LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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8 septembre, 2015

C’EST CE QU’ON DIT

Classé dans : Devoir — inconnaissance @ 11:55

Vous pouvez nier que le bien ne consiste qu’à satisfaire la demande du milieu, du groupe dans lequel on est plongé parce que, par-dessus tout, on veut en faire partie, y être admis et qu’il ne procède nullement d’une compréhension personnelle et libre de la situation et de ce qu’il faudrait faire pour l’améliorer. Vous pouvez nier que l’on interprète, décrypte une situation en fonction d’une idée du bien préconçue et reçue de son milieu. Vous pouvez nier que vous passer votre temps à rendre des comptes oralement ou mentalement à je ne sais qui ou à je ne sais quoi – et vous passez votre temps à justifier ce je ne sais quoi – mais si ce n’est pas le cas, si vous admettez que l’idée du bien correspond au désir du groupe, alors là, tout change. On ne peut plus penser que la demande est justifiée par un vrai savoir. Il ne peut y avoir de vrai savoir dans le domaine. Il en va de l’opinion d’un groupe à propos de ce qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs comme de l’opinion d’une personne. Tout change parce qu’on n’a plus aucune raison de croire que cette idée du bien est valable pour le monde entier. ‘Tout change parce qu’on n’a plus aucune raison de chercher à être bien conformément à cette idée préconçue, parce qu’on n’a plus aucune raison de chercher à faire de la satisfaction de la demande du groupe, une priorité existentielle, plus de raison de faire du groupe, quel qu’il soit, notre référent. C’est autre chose qui compte. Et que devient ce qu’on appelle, le devoir ? Juste une convenance sans valeur comme de rouler à droite (et en Angleterre, à gauche)

Quelle sorte d’idée du bien n’est pas quelque chose qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs, n’est pas une de ces généralités creuses ? La raison ? C’est quoi ? L’intégrité ? C’est quoi ? L’amour ? C’est quoi ? L’autre ? C’est quoi ? L’homme ? C’est quoi ? (Auparavant, il y avait une âme dans chaque homme, aujourd’hui, il y a un Homme dans chaque homme. Mais comme Homme est assez abstrait, soyez sûr que l’on attribuera une âme à l’Homme) La nation …non pardon, la mondialisation ? C’est quoi ? Le vivre-ensemble, c’est quoi ? Avez-vous déjà rencontré, repéré, identifié, une fois tour toute, tout cela, indépendamment de ce qu’on vous a raconté à leur sujet ? Non, tout cela, c’est ce qu’on nous a raconté à propos de tout cela. Et l’idée que je me fais de tout cela n’est pas l’idée que vous vous en faites. Cela n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs. Autrement dit, c’est ma création, à moi (ou à vous) et si c’est ma création à moi, cela m’appartient, ce n’est pas séparé ou indépendant de moi.

C’est parce que l’on voit un groupe, un collectif, une société comme un tout, parce qu’on lui imagine une certaine unité, que les idées qui procèdent de lui semblent émaner d’un esprit commun, ont l’aura d’une vérité établie, et que les demandes qui émanent de lui semblent justifiées par cette vérité. Mais si on casse cette unité, si on ne voit plus qu’une juxtaposition d’individus, la dimension commune de ces idées disparaît. Autrement dit, la généralisation ne demande qu’à se poser quelque part. L’idée : on parle de la même chose en pensant ou disant : raison, intégrité, amour etc ne demande qu’à être confirmée. Qui n’a pas constaté les réactions agressives, la fureur immédiate qui apparaît dès que l’on remet en cause le consensus sur des mots, des concepts, dans une réunion.

On ne va pas plus vérifier si ce que disent les journalistes ou les politiques est vrai qu’on n’aurait penser à vérifier, étant enfant, si ce que disaient les adultes était vrai. Après, on a commencé à relativiser ou réfuter, mais on a continué à prendre le sujet parlant pour l’origine, la base, la référence. On s’est même construit sur cette base. En réalité, en faisant attention, on s’aperçoit que l’on continue à penser que ce que disent les autres est, sinon vrai, du moins crédible. On continue à dire ce qu’on a entendu dire. C’est toujours se référer aux autres.

