LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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11 juillet, 2018

UN MYSTERE

Classé dans : Absurde — inconnaissance @ 7:20

Une question demeure sans réponse. Une vaste question qui se décline de différentes façons. Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi existons-nous ? .Pourquoi le monde est-il ce qu’il est ou comme il est ?

Le fait est qu’il est difficile d’en rester, définitivement, avec ce non-savoir, cette inconnaissance, cette insolubilité du mystère. Comment se lever le matin et accepter d’ignorer le sens de sa propre existence et de l’existence du monde. Et pourtant, on l’ignore. Plus insupportable encore : comment pourrait-on accepter que tout cela existe sans raison, que tout cela n’ait absolument aucun sens ? Être, ne pas être, peu importe. Faire ceci ou faire cela, peu importe. Une autre façon de considérer le problème : quelles que soient les lois qui gouvernent l‘univers, quelle que soit la façon dont évolue le monde, les hommes ne connaîtront jamais les raisons de ces lois et de cette évolution. ( quelle raison pour que ce soit ces lois et pas d’autres?) Et comme ils sont emportés par elles, leur destin leur demeure un mystère.

Pour l’esprit penseur producteur de sens, pour l’esprit et son amour-propre, pour l’esprit imaginatif, l’absence de sens est une horreur qu’il refuse catégoriquement. C’est déjà une forme de néant, le néant des valeurs. Pas de sens, pas de valeurs. Ce n’est pas le corps qui refuse la mort, c’est l’esprit.

«  Fuyant les yeux fermés, je le sens qui regarde avec l’intensité d’un remords atterrant mon âme vide. Où fuir ? » (MALLARME)

Les Occidentaux sont, sur ce point, allergiques au taoïsme : «  Le ciel et la terre n’ont point d’affection particulière. Ils regardent toutes les créatures comme le chien de paille du sacrifice. Le saint homme n’a point d’affection particulière : il regarde tout le peuple comme le chien de paille du sacrifice « Car à quoi bon sauver le monde entier si cela n’a aucune importance, aucune valeur, aucun sens ? A quoi bon sauver des gens si tout cela n’a aucun sens et s’ils doivent être malheureux toute leur vie ?

Face à cette ignorance ou à ce mystère, plusieurs réactions possibles. Le nihiliste acte que tout est absurde, dépourvu de sens et se comporte en conséquence. Rien ne vaut puisqu’il y a pas d’échelle de valeurs. D’autres actent l’impossibilité où ils sont de résoudre le mystère et décident de donner à leur vie le sens personnel qui leur convient, qui la rend la plus satisfaisante possible à leurs yeux, comme un auteur inventerait une histoire et vivrait dedans. D’autres se révoltent, de différentes façons, du très mauvais tour qu’on leur a joué, non seulement de l’absurdité de leur existence mais aussi de ses aspects funestes, tragiques. D’autres donnent un sens à ce qui peut en avoir : à l’instant, présent. Et la seule chose qui donne un sens à l’instant présent sans avoir recours à une conception globale de l’existence, c’est à dire à la pensée, est le plaisir ou le bonheur. Le plaisir de vivre se justifie de lui-même.  Mais la réaction la plus fréquente consiste à inventer un sens à tout cela, à sa propre vie, et à s’y accrocher coûte que coûte. Comme il est très difficile de l’inventer tout seul, on se tourne vers des gens qui nous en fournissent un. C’est la foi. La foi est un moyen facile de fuir l’absurde. Avoir la foi, c’est croire avec ferveur au sens proposé par quelqu’un. Et comme ce besoin ou ce désir d’échapper à l’absurde ou à l’ignorance est très puissant, la foi aussi est difficilement déracinable. Aux critiques des incroyants, des sceptiques, le croyant répond . 1 ce message donne un sens à ma vie. 2 Il faut donner un sens à sa vie. (c’est plus satisfaisant pour l’esprit, c’est sûr) Dans l’ordre que l’on veut.

Mais d’ailleurs, ne sommes-nous pas un peu tour à tour tout cela : par moments hédonistes, par moments révoltés, par moment crédules, par moments désabusés et créateurs, par moments même nihilistes. C’est qu’il y a de quoi se mettre en colère quand on rapproche l’ignorance où l’on est du sens du monde et les malheurs qui ne manquent pas de nous frapper et de frapper nos proches sans que l’on ait jamais su vraiment ce qu’il aurait fallu faire pour les éviter et le sens qu’il faut donner à ces épreuves ou ces injustices. La résignation n’est pas un sentiment que l’on épouse avec joie et enthousiasme. Résignés car impuissants, impuissants car ignorants.

