LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

10 novembre, 2017

IDENTITE ENTÊTEE

Classé dans : Libre-arbitre — inconnaissance @ 21:13

On n’est pas toujours conscient, loin de là, de l’effet des pensées qui nous traversent régulièrement l’esprit, des pensées non invitées qui surgissent, surtout quand on est en société. On se retrouve dans un certain état, mais on ne fait pas souvent le lien avec les pensées qui l’ont provoqué, et encore moins souvent se demande-t-on si cet état est bien justifié.

Mais le fait de prendre conscience qu’elles procurent une consistance ou une existence à un sentiment de soi, à un centre en soi -siège irradiant de cet état - peut avoir plusieurs conséquences. Touché ! qui est touché ? Interpellé !. Qui est interpellé ? 

La première conséquence, c’est qu’il nous apparaît clairement qu’elles permettent de continuer à se raconter l’histoire de ce moi, ou de ce qui est devenu l’histoire de ce moi. (Sens pour moi -> sens de moi. Ce qui a du sens pour vous vous donne un sens, ce qui vous donne un sens complète un sens déjà présent) Elles assurent sa continuité. C’est soi que l’on voit dans ses pensées. Que ces pensées aient cet effet n’est pas tout de suite évident parce qu’elles semblent parler de tas d’autres choses, parce qu’elles semblent normales et sensées,  parce qu’elles semblent intéressantes, parce qu’elles semblent intelligentes, parce qu’on ne voit pas où est le mal. Où serait le mal de penser à un(e) proche, de penser à un sujet qui nous intéresse, de penser à ce qu’on pourrait réussir, de penser à telle idée ou telle personne dont on apprécie les idées, de penser à sa santé, à ses projets etc Stricto sensu, il n’y a aucun mal dans tout cela, sauf que si tout cela ne nous est pas indifférent, si tout cela a de la valeur à nos yeux , le contraire n’est pas bien. Et si le contraire n’est pas bien, le moi, dans ce cas, n’est pas bien. (on aime se voir à tel endroit, mais cela inclut la possibilité de ne pas y être. On aimerait faire ceci, mais cela inclut la possibilité de ne pas réussir à faire ceci)

Plus il y a d’idées sur ce que nous sommes, (qui formeront un arrière-plan) et plus il y a d’occasions de projeter ces idées sur les états de conscience. C’est notre façon d’en prendre connaissance. Ce sont nos problèmes . Vous avez l’idée du bonheur, du courage, de l’équilibre, de la hardiesse, de la générosité, de l’amour, de la responsabilité etc vous passez même du temps à lire des choses à ce sujet, à vous faire une idée de tout ça, et aussitôt, la tristesse, la peur, le déséquilibre, la timidité, l’égoïsme, l’irresponsabilité apparaissent. Mais on ne penserait pas à se libérer de la timidité ou de la tristesse si elles n’avaient pas préalablement été créées par la pensée, on ne se serait pas identifié à quoi que ce soit si on n’y avait pas été poussé, si on n’avait pas adopté ces idées. Comment saurait-on ou pourquoi dirait-on qu’on est triste, peureux, irresponsable etc si on n’avait pas à l’esprit une idée conditionnée, culturelle du courage, du bonheur, de la responsabilité ? On ne sait pas dans quel état on est quand aucune pensée ne vient apposer son tampon. Quand la pensée vient, elle complète une histoire de vous-même que vous ne connaissez que trop bien.

La deuxième conséquence, c’est qu’on est saisi par le fait qu’on n’arrête pas, dans la vie, de se raconter ce qui est devenu sa propre histoire. On se sent toujours impliqué. (la société fait tout pour ça, de plus en plus : l’individu est son ennemi) Soi l’enjeu, soi le sens dans le temps. Quelles pensées ne remplissent pas ce rôle ? Non seulement ses propres pensées mais le monde qui nous entoure sont mis à contribution. C’est soi que l’on voit dans chaque chose du monde parce qu’on la pense, et que le sens de ces pensées, c’est le sens de soi-même. .

- Allo ? Ça va ? Qu’est-ce que tu fais ?

- Ben comme d’habitude, je me raconte mon histoire

La troisième conséquence, c’est qu’on se confond avec cette histoire. C’est dur d’admettre qu’on en est prisonnier et qu’on n’a jamais fait que renforcer sans cesse l’idée de soi que toute cette histoire confectionne. On est toujours devant le miroir.

