LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

14 mai, 2018

PAROLES ET MUSIQUES

Classé dans : Musique — inconnaissance @ 13:07

J’ai toujours aimé la musique (qui n’aime pas la musique) mais le plaisir qu’elle m’apportait restait très lié aux circonstances, au hasard. Comme un instant que l’on goûte sans chercher à comprendre.

C’est en écoutant, il y a déjà longtemps, le concerto pour violon n4 de MOZART que soudain – je devais être dans de bonnes dispositions – j’ai compris quelque chose de très important.  Selon moi. C’est que la musique s’inspire de la vie des hommes. Du moins une certaine musique. Quand je dis vie des hommes, je n’évoque rien d’abstrait ou de flou. J’évoque la vie quotidienne la plus simple et courante qui soit. Presque le train-train. Il m’est apparu, en effet de façon évidente – et pour cela MOZART montre qu’il était proche du peuple avec ses thèmes populaires – que les motifs, les thèmes musicaux d’une œuvre, restituaient des séquences, des bribes de conversations que les gens tiennent depuis des siècles et plus. Ils les isolent, et improvisent à partir d’eux.

Donc ce concerto N4 . Prenez exactement la phrase musicale qui suit qui va revenir plusieurs fois ensuite  : (5 secondes) https://youtu.be/txDq6Zf7tNw?t=582

Principe. Enlevez les mots, enlevez la grammaire, enlevez le sens de la conversation dont elle émane, ne gardez que les sons, le rythme et le mouvement de la conversation. N’est-ce pas quelque chose d’extrêmement familier ? En approfondissant un peu, est-ce que cette séquence musicale ne réveille pas des souvenirs diffus, profonds, insaisissables, familiers,?

C’est frustrant de ne pas comprendre, frustrant de ne pas pouvoir saisir la chose, de ne pas pouvoir en faire un système. Mais c’est cela la musique. C’est avant les mots, avant le sens, avant la grammaire, avant le logos. Mais on s’y retrouve. On se reconnaît.

Avant les mots ? Pas de contradictions. Pas d’objectivation.

Avant le sens. ? Pas de risque d’être capturé, défini, engagé jugé.

Avant la grammaire ? Liberté presque totale en matière de rythme et de mouvement.

Avant le logos ? Retour aux fondamentaux de l’existence humaine.

(je vous signale que si vous pouviez écouter tous les bruits de votre organisme avec les appareils adéquats, ce serait une tonitruante fanfare désaccordée. Vous faites un boucan pas possible. Et on est complètement environné de sons de toutes sortes)

Débarrassé de tout cela, il est possible de se concentrer sur l’expressivité, sur la richesse de toute l’histoire sentimentale et émotive humaine. Il est possible de la renouveler en créant des rythmes nouveaux. Le rythme est du côté de l’action, le son du côté de ce qui, potentiellement en soi, pourrait être exprimé. Que du rythme, c’est la danse voire les transes ou gesticulations diverses et variées . Que le son (impressionnisme) c’est la méditation.

Inutile de siffler quelqu’un dont le discours vous insupporte (un curé, un politique ou je ne sais quoi) parce qu’il est pompeux, ampoulé, solennel, ronflant et creux, inutile de lui jeter des œufs, des tomates ou une chaussure, il suffit pour le démonter complètement de passer ceci, assez fort, pour que tout le monde entende, c’est radical : https://www.youtube.com/watch?v=CNQhR6PiNx4 ou alors, au paroxysme de la persuasion, quand il a fasciné tout le monde et qu’il fait attendre ses paroles suivantes, vous envoyez à fond : https://www.youtube.com/watch?v=AVejU0aTQCs

et pourtant, ce n’est pas injurieux, c’est tout ce qu’il y a de plus respectable ; Mais cela s’appelle de la cacophonie : l’orateur avait installé une certaine mélodie, et vous cassez ses effets en lui envoyant une autre mélodie sans rapport. 

Ainsi, la musique fourmille de ce genre de séquences sons-rythmes qui renouent avec tout le vécu des hommes en relation les uns avec les autres ; comme ces quelques notes : https://youtu.be/j-a1Yl9eY60?t=66

Si ce sont des choses que l’on a vécues – dans cette vie ou dans une vie antérieure – elle exprime ce que l’on est, elle est une amie intime. Il y a tout : violence, douceur, hésitation, attente, joie, peine, enthousiasme, désespoir., insistance, énervement, timidité, tendresse ..tout. Comme ce sentiment « dors en paix, je ne te quitterai jamais  » :

https://youtu.be/F734PyD3NAw?t=469

Ou bien la colère apprivoisée :  https://youtu.be/aM1cE8Ddo-4?t=1210

Cela prend la forme originelle. C’est dans les motifs. Ta ti ta ta ti ta. Quelque chose est restitué. Et des motifs, il y en a des millions. C’est la plus grande des bibliothèques, mais ce ne sont pas des textes qui sont conservés là. La musique se sert de tout ce que les hommes ont émis comme sons depuis le fond des âges.

En tout cas, je pense qu’il faut abandonner l’idée d’écouter de la musique dans l’espoir d’en faire une pensée ou de répondre à une pensée. C’est raté d’avance. 

