LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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22 janvier, 2016

L’AMOUR ERRANT

Classé dans : Amour — inconnaissance @ 13:43

S’il existe un nomade dans cette vie, c’est bien l’amour. Toujours en mouvement, toujours en quête , toujours disposé à partir après s’être fixé quelque part, toujours rêvant d’un autre lieu, d’un autre contexte, d’une autre vie. Il va et il vient. En apparence libre de toute contrainte et de tout déterminisme, il est capable de se déplacer d’une personne à une autre ou de sembler provenir d’une personne ou d’une autre.

Mais il y a l’amour actif et l’amour passif, l’amour de quelqu’un de précis et l’amour diffus, l’amour habité par le désir (un désir qui engage le corps) et l’amour où ce désir est absent

On est assez conscient du premier, beaucoup moins du second, c’est que le second est étroitement lié à la culpabilité. C’est parce que l’on se sent coupable, de façon diffuse, indéfinissable, inexplicable, que l’on a besoin d’amour. Amour consolation. Amour pardon. Amour réhabilitation. Amour rédemption. (Ah le Rédempteur ! ! ) Mais comment l’obtenir ? En faisant tout ce qu’il faut auprès des autres. En aimant (disposition) de façon à pouvoir compter sur la réciprocité.

Or, la satisfaction d’un besoin et les occasions de le satisfaire (se débarrasser de cette culpabilité) sont très aléatoires.

Passons vite sur la dimension historique, politique et morale de cette culpabilisation de notre société. Société coupable en quelque manière, de deux guerres mondiales, coupable de la colonisation, coupable de toutes sortes de discriminations, (on ne compte plus les pauvres victimes) coupable de racismes, et maintenant coupable, après des siècles de luttes, de souffrances, de maturation intellectuelle qui lui ont permis d’arriver là où elle est aujourd’hui, de son aisance, de ses conquêtes sociales. Un peu comme si on avait volé notre bien-être alors qu’on l’a conquis de haute lutte. Coupable. Et rien de plus efficace qu’un sentiment de culpabilité collectif.

Il y a d’autres sources de culpabilité beaucoup plus personnalisées. D’abord, selon notre tempérament, on est plus ou moins sensible à la culpabilisation. Selon notre milieu, on est plus ou moins l’objet de la culpabilisation. Cette culpabilisation vient de toutes parts depuis que l’on est sur terre. On a une dette envers de nombreuses personnes puis envers la société. On n’est jamais assez reconnaissant. On n’est jamais à la hauteur des attentes des autres On n’est jamais digne de notre idéal. On est appelé à se comparer à des modèles inatteignables. On est toujours accusé d’injustice, d’insensibilité etc Et pour ceux qui ont embrassé la religion, c’est pire. La culpabilisation est l’essence de la religion. L’énergumène qui vit dans la soie et le velours, dans un somptueux palais, ne se permet-il pas de nous jeter : « c’est une honte ! »

Même les commémorations ou les devoirs de mémoire ont moins pour objectif de nous faire souvenir des morts ou du passé que d’entretenir chez nous la flamme du sacrifice et le sentiment de la dette. « Paie tes dettes » (voir la fin de la chanson de TRENET)

Bref, on n’est jamais bien ou jamais suffisant.

Le sentiment de culpabilité obéit rarement à des motifs objectifs et clairs, il est rarement dû, convenez-en, à un préjudice que l’on aurait personnellement et objectivement causé à quelqu’un de précis, il est plutôt le résultat d’un discours général culpabilisant. On se sent coupable, non pas d’un acte précis sur une personne précise, mais en fonction d’ une idée que l’on nous a inculquée.

Mécanisme. On le sait, le sentiment d’être en dette est humiliant. On est rabaissé. Le fait d’être humilié, rabaissé suscite la haine ou le ressentiment ; la haine ou le ressentiment suscite le sentiment de culpabilité qui renforce le besoin d’amour pour se faire pardonner. Un besoin d’amour inextinguible dans la mesure où on ne voit pas bien quelle dette on a vraiment et par rapport à qui. Voilà le résultat de notre culture. Pourquoi, comment ?

On a assez décrit les effets de l’amour : il est aveugle, il enjolive l’objet, il entraîne la langueur.

