LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

29 mars, 2018

MARI HONNÊTE

Classé dans : Je — inconnaissance @ 21:17

Peut-on dire que l’on possède quelque chose, que c’est à soi, que c’est sa propriété, si on ne peut pas en faire ce qu’on veut : s’en servir comme on veut, le donner si on veut, le détruire si on veut ?

Qu’est-ce qui est vraiment à soi ?

Il est, évidemment, faux de dire que l’on prend la route, que l’on prend la mer ou que l’on prend l’air, ni la route, ni la mer, ni l’air ne nous appartiennent. Seul nous appartient, en principe, l’air que nous avons inhalé, inspiré

Il est faux de dire que cet enfant est à soi comme on disait, il y a longtemps, que ces trois esclaves étaient à soi.

Il est faux de dire que notre maison ou appartement, notre voiture, nos vêtements nous appartiennent. On ne peut pas en faire ce que l’on veut, s’en servir comme on veut ; Des lois régissent notre usage de ces choses ; Nous en avons surtout l’usufruit ;

Il est faux de dire que nos paroles nous appartiennent. Elles doivent obéir à des tas de règles (grammaticales) , des lois (dans une certaine mesure, elles tombent dans le domaine public un peu comme un engagement que l’on prendrait devant ceux qui nous écoutent ou comme si on désignait toujours des gens en particulier, ce qui fait que tout est , éventuellement, diffamation). Remarquez comme c’est cocasse : on nous fait le reproche de nous attaquer à des gens en particulier, en même temps, il est impossible de dire que des mots désignent des gens en particulier puisque ce sont toujours des généralités (ce ne sont pas des noms communs pour rien) Ils ne peuvent donc pas désigner ce qui est singulier. En réalité, ils désignent toujours des catégories auxquelles ceux à qui on parle ont voulu s’identifier. C’est l’identification qui est sacrée.

S’il y a des choses dans la vie que nous possédons vraiment, de la manière indiquée plus haut, et que quelqu’un, pour des raisons diverses et variées que nous ne pouvons pas discuter, s’en empare ou annule cette possession, c’est de l’extorsion. On s’empare de la chose au moyen de menaces, violences ou contraintes, que l’extorqueur soit une personne, un organisme ou l’Etat.

Tout ce dont on hérite comme facultés, comme énergie, tout ce qui fait notre sensibilité, nous appartient. Notre odorat nous appartient au même titre que le plaisir que l’on tire de l’usage de quelque chose ou que le talent que l’on a à se servir de quelque chose. .

Nos facultés, sensibilité et énergie, en tant que tels ont leur siège en nous. Leur exercice ou leur déploiement dépend uniquement de nous. .

Mais il y a un interface entre soi, ce que l’on possède vraiment, et le monde qui nous entoure, la façon dont il est, ce qu’il veut ; Le problème survient quand l’exercice de nos facultés, l’emploi de notre énergie viennent contrecarrer ces derniers. Je ne peux pas utiliser ma force, si elle est grande, pour obtenir ce que je veux. Tel que le monde fonctionne, l’usage de la force est le plus souvent prohibé ; Je ne peux pas utiliser mon énergie si elle est grande dans le cadre très défini d’une réunion avec un supérieur hiérarchique. Il n’en reste pas moins que personne ne m’a volé mes facultés, ma sensibilité et mon énergie. Elles restent intactes. Elles sont seulement mises en sourdine. Je ne peux pas faire de mon appartenant, de ma voiture, de mes vêtements ce que je veux si cela fait partie de l’interface, si cela a un effet quelconque, réel ou symbolique, sur le monde, ce qu’il est, ce qu’il veut. Mais je peux toujours, en principe, disposer à ma guise de ce qui n’est pas dans l’interface ; (l’intérieur de la voiture ou du logement, et certaines caractéristiques des vêtements qui ne se voient pas. )

Mais alors, de quelle extorsion s’agit-il ? Qui pourrait entrer en moi et me voler ce qu’il y a ?

C’est vous-même que l’on vole. Vous n’êtes plus vous-même, on l’a remplacé par quelqu’un d’autre. Et dans cette substitution, le vrai vous-même a disparu.

cauch

Auparavant, vous disposiez des facultés, de la sensibilité et de l’énergie qui étaient les vôtres, même si vous ne vous en serviez pas. Maintenant, vous n’en disposez plus  pour autant que les facultés, la sensibilité et l’énergie doivent convenir au personnage de substitution ou être celles du personnage de substitution. Vous ne faites plus ce que vos facultés propres, votre sensibilité propre, votre énergie propre vous inciteraient à faire. 

