LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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28 septembre, 2015

PREDICAT PREDICATION PRESCRIPTION

Classé dans : Predicat — inconnaissance @ 12:05

Il est capital, pour la culture ou la société dans laquelle nous vivons -sa perpétuation en dépend - que nous ne prenions pas nos pensées et leurs conditions d’apparition pour un objet d’étude, il faut les prendre, au contraire, pour un donné incontournable. Par exemple ; les scrupules, reproches que l’on se fait, les remords, doivent être ou sont souvent acceptés en l’état, pris pour argent comptant. Autre exemple : un souvenir. On sait remettre en questions les propos des autres, mais pas ses propres pensées. Pourtant ses propres pensées sont les propos des autres, des propos du passé qui nous ont plu, convaincus et que l’on a retenus. Prendre ses pensées en bloc, c’est prendre en bloc tout ce qu’elles véhiculent. Les démystifier, cela peut consister à voir la part de fantasme qu’il y a dans la pensée, la part de désir que l’on prend pour la réalité, la part de rêve et de croyance, la part de peur excessive ou irrationnelle, la part de plaisir caché qu’il y a à se soucier des autres ou à se faire des sentiments de culpabilité, la part d’espoir obstinée…Commencer à en démonter les ressorts, les causes, nous emmènera très loin. Pourtant, ce sont toujours les pensées dont on n’aura pas fait un objet d’étude, un phénomène à examiner, qui nous mèneront par le bout du nez. Dès qu’une seule de nos pensées révèle sa nature trompeuse, fallacieuse ou illusoire, ce sont toutes les autres qui deviennent suspectes. D’où le coup au moral ou le vertige. Cela veut dire que le meilleur moyen de ne pas être victime de ses pensées est de ne pas se laisser prendre par tout ce qu’elles véhiculent, par le bain où elles baignent, par le fond de conscience sous-jacent.. On connait l’origine de ce bain : ce sont les sentiments collectifs. C’est le désir d’union, de fusion puissant qui s’installe quand la séparation et les antagonismes prennent naissance et c’est le désir de plaisir.

Non, ce qui est prévu doit s’accomplir, n’est-ce pas, que ce soit une prophétie, une mission, une identité, une solidarité sentimentale, un idéal, un destin, on est son instrument, quasiment son jouet. Package à ne pas ouvrir, à prendre en bloc. L’arrière-plan de pensée, souvent inconscient, et tout ce qu’il renferme nous submerge et nous détermine. Neuf fois sur dix, quand on est décu ou mécontent, c’est parce que l’on n’a pas réussi une de ces choses. Mais c’est moral, il s’agit juste d’une idée générale que l’on a investie et à qui on appartient, au lieu qu’elle nous appartienne et que l’on en dispose à notre gré, sans aucun compte à lui rendre. C’est nous qui avons un problème parce que nous avons investi l’idée, ce n’est pas l’idée. Pas la peine de la plaindre. Si cette idée n’était que celle de quelqu’un d’autre, nous ne serions pas affectés. C’est ainsi que l’on témoigne de nos idées, qu’on les arbore, et qu’on subit les conséquences de cette inféodation. Ne pas enquêter, ne pas fouiller donc, et accepter en bloc l’idée et tout qu’elle véhicule.

process

Ce qui semble scandaleux, c’est de refuser ce rôle et de se tenir à l’écart. Il faut une sacrée dose d’indépendance pour le faire.

Faire le voyage qui consiste à mettre en doute ses pensées, à toutes les considérer comme suspectes, peut nous conduire à conclure qu’il n’y a pas de raison morale qui l’emporte sur une véritable sensation, sur un véritable ressenti. La première sera toujours plus ou moins douteuse, relative, conditionnelle, temporaire, alors que le second est réel. Et cela c’est terrible ! Que devient le collectif , le commun ? Si les pensées perdent leur autorité, les relations humaines ne peuvent plus être appréciées que sous l’angle ou en fonction des effets sur les uns et les autres. Et cela varie en fonction des uns et des autres. Pas de loi générale. Ce qui ne te nuit pas me rend plus fort. N‘est-il pas évident que chacun prend son plaisir là où il a coutume de le prendre ou conformément à ce qu’il est : dans les bonnes actions ou/et dans l’alcool, dans la vertu ou/et dans le vice, dans l’amour ou/et la domination, dans le sexe ou/et l’intellect, etc Il reste l’effet sur chacun d’une relation.

