LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

  • Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 9 juillet 2017

9 juillet, 2017

ORWELL ET LE NOVLANGUE

Classé dans : Novlangue — inconnaissance @ 20:12

Obéir, c’est renoncer à comprendre, car dès que l’on veut comprendre et agir en fonction de ce qu’on a compris, on n’obéit plus, on collabore, on participe éventuellement.

C’est en ce sens que l’on peut dire que l’autorité rend stupide. Seulement il y a différentes formes d’autorité . L’obéissance peut consister à exécuter, à suivre, à se conformer.

Parlons d’abord de propriété privée.

Ce qui fait lien ne nous appartient pas plus que ce qui est en copropriété voire moins encore du fait de la nature de ce qui fait lien. On peut se poser la question devant tout ce qui se présente à nous et devant tout ce dont on nous parle. Est-ce à moi, vraiment à moi, ou pas ? Si ce n’est pas à moi, à qui cela appartient-il ? Est-ce que cela appartient à quelqu’un ? Il est évident que nous ne nous comporterons pas de la même façon selon qu’il s’agit de ce qui est à nous, de ce qui est aux autres ou à la collectivité ou à un propriétaire inconnu ou d’une absence de propriétaire. Le désir, l’usage, le rapport, changent.

Pire, ce qui nous appartenait peut nous être ôté, confisqué, extorqué. (exemple : ce qui constitue la chambre d’un enfant ou une activité qui devient illicite comme on la pratiquait) Ce qui complique notre rapport à ce qui nous appartenait et ne nous appartient plus. Et d’autre part, ce qui ne nous appartient pas peut être considéré comme inatteignable, impossible à obtenir.

Commençons par le plus facile.

France-Culture déclare doctement : « C’est parce que la peine et la souffrance ont pour origine les opinions creuses, qu’il faut apprendre à soigner son âme malade, apprendre à vivre le plaisir, et supporter l’idée d’être heureux. Pour cela, il va falloir repenser le plaisir, et la capacité à s’émerveiller. Épicure peut nous y aider. «  et dans le même article, Claude OBADIA déclare : « Il faut assimiler intimement, patiemment, intensément les principes fondamentaux de la sagesse (…) On le voit bien dans le « Tetrapharmakon » (quadruple remède) dans lequel se résume l’essentiel du discours épicurien : « Ne pas craindre les Dieux ; ne pas craindre la mort ; pouvoir accéder au bonheur ; pouvoir supporter la douleur ». Il faut ainsi pratiquer la discipline des désirs, apprendre et s’habituer à savoir se contenter de ce qui peut être atteint facilement, et renoncer au superflu. « 

La peine, la souffrance, l’âme malade vous appartiennent-elle ou appartiennent-elles aux autres ? Le plaisir vous appartient-il ? Ou y a-t-il une peine, une souffrance, une âme malade un plaisir qui sont vraiment à vous et une peine, une souffrance, une âme malade, un plaisir qui n’appartiennent qu’aux autres. Je vous mets sur la bonne piste. Il n’est question que du lien, de ce qui serait commun dans tout cela, c’est à dire qu’il n’est pas question de ce qui serait à vous ou aux autres, mais de ce qui pourrait être généralisé. Dans la culture, il ne s’agit jamais que de ça. Ce qui vous est propre ne l’intéresse pas, d’ailleurs vous en avez une connaissance de première main. Non, son domaine de prédilection, c’est le général de façon à s’adresser au penseur du général. Et le penseur du général est content. Il y aurait du savoir. Quant à savoir si et quand ça lui servira, vous repasserez. .

Déjà, vous sentez qu’avec : principes fondamentaux de la sagesse, les Dieux, la discipline des désirs, vous avez affaire à des choses qui ne vous appartiennent pas, contrairement à mort, bonheur, superflu qui ressemblent aux choses ci-dessus. Est-ce que cela appartient à quelqu’un ? La culture joue constamment sur une ambiguïté : peut-être, on ne sait pas. Peut-être que cela appartient à l’auteur, peut-être pas. Il ne le dira jamais. Si ces choses lui sont étrangères, de quel droit nous parle-t-il ? Si ces choses lui sont personnelles, de quoi se mêle-t-il ? Là encore, il est question d’un lien, d’un autre type de lien : le rapport que l’on aurait avec ce qui ne nous appartient pas. Ce rapport pourrait être commun. Et donc il s’agit pour l’auteur d’habiller ce rapport pour lui donner des caractères communs.

