LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

4 avril, 2018

FONCTION SOCIALE

Classé dans : Individu — inconnaissance @ 14:31

Qu’est-ce qui peut créer un lien, quelque chose de commun entre deux personnes qui ne se connaissent pas  ? Un certain type de société. C‘est l’idée de quelque chose qui englobe les deux individus. Un sens collectif qui intéresserait les deux individus. Quand on pense à quelqu’un on le situe toujours quelque part. Pareil pour plusieurs personnes. Ensuite, le lieu donne un sens à ceux qui s’y trouvent et non l’inverse. Mais de cette façon, l’individu se fond dans le global ou le collectif .

Les fonctions sociales sont des liens sociaux. A travers elles, grâce à elles, on échange, on communique. On ne sait pas ce qu’on ferait si elles n’existaient pas. Par fonctions sociales, j’entends tous les repères sociaux auxquels on fait référence d’un commun accord dans le but de dialoguer, d’échanger, de se parler.  Il ne s’agit donc pas seulement des métiers et professions divers et variés, reconnus en tant que tels et dont on attend certains services  : plombier, policier, charcutier, médecin, architecte, journaliste etc il s’agit aussi de la façon dont on se définit ou s’identifie socialement : Français, retraité, chrétien, socialiste, cinéphile, mélomane, rugbyman amateur, mère, végétarien etc il s’agit encore des valeurs morales et sociales auxquelles on est fidèles. Ainsi, un Français peut parler à un Français en tant que Français, un charcutier à un charcutier en tant que charcutier, un socialiste à un socialiste en tant que socialiste, un adepte de l’altruisme à un adepte de l’altruisme en tant qu’adepte de l’altruisme. Cela fait un sujet de conversation (voire de dissertation) , des repères communs, des raisons de se rapprocher. (Quand un vicomte, rencontre un autre vicomte, qu’est-ce qu’ils se racontent, des histoires de vicomtes)

Sans eux que ferait-on. S’ils n’existaient pas, que ferait-on ? Que se dirait-on ? Quand un socialiste rencontre un plombier ou un altruiste un policier, la plupart du temps, l’un vient sur le terrain de l’autre. Le plombier parvient à faire dire des choses sur la plomberie au socialiste ou l’altruiste parvient à faire dire des choses sur l’altruisme au policier. Un seul sujet de conversation à la fois. Un seul, mais lequel s’il en faut un ?. En donnait un sens à tous les repères sociaux, on exerce une fonction sociale, on rend vivante une société. Si c’est à une opinion politique, on fait vivre un parti, si c’est à une valeur comme l’hospitalité, on fait vivre l’idée d’une société hospitalière.

C’est ainsi que dans les conversations courantes de la vie quotidienne, on fait appel à des sujets qui appartiennent aux trois catégories ci-dessus : c’est la société, ses structures et ses aspects, les repères sociaux habituels qui donnent le cadre, la raison, de la conversation . (j’ai eu une contravention, mon enfant est bon élève etc) Bref, on parle des fonctions sociales. Car il est rare que l’on parle de son rapport personnel à la fonction ou de sa façon personnelle d’être ceci ou cela, on parle plutôt de la fonction elle-même : ses exigences, ses buts, ses caractéristiques, c’est à dire que le savoir est mis en valeur au détriment de l’aspect subjectif. (faut faire ceci, tel psychologue a dit cela etc) . On assiste même souvent une compétition à celui qui en saurait le plus. Certains repères sont en vogue. Il suffit de savoir dans quelles fonctions quelqu’un s’inscrit pour l’appréhender assez bien.

Celui qui remplit une fonction sociale de la première catégorie n’agit pas selon ses goûts, de façon personnelle. Non seulement il doit exécuter la tâche comme on lui a appris à l’exécuter, avec les connaissances qu’on lui a données, mais en plus, très souvent, on lui a appris aussi comment il devait se comporter, quelle devait être son attitude avec le public ou les autres professionnels. Point de problème existentiel quand on se fond ainsi dans ce genre de fonction sociale. On s’absorbe dans sa tâche. Celui qui remplit une fonction sociale de la deuxième catégorie doit lui aussi, se conformer à des critères établis, faire comme les autres. On n’attend pas qu’un socialiste ou un chrétien parlent et agissent comme un libéral ou un athée, qu’un végétarien fasse l’éloge de la viande.

En tant que contribuable, que conducteur, que banquier faisant son travail de banquier comme on nous l’a demandé, qu’écologiste, que philatéliste, que patient qui confie son corps, on n’en fait pas une affaire personnelle, on coopère à la fonction sociale. On fait ce qu’il faut faire. Les médias nous fournissent des exemples de fonctions sociales tirées du monde contemporain, à chacun d’emprunter le rôle correspondant s’il veut et de penser à ceux qui sont à l’autre bout. Fonction sociale :gréviste. Rôle social correspondant victime de la grève. Fonction sociale : gouvernement réformateur . Rôle social correspondant : adversaire si on est communiste, partisan si on est libéral etc Le communiste pense comme un communiste, le libéral comme un libéral, la victime de la grève pense comme les autres victimes et on échange sur ces bases. Rien de personnel là-dedans, du moins, dans un premier stade. Tous ces repères sociaux nous relient, sont des points communs.

