LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

25 mai, 2017

JOUIR ET FAIRE JOUIR

Classé dans : Jouissance — inconnaissance @ 13:47

Le plaisir partagé s’augmente d’autant. Le plaisir qui doit satisfaire d’incessantes conditions, de nombreux critères, est diminué d’autant. Le plaisir non pas pris mais uniquement donné par quelqu’un d’autre est le plus misérable qui soit. Nous allons traiter surtout de ce troisième cas.

Si on aime ou si on désire quelque chose ou quelqu’un, c’est, en principe, parce que ce quelque chose ou ce quelqu’un est source de plaisir. Si j’aime ceci, c’est parce que ceci, en principe, m’apporte du plaisir. Si quelqu’un d’autre aime cela, c’est parce que cela, en principe, lui apporte du plaisir. Si je fais en sorte que cela, que l’autre aime, soit présent et disponible, c’est pour procurer du plaisir à l’autre. Pas à moi si cela m’est indifférent ou si je n’aime pas cela.

Il faut qu’on s’active – on ne peut pas rester sans rien faire.  Nous arrive-t-il de faire quelque chose qui sera sans effet sur soi et sur les autres ? Indifférence totale. J’en doute. La question se pose de connaître l’utilité de ce qu’on fait, la destination de ce qu’on produit  (s’approprier un objet, produire un travail, parler, se divertir etc) Est-ce que cela consiste à faire quelque chose qui n’a d’autre but que de faire plaisir à quelqu’un d’autre, de le faire jouir, est-ce que le seul but est de prendre personnellement du plaisir ou est-ce qu’on vise les deux choses en même temps ? Quand on fait plaisir ou quand on fait jouir, n’est-ce pas pour pouvoir jouir aussi ?

Être totalement altruiste et désintéressé, c’est ne s’occuper, ne travailler qu’à procurer à l’autre, aux autres, du plaisir. Le bien commun ou l’intérêt général , alors, c’est le bien ou l’intérêt de tout le monde, enfin des autres. (à part soi) Être foncièrement égoïste, c’est ne s’occuper, ne travailler qu’à se procurer à soi du plaisir. Si, comme nous l’avons écrit, nous sommes essentiellement, majoritairement altruistes désintéressés, l’essentiel de nos efforts consiste à procurer aux autres du plaisir, à les faire jouir. Et on se juge en fonction du succès ou non de l’opération. Mais de même que la Carmen de BIZET encourageait l’espoir, il est possible d’essayer de faire jouir sans être certain qu’on y parviendra. C’est l’intention qui compte. Un rapide tour d’horizon nous convainc facilement que l’on se consacre surtout à procurer du plaisir aux autres. A qui avez-vous essayé de donner du plaisir aujourd’hui ? A qui avez-vous manifestement réussi à donner du plaisir ? Quand est-ce que le souci de faire plaisir a été totalement absent de votre esprit ?

On fait jouir ou on essaie de faire jouir bien plus qu’on ne se procure délibérément du plaisir Mais comment s’y prend-on ?

Par définition, tout ce que la société, la collectivité, l’entourage, la culture estiment est censé leur apporter du plaisir. Dès qu’il y a altérité (pas soi, mais autre que soi), dès qu’il y a jugement de valeur émanant de cette forme d’altérité, cette valeur est le moyen de faire plaisir à cette forme d’altérité. A elle et pas forcément à soi. Si la valeur a été inventée, décrétée par quelqu’un d’autre, par les autres, on pourra toujours se dire qu’on fait plaisir à l’autre, aux autres, en la servant. Car in fine, derrière les questions d’utilité, de pertinence, de nécessité, de justesse etc c’est bien de cela qu’il s’agit.

Le jugement venu des autres a deux effets. 1 Il attribue une nature à ce qui est jugé et donc définit le type de rapport qu’il faut avoir avec ce qui est jugé (beau, hostile, sacré, mystérieux etc) 2 Il fixe les sentiments que le juge éprouve à l ’égard de ce qui est jugé. Si ce sont des sentiments positifs, si le juge exprime son amour, son estime, son admiration, il dévoile un moyen de lui faire plaisir : comment, avec quoi . Cela peut être compris comme une invitation, comme une exigence. (Tu sais Jacques, j’aime beaucoup les vacances à la mer. Et alors, pourquoi tu me dis ça?. Pensez-vous que monsieur MACRON a eu raison de…Demandez-lui plutôt s’il pense qu’il a eu raison de….)

Dans les cas de servitude avérée, l’autre attend fermement qu’on lui fasse plaisir et celui qui donne ce plaisir ne peut se réjouir que de l’approbation qu’on veut bien lui témoigner. (et même pas d’un travail bien fait) C’est même le problème de l’apprentissage. L’Education Nationale avait fait une grande découverte, figurez-vous, il y a quelques années, en remettant au goût du jour le plaisir que l’enfant peut trouver à apprendre. (C’est que ça cogite à l’EN) C’est ainsi que l’on parlait de « lecture-plaisir) ce qui est une façon d’avouer qu’elle n’y avait pas pensé. Pauvres gosses quelle prenait pour de purs ascètes. ! Le jeune pianiste qui passe des heures et des heures, des jours et des jours, des années à s’entraîner, à écouter et appliquer les conseils d’un professeur, a intérêt à trouver du plaisir dans la pratique du piano, sinon, il n’ira pas loin. Même en russe, quand le geste est joint à la parole, on comprend (écouter au moins 10 mn) : https://youtu.be/k1OmPtpCAXo?t=320