On est tellement dépendant de la façon dont on a appris le monde, dont on a appris à vivre, on est tellement accroc à cet apprentissage, qu’on passe son temps à essayer de le faire accepter, de le faire adopter voire de limposer. Il y en a qui réagissent à la vitesse de l’éclair, aussitôt qu’ils décèlent un cas qui relève de leur apprentissage, il faut absolument qu’ils enseignent comment faire. Presque aussi rapides que des ordinateurs ! C’est une mentalité de fayot. C’est vouloir montrer qu’on a bien appris sa leçon voire qu’on sait mieux que les autres.

On peut consacrer sa vie à essayer, coûte que coûte, de trouver comment réussir selon le conditionnement que l’on a reçu. .

En même temps, c’est une tâche fatigante. Si on supporte mal ceux qui vivent selon d’autres critères, on est heureux de lire des livres qui nous permettent de nous libérer de ce carcan. C’est que les relations nous sont globalement imposées, tandis qu’une lecture est plutôt choisie et s’effectue librement.

Que devient-on qui n’est pas celui qu’on était ? On devient celui qui n’a pas d’autre désir, d’autre volonté, d’autres goûts, d’autres appétences, d’autres talents que ceux que la société nous a prescrits d’avoir. A-t-on jamais vu une faculté qui ne correspond pas aux conditions particulières d’exercice de cette faculté-là ? (Exemple faculté de chanter qui ne vienne pas d’un talent singulier pour le chant :  https://www.youtube.com/watch?v=OeWp00XuhVo 

(voir à la fin de l’article des citations qui illustrent la » voix » comme fonction sociale)

A-t-on jamais vu une sensibilité qui ne correspond pas aux conditions singulières d’exercice de cette sensibilité-là ? (exemple oreille musicale. Mieux vaut ne pas bousiller ses tympans ) Mes facultés et ma sensibilité ne sont pas celles des autres ou de je ne sais quoi . Celles des autres ou de je ne sais pas ne me servent pas à grand-chose. Il est donc ridicule de vouloir vivre sur la base de ces dernières.

Mais il faudrait aimer ce que les autres ou je ne sais quelles instances aiment, détester ce qu’ils détestent, avoir les mêmes sentiments qu’eux, les mêmes désirs qu’eux, les mêmes rêves qu’eux, les mêmes croyances qu’eux et tout cela pour mettre en valeur ou développer les facultés ou la sensibilité de je ne sais quels groupes, de je ne sais quelles autorités, tout cela pour les glorifier, leur donner raison 

Pourquoi dire à un enfant qu’il doit bien travailler à l’école ? Allez-vous lui dire que c’est pour que les autres ou la société soient contents, puissent développer leurs potentialités, lui direz-vous qu’il doit se mettre au service des facultés et de la sensibilité des autres ? S’il devient enseignant ou parent, il pourra le faire, mais il ne fera pas que cela.

Il ne s’agit pas seulement d’appliquer les solutions de tel ou tel, de relayer les points de vue de tel ou tel en gardant son quant-à-soi, il faut que ce soit nos convictions, notre foi, notre identité. Il faut être sincèrement insincère. Il faut se falsifier. On doit aimer ce qu’on nous dit d’aimer sincèrement, détester ce qu’on nous dit de détester sincèrement, admirer ceux qu’on nous dit d’admirer sincèrement, éprouver ce qu’on nous dit d’éprouver sincèrement, croire ce qu’on nous dit de croire sincèrement, désirer ce qu’on nous dit de désirer, sincèrement. Tout le monde devrait être comme ça. Mais tout cela, les sentiments, les émotions, les désirs, c’est personnel.

Comment peut-on vouloir que tout le monde ait les mêmes sentiments, les mêmes réactions, les mêmes désirs  ? Pourquoi des gens passent-ils leur temps à essayer de nous convaincre qu’il faut avoir tel sentiment, telle émotion devant tel événement à grands renforts d’arguments invérifiables  ? Réponse, parce que ce sera subordonner nos réactions, sentiments, émotions, désirs, bref notre sensibilité et l’exercice de nos facultés à des systèmes de pensée préétablis. « Pourquoi l’altruisme est une réponse aux défis de notre temps : on n’imagine pas la force de la bienveillance «  (France Cult(ur)e . Faites, faites, chacun son chemin.

