LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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20 juillet, 2015

COLLER SERRER

Classé dans : Amour — inconnaissance @ 18:13

Nos pensées sont nos ennemies quand elles concernent des choses qui n’existent nulle part ailleurs que dans l’esprit, elles véhiculent alors tout un monde de partis-pris, de passions, de fantasmes, de rêves, de croyances, d’illusions qui ne peut que perturber notre existence, car ce monde est pris pour le monde réel. Ce monde est celui qui se transmet de génération en génération (épopées, religions, mythes, traditions etc). Tel un dogme, il résiste à l’examen, à la réfutation. Il résiste à l’examen parce que son pouvoir est affectif. Nous avons une relation sentimentale avec ces pensées-là. Parfois même, ces sentiments conduisent à des excès remarquables. Ils sont parfois présentés comme le nec plus ultra de la valeur humaine. (la foi en Dieu, l’amour de Dieu, c’est à dire de quelque chose qui n’existe que dans notre imagination, ne sont-ils pas loués au plus haut point ? Plus modeste, on a l’amour pour d’autres abstractions, si ce n’est pas pour une vertu particulière, c’est pour un système quelconque)

« On ne désire pas les choses parce qu’elles sont belles, mais c’est parce qu’on les désire qu’elles sont belles  » (SPINOZA) Simple à comprendre. Qu’est-ce que la beauté sinon une abstraction ou un effet culturel.

Ce qui est certain, c’est que l’on veut bien parler de nos idées, les confronter à d’autres idées, c’est intéressant, agréable, ce que l’on n’accepterait pas, c’est que l’on s’attaque à nos sentiments pour nos idées. On appelle cela, la tolérance. Si la tolérance consiste à admettre l’existence d’opinions différentes, ou si elle consiste à respecter les sentiments, inclinations d’autrui, on peut y souscrire, mais si elle consiste à interdire toute opinion sur les opinions ou comportements des autres, cela ne va plus, car cela revient à interdire les sentiments de certains à l’égard des sentiments d’autrui. Il faut des échanges aseptisés. Oui mais croyance et neutralité ne vont pas ensemble. (reste la langue de bois)

En somme, on veut que les sentiments, les émotions soient respectés, parce que c’est une réalité, c’est ce qui se passe en soi, mais on ne veut pas qu’ils soient exprimés. Seules des personnes patentées exprimeront des sentiments autorisés.

Pourquoi nos sentiments pour nos idées ou nos pensées sont-ils si sacrés ? Parce que c’est à certains autres que nous les devons, ce sont ceux de certains autres que nous avons intimement, profondément épousés. (On appelle cela, la fidélité.)

Cette histoire de fidélité, cet amour pour ses propres idées, convictions, ce travail permanent pour les promouvoir, les défendre, ces sentiments irrationnels mais puissants, ces problèmes que posent les sentiments différents et les intolérances diverses, voilà bien de quoi écrire des romans pendant des siècles et des siècles.

C’est le roman du je. L’idée d’un je (d’un sujet-je) c’est le langage seul qui la rend possible. C’est essentiellement le libre-arbitre et la volonté. C’est le sujet de la phrase, celui qui fait l’action. (en revanche, si on veut se plaindre, on s’identifie au complément d’objet, celui qui a subi l’action. X m’a insulté ! Mais c’est encore attribuer toute la responsabilité au sujet qui a fait l’action) A cette idée d’un « je », une culture et un milieu quelconques donnent ses lettres de noblesse. Ils la nourrissent de sens.

 » la connaissance que vous avez de vous-même (le sens dont nous parlions ndr) a créé le vous et vous apporte son aide pour expérimenter le vous-même en tant qu’entité  » (UG)

On veut donc pouvoir aimer l’histoire que l’on se raconte sur soi. On veut pouvoir protéger, faire prospérer, voire faire reconnaître les sentiments que l’on a pour ses propres idées. Subjectivité, sujet.

Mais si on se raconte une histoire sur soi en relation avec les autres, c’est parce qu’on se raconte une histoire sur les autres. Coller. C’est une histoire hautement sentimentale. Le sentiment, et non pas la raison, est à l’oeuvre.

Sentiments de l’autre ? Il y a mille façon d’exprimer des sentiments. Quand est-ce qu’on n’exprime pas des sentiments, des goûts, des inclinations, des enthousiasmes, des émotions en parlant ? A propos de tout : personnes, groupes, comportements, idées, choses etc Flot ininterrompu d’affects. Quels mots de la langue sont absolument neutres ? Bien peu. Et quand un mot de la langue semble neutre, c’est nous qui l’investissons de mille manières (terre climat, ciel etc) Reprenons les lunes pleneliennes. : «  »Pour la France, c’est une immense chance  » immense ! ! chance ! !

Dès que les sentiments de l’autre deviennent importants, précieux, convaincants, efficaces, dès que l’on souhaite coller à eux, on déploie toute une stratégie pour leur correspondre, pour ne pas les décevoir. On se raconte une histoire à leur sujet et une histoire à son sujet, des pensées viennent nous dire pourquoi, comment, à quelles conditions on peut être aimé.

Et c’est la foi dans la vérité des demandes et des désirs des autres en fonction desquels on est maintenant ce qu’on est. On est ce qu’on est au bout de toute une chaîne de désirs, d’attentes et demandes émanant de toutes sortes d’instances. Et cela donne quoi ? Contentement si cela semble coller. Peine si on n’est pas reconnu par ceux en qui on croyait (personnes, groupes, société) ou désavoués par d’autres. Dans le dernier cas, on souffre alors pour soi et pour ceux qu’on représente et dont on attend qu’ils nous défendent. On s’est construit sur la base de ce qui ne fait pas de peine à certains autres, de ce qui fait plaisir à certains autres, et soudain, cela ne donne plus rien…? Snif ! Snif ! Ou bien certains ne respectent pas ceux qu’on représente snif snif !

On (se) pense pour des raisons sentimentales. On (se) pense à la suite d’une relation affective subie. Ce n’est pas la nature, ce n’est pas l’intelligence non plus, qui nous amènent à nous penser et à devoir subir, plus ou moins selon notre éducation, notre conditionnement, les assauts, les flots ininterrompus de pensées irrationnelles, éprouvantes, tyranniques, invalidantes. C’est la raison pour laquelle le petit enfant, non encore colonisé par les autres, pas encore lancé dans des pensées sur les autres et sur des choses qui n’existent que dans l’imagination, n’est pas soumis à ce traitement pénible. Mais certains adultes s’occupent activement de développer le plus vite et le plus puissamment possible, cette relation psycho-affective privilégiée et dommageable. (voir qui)

Eh bien ? On a bien le droit d’avoir des sentiments divers et variés ! Enfin !

Oui, mais est-ce que la personne qui parle ainsi admettrait sans aucun problème que l’on reste indifférent aux sentiments qu’elle exprime ? Est-ce qu’elle admettrait que l’on soit totalement libre d’avoir les sentiments que l’on veut à l’égard des siens ? Est-ce que l’on se sent totalement libre d’avoir les sentiments que l’on veut ou de ne pas avoir de sentiment du tout à son égard ?

C’est une question d’importance que l’on ne se pose que rarement : dans quelle mesure est-on libre des sentiments des autres ? Dans quelle mesure en est-on esclave ? Car nos pensées seront d’autant plus nombreuses, nous tracasseront d’autant plus, nous tiendront d’autant plus sous leur joug que nos scrupules, nos devoirs, notre dépendance à l’égard des sentiments des autres seront forts. (Et inversement : elles seront d’autant moins…) Il ne s’agit pas seulement hélas, des sentiments pour l’autre, il s’agit de sentiments à l’égard de ce qu’il croit, veut, aime, pense etc  » Que de peine il faut devant tel ou tel mot pour arriver à se procurer un sentiment propre, pour pouvoir rire au visage de celui qui attend de nous une attitude sainte et une mine contrite  » (STIRNER)

messe

Mais si c’est le cas, c’est parce que nous aurons été subjugués, envahis, gagnés par les sentiments, croyances, convictions, enthousiasmes, ferveurs, de personnes importantes dans notre existence, parce que nous aurons épousé trop profondément leur subjectivité. (réfléchir à ceux qui dans le passé ont pu jouer ce rôle suborneur négatif) Et ça continue. La liberté n’est pas une idée vague, abstraite, elle est un vécu. Elle n’est pas seulement une affaire d’ouverture intellectuelle, c’est aussi ce qu’on se permet, même sans le faire. C’est toute l’étendue de nos capacités.

Voilà le portrait craché de celui qui ne vit que pour faire plaisir. Dans quelle mesure lui ressemble-t-on ? Celui-ci passe son temps à prendre de l’intérêt pour ce que les autres aiment, à privilégier ce que les autres aiment, à mettre en valeur les sentiments des autres, à tout faire pour ne pas heurter les sentiments des autres. Il n’en a jamais fini de faire plaisir, il n’en fait jamais assez. Il peut aller jusqu’à se laisser impressionner par des sentiments démonstratifs ou rechercher, par habitude, abnégation, à mettre en valeur les sentiments des autres. Il colle, il serre. Il sert. Concours de prévenances, de témoignages de bons sentiments, de bonnes oeuvres diverses et variées, et tout cela sans se consulter voire en allant contre ses propres sentiments. On appelle aussi cela : l’amour. Penser, penser. Peut-être que ce portrait semble caricatural. On aura du mal à trouver quelqu’un avec qui on se comporte toujours ainsi. Mais les autres et les occasions sont nombreux, ils se renouvellent, et surtout on peut se conduire ainsi avec des collectivités, des institutions, la société, des trucs plus lointains, plus auréolés. De leur part aussi émanent des sentiments.

