LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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31 octobre, 2015

COMME TOUT LE MONDE

Classé dans : Conformisme — inconnaissance @ 22:16

« On est pareil en toutes choses

Pour tout c’qu’on dit, pour tout c’qu’on fait

Voilà pourquoi les mêmes causes

Produisent les mêmes effets… » (« Comme tout le monde » Les Collégiens. Ray VENTURA).

Le remord, c’est le sentiment d’avoir mal agi ou d’avoir été injuste, la honte, c’est le sentiment d’être la risée, la confusion dans le sens de désarroi, c’est le sentiment que sa propre existence est niée par la collectivité. Ce qui est en cause, c’est la morale, la dignité, ou la conformité. La morale se trouve au fond de soi, la dignité se trouve dans le regard de l’autre, la conformité se trouve dans l’appartenance parfaite au groupe. Dans ce dernier cas, on est rayé de la carte non seulement parce que l’on n’est pas comme tout le monde, mais parce que l’on est un affront pour tout le monde.

Il arrive aux personnes ce qui arrive aux mots selon Paul Valery : « nul mot isolé n’a de sens  » « Si on fait le vide autour d’eux, ils se vident »  » Les abstraits purs ne sont pensables que dans un contexte  » (Evidemment puisqu’ils ne sont appuyés sur rien de tangible) De la même façon, quand on isole les personnes mentalement et qu’on se focalise sur elles une fois isolées, elles disparaissent. Il reste l‘individu. (Il est bienséant de présenter une personne en citant tous ses titres diplômes etc pour que nous nous disions : ah la vache, c’est un bon . Des fois qu’elle sortirait ensuite des fadaises. C’est l’édification d’une « personne »)  On remarquera qu’un groupe scotomise quelqu’un sans aucun scrupule, mais qu’une personne ne supporte pas d’être scotomisée par un individu.

« Le philosophe se dit : l’existence de tel mot prouve que quelque chose est sous ce nom. Rien n’est plus faux. »(PV)...Les sciences humaines disent : l’existence de telle notion ou de telle catégorie humaine prouve que quelque chose existe sous cette notion ou sous cette catégorie. Rien n’est plus faux.

La critique la plus virulente, la plus radicale d’une religion en discréditant tout son univers (Dieu, ce sont ses attributs et tout le barda culturel qui l’entoure. Non, ce n’est pas la Vérité) dans le but de la réduire à rien est toujours légitime, car une religion prône un certain modèle de société (une religion fait même figure de société parfaite) , de vie pour les hommes, et si elle est implantée, reconnue par l’Etat, si elle a des prérogatives,, elle a un impact, un effet, des conséquences sociaux, une influence, et on peut être en profond désaccord avec eux. Avec eux, c’est à dire avec cette influence ou ce pouvoir sur l’esprit des gens à moins d’être complètement indifférent au sort des autres et d’être sûr de toujours pouvoir échapper à son emprise. Dans le cas contraire, on ne peut pas exiger de nous que nous réservions notre opinion puisque les tenants de cette religion ne se privent pas d’exprimer la leur. Et si on pense que cette influence est dramatique, il faut agir en conséquence.

Ceci est valable pour toute croyance dont la portée sociale ou sociétale est incontestable. Dès qu’un groupe se constitue autour d’une idée, de quelque nature qu’elle soit, et que ce groupe et cette idée ont quelque influence dans la société de par leur visibilité et leurs moyens de diffusion, la critique la plus virulente à leur égard est tout à fait légitime si on pense que cette idée est dangereuse ou nuisible. .(Aucune raison par exemple de ne pas éreinter le féminisme, le communautarisme, le multiculturalisme, l’humanitarisme etc et les groupes qui s’en font les porte-parole si on l’estime nécessaire)

La personne qui s’est identifiée totalement a une idée pousse des hauts cris car elle ne veut pas disparaître.

Inversement, on sera toujours transparent pour cette personne si on méprise totalement ses convictions. Banni parce que traître. .

