LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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8 novembre, 2018

DU BRUIT AVEC LA BOUCHE

Classé dans : Vie — inconnaissance @ 9:13

Il faut remercier tous ceux qui nous parlent dans le poste – et notamment les politiques – de produire des sons, un flux plus ou moins organisé et rythmé de sons plus ou moins agréables. C’est toujours une expérience. Ce n’est jamais indifférent que quelqu’un nous envoie une sorte de musique – car il y a de la musique dans les paroles, même s’il n’y a pas de partition. Il arrive qu’elle nous charme. (et c’est même là le grand avantage de la parole sur l’écrit, dans la lecture, les sens sont beaucoup moins sollicités) Mais on pourrait être conscient que c’est une expérience purement individuelle, comme tout ce qui vient de nos sens. Il ne viendrait à l’idée de personne de vouloir faire d’une expérience sensible ou sensuelle une expérience collective. Le moment précis où l’on expérimente avec nos sens quelque chose est tout à fait personnel sans que cela pose le moindre problème qu’il en soit ainsi.

(et quelles paroles, aussi vieilles que le monde, ou quels sentiments mettriez-vous sur ce thème (joué d’abord par le violoncelle, puis, un moment plus tard, repris par le piano d’Alexandre et après par l’orchestre ) : https://youtu.be/Fg1_tL4xNhA?t=1582

Mais les remerciements s’arrêtent là. Les mêmes gens et beaucoup d’autres qui sont ou se croient investis d’une sorte de mission (n’importe laquelle) ne font qu’une chose quand ils nous parlent (ou se parlent entre eux tandis que l’on écoute) ils font référence à la société ou à une collectivité, ils parlent en faveur ou au nom de ce qui est censé être collectif, commun. Nous faisons plus ou moins la même chose, très souvent, mais sans trop le vouloir, sans trop le savoir, tandis que la caractéristique de ces gens-là est de servir délibérément la cause de la société ou de la collectivité et donc de l’invoquer systématiquement. Ce serait absolument formidable – selon moi – si on pouvait prendre clairement conscience du processus à l’oeuvre.

Juste un petit exemple pour illustrer cela. Quand le titre d’une émission de France Culte est : «  Les aides sociales coûtent-elles un pognon de dingue ? » il doit aller de soi que l’expression « aides sociales » caractérise une société donnée et fait référence à une idée collectivement partagée dans cette société. L’expression pognon de dingue fait référence au genre de commentaires qu’elle est censée susciter chez les gens.

Nous pensons à quoi ? Pas spécialement à ce que nous savons, nous, des aides sociales ou du pognon de dingue, pas spécialement à ce que nous pensons des aides sociales et du pognon de dingue, mais à ce qui est censé être pensé collectivement. On fait référence à l’opinion générale.  Aides sociales » et « pognon de dingue » nous relient les uns aux autres parce que c’est censé susciter ce genre d’opinion, d’avis commun .

Il y a là un problème de société, une cause sociale. Et il n’est question que de ce qu’on peut faire pour arranger les affaires de la société. C’est elle l’enjeu. (il n’est pas question par exemple de ne pas lui venir en aide ou de savoir comment lui nuire) Allez, c’est dit, on a épousé sa cause. Il n’est question que de sa cause. Et on s’adresse et on pense à tout le monde. 

On peut facilement relever quatre conséquences de notre forte tendance à invoquer ce qui est collectif ou sociétal dans le but de nous mettre au service du collectif ou du sociétal tout en s’oubliant ;

D’une part, on ressuscite l’idée d’une communion, on redonne vie à ce qui serait émotivement ou sentimentalement partagé, on accrédite l’idée qu’une union est possible, qu’un collectif soudé pourrait exister. C’est si bon, si prometteur. Vous sentez comme vous vous attendrissez et comme vous vous dilatez ?

D’autre part, on peut alors être tenté dans nos relations de souvent faire référence à ce qui pourrait être commun : ce qu’on a tous fait, ce qu’on a tous pensé, ce qu’on a tous éprouvé, ce qu’on a tous décidé, ce qu’on a tous subi, ce qu’on veut tous etc etc comme si l’idée qu’on était des individus différents et séparés nous étaient insupportables. Comme s’il fallait absolument trouver des ressemblances, des similitudes.

Ensuite, cela nous conduit à ne prendre en compte que ce que les autres sont censés penser, faire, à être dépendants de ce que les autres sont censés penser ou faire, et à chercher à coller parfaitement à cela, à rechercher à leur plaire.

Enfin, on est content ou mécontent, heureux ou malheureux non pas en fonction de ce que l’on ressent vraiment, de l’état de notre conscience, (on s’est oublié) mais en fonction du jugement que les autres sont censés porter sur ce qui nous arrive. C’est juste mental.

Qu’est-ce qui nous fait accepter que des mots qui traînent partout, dans toutes les bouches, dans tous les milieux, en toutes circonstances soient appliqués à ce que l’on vit ? Uniquement notre allégeance ou notre respect superflu pour ce qui rassemble, ce qui fait communauté. Uniquement notre souci de faire lien. Uniquement la pensée du collectif. C’est par pur sentimentalisme, par pure faiblesse, par pure gentillesse mal placée que nous voulons accorder de la valeur à ce commerce douteux.

