LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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15 novembre, 2015

L’AMOUR ANEMIE

Classé dans : Amour — inconnaissance @ 21:11

Quand on fut parvenu à l’idée que la société, l’Etat, ou le système, c’est à dire l’ordre établi, quel qu’il soit, devait être un but en soi, indépendamment de ses effets sur les individus, quand on eut accepté l’idée que l’intérêt de cet ordre établi, quel qu’il soit, aurait toujours la priorité sur l’intérêt individuel, on aboutit tout naturellement à l’idée que l’on pouvait demander n’importe quels sacrifices aux individus, soumettre les individus à n’importe quel traitement, en vue de défendre ou de sauvegarder l’ordre établi en vigueur. Le but et la référence étant l’ordre établi, il suffisait simplement que ses représentants estiment que ce sacrifice ou ces traitements étaient nécessaires. On put alors juger chacun en fonction de sa conformité à l’ordre établi.

Auparavant, c’était la puissance du désir individuel qui faisait la loi. Le plus fort soumettait les autres à sa loi. Maintenant, il faut qu’un système s’impose, triomphe des autres systèmes. Il doit convaincre. Quand c’est le cas à grande échelle, ses représentants possèdent le pouvoir indiqué ci-dessus.

Si on réfléchit bien, que d’encre, que de paroles, que d’efforts, que de pensées ne produit-on pas depuis des siècles simplement et uniquement dans le but de défendre ou de promouvoir une certaine société, un certain ordre. Que d’actions, que de mobilisations, que de pressions ne se sont pas succédées pour défendre un système ou lutter contre un autre. Que de conflits ne se sont pas manifestés au nom de la fidélité à des systèmes différents. Que de préoccupations, de soucis, quand un ordre établi semble chanceler. Qui n’est pas le serviteur conditionné d’un ordre établi ? Qui ne se croit pas missionné par lui ? Qui n’est pas convaincu qu’il doit tout faire pour servir un système, un ordre, une idée générale du bien qu’il n’a pas inventé lui-même. Qui n’éduque pas ses enfants sans jamais mettre en question les principes et la vision du monde qu’il leur transmet ? Sans compter tout ce qu’il faut faire pour se mettre en règle.

S’est-on un jour demandé : ai-je encore envie d’être au service d’un ordre établi si je décide de donner la priorité absolue à mon bien personnel, à ma vérité personnelle ? A tous les coups, si vous faites cela et le déclarez, on vous traitera d’égoïste (ou pire) qui ne se soucie pas des autres. Comprendre que les autres sont, bien sûr , la pensée des autres, du bien des autres, selon un système. Système chrétien, système communiste, système capitaliste, système socialiste, système humaniste etc Mais la condamnation ne vient quasiment jamais des gens qui auraient eu à se plaindre de vous ou que vous auriez négligés -ou alors, c’est qu’ils savent exploiter un courant d’idée en vigueur – elle vient du représentant d’un principe, d’un système, qui n’est pas personnellement concerné.

Cette maladie, cette obsession de trouver ou de servir un ordre établi ne peut – à moins d’un réveil – que s’aggraver si on ne va pas vers plus de liberté individuelle. En effet, les dysfonctionnements, crises, désordres de la société vont faire cogiter de plus en plus, vont faire se multiplier les médecins de la société. Et ces derniers ne peuvent qu’accentuer la nécessité de donner la priorité à la société malade. Sinon ils perdraient leur job et leur importance. Déliquescence assurée. Préparez-vous à être de plus en plus harcelés par cette faune.

Le désir serait le meilleur guide s’il renvoyait , de façon non idéologique, à soi-même, s’il n’était pas, lui aussi, emminamment conditionnable, manipulable, aveuglé. On ne parvient pas à distinguer radicalement les désirs de l’individu des désirs du moi, les désirs caprices des désirs vitaux. ,Comment classer le désir d’enfant des homosexuels, l’ambition sociale, le féminisme, ce dernier est-il un juste besoin d’émancipation ou une tendance à la mode ? Si le désir est le résultat d’un conditionnement socioculturel, c’est alors le désir d’une culture (dans une autre culture, il aurait été différent) Certains parviennent à envoyer balader un certain nombre de ces désirs greffés par la culture, preuve que ce n’étaient pas les leurs, et les leurs se heurtaient aux précédents.

Avant l’époque moderne, avant qu’on ne commence à discourir sur les formes de société idéale ou sur les défauts de la société, beaucoup d’écrits de philosophes tournaient autour de la légitimité ou du bien-fondé des désirs. Voir, notamment, EPICURE, SENEQUE et même MONTAIGNE.

