LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

29 juin, 2015

PARCE QUE C’EST COMME CA

Classé dans : Sacre — inconnaissance @ 10:56

Tous les mots, tous les concepts qui se rapportent à l’homme sont d’un pratique fou. Ils permettent d’évacuer toute idée de différence entre les êtres – différence qui ferait qu’on donnerait un autre sens à ces mots – et de penser tout le monde pour tout le monde puisque ces mots se rapportent à l’homme et qu’homme est le concept universel par excellence. Exemple simple.

« Pour la France, c’est une immense chance d’être le premier pays musulman d’Europe, et aussi la première communauté juive;..et aussi la fille aînée de l’Eglise, … » (E. PLENEL)

La France, c’est, entre autres, moi, vous etc et pour vous c’est une immense chance etc ou alors vous ne faites pas partie de la France. On commencerait à tiquer, s’il disait : pour les Français. D’où l’intérêt d’utiliser des mots aussi abstraits que possible. Sourions : pour un juif français, c’est une immense chance que la France soit le premier pays musulman d’Europe..

Il y a quand même un certain nombre de personnes qui ne se laissent pas abuser par ce tour de passe-passe assez visible (monsieur Edwy FRANCE) Mais le plus souvent, le tour de passe-passe passe inaperçu, tellement nous y sommes habitués.

Le 4e commandement de Dieu, par exemple, est « tu honoreras ton père et ta mère  » Qu’est-ce qu’un père, qu’est-ce qu’une mère ? L’auteur part de l’idée que c’est la même chose pour tout le monde. On penserait tous à la même chose. Et tout le monde doit honorer cette chose. Si on pense tous à la même chose, au même père, il est une humanité unique. C’est l’idée de père dans tous les pères. Et si notre rapport à cette chose doit être fixée : honorer, notre humanité, sur ce plan, est unique. Un jugement ne prouve rien mais définit la nature de ce qui est jugé. L’idée de père dans tous les pères, et l’honneur qui lui est dû devient alors une idée du bien sacrée. Car le jugement est sacré en ce sens que : un père, une mère, c’est honorable, pourquoi ? parce que c’est comme ça.

Si on s’arrêtait à la première généralisation abusive, ce ne serait pas grave, on ne ferait que dévoiler sa propre façon de voir les hommes Mais on en profite pour tirer des conclusions à la place des autres et pour juger les autres. (Damnation éternelle pour celui qui n’honore pas son père et sa mère. Toute la communauté vous lapide.)

Ou est-ce ? Qu’est-ce ? une double humanité unique ? C »est cela le sacré, c’est l’indiscutable, l’inaccessible. C’est « Parcequec’estcommeça. » Bienvenu dans le monde du Parcequec’estcommeça. (ou comme on écrivait dans l’article précédent : ce qui n’est pas en notre pouvoir, ce qui est commun ou collectif ou général, ce qui passe pour une vérité établie, l’idée de bien, l’ignorance, c’est la même chose.)

Vouloir comprendre, vouloir expliquer, c’est forcément aboutir à la conclusion que tout cela est totalement humain, culturel, sociétal, relatif.

Inutile d’inventer le mot égalité, puisque n’importe quel mot au sujet de l’homme invente une égalité, celle de la pensée, celle qui n’existe que dans notre imaginaire, parce que dans la réalité, il n’y a jamais rien d’égal ou de semblable, à part les mesures. (Libeté = égalité. Fraternité = égalité ) .

Ce principe qui régit le langage est si puissant qu’on en fait un usage intensif.

On a souvent des concentrés exemplaires :  » être citoyen français c’est vivre sur le territoire français, c’est adhérer aux valeurs de la France, à son histoire, à son projet  » (NVB) (les bonnes intentions affichées d’un clandestin suffisent ) Cela décoiffe, tellement c’est du vent.

En 2 petites phrases, dans « Le Monde », Cecile DUFLOT réussit à caser les mots : engagement, humanisme, valeurs, migrants, péril de leur vie, mafias, misère, insupportable.

