LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

25 février, 2019

LA CITADELLE ASSIEGEE

Classé dans : Responsabilite — inconnaissance @ 9:09

C’est toujours le même principe à l’oeuvre. Qu’il s’agisse de christianisme (d’autrefois du moins) , d’islam, de communisme, de nazisme, une idéologie prétend contraindre les hommes à penser et à se comporter comme elle l’entend. Quand un pouvoir en place, disposant de l’armée et de la police, s’identifie à cette idéologie, on a vu ce que cela donnait, on voit ce que cela donne. Cela peut durer quelques années comme cela peut durer des siècles.

Mais ce n’est rien d’autre que la forme extrême et politique d’un phénomène ordinaire, quotidien, qui concerne chacun de nous . Chacun de nous est une citadelle assiégée, voire investie.

Nous pourrions être imperméable à la culture. Elle coulerait sur nous comme l’eau sur le dos d’un canard. Elle ne serait qu’un prolongement momentané, qu’une extension dont nous jouerions en disant je.. Nous ne serions pas la culture, nous ne serions pas ces noms communs, commodes.

Y-a-t-il une nécessité quelconque pour que la conscience présente reçoive l’aval de la culture pour exister ? Y-a-t-il une nécessité quelconque que cette conscience ait besoin du secours des mots pour être ce qu’elle est ? Y-t-il une raison quelconque de demander à la culture ce que vaut cette conscience ?

Quel rapport existe-t-il entre une chose et le nom qu’on lui donne ? Quel rapport existe-t-il entre une chose abstraite et le nom qu’on lui donne ? Quel rapport existe-t-il entre l’image que l’on se fait de l’esprit et l’esprit lui-même , entre l’idée que l’on a de la conscience et la conscience elle-même. ? ? .

Pour éprouver du plaisir, avons-nous besoin d’un système de pensée ou d’une idéologie quelconque ?

Quand on a mal, est-ce que c’est le langage qui va essayer de suggérer comment est cette douleur ou est-ce que c’est notre sensation qui va tenter de s’adapter aux mots du langage ? Ceux qui penchent pour la seconde solution sont ceux qui pensent que les animaux ne souffrent pas -ils n’auraient pas la connaissance – et qu’on peut les traiter comme on veut, et qui pensaient que les bébés ne souffrent pas. Et puis les handicapés mentaux ne doivent pas souffrir comme nous.

Exister est un fait acquis, un vécu ou une expérience de chaque instant, une évidence immédiate, une certitude dont on jouit, ce n’est pas quelque chose que l’on doit obtenir, cela ne dépend d’aucune condition culturelle, c’est amoral. La nature est amorale disait Théodore MONOD. On peut donc compter dessus sans avoir à lui donner un sens , sans vouloir en faire un objet de savoir conceptuel. Dans la conscience immédiate de soi, on n’a pas besoin et on trouve déplacé que l’on nous dise qui on est, comment on est.

Mais non, ce n’est pas l’idée des gens précédents. Vous pouvez si vous voulez. Savoir, c’est pouvoir. Vous pouvez ne pas souffrir, ne pas avoir peur, ne pas être ému, vous pouvez être communiste, nazi, chrétien, il suffit que vous le vouliez ; Et si vous ne l »êtes pas , c’est entièrement de votre faute. Si vous n’êtes pas bon en mathématiques, en français, c’est juste de la mauvaise volonté. Si vous l’aviez voulu, vous auriez pu devenir EINSTEIN, HUGO, SHAKESPEARE, MOZART, ou un grand saint Plus d’éducation, et c’est bon. D’ailleurs on peut créer des centres de rééducation. Au secours ! Sauve-qui-peut !