Si certains de nos ancêtres ont accepté leur sort – un sort pénible, malheureux – accepté leur état – un état inférieur – c’est parce qu’ils avaient, bien ancrés au fond d’eux, l’idée qu’il fallait mériter son salut, être humbles, être fidèles à son milieu, à ses parents, à son groupe.

prier

                               Que ta volonté soit faite. LOL

Il est fréquent, facile, bien considéré, de mettre en valeur les drames, émotions, personnels et surtout collectifs. Un exercice fréquent dans les médias et la culture. On dirait que les victimes, souvent mortes, devraient être reconnaissantes et sinon consolées, du moins calmées par cette démarche compassionnelle, ce témoignage-hommage. C’est assez bon pour elles puisqu’elles s’en contentent. Eh ! c’était le destin, la fatalité, personne n’y peut rien. C’est vraiment une excellente façon de ne pas traiter le problème, de ne pas traiter ses causes, et de s’acquitter d’une dette avec un peu de sentiments. On aime bien émouvoir dans les chaumières. Cela endort la réflexion. C’est une forme de charité, c’est facile .

Conditionnement bien ancré. La religion est l’opium du peuple. Elle rend addict et amollit. Les politiques sont l’opium du peuple. La morale est l’opium du peuple. Le bien commun est l’opium du peuple. Il faut plaindre tous ceux pour qui l’empire du bien a été puissant et l’est resté. Pour l’essentiel, l’état de conscience qui baigne nos pensées ou ce que véhiculent nos pensées consiste en un jugement qui a des effets importants sur le mental. (d’où le : « soyez sans affaires » du T’chan ») Qui n’aime pas juger ? Certains en font leur délice.  Quels effets ?.

Depuis le début, on veut faire le bien, on veut avoir de bonnes intentions, on cherche le bien. C’est l’angle sous lequel on nous a appris à vivre. C’est la bonne conception du monde. Et bien sûr, des tas d’idées de bien nous ont été fournies, et nous sont fournies quotidiennement. Il doit être présent partout ou dans tout. Le chemin à prendre est bien balisé. Des tas d’idées abstraites, générales, ne signifient qu’une chose : bien. (Il est convenu de penser que c’est ce qu’on veut tous, tout le temps. Conception de tout le monde. ) Cela veut dire que si on garde, ou si on enfourche cette démarche, tout le conditionnement ou toute la mémoire est réactivé . Les rêves, les croyances, les espoirs, les idéaux auxquels il donne naissance. . Et nos réactions suivent. Cela fonctionne tout seul dans notre tête.

Il est bien plus facile et confortable pour l’esprit d’attribuer une nature à quelque chose (de juger) que de comprendre son fonctionnement et ses causes. « Il est impossible de comprendre et de punir à la fois  » disait Paul VALERY. Comme s’il y avait antinomie. Depuis la nature divine de la foudre, la nature peccamineuse des maladies jusqu’à leur explication scientifique, il s’est passé beaucoup de siècles. C’est curieux, les cas de possession démoniaque sont devenus rares. C’est en jugeant (à partir d’une conception du bien général, c’est à dire d’une conception universelle d’un monde rêvé) que l’on accorde une nature aux choses et aux gens. Une nature par vocation définitive, et par principe, abstraite. Si c’est divin, c’est divin, point final. Si c’est vertueux, c’est vertueux, point final. Si c’est beau, c’est beau, point final. Si c’est génial, c’est génial, point final. etc Pourquoi point final ? Parce que cette nature n’est pas matérielle, charnelle, corruptible. Elle est immarcescible. Le spirituel, l’ineffable, l’incorporel, se définit essentiellement par sa nature. La nature, c’est le prédicat, c’est tout ce que l’on peut porter comme jugement de valeur sur une chose. (synonymes : attributs, qualités, connotations) quelle que doit la façon dont on s’y prend.

Mais où a-t-on vu que ce genre de nature existait ?

Par exemple : Dieu ne désigne strictement rien. C’est uniquement une somme de prédicats censés se rapporter à quelque chose. (si vous oubliez tout ce qu’on a dit sur lui et qu’il ne vous reste que le signifiant…?) Mais il n’y a pas que Dieu, il y a tout ce qui existe dans l’esprit et nulle part ailleurs, là aussi, c’est 100% prédicats. Comment voulez-vous expliquer la formation ou la composition d’une qualité morale ? Croit-on encore que c’est ce genre de nature qui explique les comportements comme la divinité expliquait la foudre ?