Les pharisiens sont morts avec la Réforme en Occident. Auparavant, la profession de foi chrétienne, les rites chrétiens, les apparences suffisaient à contenter l’Eglise. On détournait les yeux de la moralité des gens. (Achetez mes indulgences ! ) On pourchassait seulement l’hérésie, et le christianisme avait peur de son ombre : le diable. A partir du moment où on a admis l’idée que la religion est un mode de vie, un type de rapport entre les hommes, une forme de société, un état d’esprit, on s’est mis à penser, penser, penser la société. A l’intérieur du christianisme puis contre le christianisme ou selon une autre religion. A peine la Royauté s’était-elle bien établie que ses jours étaient comptés.

Aujourd’hui, notre moralité est d’inspiration chrétienne (le catholicisme s’est adapté) , et tourne autour de l’amour, ou elle est d’inspiration matérialiste ou païenne, elle sert les désirs.

La religion de l’amour consiste à créer, multiplier les instances, les entités, les généralités, les abstractions qui ne s’autorisent que d’elles-mêmes, c’est à dire qui n’ont aucun besoin, aucune raison de se justifier parce qu’elles ne dépendent de rien. Au premier rang desquelles, bien sûr, on trouvera Dieu Quel ridicule ! Comme si tout n’était pas interdépendant dans l’univers, comme si les généralités dont nos fiers-à-bras se réclament (France, République, droits de l’homme etc) ne dépendaient pas de l’époque, du contexte, des forces en présence, des cultures etc (Voir l’article, par exemple, « La volonté de Dieu et les droits de l’homme ») .

Mais quel peut bien être notre rapport à quelque chose qui ne s’autorise que de lui-même ? (à « droits de l’homme » par exemple) Il suffit d’observer ceux qui s’y consacrent. (Comment sont-ils, comment parlent-ils) Quels effets peut bien avoir quelque chose qui ne s’autorise que de lui-même ? Il est clair que si l’on a accepté que l’ordre établi, quel qu’il soit, devait être un but en soi, indépendamment de ses effets sur les individus, si on a accepté l’idée que l’intérêt de cet ordre établi, quel qu’il soit, aurait toujours la priorité sur l’intérêt individuel, c’est parce qu’on a fait de cet ordre établi, de ce système, une abstraction qui ne s’autorise que d’elle-même et qui requiert tout notre amour.

Le rapport que l’on doit avoir avec ces abstractions, est une sorte d’amour. Les effets seront les effets de l’amour. C’est l’abnégation qu’on appelle amour et le sentiment d’amour désigne les différentes formes d’effet que l’abnégation a sur chacun.. Amour dévouement ou dévotion, amour aduler ou adorer, amour épouser ou fusionner ou sensibilité extrême à tout ce qui concerne l’objet d’amour.

Toute la question est de savoir qui quoi ne s’autorise que de lui-même, qui quoi se passe de toute justification.

Le principal problème que la société ou l’ordre établi ait à régler pour être la priorité numéro 1 et pour que les individus se mettent à leur service, est le fait que le plaisir découlant de la satisfaction d’un désir personnel, fait oublier le sort des autres. (la conscience et la prise en compte de ce fait sont réservés à une minorité) Ce que l’on peut imaginer, concevoir au sujet de la situation ou de l’état de l’autre sera toujours moins réel et moins puissant que ce qui est effectivement et personnellement ressenti. Et quand ce qui est personnellement et effectivement ressenti est un grand plaisir, le souci des autres s’estompe. Alors l’amour ou l’abnégation doit être une attitude, une religion puissante et constante qui fera que le désir de l’autre prévaudra sur son propre désir et l’écrasera. L’écoute et le service du premier doit nous mobiliser tout entier constamment. C’est l’asservissement. Il n’y a, a priori, pas de limites à l’abnégation, au sacrifice. Voir toute la littérature. Tout cela est capital pour la société. Le principe étant acquis, le but étant l’intérêt de l’ordre établi, l’intérêt de cet ordre n’étant jamais assuré, on peut toujours nous dire qu’on n’en a pas fait assez et nous en demander plus.

