LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

24 août, 2015

LES POINTS SUR LES I

Classé dans : Irrationnel — inconnaissance @ 10:25

Il ressort de ce que nous avons dit dans les articles précédents que la généralisation ou l’essentialisation n’existe pas. Il y a trois stades. Dans le premier stade, on ne se rend même pas compte que les mots généralisent, qu’ils voudraient désigner tous les éléments que l’on peut mettre dans la catégorie qu’ils représentent. Ou on ne se rend même pas compte que des individus sont mis dans une catégorie et identifiés à tous les autres membres de la catégorie. Exemple : les Français sont pessimistes. On ne se rend pas compte que le mot Français établit une sorte d’identité, ou d’égalité comme on dit maintenant, entre tous les individus concernés. Et on ne se rend même pas compte que l’on fait du pessimisme, la caractéristique de tous les Français. Une sorte d’essence.

pessimiste

Dans le deuxième stade, on prend conscience de cela, on le dénonce éventuellement, et on s’en défend. Mais on s’en défend plutôt mollement. On rejette certaines généralisations (pasdamalgame) pour pouvoir continuer à pratiquer toutes les autres. Le langage est une entreprise de généralisation permanente et totale. L’essentialisation est reconnue pour être illégitime mais on ne peut pas faire autrement que de la pratiquer.

Dans le troisième stade, on a compris que cette généralisation est un leurre. Rien de général n’existe, et même si je dis que les Français sont pessimistes (histoire de soulever une question) je sais parfaitement que chacun a une conception différente du Français et du pessimisme, que chacun a une façon particulière d’être français ou pessimiste, et que rien de général ou aucune essence ne peut être désigné. Même si je dis : untel s’est montré courageux ou j’aime unetelle, je ne vais pas accorder à ce mot courage ou à ce mot amour qu’on emploie dans toutes sortes de circonstances et avec toutes sortes de personnes, le statut qui consiste à désigner une chose objective (et d’ailleurs définitive) qui serait le courage ou l’amour, car cette chose générale appelée amour ou courage n’existe pas.

C’est une habitude que l’on prend, une mentalité que l’on nous aide à acquérir, d’être sensible ou pas à ce qui semble relier les gens, à l’ambiance ou l’atmosphère qui semble régner, aux humeurs, sentiments qui semblent être partagés ou émaner d’eux. (on parle même d’esprit d’un lieu) C’est important, essentiel, ou pas, cela a de l’effet sur nous ou pas. Cela fait l’objet d’une quête, ou pas. (place du psycho-affectif. Aujourd’hui grande place)  Nous imaginons, fantasmons ces accords, liens, essences sous l’influence de cette généralisation.  Ce n’est pas de l’ordre du rationnel. Ce n’est même pas de l’ordre du conscient vraiment conscient.

 » Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres !  » (SADE)

Déjà, si quelque chose nous convient, nous fait plaisir ou nous arrange, et si cela ne nuit à personne, pourquoi nous préoccuperions-nous de l’opinion des autres ? Si on le fait, c’est certainement parce que l’on prétend plus ou moins parler au nom de la culture ou de la société et que l’on veut agir pour elle. (se servir de l’argument : les Français sont pessimistes pour promouvoir sa théorie…) Mais de plus, pourquoi cette façon de penser des autres serait-elle une référence ou un modèle ? Il est d’ailleurs impossible de dire quelle est cette façon de penser. Mais le plus important dans l’histoire, c’est ce à quoi les autres accordent de la valeur. SADE aurait pu écrire : bien fou est celui qui adopte des goûts pour les autres. Adopter une façon de penser ou des goûts pour les autres, c’est la voie royale de la bassesse.

Il se trouve que le meilleur moyen d’imprégner et de façonner l’esprit des gens est justement de se baser sur l’existence de ces généralités et de les envelopper de force sentiments et émotions. Dès qu’il y a une essence de nature spirituelle (de l’esprit) on est dans la métaphysique. L’essence nous englobe, nous domine et le fait qu’elle soit esprit la rend non mortelle. Paul VALERY le devinait :  » Il n’y aurait pas de métaphysique si notre langage était notre fabrication personnelle, notre convention faite par nous, pour nos besoins réels…nous croyons que les mots en savent plus que nous, contiennent plus que nous, et même plus que l’homo ..l’homme espère dépasser sa pensée par son langage « ‘