On compare parfois, souvent, la vie, l’existence, le temps à un courant, un cours d’eau (la vie suit son cours, le temps passe etc) qui entrainerait tout le monde, dont personne ne pourrait s’abstraire. C’est accepter d’emblée, qu’il y a un flux irrésistible qu’il faut bien épouser, que l’on ne peut rejeter. Ce courant n’est pas purement mathématique, on lui donne un sens profond. On y plonge les autres, comme s’ils lui obéissaient et nous nous y plongeons aussi. On n’en connaît ni les limites, ni la profondeur, ni la nature exacte, ni la cause.Quotidiennement, on peut, en effet, avoir l’impression que les gens sont occupés à faire quelque chose ensemble, qu’il y a une affaire en cours, que l’on tombe dans un contexte préexistant, que l’organisation fonctionne et s’incarne. Ce qui fait que chaque membre quelque peu répertorié, catalogué de la société est un gentil membre qui participe à une gentille entreprise sociale et requiert notre gentille adhésion. Il y a même bon nombre de gens qui, dès qu’ils voient un cours d’eau, aussitôt, se jettent dedans, c’est à dire que dès qu’ils devinent un quelconque projet, un semblant d’accord entre plusieurs personnes, une occupation collective, se pressent d’y participer, inconditionnellement. Bonne volonté toujours prête. (coopérer. Quand ce à quoi ils coopèrent devient condamnable, cela devient collaborer)

C’est sans doute une des caractéristiques essentielles des hommes exceptionnels, quel que soit leur domaine, que de ne pas se laisser happer, absorber, emporter par le courant de pensée, les jugements courants, les sentiments collectifs, et encore plus fondamentalement, la tendance générale, le battement de coeur d’une époque..Bref, de ne pas trop être atteint par le besoin d’appartenir à un groupe. Ils sont moins sensibles à la confusion que la majorité. On peut comprendre que le conformisme est rassurant, confortable, gratifiant, bien vu, sympathique, et qu’il soit si répandu.

Le conformisme, c’est une double identification. On s’identifie au courant, au sens général qui semble s’imposer à tous et on s’identifie à tous les autres. (voir les croyants d’une religion) .

L’idée sous-jacente qu’il y a quelque chose en dehors de nous dont on dépend pour être, un extérieur qui a barre sur l’intérieur, une condition permanente à remplir, une non-liberté personnelle, c’est le résultat d’un sentiment très précoce que le monde est organisé et que l’on nous en transmet les lois. Et comme tout le monde a ce sentiment et en rend témoignage ou le laisse à penser, on y croit. Impression fausse. Ce sens nécessaire résiste à l’objectivation.Voilà l’ambiance.

Quand on se met en scène en pensée, quand on se voit accomplissant des actions ou décidant quelque chose, cela a peu de chances d’aboutir, parce que lorsque la situation se présentera, elle sera différente de ce qu’on avait imaginé, et nous serons différents de ce que nous avions imaginé. Autrement dit, dans la pensée, la décision ou le désir ne s’enracinent pas dans le réel. Cela reste théorique et idyllique comme la morale. En fait, ce genre de pensées répond seulement à l’espoir de se mettre en règle, de se justifier. (réveil d’un stock de raisons conditionnées) Un vrai désir ou une vraie décision, pour se réaliser, doit être vrai par rapport à nous, nous correspondre, sinon nous, puisque cela dépend de nous, n’aurons pas les forces, la détermination nécessaires. Nous sommes le référent et la condition de l’action..

Il y a beaucoup de buts qui ne sont pas les nôtres et qui, à ce titre, ne nous motivent pas. Il y a toutes les raisons dont la vérité est douteuse, hasardeuse, ou qui dépendent de tas de facteurs qui nous échappent. Il y a les jugements de valeur qui ne sont pas les nôtres, qui ne correspondent pas à nos goûts. Qu’est-ce qui peut bien rendre un désir vrai, une décision assurée, une volonté inébranlable ? L’amour ? Le plaisir ? Il faut que notre envie, notre énergie soient certaines et que l’objectif soit vraiment le nôtre. Est-ce que cela peut être faire partie d’un groupe, d’une société ? Le conformiste, le membre d’une communauté cherche l’amour dans la communauté. Il le trouvera, – il trouvera un certain amour – à condition de se fondre en elle et d »épouser parfaitement l’esprit de la communauté. Sans elle, il n’est plus rien. Idéal inaccessible. C’est contradictoire parce que cela signifie renoncer à soi, à son individualité. Enfin, si on appelle vertu ou bien ce qui a un effet utile, propice, à quelqu’un, pourquoi faudrait-il que ce quelqu’un soit toujours une collectivité (plus ou moins abstraite et douteuse) et jamais soi-même justement ? Parce que l’on a posé que la vertu, c’est l’abnégation, le désintéressement.