Il ne sera jamais question pour ceux qui tiennent ce genre de discours généraux, culturels, abstraits, de reconnaître que les mots ne sont pas le référent ultime (au-delà duquel il n’y a plus rien) . Pourquoi ? Parce que généraliser c’est se payer de mots. Par exemple, ORWELL déclare à propos du novlangue en le dénonçant  : « Ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots et non l’inverse » et les invités de France Culture ajoutent : « La langue de bois, c’est une langue de signaux, ce n’est pas une langue de sens. Le remplacement de la pensée par l’affect ( le signal devenant une idole que l’on adore ndr) permet de substituer le signal au sens. « Bien sûr, le signal ou le code, c’est le lien pur. Il vaut mieux aimer ce qui nous échappe et nous dirige, aimer le lien ainsi créé, la société en dépend. Mais quant au sens, ce n’est que repousser le problème. Le sens n’existe pas quelque part fidèle à la réalité, il n’apparaît pas, tout cru, dans la conscience. Ce n’est qu’un résultat, un effet dont il faut connaître les causes. Il y a de jolis mots qui nous ont toujours fait rêver (liberté, amour, justice, bonheur, vie etc) , les mots suffisent presque. Mais tout dépend du sens qu’on nous aura appris à donner à ces mots, suffisamment abstraits pour supporter à peu près tous les sens qu’on veut. Quel sens en dehors des mots ? On n’ira pas jusqu’à remettre en cause le sens qu’un ordre établi, une vérité idéologique, un consensus interne à un milieu auront établi.

Le problème n’est pas le signal, le signal n’est qu’une convention, on peut dire bonheur, happiness, bouteille, pouët, aucune importance. Ce qui compte, c’est le sens qui lui est associé. Et le problème, c’est quand on ne lui associe aucun sens personnel, mais uniquement le sens convenu, prescrit. « Arbeit macht frei » (Attention monsieur ORWELL on pratique toujours un novlangue pour quelqu’un d’autre) On pourra bientôt faire produire une magnifique dissertation philosophique sur la plupart des sujets par un ordinateur qui aura appris le novlangue concerné.. (de toute façon, tout est controuvé. Il s’agit d’associer un sujet donné à des mots ou concepts prévus, de recourir à des raisonnements convenus et d’arriver à une conclusion conforme à la culture. On part d’une culture et on la confirme. Il faut ce qu’il faut)

Qu’est-ce qu’un sens personnel ? C’est tout ce qui est expérimenté personnellement, librement, sans a priori ; la sensation, le plaisir, la douleur, l’émotion sont personnels. Ce sont les observations, les constats. C’est le savoir issu d’une expérience et de réflexions personnelles et que l’on peut personnellement assumer sans trembler. C’est la conscience des effets favorables ou défavorables de tout ce qui nous touche (pensées, idées, choses etc) Avant de penser à être un bienfaiteur reconnu de l’humanité, ce qui n’est pas obligatoire, le bonheur, la liberté, le plaisir,  ce sont les miens. Et c’est parce que la culture a la cote que l‘on sait et parce qu’on a appris à aimer ce qui est commun (le lien) et les rapports au lien, que l’on ne dit pas à celui qui nous parle comme ci-dessus : de quoi vous mêlez-vous ? Si vos idées vous réussissent, tant mieux pour vous.

Ainsi, il est assez facile de fournir un sens assez personnel à des termes abstraits, vagues, qui concernent directement la vie humaine comme ceux cités plus haut si on n’a pas de dissertation ou de discours à faire destinés à plaire ou remplir certaines conditions. mais l’affaire se complique quand on est en présence de choses plus concrètes que la culture aura préalablement nommées, définies, jugées, théorisées, classées.

Quelle possibilité vous reste-t-il de vous les approprier mentalement, au moins en partie, de leur donner un sens qui vous convient. ? Quel sens personnel donnez-vous à votre corps et au corps de l’autre ? Quel sens personnel donnez-vous à votre domicile ou au domicile de l’autre ? Quel sens personnel donnez-vous à la nature ? Quel sens personnel donnez-vous aux traditions, rites, cérémonies, protocoles, qui s’affichent ostensiblement ? Quel sens personnel donnez-vous à tous les produits de consommation ? Quel sens personnel donnez-vous à vos émotions, vos désirs, vos doutes, etc Quel sens personnel donnez-vous à vos réactions, gestes, attitudes ? Si le sens est personnel, on ne rend aucun compte, on ne cherche pas une raison. Pas de sens personnel sans usage personnel.

Si le sens que vous attribuez à toutes ces choses est tout à fait celui qu’il est prescrit de donner ou qui est donné par tout le monde, rien de tout cela ne vous appartient. Celui chez qui le sens ainsi formaté est profondément enraciné et déclenche sans avoir à réfléchir les réactions prévues ne sait pas qu’il est programmé. Apprentissage à tous les étages. On exécute docilement des règles qu’on nous a inculquées, on ne peut pas s’en empêcher. Nous faire agir autrement nous rend malades ou furieux. Manifestement, les enfants se comportent souvent comme si le monde leur appartenait d’où les réactions de l’adulte garant de l’ordre établi, du respect du novlangue (signal + sens prescrit = réponse déterminée. Fais pas ci, dis pas ça)

Ce qui caractérise, définit notre société, c’est le fait, semble-t-il, que la propriété privée concerne surtout les biens matériels. (Les droits d’auteur sont surtout des droits en faveur des bénéfices financiers rapportés par une œuvre) Sauf que si vous êtes légalement propriétaire d’un certain nombre de biens, que faites-vous de ces biens ? Ce que bon vous semble ? Attention, cela risque de poser des problèmes. Qu’est-ce que la culture dit de ces biens ? N’a-t-elle pas colonisé leur sens ? Posséder un bien matériel devrait aussi signifier posséder le sens donné à ce bien. Non, car sens = usage. .