La foi n’est pas l’apanage des religions. Il n’y a pas que la foi dans le message de Dieu (credo in unum verum etc) sinon les églises, mosquées, synagogues etc refuseraient du monde. On peut avoir foi dans des messages, des enseignements qui, s’ils ne sont pas l’alpha et l’oméga de l’existence du monde (toute la Vérité dans un Livre) , se présentent comme le meilleur sens que l’on puisse donner à sa vie. Comment, comment, comment comment vivre ? Oui comment ? Mais pour répondre à la question du comment, il faut s’appuyer sur une certaine vision de la vie humaine, une conception générale. Et on se tourne vers ceux qui prétendent savoir. Pour notre malheur, on a toujours, depuis que nous sommes sur terre au moins, eu affaire à des gens qui prétendaient savoir, et qui nous inculquaient ce pseudo-savoir sans vergogne. (quel plaisir de passer pour un maître quelques instants) Couillons que nous sommes de croire que ce mystère a été élucidé par eux ou qu’ils lui ont trouvé une réponse satisfaisante.

Soif d’exister, soif d’être, soif d’échapper à l’absurdité. . On peut avoir le sentiments d’exister à travers le personnage social en s’identifiant à tout ce qui semble avoir un caractère objectif. comme une soi-disant vérité objective issue d’un jugement de valeur ou un de ces concepts auxquels la culture rend un culte ou bien un supposé bien commun qui serait l’objectif à atteindre. Hélas, ce n’est pas la plénitude de l’être et ce sentiment connaît des hauts et des bas.

La vision du monde que l’on contracte faute de mieux et sous pression, c‘est l’arrière-plan de pensée. On a tendance, n’est-ce pas, à remplir l’espace qui existe entre des événements, des choses, des personnes qui ont quelque proximité. Quand on voit deux objets dans un lieu quelconque , on n’imagine pas qu’ils n’aient strictement aucun rapport entre eux. Quand deux événements nous sont rapportés, on les inclut facilement dans un cadre plus large qui les relie. Quand on aperçoit deux personnes séparément en ville, on est prêt à croire qu’il y a un rapport entre elles, qu’elles ont des points communs, des raisons communes de se trouver là.. Quand on voit deux personnes dans un bar, on imagine aussitôt qu’elles se connaissent bien. On remplit l’espace avec du sens. Mais rien n’est moins sûr, rien n’est moins prouvé que ce sens. C’est l’esprit qui fonctionne de cette manière, qui projette ses connaissances, ses schémas, sur le monde. Ces connaissances, ces schémas, viennent du sens que l’on a appris à donner au lieu en question, au contexte social en question, aux comportements des gens etc. C’est le même principe de fonctionnement de l’esprit : si on est sur terre, il doit y avoir une raison, si deux personnes ou deux objets sont là, il doit y avoir une raison. (certaines personnes font même profession de suggérer habilement le sens que nous devons tirer de tel lieu, tel décor etc)

On a d’autant plus besoin de remplir l’espace qu’on a pris de l’importance dans ce monde, qu’on intervient à un niveau plus ou moins vaste dans ce monde. A l’opposé, on a des gens conscients de leur petitesse et dénués d’ambition, comme ceux qu’évoque BORODINE ici : https://www.youtube.com/watch?v=Dq4bOmxKVQQ  Sûr que ces gens-là n’ont pas les problèmes existentiels ou moraux qui viennent en écoutant ou regardant la radio ou la télévision. Vous savez, le matraquage, le pilonnage, le mitraillage de certaines informations pour que l’on puisse nous dire que nous ne pouvions pas ne pas savoir. (gros malins, va  ! Pauvres types ! ) Informations ? Dites-moi ce qu’il se passe, ne me dites pas ce que je dois en penser. Il faudrait les empailler les journalistes.

Toujours un sens que l’on imagine et que l’on ne vérifie pas. Toujours un sens auquel on se met à croire. L’esprit a horreur du vide. Et il a horreur du hasard. Ce serait pourtant bien plus reposant, souvent, de ne pas inventer des sens aussi hasardeux et de laisser chaque chose et chaque personne à sa place sans les relier les unes aux autres, comme dans les inventaires à la PREVERT. .On serait plus libre vis à vis de chacune de ces personnes et de ces choses. On serait plus libre parce qu’on ne serait pas sous la coupe du sens qui a été inventé, imaginé, mis en scène par nos prédécesseurs.