La musique est-elle un moyen ou un but, un objet sacré ou un produit de consommation courante ? Les deux ? En quelles proportions ? Si la musique nous fait du bien, nous est consubstantielle, ce serait un drame de considérer qu’elle n’est qu’un objet sacré dont il ne faut pas s’approcher, dont il ne faut pas parler, qu’il ne faut pas toucher, car seuls les prêtres accrédités ont le droit de le faire. D’un autre côté, la musique est une chose trop importante, trop exigeante pour que les gens en fassent n’importe quoi.

Ce que je vais dire maintenant n’est valable que pour le piano et les pianistes.

Les pianistes expérimentés, les « grands » pianistes possèdent (toute) la technique et le savoir faire pour mettre en valeur (tous) les aspects, (toute) la richesse d’une œuvre. De plus, ils ont, en principe, une connaissance, une compréhension de la musique telles qu’ils peuvent être fidèles à l’esprit d’un compositeur et d’une œuvre. Enfin, ils savent quels effets produire, quels effets ils faut obtenir.

Les enfants (doués) qui apprennent le piano commencent par attraper le rythme, la cadence. D’où leur jeu haché et mécanique. Ensuite, à force de travail, ils acquièrent la dextérité, l’agilité des doigts nécessaires. C’est le privilège de l’enfance d’apprendre très vite. Leur corps est malléable. Dès l’adolescence, et parfois avant, ils ont acquis la virtuosité nécessaire pour jouer à peu près n’importe quel morceau. De ce point de vue, ils n’ont rien à envier aux pianistes expérimentés. Mais il leur manque l’essentiel. Le sens musical, la connaissance des œuvres, de la richesse des œuvres, l’esprit des œuvres. Ce sont encore des enfants avec une âme d’enfant, une intelligence d’enfant, des connaissances d’enfant. C’est là que les enfants prodiges (mais vraiment , pas pour la télé) se révèlent en acquérant vite ce sens musical et cette compréhension des œuvres. (à l’écoute, on s’en rend vite compte….quand on il y a communication immédiate et profonde)

Ils ne sont pas au bout de leurs peines pourtant, ils ont encore à étoffer leur expérience, mais certains, compensent cette infériorité par rapport aux interprétations des adultes par leur nature et leurs qualités propres. Des compositeurs comme CHOPIN, MOZART, HAYDN, MENDELSSOHN, SCRIABINE demandent de la nuance, de la douceur, de la tendresse, de la délicatesse, de la fluidité, de la fragilité.

C’est ainsi, une certaine raideur, une certaine lourdeur, envahissent les mains et les doigts des pianistes adultes. Juste le début : 

https://www.youtube.com/watch?v=2Nv9flAeddU

Ils compensent cela par les compétences relevées plus haut. Malgré tout, on sent bien que leur jeu est le produit d’un art (au sens d’habileté) . Il n’est plus naturel. Il y a toujours séparation entre eux et le piano, eux et la musique.

Un enfant – et particulièrement une jeune fille – de 12 ans n’a pas ce problème. Il est la tendresse, la douceur, la délicatesse. C’est sa nature. Pas besoin de faire d’effort. Son corps possède ces caractéristiques. Il arrive qu’il n’y ait plus de séparation entre lui et le piano ou la musique. On dirait que cette dernière émane de lui (ou d’elle) Il est ce qu’il joue. C’est rare et extraordinaire de voir comment un enfant peut métamorphoser, sous nos yeux, un gros objet de bois et de métal rien qu’en le touchant. .Donc si son interprétation n’est pas aussi riche, musicalement, que celle d’un adulte, en revanche, elle touche plus les sens parce qu’elle met mieux en valeur la sensibilité qu’il y avait dans le morceau. (je parle de celle de certains enfants très talentueux) Et comme un mélomane ne détecte pas, comme un musicien, toutes les imperfections, toutes les limites d’une interprétation, mais que son plaisir d’écoute est le plus important, parfois, il gagne au change . Car si musicalement, c’est quelque peu inférieur -d’ailleurs pas toujours – il y a plus de vie, plus de vérité, plus de sensualité. C’est une question de toucher. Dans ce cas, la musique est plus un moyen qu’un but.

Le simple mélomane est méprisable n’est-ce pas, puisqu’il n’a pas la vénération, le culte qu’il doit avoir pour certains compositeurs et certains interprètes. Il n’a pas les mots pour louer la qualité d’une interprétation. Il n’a pas l’éducation qu’il faut pour respecter l’échelle de valeurs établie. il n’a pas les connaissances qu’il faut pour disserter savamment sur les compositeurs et leurs interprètes. C’est dommage que l’on ne puisse pas se passer des mélomanes et se retrouver entre gens de bonne compagnie. Enfin protégeons soigneusement cet art de ces barbares et gardons pour nous les clés du temple et continuons à faire la loi. .

(ce serait si facile, aujourd’hui, de démocratiser la musique classique si on voulait malgré la difficulté qui consiste à s’adresser à l’intimité de chacun– hors école et hors télévision . D’où parlent-ils ? )

Heureuse Alexandra DOVGAN, elle joue du piano comme elle respire, et c’est la respiration d’une enfant détendue 

https://youtu.be/CIepg9rmK10?list=PLZKXelXrbMWmJtbw8C-Aji2QEejRRROdy&t=1768

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Shio (14 ans le 15 mai 2018) : Prélude en G Major de RACHMANINOV

https://youtu.be/MkqeLtwhpx8?t=3332

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