Tous ceux dont on attend de l’amour pour soulager nos sentiments de culpabilité nous font le même effet. On ne les voit pas comme ils sont, on ne voit plus leurs travers, on ne voit plus les intérêts qu’ils poursuivent. On est faible avec eux. Quand notre amour est inspiré par notre sentiment de culpabilité, on a envie de croire en l’amour de certains autres, on a l’imprudence de compter sur eux, on inclut cette idée dans nos pensées ou dans nos actes, et très souvent on se trompe.

Ce besoin d’amour et cette façon de voir les autres remontent à la conscience si on se met dans le cas, pour l’expérience, de ne plus rien devoir aux autres. On se sent alors plus ou moins mal, plus ou moins en manque, plus ou moins vide.

Ce besoin plus ou moins développé d’amour consolateur fait de nous des victimes faciles ou toutes désignées. C’est le moyen puissant qu’ont trouvé les leaders et autorités morales de toutes sortes pour nous utiliser et nous embrigader, et inverser les rôles. Ils exploitent notre propension à témoigner notre amour. Ce n’est plus eux qui veulent quelque chose de nous et à ce titre, dépendent de nous, c’est nous qui nous mettons à dépendre d’eux.

Exemple simple et concret : tel sondeur a besoin de connaître des tas de choses à mon sujet. Il est le demandeur. Mais il présente sa démarche comme une entreprise servant l’intérêt général. Je désire servir l’intérêt général et être aimé pour mon service de l’intérêt général, donc c’est moi qui vais désirer satisfaire sa démarche. Gratuitement, généreusement.

Ou tel autre prétend obtenir de l’argent de moi pour des causes humanitaires. Ah si on pouvait m’aimer pour mon humanité.

Le demandeur initial s’efface derrière le caractère si aimable de ce qu’il met en avant. Il ne sollicite plus quelque chose de moi, c’est moi qui désire me montrer à la hauteur.

Si on croit qu’une chose a la valeur que d’autres lui donnent, si on aime cette chose du fait que les autres lui donnent de la valeur, si on croit ainsi faire plaisir, être aimé, être déculpabilisé, on n’a pas fini de courir .

Cette façon de faire, c’est un peu comme si on jetait notre amour par les fenêtres, ou comme si on le mettait dans de nombreuses bouteilles que l’on jetterait à la mer, en espérant…on ne sait quoi..

Ma foi, il se pourrait que, indifférent à cette belle cause, je me dise que la bonne intention du bonimenteur est invérifiable. .

C’est comme si la raison invoquée tombait à plat :

- Il y de super-affaires à faire au magasin X

- Je m’en fiche, je suis financièrement très à l’aise.

Mais la raison peut se transformer en obligation (obligation de servir une cause humanitaire–> taxes)

Ici, il faut introduire un nouveau terme : devoir. Et c’est un devoir à l’égard de notions générales.

Tu honoreras ton père et ta mère = tu honoreras le père et la mère représentés par ces deux personnes. (ou, version moderne, tu honoreras ton père et ton père) COMTE-SPONVILLE regrettait précédemment qu’un enfant n’avait pas été sanctionné comme il fallait après avoir été insolent avec son enseignant = l’enfant a le devoir de respecter l’autorité représentée par l’enseignant et l’enseignant a le devoir de faire respecter l’autorité représentée par tous les enseignants . etc

C’est ce qu’on appelle : les valeurs (notions générales sanctifiées) d’une société. Pour FREUD, la satisfaction narcissique apportée par l’accomplissement du devoir est une compensation pour notre renoncement aux pulsions. Le moi (ou sa propre image), c’est Narcisse.

On nous invente sans cesse de nouveaux devoirs, des devoirs plus ambitieux que jamais, avec ce droit international qui transforme la demande de certains en droit. Je comprends l’envie de venir en Occident pour les gens situés en dehors. Quand ils sont chez eux, l’Occident a tendance a vouloir leur faire respecter, de force, le droit international, c’est à dire les devoirs en vigueur en Occident. Quand ils sont chez nous, l’Occident a tendance a vouloir imposer aux Occidentaux les modes de vies et les valeurs de ces nouveaux arrivants.

Mais de même que l’espoir est inséparable de la crainte, le devoir est inséparable de la culpabilité dans la mesure où il est toujours possible de trouver qu’on n’a pas fait tout son devoir à l’égard de ces notions générales. Par exemple, si l’amour est un devoir, il est rarissime que ce devoir soit parfaitement accompli. (Ouais, t’as pas fait ceci qui est considéré par tout le monde comme une preuve d’amour…. ! grr)

Il y a deux façons principales de se mettre en règle avec son devoir : le perfectionnisme, peaufiner à l’extrême son exécution, et une gentillesse plus ou moins penaude pour obtenir l’amour de l’autre. (les mollusques dont nous parlions peuvent avoir développé un grand savoir faire dans ce domaine)

La plupart de nos pensées sont un défilé permanent de devoirs. Soit il s’agit des nôtres, soit il s’agit des devoirs des autres à notre égard. (voir toutes les images qui nous font envie ou, qui nous désolent, caractérisant tous les cas possibles)

Toutes ces images mettant en scène des devoirs débarquent sans crier gare, proviennent d’on ne sait où, s’imposent on ne sait pourquoi, nous mobilisent ou suscitent notre adhésion automatiquement. Cela s’est déposé en nous il y a longtemps, cela fonctionne depuis longtemps. .

Si on ne sait pas pourquoi on donne de l’importance à tel et tel devoir, et pourquoi on conçoit ce devoir de telle et telle façon, (contrairement à d’autres) si on ne sait pas d’où cela vient, ce n’est pourtant pas un message divin. On nous a enseigné tous les devoirs que nous devions respecter

Car, comme nous l’avons vu, chaque chose a le sens et la valeur que la socioculture lui donne. C’est vrai bien sûr pour tout produit de l’activité humaine, c’est encore plus vrai pour tout ce qui concerne la vie humaine.

On nous insuffle ce genre de sentiment dès qu’il y a création d’un cadre, d’un contexte, d’un tout valorisés, bref, d’une notion générale d’une grande importance, glorifiée parfois, dont on serait tributaire. Si on veut, comme on l’a vu faire partie du monde, il faut passer par là. Si on veut, comme on l’a vu être accepté par les autres, il faut tâcher d’être parfait.

Le petit problème, c’est que ce sont des gens peut-être un peu tordus, un peu malsains, un peu désaxés, un peu bornés qui présentent ces notions générales, les font parler. (c’est même la seule façon d’exister pour ces notions) Alors si on est très désireux de faire son devoir, très désireux d’être aimé, et si ce sont les autres, des autres pas toujours très enviables, des autres occupés à manier ces notions pour se faire plaisir, qui évaluent si on a bien fait son devoir , « on est mal ».D’autant plus que le pauvre gosse risque fort d’identifier ces belles notions aux gens malsains en question (comme dans le cas d’éducateurs religieux)

Chose extraordinaire, on a tellement envie d’être déculpabilisé que rien ne nous choque, même devenus adultes, dans le fait que certains semblent pouvoir parler au nom de ces notions, et les utiliser à leur guise.

Même naïveté : ce mec qui se fait le porte-parole de la « responsabilité » ou de la « République », est certainement drôlement bien parce qu’on a une haute idée de ces deux notions. Cette société qui se fait représenter par telle et telle valeur est certainement drôlement bien puisqu’on a une haute idée de ces valeurs. Précieuses valeurs dont Narcisse a besoin pour essayer de se faire aimer et pardonner. Heu il est comment, en vrai, le mec ? Elle est comment, en vrai, la société ?

Plus il y a de devoirs, plus il y a de culpabilité, plus il y a de culpabilité, plus il y a besoin d’amour. Chance ! Dieu est amour. Vous ne le sentez pas ? Partez à sa recherche. Et plus on a besoin d’amour, plus on est sensible aux idées de bien propagées par la société. Ces devoirs, ce ne sont pas nos désirs, ce sont des désirs que l’on a accepté d’adopter pour faire comme tout le monde.

Formule simple : Autres (avec un A majuscule comme Amour) +jugements à portée générale + élément jugé standard = références ou repères hors de soi..

On refuse toujours d’examiner si l’espoir que l’on met dans ces notions générales sanctifiées a une chance d’être exaucé c’est à dire si l’espèce humaine, telle qu’elle fonctionne, peut leur obéir.

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