« Voilà l’été les vacanciers vont arriver

Y s’en viennent on ne sait pas d’où

Y s’en vont par un autre bout «  (Ricé BARRIER)

Dans « 1984 », on a poussé les choses très loin, c’est tout. Mais tous les ingrédients étaient déjà là, le ver était déjà dans le fruit. (faites le bilan du champ lexical pour chaque domaine à France Culture, et vous serez édifié) Quel autre moyen de savoir qu’on ne pratique pas un novlangue, qu’on ne prend pas comme référence, une idéologie ou un système de pensée prétendument innocent et à la mode, ou un jargon mais sa propre vérité.

Dans « Fountainhead » (Le rebelle) d’Ayn RAND, l’architecte Howard ROARK en vient à détruire son œuvre simplement parce qu’au final elle a été trahie. « mes idées m’appartiennent, on me les a prises de force en violant un contrat, on a cru que mon travail appartenait à d’autres pour en faire ce que bon …j’ai dessiné Cortland, le l’ai fait naître, je l’ai détruit « https://www.youtube.com/watch?v=B4UIsv84oLY

Tout ce qu’on considère, toute notre vision du monde concret et abstrait, toutes les choses et personnes, tous les phénomènes, événements et décor, peuvent être l’occasion de se poser trois questions. 1 dans quelle mesure est-ce que cela m’appartient en propre (avec la liberté que cela procure) 2 si ce n’est pas le cas, dans quelle mesure le sens ainsi accordé se traduit-il par un devoir ? Comme c’est la pensée qui commande, quelle dose de devoir, d’obligation, de contrainte y-t-il dans la pensée de quelque chose .Car si je possède vraiment quelque chose, je n’ai aucun devoir à son égard. L’obéissance pure, c’est la réaction prévue à un signal, à un code. (comme pour le chien de Pavlov) 3 Si une partie m’appartient et une autre ne m’appartient pas, comment distinguer ces deux parties pour ne pas me fourvoyer mais profiter de ma liberté.

On peut donner à chaque mot un sens personnel, un sens collectif ( et c’est le lien) et un sens officiel, . On peut être libre par rapport au sens du mot, porté à s’engager, à se fondre, à se dévouer si c’est un sens collectif, amené à en être un sujet docile si c’est un sens officiel.

Vous pouvez regarder ces trois images et considérer tous ses éléments, tous les liens, les rapports que vous établissez entre ces éléments, et vous poser ces trois questions.

prop1

prop2

prop3

Il y a plusieurs sortes de liens. Comme indiqué dans l’article précédent, il y a des liens qu’on appelle lois physiques et qui font que deux éléments interagissent d’une façon définie. Il y a des lois inhérentes au fonctionnement de l’organisme humain. Et il y a des liens que l’on ne fait qu’imaginer entre des éléments abstraits. Une catégorie sociale, morale, c’est un lien entre ceux qui souscrivent à la catégorie. Le lien entre deux chrétiens, deux ingénieurs, deux Français, deux Parisiens, deux socialistes, deux adeptes du golf, deux écologistes, deux membres d’une association humanitaire etc il faut le concevoir, l’imaginer. Ce n’est pas la vue ou la proximité de ces personnes qui vous l’indiqueront. Le lien, c’est d’abord le mot chrétien, ingénieur, écologiste etc C’est le signal. Un signal qui peut laisser indifférents ceux qui sont étrangers à la catégorie. D’autre part, ce lien ne peut consister dans le plaisir ou l’expérience personnels de ces gens. Le lien sera ce que la culture aura inventé comme point commun et comme amour commun à ces gens. Il est alors très important de se tenir informé de tout ce qui se dit sur ces sujets pour parler comme il faut en société.

Cela veut dire que si je garde pour moi mon plaisir , mon expérience et mon amour de la catégorie, je refuse d’être lié. Cela veut dire que si je rejette catégoriquement tout ce qu’on raconte au sujet de ces catégories, je refuse d’être lié . Mais je peux aussi rejeter tout ce qu’on raconte au sujet des mots dont on a parlé dans les premiers exemples, ou refuser de discourir avec d’autres sur le sens commun que ces mots pourraient avoir . (sur le sens commun de : peine, souffrance, âme malade, sagesse, bonheur etc)

Il y a une différence, bien sûr, entre les choses qui commencent par être intérieures, privées, et les choses qui ont toujours été hors de soi avant qu’on en fasse, quelque chose d’intérieur. Mais chaque chose est susceptible de réveiller un sentiment, un souvenir, une activité qui devraient ou pourraient vous associer ou vous relier à d’autres personnes. Vous voudriez que ce soit un sens en commun. A moins que ce ne soit un sens que vous allez pouvoir imposer à d’autres personnes.

On peut essayer de se faire une idée de tous les mots qui servent à nous définir, caractériser. A qui appartient le sens ? Quelle quantité de devoir ? Quand est-ce qu’on ne s’occupe pas de remplir les devoirs inscrits dans cela, cela, ceci, cela etc à l’infini ?

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...