Le petit Jésus a passé son temps à porter des jugements et à dicter des commandements. Il ne les a pas justifiés, il n’a pas démontré leur justesse, il en aurait été incapable. Son truc, c’était de pontifier.

Il s’agit donc de s’identifier. Ce n’est pas pour rien que l’identification est une chose sacrée que l’on protège. Imaginez si plus personne ne s’identifiait à rien : ni à son pays, ni à ses chefs, ni à ses leaders, ni à son groupe, sa communauté, son clan, ni à sa religion, ni à sa catégories socioprofessionnelle, ni à sa fonction sociale, ni à ses valeurs sociales ou morales…S’identifier, c’est adopter une autre identité, celle-là même que la société veut qu’on adopte. On doit avoir la sensibilité d’autres gens, d’autres instances que nous, avoir la sensibilité de tel groupe, telle cause. On doit adopter les facultés de gens, de groupes divers et variés. On s’est marié avec la société. On lui a juré fidélité, assistance. On a promis de l’aimer. Et elle tire les ficelles.

Facile ! Si on nous entraîne à désirer quelque chose que l’on veut que nous désirions (tel bien, telle vertu, telle position sociale) , rien de plus facile de nous mener par le bout du nez, que de gérer notre désir, que de jouer avec l’objet de notre désir, que de soumettre la satisfaction de notre désir à des conditions sur lesquelles on n’a aucune prise. Imaginez, au contraire, des sources de plaisir ou de joie sur lesquelles la société n’a aucune prise. Que pourraient-elles être.

Alors pourquoi dire « je » si ma vie n’est pas ma vie, si je ne fais que ce qu’on m’a appris à faire, si je ne vis que comme on m’a appris à vivre. Dieu ? Est-ce que je me sens libre de rigoler le cas échéant. Non, je dois reproduire à peu près le discours établi ; Telle valeur sociale ou morale en vogue ? Est-ce que je me sens libre de l’ignorer le cas échéant ? Non je dois reproduire à peu près le discours établi. Tel groupe ou telle catégorie de personnes ? Est-ce que je me sens libre de ne pas les apprécier le cas échéant ? Non etc Telle personne célèbre ? Est-ce que je me sens libre de la mépriser le cas échéant ?. Non, etc Puis-je exercer mes facultés, donner libre cours à ma sensibilité à propos de tout ce à quoi je pense et vivre en conséquence  ? .

Ce serait plus juste de dire « on » ou « nous », c’est à dire de n’être que le porte-voix d’un système. Pourquoi dire « je » si on satisfait un désir ou une volonté qui vient de la société, qui est défini par la société, qui nous est dicté par la société, qui n’a pas d’autre but que l’intérêt d’une société. ? .Contradiction douloureuse entre le désir d’être un individu singulier et l’impossibilité de l’être.

Il y a des gens que l’on traite d’asociaux. Ils le sont vraiment dans leur façon de vivre. Mais ils ne sont pas très nombreux. Asocial ? C’est une des pires accusations que l’on puisse porter quand on fait de la société, la référence, la norme, la vérité, le bien. Pourtant, il y a des asociaux qui s’ignorent, qui ne se reconnaissent pas comme asociaux, qui ne s’assument pas comme tels. Ils sont des millions. Il y a d’abord tous ceux qui, tout en se conformant à ce qu’on attend d’eux, passent leur vie à se plaindre. Ils seraient victimes d’injustice, d’incompréhension, de coups tordus, de persécutions, de discriminations, de l’adversité, de la stupidité du monde etc etc Ce sont des victimes, des héros, des martyrs. Il y a aussi ceux qui ne cessent de rêver d’un autre monde, qui ne cessent de refaire le monde, qui ne cessent de militer pour un autre monde, de vouloir convertir les autres à leur vision d’un autre monde. Se plaindre vainement ou imaginer, attendre des autres ou attendre un monde meilleur, mais sans être conséquent, sans se mettre en accord avec les raisons de sa révolte, sans décider de vivre autrement, conformément à ce qu’on pense, ce qu’on sent, ce qu’on désire. Ces gens-là ne veulent pas cesser d’être le personnage qu’on leur a demandé d’être tout en jouant avec l’idée qu’ils pourraient ne plus l’être. Ou ils veulent paraître différents dans leur soif de réussite sociale. Les asociaux qui ne s’assument pas veulent pouvoir critiquer la société tout en conservant l’amour ou les bienfaits qu’elle procure. Ah !! l’altruisme, on devrait être altruiste. Cause toujours avec ton altruisme. Avons-nous reçu comme mission, sur cette terre, de faire triompher l’altruisme, et de qui ?

