LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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12 septembre, 2017

LES PETITS RUISSEAUX

Classé dans : Censure — inconnaissance @ 13:08

Font les grandes rivières.

Quand nous devrons comparaître devant Dieu pour être jugé, et que Dieu paraîtra, parfumé à l’eau de rose, intubé comme se doit et porté à bout de bras par ses Séraphins et ses Chérubins, nous devrons répondre de nos actes, de nos comportements. Et nul doute que l’on aura des choses à se reprocher. Nous nous serons montrés injustes, agressifs ou violents, impitoyables avec les autres, intransigeants, faux etc. Nous aurons fait fi de leur désapprobation, de leur peine, des problèmes que nous aurons provoqués chez eux. Nous nous serons montrés obstinément insupportables, choquants.

Mais la question se posera – elle se pose dans tout procès – de la connaissance ou de la conscience que nous avions d’être ainsi. Là, une précision s’impose. Nul doute que l’on se sera aperçu des problèmes que nous posions, des réactions négatives que nous suscitions, des échecs ou des difficultés rencontrés par nous dans nos relations. Mais il n’est pas du tout certain que nous savions avoir de réels problèmes personnels, et que notre comportement était intrinsèquement erroné. Dans ce cas, nul doute que si nous avions vraiment su que l’on agissait mal ou que les vérités à la base de nos comportements ou actions étaient erronées, on aurait changé tout de suite. Mais voilà, il y a de fortes chances que si nous ne reconnaissions pas nos fautes et nos erreurs, c’est parce que nous étions intimement et profondément convaincus de bien agir, d’être conformes à une vérité supérieure, d’être dans l’amour. Notre foi nous faisait persister dans l’idée que tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre, nous serions reconnus comme étant quelqu’un de bien. L’incompréhension, les échecs n’étaient que des épreuves à surmonter.

Quel était donc ce conditionnement (toute forme d’apprentissage au sens large qui devient automatisme) dont nous étions le jouet ?

Justement. Les vérités en question, pour avoir autant de valeur, étaient très spiritualisées, elles étaient assez purifiées et supérieures pour ne pas s’encombrer de la réalité quotidienne, elles représentaient un « ce qui devrait être » idéal, général, admirable. Le genre que Dieu affectionne.

Mais peut-être, pour être plus concret, serons-nous passés en jugement bien avant et plusieurs fois au cours de notre existence. A chaque fois, le juge sera le représentant d’une idéologie quelconque, d’une vérité supérieure, générale ou sociale, abstraite quelconque, d’une idée érigée en dogme. Mais il s’agit toujours d’accéder à une certaine qualité d’être ou d’incarner un certain type d’être – qu’il s’agisse d’un bon chrétien, d’un bon citoyen ou d’un bon employé – cet être se définissant comme non matériel, comme irréprochable, comme intemporel ou transcendant.

 Le monde est vu sous cet angle, sous l’angle de ce qui nous régit, nous oriente, nous dirige, sous l’angle des concepts, des notions, des idées qui caractérisent l’être qu’il faut être, pas sous l’angle de vérités scientifiques, de choses concrètes, pas sous l’angle du charnel ou de l’organique, pas sous l’angle de l’intérêt personnel. Dame, il faut que ces notions se maintiennent et prospèrent. Les situations, les personnes, les choses, les contextes sont des projections de ce que nous avons dans l’esprit, des projections de notions spiritualisées. Les fonctions sociales et les qualités morales et spirituelles se rejoignent. Les situations et les circonstances se présentent comme des questions de ce genre. France Culture : « Les catastrophes nous sont-elles naturelles ?  Que disent ces phénomènes de l’état de nos sociétés et de notre relation à la nature ? « suite à Irma et José. Alors …ce qu’elles disent, l’état de nos sociétés et notre relation à la nature, c’est social ou moral ? La fonction et la raison d’être de ceux qui interviennent sont-elles morales ou sociales, sont-ils des professionnels, des missionnés, des bénévoles, des fonctionnaires, des permanents d’une association caritative  ? Que disent-ils de leur mission ?