La quatrième conséquence, c’est que lorsqu’on est devenu sensible à ce qui alimente le moi ouà la montée en puissance d’un sentiment de soi, on s’aperçoit qu’ils sont aussi alimentés par des pensées dont on n’a pas vraiment conscience ; On dirait que certaines sont voilées, qu’elles rôdent sans qu’on puisse les identifier. Mais le moi, lui, nous est familier, son épaississement nous est familier, en ce que l’on sent qu’il est porté, par tout un mouvement mental qui vient d’on ne sait où. (ce qui fait que chaque matin on se reconnaît comme étant le même qu’hier) Et c’est le plus embêtant, c’est ce qui fait qu’on est vulnérable. Ah si on pouvait tenir à la gorge toutes les pensées qui ont du pouvoir sur nous !

La cinquième conséquence, c’est qu’on se demande : qui suis-je en dehors de ce personnage, en dehors du miroir. Suis-je d’ailleurs ? Qu’y-t-il au-delà de l’être social ? Y-a-t-il quelqu’un, quelque chose ? Est-ce le vide des bouddhistes ?

On raconte quelque chose de ressemblant à propos de NAN-SHAN : « lorsqu’une réponse est trouvée (disait-il), une nouvelle question surgit, toujours plus fine, toujours plus subtile ; et ce processus est sans fin. …Tout ce que j’ai appris, tout ce que j’ai pensé, tout ce que j’ai su, j’y ai cru (la valeur dont je parlais ndr) j’en ai fait ma propre substance imaginaire, j’en ai fait la substance de mon moi, j’en ai fait l’objet fantasmatique de mon moi, j’en ai fait mon moi-objet (objet de pensée ndr) Voilà que tout cela a perdu pour moi toute réelle crédibilité en dehors d’une valeur de pure convention, voilà que mon moi-objet a disparu. Si je ne suis pas ma propre pensée, si je ne suis pas cette connaissance contenue en moi, si je ne suis pas ce que je pense, qui suis-je ? Qui suis-je en vérité si je n’admets aucun contenu comme étant moi-même ? ……Personne ! Il n’y a personne « 

Au fait, que se passe-t-il ? Il y a des émotions ici, est-ce nous qui faisons cela ? Il y a des désirs ici, est-ce nous qui faisons cela ? Il y a des pensées ici, est-ce nous qui faisons cela ? Il y a la pensée que l’on est le penseur d’une pensée, est-ce nous qui la pensons ? Si la réponse est non, à qui le sens de la pensée donne-t-il un sens ? De qui raconte-t-elle l’histoire ?

Entrez, entrez, la visite commence. Vous pouvez voir toutes les choses que l’on trouve dans un esprit, mais il n’y a personne. Il est inhabité. C’est exactement comme l’univers. Ca fonctionne, ça roule, mais personne n’est derrière pour actionner tout cela. (sauf un être imaginaire) On fait partie de l’univers non ?

La musique est le dernier des arts, elle est sans valeur, il n’y que la valeur que se donne une petite clique de soi-disant experts qui en font une pièce de musée dont elle a la garde. Dans la littérature et la philosophie, il y a des jugements de valeur. Dieu merci !. Dans les arts décoratifs (sauf dans la peinture abstraite)

stael

De STAÊL ou quand le figuratif se dissout dans l’abstrait

on trouve encore des jugements de valeur parce qu’il y a un sens. Dieu merci ! Dans la photographie, dans le cinéma, il y a toujours du sens, des jugements de valeur. Mais dans la musique, dans la musique seule, il n’y en a pas. Elle ne vous fournira aucune solution. Elle ne vous permet pas de vous raconter votre histoire.. Note de musique entendue comme telle. Personne. (c’est un son à une certaine fréquence. Mais même les notes les plus familières https://youtu.be/ypWVVy2Jxrw?t=33

sont des sons inconnus. On sait des choses sur ce qui se passe entre la production d’une note par un instrument et son effet en nous, mais cet effet est encore un mystère, on ne sait pas ce qu’il est et ce qu’il devient, ce qu’il fait, à quel niveau) Mot musique entendu comme tel : quelqu’un. Le musicologue ou l’expert crâne, le musicien non. La musique, c’est nul ! Bizarre qu’elle n’ait pas disparu. Si cela arrivait…ce serait, à mon avis, très très mauvais signe pour l’espèce humaine.