(On se lève tous pour « péril de leur vie », « misère », « insupportable »…ou on rigole)

Ah, on n’est pas gâté. Aujourd’hui, on ne pense plus, on se consacre totalement à la bien-pensance.

chien .                       .  Le chien de PAVLOV

Chaque fois que l’on utilise un mot abstrait et humain (vertu, qualité humaine, concept psychologique, sociétal etc ou citoyen français, valeurs, histoire, projet) on outrepasse ses propres droits, en partant de l’idée que tous les êtres ont le même rapport à ce mot et pensent à la même chose. Etre citoyen français, c’est …etc. . C’est l’universalisme en germe. Petits échos et grands échos du mot universel « Homme ».

Puisque c’est un attribut d’un universel, l’attribut est universel. CQFD !

Pas de référent sensible = pas de vérité. Si LE citoyen français n’existe pas puisque chacun s’en fait une idée différente, on ne peut pas tirer de conclusion définitive et générale à son sujet. On ne peut pas parler au nom de tout le monde à son sujet.

Si l’engagement, l’humanisme, les valeurs, n’existent pas comme référents uniques mais seulement en tant qu’opinions personnelles, on ne peut pas tirer les conclusions ci-dessus.

Tout cela est du même niveau que le « sois sage » que l’on dit aux enfants.

Chez les simples d’esprit, parfaitement conditionnés, un mot suffit à déclencher la réaction pavlovienne attendue. Chez les mal intentionnés, un mot, chargé historiquement, doit suffire à jeter le discrédit sur quelqu’un ou un groupe, comme si celui qui l’utilisait possédait la vérité de ce mot, comme si l’idée de bien ou de mal contenue dans ce mot était sacrée, ou comme si tout le monde devait donner le même sens à ce mot.

C’est dire les ravages que peuvent faire les mots qui ne rendent plus aucun compte à la réalité, qui existent par eux-mêmes, et que l’on peut investir à l’extrême ou sacraliser.

Puisque la chose abstraite unique que le mot voudrait désigner n’existe pas au sens où l’on vérifiera toujours que chacun a son idée de cette chose et qu’il n’y a pas de référence commune expérimentable, chacun doit réagir, choisir en fonction de la situation qui est la sienne, de la compréhension qui est la sienne, et il n’y a pas de jugement sacré qui puisse le juger puisque ce jugement sacré concernait une chose qui n’existe pas. Strictement rien à faire de la croyance stupide de NVB en un citoyen français unique et de l’opinion qu’elle peut en avoir..

Il n’y a pas d’idée de bien à cette occasion.

On comprend bien que se penser à l’aide de choses inexistantes nous rend inexistants. Me penser en référence à ce père unique, à ce citoyen unique, cette France unique, c’est devenir un zombie. C’est errer dans les labyrinthes de la culture, et sans fil d’Ariane, ou s’accrocher mordicus à un sens sacré.

Lorsque l’objet de pensée n’a aucun rapport avec un objet sensible, cela veut dire que la pensée est indépendante des sens. Cela veut dire aussi que le penseur, indépendant du monde sensible, tout puissant, crée des objets de pensée « véritables ! » en toute indépendance. Et le moi est constitué de ce genre d’objets sans rapport avec le monde sensible, objets qu’il aura lui-même créés.

Mais qui peut croire qu’un penseur peut penser abstractivement de la réalité sensible, actuelle et probablement engrammée dans les gènes ? C’est absurde puisqu’on ne peut pas penser sans plonger notre objet de pensée dans le monde qui nous entoure. (même si on pense quelque chose d’aussi abstrait que France ou liberté, ce sera contextualisé) .

Une éducation religieuse ou parareligieuse consistant à créer un grand nombre de jugements sacrés, d’abstractions sacrées, est cause hélas, de l’obscurantisme . Cela vient d’en haut. Cela s’impose à tous. Tout le monde est pareil. (Le genre de système qui convient aux plus despotiques des régimes)

boud

.                         .C’est dur d’être élevé par des idiots.

Abstraction humaine + jugement = asservissement. L’asservissement est proportionnel au degré de sacré, et à la dimension de l’abstraction.

Réciprocité : de même que l’on cherche à retrouver dans la société nos idées sacrées du bien et nos rapports à elles pour être conforté, les idées sacrées du bien partagées par la société nous influencent, de même que l’usage qui en est fait. Ce sera ce que les autres aiment, ce que les autres considèrent comme une certitude, ce que les autres désirent, ce en quoi les autres croient.

Rien d’autre que le pragmatisme du moment ne peut nous empêcher d’ignorer ce « parce quec’estcommeça »

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