nous occupe déjà pas mal l’esprit sans parler du reste. D’une part le comportement des autres ne correspond pas à nos attentes. Nos attentes, c’est l’idée que nous nous faisons du modèle commun. On veut que l’autre soit conforme à notre idée du modèle. Mais cette idée n’est que notre idée. D’autre part, nous craignons d’avoir froissé les autres en allant contre ce que nous pensons être le modèle commun . On croit que l’autre s’attend à ce que nous soyons conformes à notre idée du modèle. Mais ce n’est que notre idée du modèle. Toujours on se réfère à un supposé modèle unique commun. Hypothétique.

Définissez ce modèle commun, chacun dans votre coin. Vous avez une heure.

Cet usage tourne au vice. On en vient à abuser de cette obéissance aux normes pour déstabiliser, culpabiliser les autres.

- Vous n’êtes pas très gentil

- Je suis ce qu’il me plaît d’être.

Donc on est complètement obsédé par une question qui n’a jamais de réponse. On cherche le sens de ces relations, de ces normes. Mais on n’est pas conscient d’être obsédé à ce point et d’être obsédé par cette question-là. En outre, notre monde est devenu si peuplé, si complexe, si culturel, si organisé, si problématique, que la question a maintenant des proportions et des effets gigantesques en chacun de nous. Je vous dis : nous sommes des bien-portants imaginaires.

Il m’a paru pertinent, pour illustrer notre propos, de mettre en valeur un des passages les plus géniaux, selon moi, de STIRNER, dans le but de bien décrire la maladie, en nous permettant de le commenter.

« L’histoire du monde en a usé cruellement avec nous et l’Esprit a atteint une toute-puissance absolue »… Par Esprit, entendons ici : celui de la société. A partir du moment où on admet que la société, c’est à dire ces normes communes, existent, ne sont pas des fantômes, des fantasmes, il faut bien que ce soit sous la forme d’une pure pensée, d’un Esprit, et d’un Esprit collectif. Esprit = vie et âme.  «  Tu dois estimer mes misérables souliers qui pourraient protéger tes pieds nus, mon sel, qui donnerait du goût à tes pommes de terre et mon carrosse de gala dont la possession te mettrait à l’abri du besoin, tu ne dois pas les convoiter «  et encore moins te les approprier. Tu ne voleras pas. Eh mais au ciel, y a pas de vol ! Oui mais là, sur terre c’est pas pareil. «  Toutes ces choses et mille autres témoignent à l’homme de leur indépendance, elles doivent être pour lui insaisissables et inaccessibles, il doit les considérer, les respecter ; malheur à lui, s’il les désire et étend le doigt vers elles : nous appelons cela dérober « 

Avec sa pub, ses images médiatiques, ses discours, ses démonstrations, ses exhibitions, la société, comme une femme qui serait outrageusement et volontairement provocante, passe son temps à glorifier des signes extérieurs mais symboliques de réussite, de respectabilité, de qualité humaine ; toutes les formes existantes de valeur, dans tous les domaines : signes distinctifs de valeurs esthétiques, morales, psychologiques, sociales. Mais pas question de prendre la femme ou de s’emparer de ce que la société exhibe si ostensiblement.

Que peut-on faire ? «  Quelle est la part misérable qui nous reste ? A peu près rien. Tout est mis à l’écart, nous ne devons nous permettre de toucher à rien qui ne nous soit donné, Nous ne vivons que par la grâce du donateur. Tu ne peux pas toucher à une épingle que tu n’en aies obtenu la permission. Et obtenu de qui ? Du respect. » On sait tout ce qu’il faut faire, toutes les conditions à réaliser, toutes les cautions qu’il faut donner pour avoir le droit de bénéficier, plus ou moins, de quelques uns de ces signes distinctifs. Il faut avoir abondamment prouvé tout le respect qu’on a pour eux, qu’on a pour ceux qui possèdent le pouvoir de nous les donner. En attendant, la femme continue, sous notre nez, de nous exciter sans aucun scrupule. Mais pas touche.

Esprit, idée de société, respect….Il ne s’agit pas de choses matérielles. « Ce n’est que lorsqu’il t’en a abandonné la propriété et que tu peux la respecter comme propriété que cette épingle est à toi. Et en retour, tu ne dois concevoir aucune pensée, dire aucune parole, commettre aucune action, qui trouve uniquement sa sanction en toi, au lieu de la recevoir de la morale, de la raison ou de l’humanité «  L’usage doit être celui qui nous est dicté par ces normes, il doit témoigner du respect, du culte que l’on a pour ces normes, ces valeurs, cet esprit global. La morale, la raison, l’humanité, ce sont les mots dont on a paré les normes, le modèle de comportement en question. Il y en a bien d’autres.  Chaque époque, chaque société ont les leurs. Quels sont les trois principaux points communs de ces trois termes pour ne parler que de ceux-là ? (mais c’est valable pour tous les autres du même genre) Ces trois points serviront de justification à ces normes.

Un seul ou une seule pour tous. (LA morale, LA raison LA humanité. C’est commun, collectif) C’est spirituel, abstrait. (L’Esprit en question) Cela fait l’objet d’un culte. Une seule société, c’est à dire un modèle de comportement unique, modère dont la caractéristique est d’être non-corporel, modèle qui doit être vénéré par tous.