L’impression que l’on a, c’est que pour exister, il faut être quelque chose que la société a validé, consacré. Exister, cela se conquiert, cela répond à certaines raisons, conditions. Ce n’est pas dans l’ordre des choses de considérer que l’existence d’un individu ne dépend de rien et pourrait être un sujet d’intérêt. On ne la conçoit pas comme cela. On s’y intéresse en tant que résultat. C’est vrai pour soi-même aussi. .Le système capitalisto-libéral fonctionne sur cette base : l’idée de certaines conditions indispensables à réaliser, de certains biens à acquérir, pour pouvoir exister. Chacun d’eux se présente comme une solution, la solution à notre besoin d’exister. C’est un travail de persuasion permanent. L’information simple, l’enseignement impartial, disparaissent. Tout est très tendancieux. Il y a toujours une intention, un objectif idéologique qui ne s’avoue surtout pas, sinon la persuasion échouerait. .Cependant, si cette persuasion devenait inefficace et si les gens reprenaient leur liberté de penser, on peut craindre que l’on recourrait à des méthodes plus coercitives.

L’ennui, c’est que l’être selon la culture n’existe pas . L’être selon le christianisme, l’islam, le communisme, le nazisme n’a jamais existé. Cet être qu’une culture décrit ne sera jamais qu’une représentation mentale pour chacun d’entre nous. Ce que désigne un mot abstrait est forcément abstrait. Notre représentation d’une abstraction est forcément de l’imaginaire. Son impression de réalité repose seulement sur le fait que lorsque nous disons un mot censé nous désigner, nous peindre, nous caractériser le mot haine ou amour par exemple, nous croyons que tout le monde pense à la même chose que nous, et nous nous représentons ce que les autres sont censés comprendre. C’est une idée que l’on a qui vient de notre désir de communiquer : s’entendre ou parler de la même chose. Pas de communication sans cela. .Une personne nous parle d’égoïsme,, nous nous reportons aussitôt à l’image que nous en avons, et nous croyons que cette personne fait référence à cette image, comme si elle voyait en nous. .Les fléaux de l’humanité cités plus haut exploitent cette tendance, il faut s’y soumettre. C’est bien sûr une illusion. Et quand bien même ce serait le cas, que verrait-elle ? Une image confectionnée sur la base de ce que les autres ont dit ou écrit, et ce qu’ils ont dit ou écrit répond au moins en partie au désir ou au rêve qu’il en soit ainsi. C’est pour donner raison aux mots. Un débat. Qu’est-ce qu’un débat ? . Chacun imagine ce qui lui convient. On dira alors que le débat, c’est ce qui a eu lieu ou ce qui a lieu. Qu’est-ce qui a eu lieu, ou qu’est-ce qui a lieu ? ?  ? Les avis divergent. Un débat désigne ce que l’on appelle tous un débat.

De toute façon, les images mentales ne sont pas réelles. Elles n’obéissent ni aux lois physiques, ni aux lois biologiques. Elles ne se manifestent que dans l’esprit et nulle part ailleurs. Mais les fléaux en question épient les comportements et vérifient que l’on se surveille et se contraint bien. Les images mentales dans un rêve et celles que l’on a éveillé sont exactement de même nature. Dans un rêve elles font seulement des choses plus invraisemblables. A l’état éveillé, on sait généralement que ce ne sont que des images et que se voir dans un autre lieu n’implique pas que nous y soyons, alors que dans le rêve on croit que c’est vrai. Mais les images sont bien du même genre. .C’est donc justement en comptant sur la culture pour acquérir une existence qu’on perd le sentiment d’exister.

Imaginez que lorsque l’on vous parle d’amour ou de haine, vous vous représentiez immédiatement la chose mais qu’en même temps vous sachiez avec clarté, certitude, que personne au monde n’est capable de connaître votre représentation, et d’ailleurs vous savez aussi clairement, avec certitude que la représentation que s’en fait votre interlocuteur n’est pas la même que la vôtre .Comment pourrait-il, d’ailleurs, en être autrement ? Ecrivez chacun sur une feuille, séparément, le sens que vous donnez au mot haine, puis comparez, vous verrez bien les différences. Puisque qu’il n’y a rien de commun dans les représentations, vous ne pouvez plus compter sur le fait que votre représentation serait confirmée par les autres.

Imaginez que les représentations des autres ne vous intéressent pas, pourquoi diable les vôtres vous poseraient le moindre problème  ? Elles ne vous en poseront aucun parce que symétriquement, vous n’allez pas imaginer que vous êtes sous le regard des autres.

Imaginez une seconde que vous ne puissiez plus vous faire aucune représentation du mot haine ou du mot amour, que resterait-il ? