LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

14 mars, 2016

L’AUTORITE REND STUPIDE

Classé dans : Sacre — inconnaissance @ 20:25

Je ne parle évidemment pas de l’autorité de ceux qui excellent dans une discipline et qui, contrairement à d’autres dans certains domaines, obtiennent de brillants résultats. Mais l’autorité, en football de RONALDO ou de MESSI n’intéresse que ceux qui s’intéressent au football, et surtout ceux qui veulent devenir footballeurs ou l’autorité d’un(e) grand(e) pianiste n’intéresse que ceux qui aiment la musique et surtout ceux qui veulent devenir pianistes, . Les autres ne sont pas concernés. Et RONALDO ou MESSI ou le pianiste, eux, ne veulent pas imposer leur autorité à ces derniers.

Partons d’une expérience que tout le monde, sans doute, a pu faire, plus ou moins, à un moment ou à un autre. Il s’agit de notre capacité à réfuter des raisonnements fautifs ou des raisonnement avec lesquels on n’est pas d’accord au moment où ils sont tenus. Et du fait qu’après coup, trop tard, on voit ce qu’on aurait pu ou plutôt dû répondre. Pourquoi n’en a-t-on pas été capable sur le champ ? On peut penser qu’on a manqué de vivacité ou de présence d’esprit. Mais qu’est-ce que cela cache, et pourquoi n’a-t-on pas eu cette vivacité alors qu’en théorie, on disposait des éléments pour réagir ?

Au début de l’émission « Ce soir ou jamais » du 11/3 qui traitait de l’intelligence artificielle, et à propos de l’ordinateur Alphago qui a battu le champion du monde de go, un participant notait qu’un ordinateur n’est jamais fatigué, jamais déstabilisé, jamais impressionné (contrairement aux humains) Est-ce que des facultés proprement humaines, comme la sensibilité, l’empathie, peuvent être un plus dans certains domaines ?

Si on regarde rapidement les conditions qui ont fait qu’on n’a pas su rétorquer ce qu’il fallait rétorquer à quelqu’un, on entrevoit assez rapidement, justement, qu’on pouvait être quelque peu subjugué ou impressionné, quelque peu assoupi intellectuellement, quelque peu timoré, inhibé. De quoi paralyser ou limiter sérieusement notre désir de réagir et nos capacités intellectuelles. Peut-être que notre interlocuteur, après tout, avait tout à fait raison, mais il aurait fallu que nous puissions être réellement convertis.

Il sera question, ici, de l’autorité qui impressionne, subjugue, inhibe, surplombe, paralyse, bloque, abêtit. Et il ne s’agira pas uniquement des personnes investies d’une certaine autorité et d’un certain pouvoir (l’un ne va jamais sans l’autre, le second conditionne le premier) mais aussi d’arguments d’autorité, de valeurs d’autorité. Peut-être qu’avec de la vivacité d’esprit, sur le moment, les arguments de l’autre nous apparaissaient ridicules ou risibles, peut-être que nous avions complètement dépassé le stade où il en est, peut-être qu »il était vital de démonter des arguments dangereux, peut-être que les arguments étaient méprisables. On n’est pas en mesure de voir cela si on s’interdit de réagir en conséquence. Sauf si on a développé une énorme maîtrise de soi. Il reste pourtant que l’objection nécessaire, justifiée est plus efficace accompagnée de la réaction correspondante.

On a peut-être été longuement habitué à nous cantonner dans une attitude d’écoute respectueuse voire déférente, de docilité, de réserve et d’apathie intellectuelle. C’est que l’autorité en question exigeait cette écoute , cette docilité, cette réserve. Et un esprit actif, aurait entraîné questions, objections qui auraient été mal perçues..De même, il y a des idées tellement ancrées, partagées, investies, que l’on ne se permet pas de les passer sur le gril. Alors, sage, sage.

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C’est un défi pour un pédagogue de faire la part entre des objections justifiées et des objections injustifiées

Ou alors, il aurait fallu être capable de retenir toutes les objections en question pour les formuler à la toute fin, si possible. Ce qui n’est pas facile. Ou alors, il faudrait pouvoir dialoguer intérieurement tout en continuant à écouter, ce qui n’est pas facile non plus. Et quand on est un enfant, c’est quasiment impossible. Il vit plus ou moins dans l’instant. (avez-vous essayé de faire cela en écoutant la télévision ou la radio ? Malheureusement, on peut craindre que l’on ingurgite sans objecter, ou alors on coupe) La mémoire n’obéit pas à la volonté. Elle emmagasine sans nous demander notre avis.

La mise en sommeil des facultés intellectuelles est naturellement accompagnée de la mise en sommeil des ressources psychologiques et de l’énergie personnelle. Après avoir été longuement éduqué de cette manière, on prend l’habitude de se résigner et d’obéir sans réfléchir. Inutile de se mettre en frais intellectuellement et psychologiquement. Le plus grave est cette résignation. 

Alphago, lui, ne connaît aucune de ces limitations. Ses performances sont exactement conformes à ses capacités. Ni plus, ni moins. Oui, on rétorquera  que les machines ne sont pas capables d’émotion, de sentiment, d’amour, d’altruisme, de désir (notamment du désir sexuel) d’autonomie, de créations artistiques, de génie inventif. Sans doute. Mais de l’émotion à l’altruisme, on est là dans l’affectif. Et le désir touche aussi l’affectif. Or, l’affectif est plutôt une affaire privée. Quelle place, quel rôle, quelle importance ont l’affectif et le désir personnel dans la société telle qu’elle est structurée, organisée, réglementée ? Les automates, les robots, les ordinateurs ne remplacent-ils pas de plus en plus les hommes dans le travail et au-delà ? Où les structures, l’organisation, les règles et les codes de la société s’arrêtent-elles ? D’autre part, l’affectif, ce n’est pas que bénéfique, cela peut-être un problème. De plus, l’affectif et l’intellect ne font pas très bon ménage. Le premier perturbe le second, et le second ne comprend pas bien le premier. (le cœur a ses raisons…etc)

Bref, tout cela va pouvoir être résumé en un seul mot qui explique tout : le sacré. Le sacré au sens large, ce que l’on n’est pas libre de saisir, de bousculer, d’explorer, de renverser, de mépriser, de rabaisser, de moquer. Le faire serait indigne. (quasiment la condamnation suprême) Et là nous parvenons à un point essentiel qui met en question la différence entre l’homme et robot le plus évolué qui soit. Un point autour duquel on a tourné pendant l’émission mais qui n’a pas été désigné précisément.

Qui ne connaît pas l’expérience de MILGRAM. Pourquoi beaucoup de sujets ont-ils accepté de faire subir à quelqu’un d’autre des souffrances que par simple humanité ils auraient dû exclure ? . Parce qu’ils étaient sous la coupe de soi-disant savants représentant la soi-disant science et qu’ils s’étaient glissés, complètement dans ce rôle d’expérimentateur. Leur conscience, leur raison et même leurs facultés intellectuelles avaient été justement annexées. On dira qu’ils ont perdu leur humanité. En fait, ils ont été de purs concepts – de pures fonctions si on veut – au service d’un bien consacré : la science. Cette expérience n’est pas un cas spécial. Il y a seulement des degrés et des formes variées à la déshumanisation.

Le moi veut toujours se glisser dans un concept.

C’est la valeur, le jugement qui font le responsable, c’est à dire qui donne son existence à la « personne » dans l’individu. Quelques acceptions de « personne » dans le tlf : le moi, ce qui fait l’individualité …doué d’une conscience morale…ou bien : le Père, le Fils et le Saint-Esprit…

C’est le jugement sur la base d’une valeur qui crée le jugé. Le jugé aurait suivi la valeur ou s’en serait plus ou moins détourné. La valeur fait la valeur du décideur. Si la valeur change, le jugement change, et la valeur du décideur aussi. (exemple : la valeur d’une société donnée ou d’un projet donné) Si la valeur n’existe pas, pas de jugement, pas de jugé. (ou si la valeur disparaît, pas de jugement, pas de jugé) Le responsable est censé avoir la liberté de choisir entre le bien et le mal (valeur) en connaissance de cause. C’est en tant que tel qu’il est une personne. La somme de ses choix fait sa valeur morale. En revanche, il y a des éléments d’information qui apparaissent dans l’esprit et entraînent l’action. On ne juge pas un tel processus, on fait remarquer éventuellement que l’élément d’information n’était pas exact. Mais tout cela fonctionne tout seul. Cela se passe comme dans une machine. On ne passe pas une machine en jugement. .Peut-on distinguer ce qui est action déclenchée par un élément d’information et action résultant d’un choix de la personne ? Sait-on bien dans quel cas on est. Alphago est toujours dans le premier cas n’est-ce pas ?