On ne façonne pas les esprits en faisant appel à la raison, on émeut, on suscite une vague de sentiment. Le collectif ou le général est justement quelque chose qui englobe. On se fond en lui. On devient semblable. (certains mots ne servent qu’à désigner le collectif, exemple savoureux : le « vivre-ensemble » ! ? ! ? ! ) et le meilleur catalyseur de cette fusion est le sentiment. . Un peuple bien domestiqué marine, macère, mitonne, dans le même bain affectif, la même sentimentalité, les mêmes croyances. (aahh la communauté ! ! ) C’est l’enfance prolongée ad éternam. Et donc on avale, on ingurgite, on digère, on s’imprègne, on gonfle. Surtout dès l’enfance.

artic

. Cela se vérifie à tous les coups. Voyez que plus une formule ou une idée, est répétée -prenez celle que vous voulez, sur l’Europe par exemple – plus elle l’est avec du coeur, et moins elle est expliquée, démontrée.

Certains discours sont une chance qui nous est offerte de commencer à nous affranchir. Parce que si c’était quelqu’un d’ordinaire qui se comportait ainsi et pas quelque célébrité d’un genre ou un autre, on lui ferait vite comprendre que …ça va hein !.

Quand on cesse d’être la dupe de cette entreprise (stade 3), c’est que d’une part la dimension collective de ces idées ne résonne plus, tombe à plat , et d’autre part, la dose de sentiment exaspère ou écoeure. (beurk !)

Une généralité, une essence humaines, donc, cela n’existe pas. Ce n’est pas une réalité indépendante supérieure que l’on devrait servir. Même le chirurgien qui opère n’opère pas un homme théorique, standard, il opère un corps particulier en se basant sur ses connaissances, sur son expérience et sur ce qu’il voit. S’il devait ne voir que le modèle standard, ce serait catastrophique. Même des choses aussi peu mentales que les saveurs ou les odeurs différent avec individus. Alors en matière de psyché….

Ce n’est pas la peine d’utiliser ce genre de mots en pensant que l’on s’appuie sur des vérités établies, des réalités avérées, confirmées. Ce n’est pas la peine de s’autoriser de ces notions générales ou de ce collectif, de parler en leur nom (quelle prétention ridicule !)  

Ce que les hommes peuvent se duper quand ils disent qu’ils se dévouent pour ces trucs inexistants ou quand ils choisissent la dernière idée à la mode. . C’est le « tout à l’ego » comme dirait Régis DEBRAY. On s’identifie à toutes sortes de choses qui n’existent que dans l’esprit et nulle part ailleurs. On court après des idées creuses. Il faut dire que l’intox est mondiale. L’influence des autres, de la société n’a jamais été aussi grande, sauf qu’on a l’impression de choisir soi-même. Ce n’est plus la servitude volontaire de LA BOETIE, c’est la servitude inconsciente et enthousiaste. Hélas ! La réalité ne suit pas.

Chez nous, l’égalité est le fantasme sui généris de ce système triomphant. .Evidemment : tous les éléments abstraits d’une catégorie abstraite sont égaux. Nous sommes tous des hommes. Nous sommes tous libres etc (dans la tête)

Sauf que celui qui peut exécuter un salto arrière ou écrire un livre s’il en ressent le besoin (pas parce que l’idée d’être écrivain est séduisante ou parce qu’il veut être célèbre) est plus libre que celui qui ne le peut pas. 

Certains croient se sacrifier pour la patrie, pour la défense de leur civilisation « Ici, le destin de peuples entiers était jeté dans la balance ; il s’agissait de l’avenir du monde. J’avais, bien que par la seule intuition, conscience que chacun sentit à ce moment-là fondre tout ce qui, en lui, était personnel , et que la crainte sortit de lui » (Ernst JUNGER – Orages d’acier)

. Mais en réalité, ils se battent pour un lopin de terre, un territoire où ils vivent, où ils sont enracinés, pour un mode de vie. Ils se battent pour ne pas subir de contraintes de corps, de dommages corporels, fussent-ils diffus ou insidieux. C’est tout. Et éventuellement, d’autres peuvent en faire autant. Qu’est-ce qu’ils en ont a à faire de la caste au pouvoir et de leurs biens ? S’ils pouvaient être sûrs de conserver leur mode de vie et leur espace vital, ils ne se battraient pas. L’ennemi est présenté comme un horrible barbare qui les menacerait.

