LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

14 août, 2014

LE REGNE DU SAVOIR, 2

Classé dans : Savoir — inconnaissance @ 12:00

Depuis que nous parlons, nous mentons. Surtout quand, d’une façon ou d’une autre, directement ou indirectement, nous parlons de nous. Depuis que l’on nous parle, on nous ment. C’est que l’on a pris l’habitude, par entraînement, par facilité, par prétention, d’assumer ce que l’on dit pour pouvoir se poser, exister en société. Or, la plupart du temps, parler n’est qu’une façon de parler. Si je dis que je viens d’écrire ce qui précède, je mens. Il y a bien eu des mots tapés. Des doigts, ceux de ce corps, ont frappé les touches du clavier. Mais cette faculté d’écrire, je ne sais d’où elle vient, et je ne saurais assumer le sens que vous allez donner à ces lignes, ni même le sens que ces lignes pourraient avoir, ou prétendre être l’auteur de ce que je viens d’écrire. Or, il se trouve que le « je » prétend représenter ma totalité, pointer vers moi, vraiment moi . Nous nous sommes donc enfoncés dans le mensonge, et nous ne pouvons plus en sortir.

Nous faisons semblant d’assumer un sens, d’être l’auteur d’un sens, qui n’est pas le nôtre. Nous mentons quand nous prétendons savoir quelque chose au sujet des hommes ou de nous-mêmes et que ce n’est pas simplement factuel. Si vous voulez la preuve que vous mentez après avoir affirmé quelque chose de ce genre, après avoir fait croire à votre interlocuteur que vous saviez, eh bien jurez, faites le serment que ce que vous avez dit est la pure vérité. Vous verrez le malaise. Pourquoi le malaise , Parce que le « je » est censé vous représenter totalement. Et dans ce cas, par symétrie, vous êtes censé vous adresser à la totalité de votre interlocuteur.

Or sa propre totalité ne peut pas mentir à sa propre totalité. On ne peut pas se mentir consciemment, délibérément, en sachant que l’on ment. (Se dire que l’on n’a pas été faire des courses il y a un instant alors que l’on sait très bien que l’on a été faire des courses. Sinon, démence)

Nous avons donc un gros problème : dire je, c’est presque jurer (jurer c’est dire je deux fois : je jure que je, autrement dit, c’est assumer le je, se reconnaître pleinement dans ce qui est pointé par le second je. )  c’est parler au nom de sa totalité qui ne peut mentir.  En fait, sa propre totalité n’a rien à dire. Elle se connaît. Nous sommes constamment parjures. A moins, bien sûr, de considérer avec UG que le je n’est rien qu’un artifice de langage,  « Vous ne pouvez en aucune façon vous séparer de cet organisme vivant, sauf au travers des concepts ou des idées qui vous ont été inculqués. Le seul moyen que vous avez de vous séparer de quel que soit ce que vous appelez le je ou le Soi ou l’Atman, c’est d’utiliser la connaissance » Ce pronom singulier à la première personne est déjà un concept séparé et différent de ce qu’il est censé représenter. Donc, c’est lui qui est impliqué, engagé, pas soi. Il est inscrit dans une phrase qui a de multiple sens. Pas la peine de se faire de souci, entre n’importe quel mot ou sens abstrait et soi, il y a hiatus. 

En fait, si je dis que j’ai écrit ces lignes, ce n’est pas vraiment un mensonge, car tout le monde sait que c’est une façon de parler, c’est l’usage normal du français, et d’autre part, surtout, je ne dis rien de plus, je n’en fais rien, n’échafaude aucune idée sur les hommes, sur la vie, je ne construit rien, ne théorise pas. C’est le jeu de dire je. Le menteur, c’est l’autorité morale, c’est le bonimenteur.

Nous avons un gros problème avec le savoir. Si les mots sont nos référents, si le verbe peut dire la vérité sur les hommes, sur la vie, si le savoir à leur sujet existe, (en vérité, en vérité, je vous le dis) alors ceux qui la possèdent, qui manipulent ces idées, ces mots, qui les enseignent. sont nos maîtres, et nos maîtres dans la vie. Ils savent quoi faire. Mais en tant que quoi sont-ils nos maîtres ? Qui admirent-on ? Pas l’être dans sa totalité, non, celui là, on ne le connaît pas. Celui qui connaît et applique ces idées, qui tire parti de ce savoir, et l’incarne. Il naît du verbe. Nous le concevons en fonction de ses paroles. Car si les mots, concepts et idées sont nos référents et notre lumière dans la vie, ceux qui les représentent bien le sont aussi. Si les mots sont la vérité, les représentants des mots sont la vérité. Et c’est un objet de pensée que nous admirons, pas un être vivant.

Cette foi dans le savoir, cette valeur du savoir, cette quête de savoir, avec pour modèles, les personnages mentaux ou objets de pensée comme ceux ci-dessus, nous conduisent à croire que nos problèmes viennent du fait qu’on n’en sait pas assez. Avec cette mentalité, ce complexe, on peut être assuré -garanti sur facture - que les autres nous donnent l’impression, qu’ils en savent plus que nous, qu’ils possèdent le savoir qui pourrait résoudre nos problèmes, un savoir que nous devrions avoir. Un bonimenteur qui passe par là jubile. A tous les coups, nous sommes dupes de ceux qui savent se vendre, se mettre en valeur, de tous les bonimenteurs qui excellent à présenter une certaine image d’eux-mêmes à travers leurs paroles.

Est-il possible de mépriser totalement l’idée que nous nous faisons de quelqu’un à partir de ce qu’il dit ? Ou mieux, de ne se faire aucune idée ?

On aura du mal à croire totalement  en l’idée que l’on se fait de quelqu’un si on commence à prendre conscience que l’on se fait une idée de lui à partir de ses propos, sur la base de ces propos. Cela relativise. Cela refroidit un peu. Son je ne pointe plus vers sa totalité, mais vers sa propre opinion ou son propre point de vue.

Alors le mensonge ?

Partons d’exemples fournis par STIRNER : « N’a-t-on pas en son nom (Dieu) brisé des vœux sacrés, ne voit-on pas constamment des missionnaires et des prêtres errer à travers le monde pour amener des juifs, des païens, des protestants ou des catholiques à trahir la foi de leurs pères, pour l’amour de Dieu ?….. Les tribunaux de l’Etat ne reconnaissent pas l’inviolabilité du serment, car si j’ai juré à un prévenu de ne rien dire, contre lui, le tribunal, malgré que ce serment me lie, exigera ma déposition et, en cas de refus, me fera emprisonner jusqu’à ce que je me décide à me parjurer «  Il y a une idée à laquelle on souscrit, que l’on représente, et une idée à laquelle on ne souscrit pas, que l’on ne représente pas. Sûr de lui est celui qui parle au nom de la juste et grande cause, au point d’inviter ceux qui se seraient engagés autrement de changer de foi. Mais si la personne ainsi sollicitée n’accorde aucune valeur à la nouvelle cause, si elle ne représente rien pour lui, il ne risque pas de se faire piéger. Et même, si un faux serment lui permet de se tirer d’affaire, il le fera, le je du faux serment est dans la logique de la situation. Pas de je pur pointant vers sa totalité si sa liberté n’est pas totale. Alors si on l’oblige à entrer dans le scénario d’un autre, si le je devient un concept, on peut jouer avec. Déconnection !

 

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