Plus il y a de valeurs, plus ces valeurs sont fortes, et plus la personne a d’importance et de consistance. (Le Père, le Fils, le Saint-Esprit) Ou plus l’idée de responsabilité est présente et plus on se prend pour une personne. (sentiment d’avoir la liberté de choisir) Plus on se prend pour une personne et plus on est envahi de scrupules, de sentiments de culpabilité. Plus on se soucie de sa responsabilité et plus on va chercher des valeurs. C’est facile à vérifier. Alors l’abandon, c’est sympathique. On peut s’abandonner à Dieu, à son parti, à son chef, à une cause. Plus de responsabilité. Plus de personne ?

Le sacré est une valeur consacrée. Pense-t-on à tout ce qui dans la vie, dans ce monde, est doté d’un certain caractère sacré, par principe, qui interdit que nous puissions exercer toutes nos facultés et agir en conséquence. ? Pense-t-on à toutes les idées et toutes les personnes que nous avons tellement investies, auxquelles nous nous sommes tellement identifiés que la peur de les voir remises en cause nous crispe nous empêche de réfléchir librement. Quand beaucoup de choses sont sacrées du fait que c’est un être suprêmement sacré qui en a décidé ainsi, on voit les désastreuses conséquences sur l’esprit humain. Et quand , on ajoute à ce sacré tout ce qui passe pour faire autorité parce que tout le monde le dit, le répète, parce que des autorités le disent, l’enseignent, il y a de quoi être inhibé, impressionné, découragé, bloqué, humilié, bref, stupide. Comme les cobayes de MILGRAM. Et parfois, on éduque les enfants dans cette stupidité.

Or, est-on sûr que la valeur consacrée n’est pas, elle aussi, le résultat d’un apprentissage, et peut-être de prédispositions ? L’avons-nous choisie ? Non, puisqu’elle s’impose par principe et qu’elle est hors d’atteinte. Donc le jugé ou le responsable lui aussi, l’est suite à un un apprentissage. Notre émotivité, notre sentimentalité, notre sensibilité, non plus ne sont pas des choix ; Peut-on vraiment s’en enorgueillir?

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On a fait d’un adjectif, d’un jugement (sacré) un substantif (le sacré). Mais l’histoire est simple, c’est parce qu’une valeur a été considérablement et collectivement investie (prendre toutes celles que vous voulez dans la société) ou parce que le jugement dont il procède est devenu puissant, collectif, que son objet est devenu sacré. Et encore aujourd’hui, à notre époque d’incroyance, de laïcité, de pluralité d’opinions, combien de fois nous contentons-nous du jugement, des sentiments à propos des choses comme savoir sur ces choses ? Si ces sentiments, jugements sont sacrés, ce sera aussi notre point de vue. Ce qui est sacré dans une personne, c’est souvent et simplement les concepts ou idées dont on la pourvoit. Qui a vérifié la valeur de ces choses ? Ces valeurs sont-elles différentes des éléments d’information qui apparaissent dans l’esprit et déclenchent l’action ?

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                            Les horreurs de la guerre.

C’est juste un pacte qui nous rassemble, et ce pacte repose sur des croyances ou sur des connaissances. Il vaudrait mieux que ce soit des connaissances. Etienne KLEIN rapportait que ses élèves de l’Ecole Centrale avaient beaucoup de connaissances. Mais qu’il ne savaient pas comment ces connaissances étaient devenues des connaissances. Donc, de leur part, c’était comme des croyances. .

Alors il peut être très utile de connaître ses propres formes de sacrés (on trouve des personnes sacrées, des arguments d’autorité sacrés, des jugements moraux, esthétiques etc sacrés partout) pour ouvrir le champ des possibles et permettre à ses propres facultés de s’épanouir. Beaucoup de pensées commencent, disions-nous, par un jugement. Quel genre de jugement ?. D’où vient-il ? Peut-être que ce sont encore des commentaires de commentaires comme nous l’expliquions.

S’il en est ainsi, n’est-il pas utile de comprendre l’origine de tout ce qui paraît sacré. Alors ce ne sera plus sacré. Cela ne fera plus autorité. N’est-il pas utile de comprendre le mécanisme des valeurs qui nous inspirent ces sentiments de culpabilité et de responsabilité sans en faire quelque chose de sacré ?

Dans la mesure où nous ne cessons pas de montrer ici que nous ne pouvons pas savoir qui nous sommes, ou nous ne pouvons pas nous connaître complètement, il est aussi impossible de dire avec précision et justesse ce qui différenciera toujours un être humain d’un robot. Il y a de fortes chances que les différences que l’on allègue ne soient pas les bonnes ou ne soient que des conquêtes futures du robot. Ne sera-t-on pas capable de programmer un robot pour qu’ils obéissent à certaines valeurs ? Il y a des cas où il aura à choisir et où il ne saura pas ? Il sera capable d’apprendre. .

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