Tout à fait différente serait l’attitude qui consisterait à être au clair avec ce que l’on sait ou ce que l’on pense d’une chose et à comparer cela avec ce que l’on nous propose.

Donc en faisant référence à ce à quoi tout le monde fait souvent référence, et en parlant pour ces repères sociaux, les gens qui parlent dans le poste, et beaucoup d’autres, ne font rien d’autre que d’essayer de susciter cette croyance dans une communion possible et d’encourager cette tendance falote à vouloir trouver du commun partout et à vouloir être comme tout le monde.

La caractéristique de ce qui est censé faire lien, souder les gens est que cela semble si évident, que l’accord général est assuré et que le contraire est exclu. Autant tomber d’accord avec le fait d’être bien-portant plutôt que malade, heureux plutôt que malheureux, savant plutôt qu’ignorant. Tu parles d’une trouvaille !. Ainsi, tant que l’on reste au niveau de généralités vagues toutes synonymes de ce que l’on vient de citer (genre progrès, éducation, paix, justice, égalité etc) , on ne dit rien du tout.

C’est de l’abêtissement et de l’infantilisation. C’est niveau : maternelle.

peren

Et dire que des millions de gens en sont encore à baver après des mots pareils….. bon passons. C’est vrai que plus c’est vague, plus c’est évident, et moins on risque de prêter à la contestation ou à la critique.

Carrément à l’opposé de cette propension ridicule, il y a l’attitude qui consiste soit à ignorer ce que les autres pensent, disent ou font, sans que cela gêne, soit à avoir une idée de ce que les autres pensent, disent ou font mais de n’en avoir cure. Fin de la quête de communion et de la dépendance aux autres.

De toute façon, cet espoir d’union et de conformité est vain, complètement vain. Sentiments de tristesse ou amertume assurés.

En effet, pour que cela réussisse, il faudrait que deux conditions impossibles soient satisfaites.

1 prouver que nos différences n’existent pas, qu’elles sont comme des anomalies qui doivent peu à peu disparaître.(l’égalité est une notion perverse car elle tend à signifier ; similitude) Haro sur l’individualisme, chasse permanente à tout ce qui sort de la norme, mise en coupe de la société ; création intensive de sortes de signes de ralliement par les médias. .Sur le chemin de la néantisation de l’individuel, la mise en valeur de toutes les catégories de groupe, leur publicité, leur reconnaissance sont importantes .C’est une étape intermédiaire vers sa dissolution. Il sera toujours plus facile de contrôler, d’assimiler des groupes que des individus.(quel succès, voir les USA)

2 prouver que la réalité ou la vérité est fixe, figée, immobile. (le monde passe, les mots restent)

Quand ces deux conditions ne sont pas réunies , c’est l’échec et les éléments qui servaient de repères collectifs sont vus pour ce qu’ils sont : des chimères.

De la même manière que l’expérience sensible est individuelle, elle est mouvante, impermanente. Partout où il y a des hommes, partout où: il y a de la vie, partout où les hommes agissent sur le monde, il y a du singulier et de l’impermanence.

Ce que l’on vit, le flux de vie organique, la nature de la conscience, les manifestations de la vie psychique ou émotionnelle, c’est du singulier et de l’impermanence. On ne peut pas faire que ce soit uniforme et fixe. Et pourtant la pensée ne connaît que cela : le général et le fixe. En dehors de l’expérience sensible, de ce que l’on peut percevoir du monde , en dehors des stimuli et des réponses de l’être, on n’a comme seule et unique source de connaissance que la mémoire – des dépôts -  ce qu’on nous a appris dans le passé.

On colle sur une réalité changeante, insaisissable, multiple des éléments fixes que l’on a en mémoire. Comment pourriez-vous dire que tel geste, tel air, telle apparence, tel événement peuvent être appelés ceci ou cela et surtout qualifiés de ceci ou cela, si ceci ou cela n’était pas déjà là, en arrière-plan, prêt à se projeter à la moindre occasion ? Si vous aviez autre chose en mémoire, vous emploieriez d’autres mots. (chez les athées, il n’y a pas de pécheurs ou de péchés) Les qualificatifs, les jugements sont le royaume de la mémoire en action. En effet, comme ils donnent lieu à des choses abstraites, incorporelles -les qualificatifs ou qualités et défauts- aucune expérience sensible ne vient contrecarrer leur action. Les qualificatifs, c’est le triomphe du fixe et du général. Mais quel rapport entre sa propre vie singulière et les entités abstraites, éternelles auxquelles tout le monde fait référence en pensant que c’est la référence de tout le monde et que si c’est la référence de tout le monde il faut être comme tout le monde ? Alors faire ses choux gras de ce genre de fariboles, grands dieux !

Au fait, pouvez-vous recréer tout ce que vous avez ressenti, vécu en écoutant le passage de TCHAIKOVSKY que j’ai mentionné au début , là sur le champ ?  Non ? C’est bizarre. Bon, alors vous pouvez réécouter, mais je doute énormément que ‘il se passe exactement la même chose en vous.

 

 

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