Dans tous les cas, de deux choses l’une : ou bien nous aurons été bien conditionnés par ces idées et nous aurons été leur jouet, leur instrument , et nous aurons à notre manière fait subir aux autres leurs inconvénients, ou bien nous étions parfaitement conscients de mal agir, parfaitement conscients que l’idée que nous servions était erronée, parfaitement conscients des dégâts causés, mais nous avons persisté parce que nous sommes des crapules. C’est même la définition de la crapule : l’intérêt de quelque chose ou de quelqu’un prime sur tout, ignore tout le reste, se moque de tout. Cet intérêt est le seul qui compte. Il se suffit à lui-même. Il est à lui-même son propre but. Et s’identifier à ce genre d’intérêt, c’est se comporter en crapule. (on parle d’ailleurs d’intérêt supérieur……sans jamais dire supérieur à quoi. Attention, quand on commence à nous parler de l‘intérêt supérieur de quelque chose, la crapulerie n’est peut-être pas loin) La crapule a besoin d’interlocuteurs qui ont la foi.

 Lorsque le conditionnement est vu par soi-même ou par d’autres comme étant la source ou la cause de sérieux problèmes, la question se pose de ce qu’il faut faire. Faut-il – comme on le fait chez les psy par exemple – le remplacer par un conditionnement plus adapté au monde, plus performant, en bref plus conforme à une certaine idée de la vie, de la santé mentale, de la société ? N’est-ce pas ce que nous avons toujours fait ? N’avons-nous pas passé notre vie à chercher des conceptions de la vie ou des relations satisfaisantes, à les adopter , à croire en elles, à vivre sur leur base ? L’expérience prouve que le résultat n’est pas garanti. L’idée en question demande qu’on y croit. Elle n’apporte pas la preuve de sa justesse et elle ne s’engage en rien. Encore la foi. Encore l’aveuglement.

Heureusement, quelque chose existe qui s’appelle la souffrance. La douleur physique est le signe que quelque chose dysfonctionne dans l’organisme, la souffrance morale, psychologique est le signe d’un désordre de l’esprit.

Quand on n’est pas une crapule, soi et les autres sont logés à la même enseigne. Si on est intransigeant avec les autres, on l‘est avec soi, si on est dur avec les autres, on l‘est avec soi, si on est  méprisant avec les autres, on l’est avec soi, si on est idéaliste avec les autres on l’est avec soi etc

Il n’est pas utile de recourir au jargon de la psychologie ou des religions pour constater que nous sommes des êtres sensibles (sentir, ressentir, éprouver) . Un rien nous est agréable ou désagréable, nous fait plaisir ou nous cause du déplaisir, nous fait de la peine ou nous réjouit, nous trouble ou nous conforte, nous inquiète ou nous rassure, nous met en colère ou nous apaise, nous attire ou nous repousse etc Et tout cela est instantané, involontaire, imprévisible, inéluctable et incessant. Quand on n’est pas une crapule, la façon dont ces phénomènes sont traités en soi ressemble beaucoup à la façon dont ils sont traités quand on les perçoit chez les autres. Les voir tels qu’ils sont, les admettre, ou pas – en soi ou chez les autres – telle est la question.

N’y-a-t-il pas un inconvénient certain à vouloir que ces faits ou phénomènes ou tous ces états de conscience, soient différents ou inexistants, à vouloir les corriger, les falsifier ou les maquiller  ?

Celui que le conditionnement par des idées irréalistes, rendait aveugle à la réalité se voyait autre qu’il n’était, se racontait une histoire à son sujet, la belle histoire que lui inspiraient ses belles idées fumeuses. Il ne pouvait pas changer puisque, selon son histoire, il était dans le bien. Il s’est toujours jugé lui-même en fonction de ses intentions ou objectifs. Très beaux. Il était coupé des phénomènes en question. Ces derniers étaient astreints à correspondre à l’objectif à atteindre, à la cause à servir, aux jugements préconçus, au sens préétabli.. Ils étaient dénaturés, falsifiés, interdits de séjour. Pas moyen d’être ému, touché, de trouver du plaisir, d’éprouver du désir ou le contraire si le sens, le jugement, la cause, l’objectif disent : cela ne doit pas être. Et non seulement l’état de conscience n’est pas celui qu’il faut, mais il est changeant, incontrôlable, alors que l’image à laquelle on veut ressembler, elle, est stable et familière.