Si on s’apercevait que l’on fait encore l’enfant confiant, naïf, de bonne volonté, docile, une bonne façon de le mettre en évidence et de réveiller les autres, serait de répondre : « ‘c’est ce qu’on dit » aux jugements, affirmations péremptoires, considérations innombrables au sujet de ce qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs, ou de ces généralités creuses. Car on ne fait que réciter, répéter. On a cru avoir affaire à un sujet parlant, une origine, on n’avait affaire qu’à un magnétophone; Et un magnétophone, ce n’est pas un sujet, et il n’agit pas. Ce qu’il y a de bien, c’est que les journalistes portent à incandescence ce phénomène. A tous les coups, avec eux, ça marche, on peut répondre : c’est ce qu’on dit, c’est ce qu’on dit….Le  » on dit » a pris une ampleur immense. La rumeur est une institution. Elle est son propre sujet. La rumeur est l’événement, le fait d’actualité.

Tout cela pour mettre en évidence le fait que tout ce qu’on peut dire, on l’a entendu dire. On croit. Ce sont les croyances, les espérances, les craintes, qui font penser, qui alimentent nos pensées obsessionnelles, pas le savoir.

Pourquoi ne dit-on pas : c’est ce qu’on dit, très souvent, dans la vie, ? Parce qu’on veut être gentil, faire plaisir. Ce on dit général nous intimide. Mais la raison, l’intégrité, l’amour, l’autre, l’homme, la nation …non pardon, la mondialisation, c’est ce qu’on dit.

Tous les cas correspondant au fonctionnement de la société (la culture, telle qu’elle se transmet dans les différents milieux) sont déjà prévus, pré-formulés, il n’y a plus qu’à les dire ou à rentrer dans les cases.(exemple : dire « haut en couleurs », c’est chic, « bas en couleurs », ça ne se dit pas)  Le mot société nous conduit à penser qu’elle est un tout unitaire. Le mot amour nous conduit à considérer etc Donc, parlant de toutes ces choses, on est contraint de supposer que « ce qu’on dit » témoigne de ce tout unitaire. Il n’y a pas de sujet parlant là-dedans, il n’y a qu’un effort personnel pour l’élocution et une restitution la plus convenable possible suite à un apprentissage plus ou moins réussi. Une bonne communication, une bonne intégration sociale exigent que l’on reste dans ces clous et que l’on ne se permette pas des écarts qui, de toute façon, ne seront pas compris. Ah, il y a une affirmation qui semble vraie, il y a une opinion qui semble partagée, il y a un fait qui semble établi, il y a des valeurs qui semblent incontestables etc il y a surtout un discours ambiant. Qu’a-t-on à dire si on cesse de surfer sur « ce qu’on dit » , bref, de commenter les commentaires des commentaires sur des choses creuses ? En fait, on ne commente pas les commentaires des etc on est gentil avec les gens qui sont gentils avec les gens etc le groupe ! On ne pense pas, on ne réfléchit pas, on communique !

Ce besoin profond et constant d’appartenir au fait collectif humain, d’obéir à l’idée d’un collectif inhérent à toutes nos pensées (dimension générale et évidence) font que nous sommes portés à tout faire pour coller à sa loi : épouser des sentiments, chercher à faire plaisir, prendre en considération des propos de sujet parlant qui n’existe pas. Sidérant l’importance que des gens dits sérieux (voire célèbres) donnent à des concepts vagues, fumeux, à des modes passagères. Qui se tient en dehors, indemne, non entraînés par le courant, c’est à dire par cette communion baveuse ? Qui méprise les tendances générales ?

Dès le moment où on veut faire plaisir ou plaire (adopter des goùts ou des opinions pour les autres) on est complètement dans une certaine sphère : la sphère affective, émotionnelle ou sentimentale. On est complètement habité par elle; C’est ce qui nous pousse très fortement à répéter ce qu’on dit avec les sentiments qu’il faut.

- Vous n’avez pas l’air content

- Il a fait comme si je n’existais pas. Moi j’étais prêt à échanger avec lui conformément à ce qu’on dit.

Même schéma : on veut satisfaire la demande du milieu, du groupe dans lequel on est plongé parce que, par-dessus tout, on veut en faire partie, y être admis et qu’il ne procède nullement d’une compréhension personnelle et libre de la situation et de ce qu’il faudrait faire pour l’améliorer. Mais si vous admettez que l’idée du bien correspond au désir du groupe, alors là, tout change. Tout change parce qu’on n’a plus aucune raison de chercher à être bien conformément à cette idée préconçue, parce qu’on n’a plus aucune raison de chercher à faire de la satisfaction de la demande du groupe, une priorité existentielle, plus de raison de faire du groupe, quel qu’il soit -grand ou petit – notre référent. C’est autre chose qui compte.

