LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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14 juin, 2017

LES SADIQUES

Classé dans : Sadisme — inconnaissance @ 20:55

Le pouvoir, c’est le pouvoir de faire mal, c’est le moyen de faire souffrir d’une façon ou d’une autre. Il suffit de se demander quel pouvoir on aurait sur nous s’il était impossible de nous affecter négativement, de nous faire passer à un état plus pénible. Le pouvoir donc n’existe que parce que l’on n’aime pas souffrir. Il n’est exercé que par des personnes qui disposent de moyens de nous faire souffrir. Le Dieu des chrétiens ne nous menace-t-il pas de souffrances éternelles ? Faut ce qu’il faut. Dieu est Dieu quand même ! L’usage de la force réservé à certaines catégories de personnes consiste à nous mettre dans des conditions de vie pénibles. Ceux qui possèdent du pouvoir dans la société peuvent changer en mal nos conditions d’existence. Ainsi le but est de faire souffrir afin de faire sentir son pouvoir, et, éventuellement, de se réjouir des souffrances causées. On dirait même que le monde se divise en deux catégories. Il y a ceux qui répugnent absolument à faire souffrir, et il y a ceux qui prennent du plaisir, ouvertement ou secrètement, à faire souffrir. Il y a ceux qui peuvent être sadiques et ceux qui par nature sont allergiques à cette idée.

Cette souffrance, évidemment, peut être physique, psychologique ou morale. Beaucoup de nos comportements peuvent s’expliquer par le fait que l’on cherche à dissuader les autres de nous faire souffrir. Il est clair que lorsqu’on est en présence de personnes prêtes à faire usage de leurs forces physiques ou de leurs armes, on fait profil bas, on se montre réservé et respectueux. Il en est de même quand on a peur de souffrir psychologiquement ou moralement. Ce sont toutes les stratégies de mise en conformité pour ne pas attirer la critique. Cependant, si les conditions de la douleur physique sont assez bien connues, et si cette douleur est assez définie, les conditions et les formes que peuvent prendre la souffrance morale ou psychologique sont beaucoup moins claires.

D’abord ne perdons jamais de vue les éléments fondamentaux de cette caractéristique quasi anthropologique. 1 quelque chose est sensible. 2 quelqu’un connaît cette sensibilité. 3 il s’attaque à cette chose sensible dans le but de faire mal 4 il fait cela pour avoir du pouvoir sur l’autre. Il n’y a pas de pouvoir sans la conscience de la souffrance causée à l’autre. Il y a sadisme quand il y a du plaisir dans cette conscience. Or, à partir du moment où il y a conscience de la peine ou du trouble créé, le plaisir procuré par cette conscience considérée comme normale n’est pas loin (se permettre de faire attendre longtemps quelqu’un c’est très certainement lui causer consciemment du désagrément, s’il y a du plaisir à cela, il y a du sadisme) .Tout l’enjeu, toute la stratégie à l’oeuvre dans nos sociétés consiste à donner à ce sadisme une honorabilité, une justification. Mais celui qui frappe, en toute légalité, quel qu’il soit, jouit. (l’adulte, masculin ou féminin,  qui frappe un enfant – sous prétexte de le corriger – jouit.)

Et très souvent, on n’est pas conscient de ce que notre souffrance était un but, car le sadisme est bien caché.

L’enjeu ou la stratégie sera donc de créer cette chose sensible si elle n’existe pas – donc elle sera connue – de légitimer l’attaque en faisant droit à cette sensibilité, d’exploiter l’état de vulnérabilité ainsi créé à son profit. Bien sûr, il y a l’exemple de la mort. Créer la peur de mourir, puis profiter de la peur ainsi créée pour rendre aigu le désir de sécurité, pour parvenir à ses fins. (le besoin de sécurité permet à l’Etat de prendre bien des mesures liberticides)  Autre exemple facile : l’accoutumance aux drogues, l’exploitation de la souffrance du manque, l’instrumentalisation du drogué. Tout repose sur la peine à supporter le manque.

La chose sensible pourra être la personnalité morale, psychologique ou sociale si on ne s’en différencie pas, si on s’identifie à elle.

Le mieux est de partir d’un besoin profond, anthropologique, d’un instinct fondamental et de le prolonger à l’infini en lui donnant mille formes, mille développements, mille dérivations. La pensée de base devient une pensée fourmillante et galopante. L’instinct sexuel par exemple, lui-même inhérent à la loi biologique de perpétuation de l’espèce, a trouvé d’innombrables façons de se manifester, de s’exprimer de se décliner, de se diversifier grâce à la mode. Être à la mode pour plaire, séduire, pour faire allégeance à cette loi. Donc à grands renforts de publicité, de messages et d’articles vendus à cet effet, on a fait adopter aux foules les idées qu’il faut. Et ces foules les diffusent, les transmettent, les promeuvent. La chose sensible est l’apparence, le look etc les reproches, les rejets visent à faire souffrir celui qui n’est pas à la mode, à le persuader qu’il a un comportement asocial ou anormal, et à le convertir au consumérisme et au conformisme. (on ne s’attaque évidemment pas à des gens qui portent un uniforme militaire, une tenue religieuse ou des vêtements manifestement d’une autre culture, d’un autre pays.. Devinez pourquoi)

De même pour le bien-être physique qui a donné lieu à d’innombrables éléments de confort plus ou moins sophistiqués que la société de consommation nous vend, ou pour l’hygiène corporelle qui s’est étendue et qui a permis l’invention d’un grand nombre de produits adaptés et a donné lieu à des manies. Tout cela constitue la personnalité de l’homme moderne occidental, personnalité que l’on a tous plus ou moins épousée. Mais c’est autant de talons d’Achille, autant d’occasions de reprocher à quelqu’un sa non-conformité, et de profiter du sentiment de malaise ou de culpabilité ainsi créé.