Oui, mais en tant que tels, on n’est quelque chose qu’ensemble. Un patient, un gréviste, un végétarien, un socialiste, un plombier seul, unique, cela n’existe pas. Ce sont des catégories générales. C’est la fonction sociale qui nous permet d’exister. Ne finit-on pas par se prendre réellement pour une synthèse ou un assemblage de fonctions sociales. (je suis ça + ça + ça +ça dans les trois catégories. )

Sera-t-on content quand nous n’aurons plus que des rapports impersonnels ? En multipliant et détaillant les fonctions sociales de la deuxième et de la troisième catégorie, la société veut faire disparaître l’individu puisqu’elle va le chercher toujours plus loin dans son intimité. En collectivisant les valeurs sociales et morales, en légiférant à leur sujet et en exerçant un contrôle toujours plus poussé, tout ce qui était encore affaire d’appréciation libre et de goût dans nos jugements de valeur va tendre à disparaître. Elle veut que nous agissions tous impersonnellement dans tous les secteurs de la vie. Et l’IA va bien l’y aider. Fin de la tête bien faite, règne sans partage de la tête bien pleine. Robotisation de la communauté humaine. Les systèmes préétablis ne vous laisseront plus aucune liberté puisque même les plus petits émois, les plus petits désirs, les plus petites singularités dans le comportement seront priés d’être ce qu’on a prévu qu’ils soient. .

C’est la puissance d’une culture, d’un discours ambiant, des idées reçues, des vérités en vigueur qui utilisent les moyens modernes. Cédric VILANI m’a fait sourire quand il a dit qu’une IA était crétine parce « qu’elle n‘avait aucune notion de ce que c’est qu’un concept, aucune idée de ce dont il s’agit. » Mais lui non plus ne sait pas ce que c’est qu’un concept. Personne ne sait. Personne ne sait ce que c’est que le mal, le bien, le beau, la mort, le bleu, la hauteur, le temps, la souffrance, le cancer, la maladie, l’intelligence  etc Ce que l’on connaît, ce sont les caractéristiques de ces choses, des critères de reconnaissance de ces choses. Ce que l’on reconnaît, ce sont ces caractéristiques ou ces critères , in fine,des éléments de perception ou mesurables. Mais les caractéristiques ou les critères, L’IA peut les apprendre sans problème, les utiliser sans problème. (L’IA ne sait pas que ce cancer peut emporter le malade, le médecin si ? Erreur. Il suffit que l’IA apprenne les cancers qui vont être fatals après avoir appris les caractéristiques de la mort, elle sera comme le médecin qui, après avoir fait son travail, rentre chez lui et passe à autre chose. )

Que sait-on de ces concepts ? Rien. On ne sait pas ce que c’est que le beau sans utiliser aucune des caractéristiques habituelles. Le monde, ce sont des informations, et des croyances.

Laisser une place, faire droit au rapport personnel que l’on peut avoir avec certaines fonctions sociales, c’est possible, avec d’autres, c’est beaucoup moins accepté. Des fonctions sociales de la deuxième catégorie prétendent pouvoir donner un sens au fonctions de la première et certaines de la troisième un sens à celles des deux premières catégories. Tout ce qui est esprit a de l’ambition. Les fonctions sociales de la troisième catégorie ne sont pas du genre à laisser le choix aux individus, guère de latitude dans la façon de les comprendre et de les appliquer. Dans ces conditions, les individus n’ont le droit d’exister, d’être respectés qu’en tant qu’agents impersonnels de ces fonctions.

Il faut savoir ce qu’on est prêt à céder comme conscience individuelle. Ce qu’on n’est pas prêt à céder, nul ne peut l’intégrer dans un projet ou un schéma collectif. (Quoi mère ? Ce n’est pas la société qui va me dire ce que c’est qu’être une bonne mère. Cela relève de ma liberté individuelle. Quoi consommateur ? Ce n’est pas la société qui va me dire ce que je vais acheter. Cela relève de ma liberté individuelle) Encore faut-il avoir une vision claire de ce qu’on n’est pas prêt à céder. Encore faut-il pouvoir se situer en dehors de toute fonction sociale.Si on est prêt à céder sa liberté individuelle ou de conscience tout entière, il ne faut plus faire de procès à des gens comme EICHMANN. .Aucune fonction sociale n’est faite pour laisser la moindre liberté aux individus. On doit être parfaitement en accord avec les règles d’une profession, d’un parti, d’une religion ou d’une activité de loisir, et parfaitement en accord avec des valeurs sociales et morales qui doivent régir tout le monde parce qu’elles sont censées être celles de tout le monde. Ainsi, en tant que fonction sociale ou en tant qu’être impersonnel, on peut parfaitement dialoguer avec un autre être impersonnel du même genre. Le bien ? C’est celui qui est dicté par le système. Pas de problème. On obéit. En voilà un bon citoyen !