Être, être pour, être en rapport etc Non au vide. Surtout pas personne. Être, exister. Cette soif d’être a fort à voir avec cette soif de pensées, de choses qui nous procurent une identité, qui fait de nous une entité. C’est à la pensée, à la connaissance, à la culture que l’on demande une identité pour être. (ne vous inquiétez pas pour ça, elle va vous en fournir, et pas qu’un peu!) Être ce n’est pas le vide, ce n’est pas rien, ce n’est pas personne. Quel dommage que l’identité fournie par la pensée, la connaissance, la culture ne tienne pas la route ! Même Dieu, ça ne tient pas la route.

Celui qui cherche est le produit de la culture, de la connaissance acquise, il part de ce savoir pour aller plus loin. Regonflé, son moi qui en a des choses à dire, questionne, commente, choisit, cherche. Mais il ne peut pas aller ailleurs que dans l’univers créé par cette culture ou cette connaissance.

On ne peut pas se libérer de cette propension à compter sur les autres, sur la culture, sur des idées générales qui ont de la valeur, en se servant des autres, de la culture, d’idées générales qui ont de la valeur . Par exemple, ce n’est jamais à la vie que nous nous intéressons mais au mode de vie. Le mode de vie est une affaire éthique et la société – à travers ses domestiques – veut réglementer cela jusqu’au bout. Le mode de vie ou la façon d’être c’est la seule chose que l’on connaisse. La vie elle-même est un mystère, même pour les médecins. Mais la façon de vivre la vie …ah là là. Attention ! Vous êtes cerné. On ne peut pas aller au-delà de toutes les considérations ou de tous les discours habituels sur la vie, sur la valeur de la vie, en partant de considérations sur la vie ou sur la valeur de la vie.

Ne me demandez pas de m’assumer, de devenir responsable en me servant d’idées ou de gens dont je devrais dépendre.

La valeur d’une pensée devient raison d’agir, mais c’est une valeur a priori, une valeur établie, tout à fait conditionnée.

Pensée, savoir, valeur, appropriation = c’est fichu ! Si la pensée a une valeur, si j’y crois pour cela, si je suis sensible au fait que alimenter en sens le sentiment de soi c’est aussi le conforter, lui attribuer de la valeur, il faut bien que j’admette que cette valeur, j’y suis pour quelque chose. Je suis complice. Il n’y a de valeur ou de jugement que lorsqu’il y a comparaison, préférence, choix. Je suis impliqué dans ce parti-pris. Ce qui suppose un libre-arbitre. La valeur sanctionne le fait que j’ai fait un choix et le bon. .(c’est bien ! T’as pas mangé du fruit de l’arbre de la connaissance. C’est bien, t’as fait ça, et ça c’est bien!)

La valeur de la pensée, c’est la valeur du choix, c’est la valeur de celui qui choisit, c’est la confirmation d’un centre-je qui exerce son libre-arbitre. .Plus il y a de jugement, plus il y a d’ego. (c’est pour cela qu’ils disent tous : s’engager, engagement, je m’engage…)

Cette soif d’être n’était qu’une soif de justification, d’approbation, d’onction pour le libre-arbitre. Cette soif, c’était la soif d’existence du libre-arbitre.Soi dit en passant, vous pensez bien que si mon libre-arbitre était une chose personnelle, individuelle, intime, qui relevait de ma seule liberté, ça ne les intéresserait pas. Ils n’en voudraient pas. Non, j’ai soif de pensées dont la valeur sera avalisée par la culture. Gentil libre-arbitre ça, gentil, c’est bien, susucre ! .

Si exister, être, c’est posséder un libre-arbitre, et si je n’ai pas le droit d’exister autrement qu’en choisissant les valeurs prescrites, je n’existe que dans la mesure ou je choisis d’obéir.

- Répétez : l’obéissance fera de moi quelqu’un de libre.

- Plus fort !

 - L’obéissance fera de moi quelqu’un de libre.

Je suis contraint de me penser libre et je n’ai pas le droit d’être libre. C’est l’être social, c’est le produit de la culture qui est sans cesse interpellé, mobilisé. C’est sa liberté à embrasser les valeurs de la culture qui est sans cesse exigée. On s’adresse à moi en tant que détenteur d’un pouvoir de choisir (on m’intronise individu) mais on refuse que je ne serve pas les valeurs de la société, que je ne me comporte pas en maillon d’une chaîne.