Si le service de cette collectivité, si le désintéressement nous comblaient, nous ne serions pas toujours entre les deux. C’est pénible et instable. Et connaissez-vous beaucoup de gens qui ne font pas le mal au nom du soi-disant désintéressement ou de la soi-disante abnégation ?

Qu’est-ce qui peut bien déclencher l’action déterminée ? On nous l’a dit et répété à juste titre : une image fait sens, un message comporte un sens, une pensée a un sens. Affirmation, suggestion, allégation, supposition, caractérisation ou qualification, jugement etc tout cela veut dire quelque chose. Il y a une direction, une intention dans ce sens (notamment à cause du verbe et des jugements qu’il contient) Mais il n’y a aucune énergie, aucune force, dans le sens d’une pensée. Le vrai désir, le goût n’est pas dans le sens d’une pensée, le vrai besoin n’est pas dans le sens d’une pensée, sinon, n’importe quel sens, n’importe quelle affirmation ou suggestion, ou allégation ou supposition ou qualification s’imposerait et nous mobiliserait. Même le fantasme, tout ce que le sens peut suggérer comme rêve, est sans pouvoir. Seul notre propre fantasme personnel, actuel, est mobilisateur. Le besoin d’amour ne s’adresse pas au sens d’une pensée, il s’adresse à des individus réels, en chair et en os, il met son espoir non pas dans le sens mais dans des individus. C’est donc faire une grosse erreur que de croire que le sens d’une pensée va nous donner sa force. Cette force ne peut venir que de nous. Inutile d’attendre des idées des uns et des autres qu’elles nous donnent de la force.

Par exemple c’est l’instinct de puissance, de domination, plus ou moins développé , qui fait le meneur d’hommes, la personne d’autorité ou qui inspire l’ambitieux .Celui qui a peu de force abusera des faibles – les enfants par exemple – celui qui est plus fort affrontera des gens plus forts. Les raisons dont on se sert pour manifester sa force de caractère, sa personnalité, n’étant constituées que de choses qui n’existent que dans l’esprit et nulle part ailleurs (ou dépendant du soutien d’un groupe) , sont de l’ordre du fantasme. Le mal que l’on fait à un individu ont comme prétexte :l’ordre, les symboles, les valeurs, les grands principes etc auxquels il ne faut pas toucher.

Des choses de la vie que la société valorise, que la majorité des gens embellit (vous savez, les repères préférés et convenus de nos conversations, les signes habituels du bonheur ou de la réussite, genre : tu as tout pour être heureux) suscitent des fantasmes et on les épouse pour partager ces sentiments. Pas sûr qu’on y trouve son compte. La collectivité, en tant que telle, en tant qu’idée , nous décevra toujours. Elle n’est pas comme on le raconte ou comme on l’imagine. . Eh non, le sens convenu, les vérités convenues, le conformisme n’apportent rien si ce n’est pas le nôtre .