Comme c‘est merveilleux, quand on a affaire à des choses qui n’existent que dans l’esprit des gens et nulle part ailleurs, il suffit de changer les prédicats pour changer la nature de ces choses. Par exemple, selon la vision générale du Bien qui nous anime, on donnera au mot « homme » des prédicats différents, depuis « enfants ou image  de Dieu » (avec une âme et bla bla bla) jusqu’à « animaux évolués. » Mais la nature de l’homme et les rapports que nous aurons avec lui (prescription) changeront considérablement au fur et à mesure si nous parcourons ce chemin de l’un à l’autre. C‘est juste un effet d’une conception générale. Une conception générale de l’homme, cela ne se démontre pas, ne se prouve pas. C’est un a priori indiscutable. . De la même manière, en changeant les prédicats, on admirera d’autres types de personnes. On peut donc en choisissant ses prédicats ou les changeant, changer la nature de tout ce qui n’est pas expliqué ou explicable de façon rigoureuse, scientifique. On peut aussi faire la guerre au nom des siens.

Être subordonné au prédicat, c’est être subordonné à la nature d’une chose décidée, décrétée par la culture une fois pour toute, et que l’on n’a pas à démontrer. (Bien de la société) Exemple F. HOLLANDE : « aucun pays européen ne peut s’exonérer de l’accueil des réfugiés » c’est à dire aucun n’est exonérable quant à… C’est ça, pas exonérable ! ! Honte à ceux qui s’exonèrent ! En politique particulièrement, on a les innombrables et éternels excommunications de certaines catégories de personnes, ou de certains partis, parce qu’ils n’ont pas la nature qu’il faut..

Dans quelle mesure notre esprit est-il envahi par ce genre de natures ou de prédicats ? Parce que, attention….

Si le sujet est subordonné au prédicat, à la nature spirituelle, abstraite, incorporelle, des choses, surtout si ces choses n’existent que dans l’esprit et nulle part ailleurs, il est subordonné à un pouvoir supérieur, fantasmatique, irréductible. Subordonné, cela veut dire aussi que le rapport à la chose obéit à une prescription, pas à la compréhension ou la connaissance. La prescription, découle de la nature de la chose; On doit s’adapter à elle et tenir compte de ce qu’elle est. Automatiquement, nécessairement dans ce cas, l’effet qu’elle a sur soi est nié, écarté, méprisé. A contrario, forcer sa nature, c’est aller à l’encontre de soi-même, aller contre ses jugements, aller contre ses inclinations, ses répulsions, son rapport habituel au monde. Ce n’est pas rien. (Ou plus simplement, avant j’avais un préjugé, maintenant que j’ai essayé, j’aime) Cela met en évidence la puissance et la profondeur de cette « nature » conditionnée.

De combien de fantômes nous a-t-on bourré la cervelle ?.On croit en eux comme on croit en Dieu. Et se demande-t-on ce que c’est que cette nature et d’où elle vient ? Cela ne veut rien dire. En dehors de ce qui nous entoure et que nous n’avons pas créé, le mot ne renvoie qu’à des synonymes. Caractères etc Et qu’est-ce que c’est que ces caractères ?

Qu’est-ce qu’un moraliste ? C’est quelqu’un qui a définitivement choisi de défendre et de promouvoir la nature du monde, des hommes à laquelle il croit, et qui a renoncé à comprendre. Quelqu’un de borné.

On a peut-être remarqué que plus on a besoin de réconfort, plus on se sent mal dans sa peau, et plus on a besoin de faire le bien pour se remonter le moral et trouver ce réconfort. Et plus on aspire à des choses spirituelles, sentimentales, plus on a d’occasion d’avoir le bourdon ou du vague à l’âme. Rêver à quelque chose de ce genre, à de l’ineffable, à de l’incorporel, a toujours cet effet.

Ah ! Être en quête d’une nature !. Avoir une certaine nature est donc l’objet d’une quête, suscite des passions dévorantes. C’est évident, si on veut plaire aux autres, être estimé, reconnu par eux, les imiter, (ou pire si on a la religion de l’autre) c’est parce qu’on leur accorde de la valeur. Si on cesse, la dépendance cesse. Mais ce n’est même pas aux autres qu’on accorde de la valeur, c’est aux concepts qu’on leur colle dessus. On n’accorde pas de valeur à un petit enfant parce qu’on ne peut guère le conceptualiser culturellement. Et lui n’arbore rien. D’ailleurs il change vite, et si on ne fait pas partie de ses proches, il s’en fiche complètement de nous. (et même un enfant normal, même ses proches….) On ne peut être indépendant que si on n’accorde aucune valeur à l’autre.

L’éducation, c’est l’histoire d’une confiance trahie. La vie aussi, c’est l’histoire d’une confiance trahie. Trahie au nom du Bien commun.

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