N‘oublions pas, pour commencer, que ce genre de personnalité avait en partie pour but de nous être profitable, bénéfique. En principe, les qualités morales, psychologiques sont sources de bienfaits , de bonheur, de réussite. On nous les vend pour ça. D’autre part, avec cette personnalité, on espérait être approuvé et bien considéré. Or, c’est parfois, et même souvent, le contraire qui se passe.

Ce qui est absolument incontestable, c’est que en tant que choses sensibles, elles servent à d’autres pour nous faire souffrir. Il suffit de trouver l’occasion de montrer que cette personnalité n’était pas conforme à ce qui était attendu. Il ne manquera pas de circonstances, de situations, de cas, de réactions de la personne, où sa personnalité n’était pas comme il faut. Bien d’autres facteurs que des types théoriques interviennent dans nos comportements, il y a bien plus de choses dans le monde que des cas d’espèce ou telle qualité devait se manifester. Personne n’est jamais parvenu à incarner parfaitement et tout le temps la personnalité morale, psychologique ou sociale à laquelle il tient. Il y a toujours un décalage et il est toujours possible, quand on veut faire souffrir quelqu’un de pointer ce décalage. Les personnalités morales, psychologiques ou sociales sont pain béni pour tous ceux qui font partie de la première catégorie, de la catégorie de ceux qui veulent exercer un pouvoir sur les autres. Ils connaissent cette chose sensible : elle fait partie de la culture, et son adepte aura montré à travers ses relations et ses paroles, en quoi consiste sa personnalité.

Exemple : Qu’est-ce qu’elle dit la dame ? (Françoise HERITIER sur France-culture) « Lorsque nous parlons de la violence, des violences exercées à l’encontre des femmes, il ne vient à l’idée de personne de dire par qui… Mais les violences exercées à l’encontre des femmes, et bien il faut le reconnaître, dans toute l’histoire de l’Humanité et encore maintenant, ce sont des violences exercées par l’autre moitié sexuée de l’Humanité. Bien sûr il y a des femmes qui exercent des violences contre d’autres femmes (…) mais généralement ce sont des violences masculines….On nous parle d’une nature, d’une nature qui serait plus violente chez les hommes, qui serait fondamentalement dominatrice, et on nous parle aussi d’accès de bestialité. Dans tous les cas, on a tout faux ! Ce n’est pas une nature, c’est une culture ! C’est justement parce que les humains sont capables de penser, qu’ils ont érigé un système, qui est un système de valences différentielles du sexe. Et cela s’est passé il y a fort longtemps. » C’est une culture, une personnalité (c’est elle qui le dit, pas moi). Celle-ci ne correspond pas à la norme culturelle de notre époque. Haro sur les pulsions, Les hommes vont en prendre plein la figure s’ils s’écartent de cette norme ou personnalité.

Parmi les personnalités que l’homme moderne occidental a épousées, la personnalité morale est la plus importante. Le déchaînement auquel donnent lieu certains propos ou certains actes, dans les médias, les réseaux et autre part, montre assez à quel point la sensibilité morale est aiguë. La morale est le royaume des sadiques.

On en arrive donc à ce que la chose qui était censée être bénéfique et louable, devient une source constante de souffrances, à ce que la bonne volonté à l’égard des autres, de la société devient maléfique. .Ah, vous n’y aviez pas pensé ! Vous ne pensiez pas que vous montriez trop facilement votre vulnérabilité. .

On tient absolument à être tout à fait une création de la pensée, une création de ses propres pensées, sans jamais s’apercevoir que l’on ne crée pas ses pensées mais en tenant quand même à être l’auteur de cette création, c’est à dire de la personnalité en question. N’allez pas croire que l’on accorde facilement une part de responsabilité à d’autres facteurs que les pensées dans ces comportements. S’entêter à vouloir être une création de ses pensées, c’est s’entêter à prétendre que l’on maîtrise et dirige ses propres pensées. Cette soif de pouvoir ne nous étonne pas. Elle a pour moteur : le Bien. La pensée suprême. Le sadique suprême.

Seulement voilà, nos pensées dont nous ne sommes pas l’auteur mais dont on nous enjoint d’être l’auteur ne doivent pourtant pas être nos pensées mais celles qu’il est convenu d’avoir selon la culture en vigueur. Là aussi, on doit être le maître de ce que l’on apprend, de ce que l’on comprend, de ce que l’on restitue. Aïe aïe aïe Cela se complique !

L’astuce de celui ou celle qui veut utiliser une personnalité pour faire souffrir et dominer l’autre est toujours de faire abstraction de soi ( de tous les facteurs dont nous parlions plus haut ou dans les articles précédents, avec les déterminismes et le fonctionnement de l’être humain) et de parler au nom d’une norme, comme si il ou elle était sa voix désincarnée. De cette façon, il y a toujours à redire, et si la norme est le référent ultime – si la norme règne -  l’effet est imparable. Imparable à condition que l’interlocuteur se place, lui aussi, du point de vue de la personnalité requise (la personnalité requise des hommes selon HERITIER) Car s’il reste enraciné dans sa conscience individuelle et concrète, (égoïste, immédiate ) cette entreprise tombera à plat. (Non, excusez-moi, j’ai autre chose à faire que de me soucier de ce que devient tel ou tel mot ou de ses états d’âme : le mot pulsion par exemple. Ce n’est pas mon affaire. Cherchez à France-culture une disserte ad hoc).

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