Obéir, machinalement, à des concepts conditionnés, à tout ce qu’on a été habitué à penser à leur sujet (concept de père ou de mère par exemple) c’est ne rien faire. C’est le rouage qui fonctionne. Ce n’est pas le sujet qui parle, c’est le fonctionnent du rouage. C’est personne. Un magnétophone. Car à tous les coups, quand on parle sous cette influence, on correspond parfaitement à l’expression : c’est ce qu’on dit. Dès que les sentiments s’en mêlent, la dépendance, le préjugé, la conviction, l’éducation s’en mêlent. L’irrationnel. Le sacré.

C’est la vie par procuration : on n’est qu’une conséquence. C’est vivre pour le groupe : penser pour le groupe, agir pour le groupe etc Le groupe (et les images sociales) nous procure tout. On dépend entièrement de lui pour trouver du plaisir ou de la satisfaction. On attend. Notre conscience lui appartient. Les autres nous sont alors indispensables , ce qui est important pour nous chez l’autre nous est indispensable. Ce que l’on fait pour l’autre nous est indispensable.

Bon, c’est la vie. Oui, mais : c‘est machinal ! C’est un automatisme. Bonjour magnétophone ! Vous fonctionnez bien ?

On peut continuer à fonctionner ainsi, mais c’est ne rien faire en quelque sorte, c’est juste être un rouage dans la machine. On dit parfois que certains font bouger les lignes. Il faut être certain qu’ils ne sont pas dans d’autres lignes, qu’ils n’obéissent pas à d’autres critères convenus, d’autres accords supposés, d’autres discours préétablis. Il vaut mieux briser les lignes que les déplacer.

On peut cesser de se raconter des histoires délirantes à propos de la façon dont doit fonctionner la vie et le monde sous prétexte que c’est ce qu’on dit ou ce qu’on se dit. (C’est le mot de qui ça ? Non, mais, vous accordez foi à cette généralisation, vous l’exploitez même ? ? )

Une conscience issue de la socioculture c’est à dire issue de généralités, sera toujours séparée. Ce qui vient du groupe ne nous appartiendra jamais : le bien que l’on voit en fonction de notre éducation, ne nous appartiendra jamais, il appartient au groupe. Le bien que l’on veut faire est toujours complètement conditionné. Cela porte un nom : le devoir.

On peut changer de conscience, remplacer celle qui est issue de notre éducation par celle que fournissent l’expérience, l’expérimentation – le cas le plus simple, le plus courant, le plus banal est d’essayer une chose à propos de laquelle on n’avait que de préjugés – ou reconsidérer complètement les choses ou cesser de faire du groupe notre référent ou cesser de généraliser.

Le devoir, ça court les rues. Cela ne se démode pas.

C’est simple; avoir le souci de se conserver, c’est avoir l’obsession de conserver les autres, s’apitoyer sur soi, c’est s’apitoyer sur les autres, être dans le sentiment à propos de soi, c’est être dans le sentiment à propos des autres. Et inversement. Le christianisme nous apprend qu’il faut renoncer à soi-même, se sacrifier etc Dans le prolongement, il nous apprend qu’il faut se détacher de ses proches, de son milieu. Or, comme c’est une sorte d’esprit chrétien qui inspire mes compatriotes après tous ces siècles de conditionnement – la morale sans le dogme – il me paraît utile de signaler que ce qui doit recueillir toute notre attention, c’est un type abstrait, un principe, une catégorie. Comment peut-on nous demander de mépriser des êtres en chair et en os alors que nous étions dans le même bateau, pour reporter notre amour sur des idées ? Justement parce que c’est l’idée générale, abstraite qui doit nous commander dans la vie selon lui. Le détachement par rapport à des êtres assez proches, nécessaire car respectueux de leur différence et de leur liberté, rend absolument ridicule le non détachement par rapport à des idées d’hommes ou des catégories d’êtres humains ou des personnes bien plus lointaines. On ne le voit pas parce qu’on est dans un conditionnement idéologique ou entraîné par la foule. .

Et si on dédouane des gens qui tiennent à adhérer à une culture qui a produit de nombreux crimes et tragédies, on cautionne, d’une certaine façon, ces crimes et ces tragédies. Il ne faudra pas se plaindre s’ils amènent ici les problèmes qu’ils ont créés là-bas.

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