La caractéristique de celui qui est devenu un autre, (excellent exemple, le personnage de Peter Keating dans le roman de Ayn RAND : « La source vive ») c’est qu’il vit en fonction des autres et de tout ce qu’ils racontent. Sur l’altruisme par exemple. Se comparer est parfois source de jalousie, est souvent pénible. On trouve souvent que ceux à qui on se compare sont mieux lotis que nous (ou alors on se réjouit de penser à quelqu’un qui a bien moins réussi) . Oui, mais selon quels critères ? La plupart du temps en fonction des critères fournis par la société, en fonction de ce qu’elle définit comme désirable. Mais qu’en serait-il sans ces critères ? La dépendance, le personnage social apparaît quand on tombe sur quelqu’un qui ne joue pas le jeu et méprise les raisons que l’on a d’être satisfait. Il faut toujours manifester l’estime que l’on a pour des fonctions sociales avantageuses. Ceux qui les exercent l’attendent fermement. Ils ne le savent sans doute pas mais ils le pressentent : qui aura des scrupules, de la gêne, de la déférence s’il n’a pas la conscience de se trouver en face de quelqu’un de supérieur à lui ?.

Le monde est ma pensée du monde. Reste à savoir quel rapport j’ai avec l’idée, la pensée que j’ai de telle personne, de telle chose, de telle activité, de tel but, de tel aspect du monde. Suis-je libre d’avoir à leur égard les sentiments que je veux, suis-je libre d’en faire ce que je veux  ? Est-ce que je me sens libre d’y être indifférent ? Est-ce que je me sens libre d’en dire ce que j’ai envie de dire ?

Quand nous croyons, pensons que nous vivons l’instant, que nous sommes dans l’ici et maintenant, nous sommes dans le passé immédiat. Notre vie peut être vue sous l’angle de notre rapport au futur proche, au futur éloigné (ah le progrès, l’idéal !) , aux souvenirs proches, aux souvenirs lointains (ah la nostalgie!) et au passé immédiat. Et si on regarde bien, on s’aperçoit que c’est ce rapport au passé immédiat qui a le plus d’effet, le plus de pouvoir sur nous. Evident, mais ça va mieux en le disant. .Attention ! le passé immédiat (ce qui est présent à la conscience avant d’être remplacé par autre chose) est en mesure de devenir un souvenir s’il ne tombe pas dans les oubliettes.S’il devient souvenir, il devient un élément avec lequel on va se penser. D’où l’enjeu. Sera-t-on soi-même ou sera-t-on dépossédé ? Tout dépendra de ce que l’on fait subir à ce passé immédiat, de ce qu’il devient. Il peut devenir faux, emprunté.

La voix comme fonction sociale :

« Elever la voix ne donne pas raison  » (Proverbe)

 » Les poètes sont la voix de ceux qui n’ont pas de voix ‘ (LAMARTINE)

 » Toute poésie est la voix donnée à la mort  » (JACCOTET)

 » La voix d’un condamné peut se faire entendre, mais ses paroles sont vaines  » (Publius Syrus)

 » La conscience est cette petite voix douce qui, parfois, résonne trop fort à notre goût  » (MURRAY)

 » Le poète émet, transmet, il est une voix qui se découvre et s’affirme  » (SEGHERS)

« Le Tam-tam ni la voix ne rythment plus les gestes des saisons  » (SENGHOR)

 » Tout a une voix, tout a une histoire, les histoires se cachent partout  » (ROSZAK)

« La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine  » (YOURCENAR)

 » La voix de la conscience et de l’honneur est bien faible quand les boyaux crient  » (DIDEROT)

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