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Une pensée, déjà là, remplit les espaces. En musique, c’est plutôt la trace mnésique laissée par les notes précédentes qui remplit les espaces :

https://youtu.be/g1-HbX5zBmA?t=317

Mais les faits sont têtus. On a eu beau adhérer sincèrement à une conception de la vie, on a beau la mettre en pratique, on a beau s’y accrocher tant qu’on peut, on ne parvient pas à se débarrasser définitivement du mystère ou de la conscience de cette absurdité, sans compter que cette conception ne donne pas les résultats espérés.  Alors il y a des crises de foi de toutes sortes.

C’est incroyable, fantastique tout ce que les hommes font pour donner un sens à eux-mêmes, à ce qu’ils font, au monde qui les entoure. Un sens a une portée générale, un sens permet de se blottir dedans en même temps que l’on s’élève au-dessus de ceux qui n’ont pas trouvé ce sens, un sens permet de penser ce qu’on fait. Par exemple, STRAVINSKY écrivait que : « Je considère la musique par essence impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc. L’expression n’a jamais été la propriété immanente de la musique. » il donnait un sens à la musique, à la vie des compositeurs. Rien que ça ! Je doute qu’il aurait osé écrire : « ma musique, à moi, par essence est impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc. L’expression n’a jamais été la propriété immanente de ma musique.  

Sur France Culte, on a aussi un défilé de phrases soi-disant inspirées, prononcées par des écrivains ou artistes en tous genres à propos de leur art. Ils généralisent, façon poseurs -ça fait bien - mais ils seraient le plus souvent gênés s’ils ne devaient appliquer leurs sentences qu’à eux-mêmes et à leur pratique. Et ce n’est pas de cette façon que l’on nous invite à les comprendre. (France-Culture, mon dieu ! Les Bobof.  90% de leurs sujets – genre le point g des femmes – laissent indifférents ceux qui ne sont pas parisiens) Non, il faut produire du sens, du savoir, en toute occasion, en généralisant .Il faut remplir les espaces.

N’avons-nous pas à nous défendre contre des gens qui refusent que nous soyons conscients de ce mystère, qui refusent que nous ayons intégré le fait que la vie pourrait être dépourvue de toute raison et de toute signification, qui prétendent sérieusement avoir trouvé le sens de la vie, qui refusent que nous n’adoptions pas ce sens, qui nous pressent de nous engager  ?

Tour de passe-passe. Le refus obstiné de la prise en considération de ce mystère et de cette ignorance (mais même ce mystère et cette ignorance sont absurdes)  a souvent de tristes conséquences. Il conduit à préférer le bien à la vérité. On préfère telle solution, telle réponse à une question ordinaire parce qu’elle est plus satisfaisante pour l’esprit, parce qu’elle correspond à notre idée du bien, en repoussant une réponse plus vraie mais qui serait gênante ou perturbante. Conservation ,statu quo, préservation, continuité.

Par exemple on accepte l’idée qu’un sujet doté de libre-arbitre existe sinon les conséquences seraient énormes et terribles pour les hommes et la société . On préfère parier sur un monde qui aurait, in fine, un sens, parce que le contraire serait terrible. On s’obstine à croire que Dieu est amour alors que si le créateur (omniscient et omnipotent parait-il) est à l’image de sa création, il ne peut en être ainsi. Bien au contraire. La création est digne du créateur. Il voudrait que nous remettions notre vie entre ses mains, mais Il a les mains sales. On n’ose pas penser qu’il n’y a que deux solutions pour un mystère par définition insoluble. 1 Il en sera toujours ainsi. Jamais de réponse. Si une réponse est donnée, c’est après notre mort. Mais à quoi ça sert ? 2 Il n’y a pas de mystère car il n’y a rien à comprendre, pas même ce besoin de comprendre. Aucune raison, aucun sens à ce qui existe. . De quoi avoir pitié des hommes, d’autant qu’à ces données fondamentales, il faut ajouter qu’ils subiront la loi de la société – quelle qu’elle soit – où ils vivront et qu’ils tomberont dans les pièges du langage. ..

Et si (comme dit l’autre) l’esprit réalisait soudain son impuissance à résoudre ce mystère ! ..

Absurde, absurde. Ce mystère est absurde, notre ignorance et notre impuissance sont absurdes, ils rendent la vie absurde. Absurde.. répétez en écoutant :

 https://youtu.be/ScqeArnDoaE?t=691

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