Qu’est-ce qu’une loi ? Appréciation, évolution variables. Valeur variable. Une loi c’est seulement, uniquement le recours possible à la force, à la de contrainte des corps, fut-ce de façon légère en s’attaquant au porte-monnaie (ce qui aura des répercussions dans la vie) Cela s’appelle le pouvoir. Il n’y a pas d’usage de la force contre des généralités, des notions humaines générales, si elles ne s’incarnent pas et si le corps est hors d’atteinte. On ne peut employer la force contre des gens aux USA qui sont pour la peine de mort. Donc une loi ne vaut qu’en fonction de la possibilité d’employer la force pour la faire respecter et elle n’existe que pour ceux qui y sont soumis. (nombre de lois sont enfreintes sans aucun problème Le nombre énorme de lois qui sont peu ou pas appliquées, ne sert qu’à engraisser une armée de bureaucrates qui paralysent le pays et nous coûtent très cher. )

Que dire d’un Etat ou d’un régime politique ? Peu importe les grands mots. Ignorons les grands discours fumeux . Il suffit d’examiner les lois qui s’appliquent effectivement sous peine de sanctions et de repérer les types d’individus concernés par ces lois; On dit d’un Etat qu’il est défaillant quand des délits graves ne sont pas sanctionnés. Que dira-t-on d’un Etat quand des détails de la vie quotidienne des petites gens sont étroitement soumis à des lois et règles dont la non observance sera sanctionnée tandis que d’autres délits beaucoup plus graves sont ignorés. (qu’est-ce que l’Europe, concrètement, quotidiennement, pour un agriculteur ? )

Qu’est-ce que la démocratie ? Des institutions ? Non, c’est le pouvoir effectif, réel, du peuple (pas de quelques lobbys) sur le gouvernement.

Qu’est-ce que la pitié ? C’est le fait d’établir une correspondance entre ce que ressent l’autre et ce que l’on peut ressentir. On souffre à sa place parce que l’on peut se mettre à sa place, parce que l’on est assez semblable. Mais encore faut-il qu’il reste un individu, un en-soi. Qu’il n’y ait plus cette équivalence, cette possibilité de s’impliquer, et la pitié disparaît. (voir les cas où l’on cesse d’être empathique : expériences sur les animaux par exemple) Ceux qui croient en Dieu devraient s’inquiéter, car il est tout autre chose qu’eux. (C’est peut-être pour cela que Dieu destine certains de ses enfants à l’enfer) La pitié n’est donc pas cette jolie chose indépendante de nous.

Qu’est-ce que la liberté ? Une de ces abstractions fumeuses et lointaines qui font rêver ou une faculté, une capacité personnelle, effective, une humanité augmentée ?

Qu’est-ce que le savoir s’il porte sur des choses qui n’existent que dans l’esprit et nulle part ailleurs ?

Qu’est-ce que la volonté en dehors de tout ce qu’on nous a raconté à son sujet ? (un sujet de disserte, il faut avoir appris à faire la cuisine)

Comment explique-t-on que l’égoïste qui a trouvé le moyen d’être heureux n’éprouve pas de remords ? C’est simplement que c’était aussi le bonheur qui était cherché dans le désintéressement, dans le service de belles causes. Il a trouvé un moyen moins aléatoire de l’obtenir tout en faisant comme tout le monde.

Le bien de la société n’est pas défini par nous, il est le bien, l’intérêt de quelques personnes puissantes bien réelles, qui ont besoin de nous utiliser. Notre bien est défini par nous.

Pourquoi le christianisme est-il aberrant et nocif ? Parce qu’il a fait de l’humilité, de l’effacement, de l’abaissement, une de ses vertus cardinales. Or on peut aimer quelqu’un que l’on domine ou que l’on considère comme son égal, mais jamais – ce n’est pas dans notre nature – quelqu’un qui nous domine et que l’on est obligé de révérer. Et pourtant, c’est un autre commandement, le plus grand, d’aimer Dieu.