Le citoyen moderne, peut-être également adepte d’une religion et d’un parti, est un super-serf. Non-propriété et activité en faveur de quelqu’un d’autre. Non seulement parce qu’une grande partie de son travail ne sert ni à lui, ni à la collectivité (mais à des structures, des bureaucrates, des profiteurs, des parasites) , mais parce que toutes ses idées, tous ses désirs, doivent venir de la société, appartenir à la société et servir la société. (Notons que les droits de l’individu sont niés. On peut constater que l’on nous demande de prendre les armes et de combattre un ennemi qui envahit le territoire national – et met en danger les biens des puissants et les institutions– mais que l’on nous interdit de recourir à la force quand quelqu’un a envahi ou squatté notre domicile. Et la loi ne rétablit par immédiatement la victime dans ses droits) A quelles chimères ne sacrifie-t-on pas ou n’est-on pas obligé de sacrifier pour être un bon citoyen + + ? Jusqu’où cela ne va-t-il pas, jusqu’à quels détails ?

Cependant, ce n’est pas le sens donné à homme, à République, à charité, à responsabilité, à droits de l’homme etc, qui ne s’autorise que de lui-même, qui requiert notre amour. Chacun admettra que ce sens n’est pas bien net, bien circonscrit, chacun comprendra que l’ordre établi essaie, à force de propagande, de donner plus de clarté et de force à ces mots sans jamais y parvenir tout à fait. Non, ce qui ne s’autorise que de lui-même, ce qui requiert notre amour, c’est le référent pur, abstrait, de chacun de ces mots. C’est ce que nous avons créé, inventé, par principe, pour que le signifiant désigne quelque chose. Que répondre à quelqu’un qui vous dirait : homme, ça ne correspond à rien. Charité, ça ne correspond à rien. République, ça ne correspond à rien. Dieu, ça ne correspond à rien. Si nous ne croyions pas en l’existence, par exemple, de ce que désigne le signifiant Dieu, il y a longtemps que tout ce qu’on raconte et tout ce qu’on voit à son sujet nous aurait dégoûtés. (quel baratin, par exemple, de Saint-Paul à propos de la charité pour essayer de nous séduire) Quand il s’agit d’expliquer, de justifier cette existence, sans faire appel à tout ce qu’on raconte, là, on reste sec. C’est facile à comprendre, le sens sans le signifiant reste immanquablement personnel, (parler pour soi seulement). ou vague, relatif, discutable si on veut l’objectiver Le signifiant sans le sens c’est l’abstraction de soi, le général pur (le signifiant – sonore ou écrit – est une production convenue que l’on reconnaît collectivement). Le sens sans le signifiant, il n’y a plus rien qui « ne s’autorise que de lui-même » . C’est pourquoi celui qui fait semblant d’être le porte-parole offciel d’une de ces abstractions, ne parle qu’au nom du principe pur, absolument théorique que le signifiant est censé désigner. Si on croit que ce principe pur existe, on est piégé. Ainsi, ôtez le référent de « changement » ou de « autorité » (voir article précédent) et ne considérez que le sens, vous voilà dans le flou. Otez le sens de changement pour ne viser que le référent et essayez de vous baser dessus, vous voilà projeté dans le vide.

L’amour anémie

L’abnégation, le renoncement à soi, l’oubli de soi, le sacrifice de soi ce n’est pas le renoncement, le sacrifice de grandes et belles idées, mais de tout ce qui fait de nous un individu singulier : à commencer par le corps, en continuant par les désirs profonds, inhérents à sa nature singulière. Pour aimer une abstraction il faut être aussi désindividualisé et désincarné que possible, il faut être aussi dilaté que possible, il faut être aussi identifié que possible.

Dépendance. L’amour a besoin de réciprocité contrairement au désir. Vivant d’amour, on suppose que les autres en font autant. On a besoin que les autres aiment les mêmes abstractions que nous. Par exemple : nous avons besoin d’attribuer aux autres, de supposer chez les autres, le même amour que nous pour certaines vertus. La certitude où nous serions que nous sommes les seuls à avoir ce sentiment nous le ferait très certainement abandonner. Et si les autres blessent notre amour, comme le contraire de l’amour, c’est la haine, on prévoit les réactions qui s’ensuivront. .

Identification ou fusion. L’amour, c’est le sentiment d’être uni aux autres en esprit. Le on-dit, (ce qu’on raconte sur, tout le sens des mots abstraits) est le creuset. Son propre sentiment pour quelque beau principe n’a pas d’autre fonction que de plaire au groupe. On respecte un personnage que la société a consacré, non pas naturellement, mais conformément aux moeurs. On tue tel individu, pour plaire au général et à la troupe. On ne peut être uni qu’en éliminant tout ce qui nous différencie.