On sait comment cela se passe dans la vie quotidienne. Si un groupe a plus de pouvoir sur nous qu’une personne qui nous est a peu près indifférente, c’est que l’opinion du groupe a valeur de loi sociale, morale. Si une personne revêtue de quelque importance sociale a plus de pouvoir sur nous qu’un enfant, c’est pour l’autorité et la valeur sociale qu’elle possède. Si un désir est refoulé, c’est parce qu’il n’est pas moralement et socialement convenable selon notre conception de la morale. etc

Dans tous les cas, l‘image à laquelle on doit ressembler est toujours la même, est toujours de l’être immatériel, intemporel ou transcendant. C’est cet être que l’on sert et dont le service nous persuade, malgré les épreuves et les vicissitudes de la vie, qu’on est bien. Dis-moi ce que tu adores et je te dirai comment tu es. Dis-moi quelles idées immatérielles, intemporelles tu adores et je te dirai à quoi tu es aveugle ou ce que tu méprises. Et ce sera comme on a pu le constater au cours de l’histoire et comme on le voit tous les jours : le charnel, l’individuel, le singulier, le matériel, les passions, les faiblesses, les limites individuelles. Combien de choix n’a-t-on pas fait que nous n’aurions pas dû faire, de situations où nous n’aurions pas dû nous trouver, parce qu’ils allaient contre notre nature . La souffrance vient du conflit entre ce qui est et ce qui devrait être.

Comme on est conscient que l’on n’est pas ce que l’on voudrait être, comme on n’est pas sans s’apercevoir des problèmes que nous avons, nous voudrions être différents de ce que que sommes (en fait de celui dont on se raconte l’histoire.) Or -je vous le dis en passant, ça peut servir – c’est très compliqué d’être différent de quelqu’un qui n’existe pas.

Bien sûr, quand ces phénomènes sont puissants, évidents, quand les états de conscience sont manifestes, difficile de les nier ou de les ignorer. Mais les petits ruisseaux alimentent les grandes rivières. Si les petits faits de conscience sont détournés, asséchés, enterrés, taris, ils n’alimenteront plus les plus grands : les plus grands émois, les plus grands désirs.

Connais-toi toi-même entend-on. Mais comment se connaître, comment ne pas se raconter d’histoire à son sujet si tout ce qui vient à la conscience doit correspondre à des idées préconçues, doit satisfaire des modèles préconçus ? Pas difficile de s’apercevoir que lorsque certains beaux esprits (comme à France-Culture  ..voir les citations des articles précédents) réclament des droits à l’existence ou à la reconnaissance pour certains groupes, certains individus, certains phénomènes de société, il s’agit toujours des mêmes groupes, des mêmes individus, des mêmes phénomènes et des mêmes droits à l’exclusion des autres. Comme disait l’informaticien : ça boucle. Ce qui est vrai au niveau individuel l’est aussi au niveau d’une société .

Monsieur Duchemol, parlez pour vous mais je ne vous permets pas de penser une seconde que vous utilisez les mots « société » et « nature » en mon nom, et à partir de là (« nous » « nos »« notre ») de m’interpeller ou de porter des jugements qui me seraient adressés.

Plus un fait de conscience est spontané, non-familier, plus il est authentique, non contaminé par l’éducation. « Méfiez-vous de votre premier mouvement, c’est le bon » disait Sacha GUITRY. Y-a-t-il une meilleure façon d’exister vraiment, c’est à dire d’être assuré et fier de soi, que de faire droit (faire droit ne veut pas dire exaucer ou en faire un plat) à tout ce qui paraît dans la conscience ?

Depuis le temps qu’on essaie, grâce à la pensée et en fonction de systèmes divers et variés, de créer une autre espèce humaine avec les résultats que l’on voit, il serait peut-être temps d’arrêter les frais. Jusqu’ici, on a toujours négligé, méprisé, nié, discrédité ce qui ne faisait pas partie du « ce qui devrait être » Jusqu’ici on n’a jamais exigé d’être livré de la marchandise que l’on nous vantait, se contentant de promesses, d’espoirs, de rêves, de foi.. ..

 

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