On ne se rend peut-être pas compte que l’on est constamment et fortement invité par nos pensées à nous jeter dans le cours d’eau, c’est à dire à coller au groupe. Chacune des pensées qui nous visitent inopinément est de l’ordre de : c’est ce qu’on dit, cela s’impose. Comme disait PRAJNANPAD : récitation et imitation; C’est l’expression d’une généralisation collectivement admise. La pensée qui préexiste à notre choix, à notre délibération, à notre liberté dont nous parlions dans l’article précédent, l’angle de vue déjà là se présente aussi sous forme de conformisme. Cela apparaît plus clairement quand on se concentre sur la formule employée. C’est pour le coup que nous serions en droit de demander à ces pensées qui viennent d’on ne sait où, qui profèrent ce genre de propos convenus, qui nous pressent : « pourquoi me parlez-vous ? » Autrement dit, elles travaillent constamment à notre désindividuation. On n’échappe pas ou elles n’échappent pas à l’usage de catégories générales et à la volonté de fabriquer des lois générales en puisant dans le stock des idées et raisonnements reçus. Non seulement les pensées qui nous visitent inopinément et nous poursuivent, ne sont pas réalistes, mais elles sont stéréotypées. Chaque situation est nommée selon les concepts socioculturels en vigueur – bien ou mal – et pas question de les mépriser. Vous les retrouverez, agissant, dans vos pensées.

Dans la pensée, on ne perçoit pas vraiment de groupe constitué, de collectivité. Mais se fondre, renoncer à son individualité ne se limite pas à épouser complètement la raison d’être, l’identité d’un groupe constitué ou d’une collectivité consciente, cela consiste aussi à épouser les innombrables concepts de valeur humaine. Chacun de ces concepts veut inclure tout le monde, exprimer tout le monde et veut être épousé par tout le monde. On renonce autant à soi quand on s’engage dans l’armée ou dans les ordres que lorsque l’on adopte telle valeur morale ou tel modèle éthique. C’est quelque chose qui vient des autres, c’est quelque chose dont la vérité est douteuse. C’est la condition d’appartenance au groupe. Notre désir n’est pas vrai, ce n’est pas le nôtre. Si on persiste cependant à vouloir le satisfaire, c’est ce qu’on y trouve, indirectement, un vrai plaisir, qu’on satisfait un vrai désir non-avoué. (le « bon » politique, plein de bonnes paroles, qui dit qu’il veut servir son pays etc mais qui veut le plaisir du pouvoir et de la notoriété)

Cette tendance à vouloir être un élément d’un ensemble humain est très profonde et très puissante. Après, tout s’enchaîne. Il s’ensuit que comme nous avons dit qu’une morale, un sens de la vie étaient toujours propres à une collectivité c’est toujours pour appartenir à cette collectivité, dans l’espoir d’être aimé par elle, que l’on suit une morale.

Il s’agit donc de savoir si on a un rapport direct, personnel au monde, ou si ce rapport est conditionné, façonné, médiatisé par des éléments socioculturels communs et extérieurs. ;Cela vaut aussi pour le rapport aux mots. La moindre once de dépendance à un jugement, un point de vue commun signifie que l’on est en voie de conformisme. Oeuvrer pour le bien commun, généraliser, vouloir être comme tout le monde, c’est exactement la même chose.

Quand est-ce qu’on n’utilise pas les jugements des autres, les critères des autres, quand est-ce qu’on ne se sert pas de ce que tout le monde dit ? (Ils sont marrants ces gens qui pérorent sur les idées et discours ambiants et qui, après, se lamentent qu’on ait péroré sur les idées et discours ambiants) Prenons conscience que cela parle ou cela pense, c’est un automatisme Et ça dit ce que tout le monde dit. , ça donne une belle image de soi à destination des autres dans l’espoir de rejoindre les autres. C’est comme si on était sur terre pour dire et faire comme tout le monde avec, parfois, quelque coquetterie pour se différencier un peu en se référent à un autre convenu. C’est le conformisme dans toute sa splendeur. Cela tend vers la guignolisation. De temps en temps on se révolte contre cette dépossession de soi. On voudrait être plus vrai. On voudrait que notre propre rapport aux choses s’affirme et non ce rapport stéréotypé. On voudrait être en prise directe avec ces choses.

Il y a une phrase de CAMUS qui est très à la mode en ce moment, c’est « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde « . Mais pour bien nommer un objet, encore faut-il en avoir une vraie connaissance, jouir d’une vraie proximité, au lieu de nommer d’abord comme tout le monde et de réfléchir ensuite.

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