Un être vient au monde à une époque donnée, dans une culture donnée, dans un milieu et une famille donnés, dans des circonstances données, avec une hérédité donnée. Cela ne dépend pas de lui. Il n’y peut rien. Mais tout cela aura des effets, c’est son sort qui sera ainsi préempté, ce sera son lot.. Il est tombé dedans. SARTRE dit que l’on peut en faire quelque chose. Peut-être. Sauf qu’il est difficile de savoir si ce qu’on en fait échappe au destin et à l’emprise du monde où l’on vit. Peu importe. . En tout cas, il est ridicule de faire de toute cette histoire une affaire personnelle, abstraite et sentimentale. Si on pouvait savoir d’avance que tout est réuni pour que l’être auquel on pourrait donner naissance sera malheureux toute sa vie, comment pourrait-on justifier de le mette au monde quand même ? (La politique du chiffre des médecins est stupide)

toutes ces choses irrationnelles et folles, ces causes sublimes, ces notions humaines générales ne sont rien d’autre que des objets de pensée qui n’existent que dans l’esprit, sous une forme particulière, et nulle part ailleurs. .Le summum de la sagesse n’est-il pas de pouvoir réduire l’opinion publique – c’est à dire l’empire des idées creuses - au silence ?  

A partir de quand, à quel moment le matériel devient-il spirituel ? A partir de quand des lois physiques deviennent-elles divines ? Que faut-il leur ajouter ? Certains prétendent pouvoir parler de ce qui est esprit, de ce qui n’est pas organique ou matériel, de ce qui est indépendant de l’organique et existe par soi seul. Mais si on prend une motte de terre ou si on nous enlève un bras, on ne dira pas que c’est du spirituel. Là où commence l’irrationnel – un irrationnel invraisemblable, impossible, par définition étranger à la raison et qui ne sollicite que la croyance. -commence le spirituel. Echec patent de Benoît XVI qui voulait réconcilier foi et raison. Comment voulez-vous réconcilier la résurrection et la science ? . Il avait tort BENOIT, c’est parce que les objets de foi sont complètement indépendants de la raison, d’une autre nature, que nous leur rendons un culte. On n’irait pas rendre un culte à quelque chose qui fait partie de nous, qui dépend de nous, qui vient de nous, on ne peut rendre un culte, qu’à quelque chose dont l’existence est indépendante de nous. C’est justement le problème : on rend un culte à des généralités, des notions humaines qui ne nous appartiennent plus, et qui n’existent pas. En voilà bien de l’irrationnel : des trucs incorporels, transcendants, qui existeraient par soi seul, et qui penseraient et agiraient.

Un mot vient. Ce n’est pas moi qui l’aie inventé. Il existait avant ma naissance. Il était là, dans ma mémoire, je ne sais comment, avant que je ne pense à m’en servir. Ce n’est pas moi non plus qui aie dirigé sa venue. Je n’en connais pas la cause. Il est apparu spontanément. Ce n’est même pas vraiment moi qui aie choisi, de l’appliquer au cas en question. C’est le résultat d’un apprentissage. C’est un phénomène de ma conscience. Essayez donc de penser à quelque chose que vous ne connaissez même pas directement sans que ses attributs s’imposent aussitôt. (associations, régal des psy) Que je sache, ce fonctionnement de l’esprit humain (façon de parler) et du langage ne sont pas de mon fait.. Je décline toute responsabilité. Mais si je fais de ce mot une vérité (objective) un savoir, c’est sa dimension généralisante ou essentialisante qui devient une vérité. (le vivre-ensemble..tagada tagada ! ) Il n’y a plus qu’à en faire un système. Puis, peut-être, à faire de ce système La Vérité éternelle et totale. (« Heureux les miséricordieux ..etc » Il aurait pu dire, quelle importance, heureux tous ceux qui posséderont les vertus que je désignerai. Tagada tagada)

On est sensible à des tas de choses. Aucune raison de renoncer ou de réprimer cette sensibilité ou réceptivité ou de se sacrifier. Au contraire. UG disait : les sens doivent fonctionner au maximum de leurs possibilités. Mais on peut être certain que si l’on se met en quête, si on commence à fantasmer, c’est parce que l’on obéit au genre de conditionnement décrit ci-dessus, et que l’on fait des projections selon ce conditionnement. C’est le rôle de la pensée de présenter des objets, précis ou vaporeux, rationnels ou irrationnels, sentimentaux ou pas, séparés du sujet. Cela se répète de façon similaire.

Donc, il faut juste donner une autre nature, un autre sens (du genre facultatif) à ce qui nous permet de vivre ensemble, et en user différemment.

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