Tant qu’il y a de l’individu irréductible, on peut parler de servitude quand il s’agit d’être des représentants de ces fonctions. L’individu trouve son plaisir dans le contact avec des réalités plus concrètes, plus charnelles. C’est sa compensation, il se révolte quand on les lui enlève depuis un bureau de luxe. Si l’individu disparaît, la servitude n’existe plus, on n’a plus affaire qu’à des robots.

Ne pense-t-on pas à ces fonctions sociales, ne les réveille-t-on pas pour se sentir exister ? N’y-a-t-il pas un dialogue intérieur constant entre une idée de soi et ces fonctions ? Servent-elles l’individu ou une société, affermissent-elles un individu ou une société ? Une société évidemment. Elles sont politiques, bien sûr, surtout celles de la deuxième et de la troisième catégories.

Est-ce que de les avoir épousées ne conduit pas à considérer que celui qui n’adhèrent à aucune d’elles (aucune identification) est un « alien » ? Dans un premier temps, il ne compte pas. Puis il disparaît.

Mais d‘un autre côté, on peut aussi dire que celui qui n’est que le reflet biologique d’un certain nombre de repères communs ou de fonctions sociales n’existe pas. Un jour il est plombier, écologiste et féministe un peu plus tard il est chauffeur-routier, libéral et macho. De toue façon, il n’existe qu’en tant que partie d’un tout.

Exister en soi ou exister pour les autres ? Les fonctions sociales, et surtout celles de la deuxième et de la troisième catégories ont tendance à donner beaucoup d’importance au sujet, à enfler ses responsabilités , à développer son ego. Normal, le dialogue intérieur avec toute une collectivité conduit à cela. L’inverse, le sentiment qu’on n’a pas d’importance, le peu de cas que l’on fait de sa petite personne est le propre de l’individu libre.

« Je vivais à l’écart de la place publique,
Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique…
Refusant d’acquitter la rançon de la gloir’,
Sur mon brin de laurier je dormais comme un loir.
Les gens de bon conseil ont su me fair’ comprendre
Qu’à l’homme de la ru’ j’avais des compt’s à rendre « 
(BRASSENS . Trompettes de la renommée)

Ce qui est le plus profondément enfoui, enraciné exerce son pouvoir sans même qu’on s’en rende compte. On a généralement besoin d’être dans le bien, de faire le bien, d’être bien, mais cette idée du bien n’apparaît pas clairement à la conscience. C’est un sentiment familier de soi qu’on a besoin de retrouver, c’est un processus mental à bas bruit qui s’empare de nous. Ils font que l’on doit se sentir dans l’état ci-dessus. Ce processus mental s’alimente comme il peut. Ce qui est clair, en tout cas, c’est que ce sentiment ou ce processus intime existe parce que l’on se soucie de ce que les autres pensent de soi. Dans son rapport particulier et précis avec quelqu’un que l’on méprise tout à fait ou qui ne compte pas du tout, on n’est pas occupé par ce sentiment. Ce besoin plus ou moins irrésistible de se prendre pour quelqu’un de bien est le résultat ou l’effet des valeurs sociales et morales qui font partie de soi.

Cela veut dire que si on peut se libérer de ce besoin d’être quelqu’un de bien, si soi-même et ce qu’on peut bien être n’a pas d’importance, si on se moque complètement de ce que les autres pensent de soi, les valeurs n’agissent plus, n’ont plus de pouvoir. L’histoire de Billy Budd (roman d’Herman MELVILLE) illustre magnifiquement le sujet. Le petit vernis de bienséance, de politesse (c’est un marin très simple) s’évanouit quand John Claggart l’accuse d’une chose qu’il ne peut pas concevoir.  Sa réaction est donc parfaitement fidèle à l’énormité de l’affront qu’il reçoit. (d’un coup de poing il tue, involontairement, son accusateur) L’idée d’être bien selon les valeurs appropriées à la situation (présence du capitaine et du maître d’armes) n’existe pas. On a donc, d’un côté, un capitaine pourtant parfaitement conscient de l’innocence intime du marin qui le condamne à mort pour remplir, de façon impersonnelle, la fonction qui est la sienne.

Le besoin d’être quelqu’un de bien est proportionnel à l’importance que l’on donne à ses pensées. Ou leur sens nous est indifférent ou il est notre maître. Dans ce dernier cas, on est le jouet de ce besoin. .

Pour ne pas se penser, ne pas se soucier de soi, il faut savoir quand on veut être dans l’impersonnel, et quand on tient à rester personnel. Quand on est impersonnel, on ne se pense pas. Si on est personnel, on ne se pense pas non plus. On se pense quand le personnel veut être impersonnel.

Passer exactement ensemble (avec 2 navigateurs)

https://youtu.be/rKRCJhLU7rs?t=208

https://youtu.be/4Ndbwuyt_0g?t=739

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