Ha ha ha ha ha On lit sur l’inénarrable France-Culture « Expliquez-moi DERRIDA : le monde va mal, que faire ? « (chemin de la philosophie). Que faire ? Rien ! ! A qui s’adressent-ils ? Tant que l’individu sera l’ennemi juré du monde, tant que ce dernier ne s’adressera qu’au produit de la culture, il n’est pas question de se compromettre ou d’aggraver les choses. Ce que désignent des valeurs générales (celles de votre monde) est général. Est-ce que j’ai une tête de général ?. Je ne peux pas en faire une affaire personnelle. Adressez-vous à ceux qui exercent quelque fonction dans la société, eux sont faits pour obéir.

Me compromettre ? Aggraver les choses ? … ! !

Déjà, ce principe du libre-arbitre indissociable d’une valeur à choisir est absurde et dangereux. Forcer la spontanéité, la sincérité parce qu’on a posé que telle et telle choses avaient de la valeur, c’est émousser la sensibilité, la sensibilité à la beauté ou au bien ou à la vérité que l’on peut rencontrer. Mais on a compris que cela répondait à l’existence d’une autorité extérieure en matière de jugement de valeur. Quoi qu’il en soit, à force d’inculquer des jugements d’autorité, on rend les gens insensibles. Ils n’ont plus le droit d’être sensible.

D’autre part, cette continuité ou cette pérennité du jugement ne colle pas du tout avec les fluctuations, les variations, les changements de la vie. La vie n’est pas arrêtée. (Même après la mort, il y a toujours du mouvement sous des formes nouvelles) Insensibles, inertes et obéissants : c’est comme cela qu’on nous veut. Je ne veux pas cela pour les autres. Je ne suis pas mauvais à ce point !

Soif de choix et que ceux-ci reconnaissent à mon libre-arbitre une existence. Voilà ! Car je suis ce libre-arbitre. C’est la seule chose qui empêche que je fasse partie du monde tout simplement. C’est la personne.

Pas de libre-arbitre, personne. Un libre-arbitre, quelqu’un.

C’est ce que la valeur de la pensée ou la valeur proposée par la société disent : voilà un moyen pour le libre-arbitre de s’exercer et de faire un bon choix qui le légitime. On fonctionne en permanence en recourant à ce genre de valeurs présentes dans les pensées ou la société , non ? C’est ce que l’on retrouve dans les quatre premières conséquences citées plus haut Angoisse : si on ne fait pas ça, on ne sait pas ce qu’on vaut, on ne sait pas si on existe.

Mais qui pose la question, sinon ce centre-je ou ce libre-arbitre ? Ce n’est la tristesse, la peur, le déséquilibre, la timidité, l’égoïsme, l’irresponsabilité etc que pour celui qui se raconte à lui-même l’histoire du bonheur, du courage, de l’équilibre, de la hardiesse, de la générosité, de l’amour, de la responsabilité etc Mais qui raconte cette histoire ? Est-ce moi qui fais cela ? Il y a la pensée que je suis le penseur de ces pensées, est-ce moi qui la pense ?

Existe-t-il quelque chose, dans mon esprit ou ailleurs, qui soit une pure création du libre-arbitre, quelque chose qui ne fasse pas partie du monde, de son fonctionnement  ? Tout ce que j’éprouve est un phénomène ordinaire, c’est dans l’ordre des choses, ce n’est pas personnel. Celui dont je me raconte l’histoire, l’être social, le produit de la culture n’est pas personnel non plus. Tout cela est parfaitement programmé.

Le libre-arbitre n’est pas personnel.. C’est un effet classique de la pensée. Je ne dis pas que je ne suis pas le libre-arbitre en m’appuyant sur quelques raisons, sur quelques (pseudo) savoirs – comme tout le monde – je le dis parce que le libre-arbitre s’appuie sur quelques raisons, quelques (pseudo) savoirs et je n’y suis pour rien..

Pas de choix s’il n’y a personne. Que se passe-t-il ? Il y a un choix ou une adhésion ici, et celui qui choisit est content de son choix. Je ne suis pas celui qui a donné une valeur à une pensée, elle l’avait déjà. Je ne suis pas celui qui a adhéré à cette valeur, ce n’est pas moi qui ai fait cela. Pensée non pensée. Cela se serait passé de la même façon avec une autre pensée-valeur. Avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui ignore toute valeur au moment de choisir ? S’il en rejette une, c’est au nom d’une autre. Rappelez-vous le comportement des enfants dans un club de plage : hop il faut faire ceci, le premier a gagné, tout le monde se précipite.

Qui suis-je au-delà de cette marionnette des valeurs ? Je ne sais pas et je ne peux pas le savoir.  Si je dis un mot -vide, rien, personne ou je ne sais quoi – patatras !

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...