(Avoir le clavier dans les doigts, comme Varvara, et même percuter les touches en cadence, c’est une chose, devenir pianiste, c’en est une autre) Mais quand on a bien, bien travaillé, et que soudain, on fait un bond, cela donne :  https://www.youtube.com/watch?v=IHKE915UTi4

Qu’a-t-on fait de sa propre vie si on l’a consacrée entièrement à faire ce qui fait plaisir aux autres ? C’est devenu chez certains un mode de vie. Etait-on toujours en quête du spectacle du plaisir donné à l’autre, en quête de l’action susceptible de donner du plaisir à l’autre. L’espoir qu’il en est ainsi fait vivre. La crainte qu’il n’en soit pas ainsi pourrit la vie. Pour être rassuré, pour que l’entreprise ait vraiment un sens, il faut pouvoir constater le plaisir que l’on a donné à l’autre.

C’est bizarre quand même de toujours vouloir faire plaisir sans avoir d’autre plaisir que celui que l’on voudra bien nous donner en retour ou celui de voir le plaisir que l’autre éprouve. Mais c’est encore plus bizarre – à un point inquiétant – de toujours vouloir faire plaisir sans jamais en retirer aucun plaisir sauf celui d’avoir voulu faire plaisir. Est-on à ce point esclave de l’altruisme pour vivre ainsi ?

La culture nous propose continuellement des raisons ou des occasions de faire plaisir pour faire plaisir. Elle veut juste nous convaincre que les causes qu’elle présente sont le bien  .Au bout du compte, chaque parcelle de notre vie, de notre univers peut avoir été transformée en occasion ou raison de faire plaisir sans autre justification que de vouloir faire plaisir. Il suffit pour cela que la pensée qu’on en a soit totalement un produit de cette culture. Pas question pour elle, pour la société, de s’engager sur ce que nous en retirerons. Pas question d’aller voir la nature exacte de cette cause ou de vouloir comprendre. Pas question d’avoir un mot à dire qui compte. Vous avez une forte personnalité, de grandes ambitions , emparez-vous d’une des grandes causes à la mode : l’Afrique, la culture, la lutte contre le réchauffement climatique, l’antiracisme etc Vous n’avez que de faibles ambitions, faites plaisir en vous consacrant à ces petites valeurs de la vie quotidienne.

La culture ou la société est une gigantesque usine qui invente à la chaîne des victimes. Victime de ceci – et une cause, une – victime de cela – et une cause une – victime de cela – et une cause une….. On devrait créer une remise de prix des victimes comme les Césars, les Oscars..

A chaque fois, quel que soit le cas, faire plaisir, mais à qui, ? A des personnifications (voir l’article) .

Cette mentalité, cette disposition d’esprit profondément ancrée, conduit à la forme supérieure d’asservissement et la justifie. Les moyens dont nous parlions plus haut n’ont plus d’importance. Ce que nous pourrions donner n’a pas de valeur en soi. La seule chose qui compte, c’est le plaisir que prend le maître à notre abaissement, notre soumission. Dans la relation dominant-dominé, le dominant ne jouit pas forcément de ce que le dominé peut lui offrir, il jouit de l’effort du dominé pour le satisfaire. C’est la relation de domination qui le fait jouir. De même, il n’est pas fréquent que la société, la collectivité, l’entourage, la culture trouvent du plaisir dans l’usage de ce qu’ils estiment. Ils trouvent davantage de plaisir au spectacle des efforts et de l’abaissement offerts par ceux qui veulent leur faire plaisir.

Les possédés de la bienfaisance n’ont pas de souci à se faire. Ils ne seront jamais privés de leur fonds de commerce. Car ce qui les anime, ce qui leur sert d’alibi parfait, ce sont deux injustices qui ne seront jamais réparées. Ces deux injustices, ces deux faits irrémédiables sont les suivants ; 1 la nature ne garantit ni la sécurité, ni le succès, ni la survie à qui que ce soit (d’où le succès assuré de l’inégalité et de la lute contre l’inégalité) 2 Les hommes ne sont pas omnipotents et omniscients. Le refus de cela fait que l’on verra des injustices et des inégalités partout et que l’on voudra sauver le monde, faire le bien de tous. Comme cette dernière entreprise n’est jamais couronnée de succès, la mégalomanie (lomnipotence et l’omniscience) trouve à se satisfaire dans la contrainte et la direction de tout le monde au nom de ce bien universel. D‘ailleurs par ces temps de globalisation (mondialisation conçue et organisée dans un but précis par un petit nombre) les fanatiques de la bienfaisance ont ouvert des perspectives illimitées à leur projet en faisant passer la défense des droits de l’homme (respect de la dignité de la personne humaine) au plan économique. Tout le monde a droit à des revenus et un mode de vie décents (dignité du consommateur) Dans le premier cas on demandait à chacun de respecter l’autre. Dans le second, on demande à la population de payer pour l’autre.au plan économique.

Et la conséquence de ce mouvement de fond, c’est que sa propre identité, ou sa personnalité n’a pas d’autre raison d’être et d’autre fonction que d’être l’identité ou la personnalité qui fera plaisir aux autres. Fut-ce au prix de son propre malheur. C’est un double esclavage. Non seulement on doit faire et être tout ce qui plaît au maître, mais on doit tout faire pour contraindre les autres esclaves de tout faire pour plaire au maître.

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