Adoration. Dans le mythe d’Oedipe, par exemple, c’est le sacré du symbole seul qui est atteint (caractère sacré du père) car Oedipe n’a pas voule tuer son père et la mort d’un homme ordinaire dans quelque combat aurait été sans importance. C’est le symbole ou l’idée qui est sacré, par la vie d’un individu. Ne sera-t-il pas facile de manipuler et de mobiliser ceux qui ont foi dans ces chimères, en réveillant leur amour pour elles ?

S’oublier, c’est sortir de soi, perdre ses bases pour essayer d’habiter les autres, de vivre à travers les autres, (empathie) . Cest finir par vivre par procuration. De quoi n’être plus qu’un être mental, mais un tel être est si vaporeux.

L’anémié n’a aucune force ou aucune énergie. Il est entièrement dépendant de l’aide, du soutien des autres. Sans eux, il ne peut rien. L’anémié dépend de choses qui échappent à son emprise, qui sont hors de son pouvoir, et qui, elles, ne s’autorisent que d’elles-mêmes et disposent de l’assise et de l’énergie nécessaires.

L’anémie, ce sont tous ces principes, toutes ces conceptions entérinés, assimilés, incarnés. Emotion ou émotivité, souci de l’autre, retenue, patience, don de soi, oubli de soi. Avec tout cela, bien sûr, on ne cesse de se mêler des affaires des autres. (comme dans certaines séries américaines) Recherche de motivation et d’assurance. J’ai conscience de décrire la mentalité de certains Français ou la mentalité que l’on veut faire adopter par les Français.

La preuve que l’on n’a plus de consistance, c’est que les pensées ne sont plus comparées, confrontées à soi-même. C’est du mental pur, du conditionnement pur. Cela tourbillonne dans le vide. Comme référent, au contraire, je n’ai pas besoin de m’encombrer d’une chose dont l’existence n’est que postulée et théorique. Si ce genre de mot me concerne, je suis le référent. Quand il me dépasse, c’est que j’en fais une généralité. Seule l’existence du référent pur du signifiant d’un mot abstrait nous effraie, nous désempare. On n’est jamais désemparé avec le seul sens. On n’éprouve pas de devoir d’aimer avec le seul sens. Le reproche de mensonge ou de fausseté ou de peur ou de ou de etc vous atteint parce que vous êtes devant ces notions comme devant un principe d’une pureté absolue, et d’une indépendance totale. Vous êtes devant elles comme un enfant devant une personne qui l’impressionne. Considérez uniquement le sens qui est donné à ces mots dans le discours et rien d’autre. De toute façon, le reste n’appartient pas à celui qui vous parle. .La différence entre les deux attitudes est la généralisation que le référent vide implique. Pourquoi vous généralisez ? Un signifiant ne signifie rien et n’est qu’une convention.

Dans ces conditions, pourquoi devrait-on avoir de la sollicitude pour les sentiments et rêves associés à des notions de ce genre ? . Pourquoi devrait-on partager les sentiments déçus au sujet de ces notions ? . Qui a franchement, sincèrement envie de plaindre celui qui courait après une chimère ? Qui est triste de la tristesse des communistes affectés par la chute du communisme, des chrétiens ou des musulmans affectés par la perte de crédit du christianisme ou de l’islam, des socialistes affectés par la déconfiture du socialisme, des Républicains affectés par la décadence de la République etc ou quelque sacré que ce soit. Seuls ceux qui auront « tant aimé la Révolution » seront tristes de l’échec de la révolution. La notion de sacré n’était là que pour protéger la mystification et empêcher l’examen . On n’est pas vraiment affecté parce qu’on sait, au fond de soi, que ce n’était qu’une douce naïveté. On ne peut pas vraiment approuver et partager les peines et les désarrois de ceux dont les superstitions, les illusions, les rêves fous sont déçus, et dont les espoirs et les sentiments s’écroulent. Tout cela a quelque chose de ridicule. Un mythe, une foi collective, une illusion qui s’écroulent. Aucune importance.

La réciprocité, cela ne marche plus. L’adoration non plus. L’identification non plus. L’oubli de soi non plus. Le meilleur service que l’on puisse rendre à ces gens peinés n’est pas de les approuver et de les plaindre mais de les secouer d’une façon ou d’une autre. Car c’est l’entraînement, l’exemple, l’approbation des autres qui a les a conduits à cet aveuglement.

Puisque tous ces référents des notions abstraites sont de pures créations de l’esprit, que rien n’étaye, il suffit de cesser de les créer pour qu’elles disparaissent.

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