Morale, raison, humanité….vous avez quatre heures pour dire ce que c’est. Et ne vous trompez pas. Et vos réponses doivent être exactement les mêmes que celles de tous les autres candidats. Sinon, c’est la pagaille. Non, c’est hors-sujet, la question n’était pas : qu’est-ce qu’une bonne morale, une bonne raison, que doit être l’humanité, selon vous, mais qu’est-ce que c’est, la morale, la raison, l’humanité ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ne cherchez pas. Vous ne pourrez jamais dire ce que c’est. Comme on vient de le voir dans l’article précédent, ce genre de chose a une nature de jugement, et de jugement dont la vérité ne peut être prouvée. C’est pourquoi on est porté à parler de normes, de modèle. Même la supériorité de telle ou telle norme sur d’autres ne peut pas être démontrée. Maintenant l’essentiel.

« Sans-gêne heureux de l’homme avide, avec quelle cruauté tenace n’a-t-on pas chercher à t’égorger sur l’autel de la timidité «  L’enfant, objet idéal de toutes les humiliations et entreprises de démolition et de dévitalisation, afin d’en faire un parfait esclave résigné. Mais autour de l’autel (normes, valeurs abstraites, spirituelles auxquelles on rend un culte ndr) se voûte une église dont les murs s’écartent de plus en plus. Ce qu’ils enferment est sacré. Tu ne peux plus y parvenir, tu ne peux plus y toucher « 

A quoi ? A tout ce qui fait partie de toi, de ta vie, et dont la société a fait des entités abstraites, commune, sacrées. Et si c’est à tout le monde, si c’est sacré, si c’est incorporel, ce n’est plus à toi. Toi-même, tu ne t’appartiens plus. Toi-même appartient à la société. Dans cette église, de nouveaux prêtres, de nouveaux bouffons célèbrent de nouveaux dieux. Sans cesse ils les brandissent, surtout quand il y a du monde. Un nouveau paganisme, mais purement spirituel. Car effectivement, notre rapport au monde et à nous-mêmes est notre rapport aux mots dont nous nous servons pour les nommer. Ils n’existent que par ces mots, qu’à travers ces mots (la justice, c’est le mot justice et tout ce qu’on met dessous, le patron, c’est le mot patron etc) Si ces mots sont sacrés ou s’ils sont la propriété de tous ou s’ils sont purement spirituels, ou les trois, cela signifie que le monde et même nous mêmes – nos désirs, nos émois, nos sensations – nous deviennent sacrés, étrangers, différents. Or, ce rapport, c’est l’existence que l’on mène.

« Hurlant de faim, tu erres autour de ces murs à la recherche d’un peu de profane et toujours le cercle de ta course s’agrandit «  parce qu’on n’en finit pas d’ajouter des dieux, d’ajouter des normes. «  Bientôt cette église recouvre toute la terre et te voilà repoussé à l’extrême bord «  Car que te reste-t-il de vraiment à toi. « encore un pas et le monde du sacré a vaincu : tu disparais dans l’abîme. » Tu n’es plus qu’un fantôme. « C’est pourquoi, prends courage, n’erre pas plus longtemps dans le profane sur lequel la faux a déjà passé, risque le saut, rue-toi sur les portes et précipite-toi dans le sanctuaire. Quand tu auras dévoré la chose sacrée, tu l’auras faite tienne « 

On voit clairement ce qu’il faut engloutir, pour l’anéantir. Cela n’a rien de matériel. C’est difficile parce qu’il faut un courage considérable pour anéantir nos objets de culte, ceux qu’on a toujours adorés, ceux auxquels on s’est identifié, ceux à quoi les autres nous ont identifié. C’est facile parce que ce n’est pas puni par la loi et que ces dieux sont à notre merci. Objectivité de ces normes, de ces dieux ? Ha ha ha Mais tout seuls, par eux mêmes, ces mots ou concepts n’ont aucune énergie, aucune vitalité, aucune intelligence, aucun effet. Ils ne sont la source de rien. C’est nous, et nous seuls qui leur en donnons, exactement comme à ces idoles d’autrefois que les hommes façonnaient avant de les adorer.

Le meilleur exemple que l’on puisse donner, sans doute, de la confusion où nous sommes, de l’illusion qui nous tient, concernant ce rapport aux choses que les mots désignent est l’exemple de la guerre. Il est entendu que lorsque l’on part faire la guerre, c’est pour défendre son pays, sa patrie, au prix, éventuellement de sa vie, c’est à dire de ce que nous avons de plus cher. Or, si les mots ont un sens, alors les mots « son », « sa » devraient nous faire bondir. Car rien ne nous appartient dans le pays où nous vivons : tout est sujet à devoir, à obéissance, à résignation, à soumission, à prière, à conditions. Depuis quand en use-t-on ainsi avec ce qu’on possède ?  Le pays appartient à d’autres. Les lois sont faites par d’autres. Les valeurs sont transmises par d’autres. « Son », sa », c’est en rêve, oui. On se sacrifie donc pour le bien ou les intérêts, ou le pays des autres, pas pour son pays à soi. Qui plus est, après ce sacrifice énorme – alors que certains préjudices se font payer cher – après ce service énorme, aucun pouvoir, aucun avantage conséquent ne nous est attribué. Par exemple ceux qui ont survécu à l’enfer de Verdun, ou des tonnes de bombes sont tombés sur chaque mètre carré, n’ont pas forcément pu recevoir de l’Etat, après la guerre, un toit, et un travail. J’appelle cela, un super-égoïsme super lucratif.

Aujourd’hui où la guerre s’éloigne, d’une part parce que les peuples sont de moins en moins naïfs, mais surtout parce que, suite à l’invention de la bombe atomique, ceux qui les voulaient, les puissants, ceux à qui appartiennent les pays, ont peur de la prendre sur la figure. Alors c’est pour la société que l’on se sacrifie de plus en plus, quelle que soit celle-ci.

 » Je ne vois plus dans le monde que ce qu’il est pour moi, il est à moi, il est ma propriété «  

 

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