Nous avons vu que c’est le groupe qui définissait la morale, l’idée du bien, et c’est toujours pour satisfaire le désir de l’autre, du milieu, du groupe, de la société que nous adoptons cette idée, la faisons nôtre, pour être aimé du groupe, pour lui faire plaisir. Le moi fonctionne comme un concept, une fonction sociale : il se conforme aux règles, normes, principes en vigueur. (c’est le concept du sujet dont parle SIDDHARAMESHWAR :  » Il y a une femme qu’un homme appelle son épouse, l’autre l’appelle sa soeur, le troisième l’appelle sa fille. En fait, elle n’est rien qu’un morceau de chair et d’os. Ce que vous déclarez prend forme. Tout est conceptuel et dépend des concepts du sujet. Le monde et les êtres sont des concepts relatifs à un sujet particulier  » ) La preuve, quand la société change de nature, l’homme change et s’adapte.

La psychanalyse est beaucoup basé sur le transfert, c’est à dire en fait sur le type de rapports sentimentaux que l’analysé voudrait avoir, malgré lui, ou pense automatiquement devoir avoir, avec l’analyste. C’est son idée de l’analyste.

Nous venons de faire le portrait de quelqu’un qui a besoin d’amour. C’est pour obtenir de l’amour qu’on se comporte ainsi. C’est parce qu’on attend de l’amour des autres qu’on est, à ce point, gueux. Notre ardeur serait largement modifiée, n’est-ce pas, si on était certain que celui à qui on veut faire faire plaisir, porter assistance nous ignorera voire nous méprisera toujours complètement. . Que de cas de conscience, de scrupules, de pensées pour celui qui a un fort désir d’être aimé et doit en remplir les conditions et faire ce qu’il faut. Que son « je » le démange et l’occupe !. Cela veut dire que dans la vie quotidienne, c’est bien de sentiments dont nous avons besoin, à des sentiments que nous pensons, des sentiments qui sont attendus, espérés, imaginés, désirés, pas des raisons ou des données objectives . Cela fait l’essentiel de la vie et de nos pensées Bien sûr, un certain nombre de personnes, pour des raisons diverses dont le fait de ne pas être dans ce cas peuvent profiter de cette dépendance.

C’est la faiblesse qui rend nécessaire la gentillesse (voir le petit enfant par exemple) et engendre le besoin d’être aimé. Le fort, en tant que tel, n’éprouve pas ce besoin, et donc ne fait rien pour l’être. On se sent toujours plus ou moins faible, ici-bas, comme le note FREUD au début de « L »avenir d’une illusion « 

C’est évidemment celui qui a le plus besoin d’amour qui sera dominé dans une relation intersubjective. (et inversement : c’est celui qui aura le moins besoin etc) Ce qu’on ne fait pas pour vendre sa subjectivité !

Le problème cependant, quelque soit l’objet d’amour, c’est que cela concerne des choses qui n’existent que dans l’esprit et nulle part ailleurs .

On est souvent assez respectueux de la liberté d’autrui pour le laisser prendre ses responsabilités et ne pas vouloir le forcer en quoi que ce soit. « Dans la mesure où une chose convient à notre nature, elle est nécessairement bonne  » (SPINOZA) Pourquoi cette saine attitude disparaît-elle quand on passe au général ?  Certains alors prétendent mieux savoir que tout le monde ce qui convient à tout le monde. Ah aahh vous l’avouez ! C’est qu’il s’agit d’instaurer un système et de vouloir que ce soit ses propres idées qui fassent système. Changement de pied.

Le bon peuple a le droit d’émouvoir (c’est l’essentiel de ce qu’il se permet. Parfois il crie sa colère) , on racontera son histoire en montrant de la compassion, de la compréhension, en y mettant des sentiments (j’entends les inquiétudes, je suis à l’écoute, mais bla bla bla comme dit l’autre) Cela lui fait plaisir, et ne va pas plus loin. A d’autres des explications plus rationnelles, le savoir, les choix, le calcul. Sean CONNERY dit à son élève dans « Le nom de la rose » quand la jeune fille que ce dernier a rencontrée va être brûlée vive et que l’élève s’indigne du calme de son maître : ce n’est pas l’émotion qui nous aidera à sauver cette fille.

Si on se consulte, on n’a pas besoin de penser, on est toujours là, à chaque instant comme témoin et référent. La seule et unique façon de ne pas être un caméléon est ne n’accorder strictement aucune valeur aux idées du bien, à la morale, aux principes en vogue. Comme une morale générale ne peut être démontrée, si on ne l’aime pas, il ne lui reste rien. On peut la respecter pour ne pas choquer ou scandaliser, mais c’est comme de rouler à droite en France et à gauche en Angleterre, cela n’a aucune espèce d’importance.

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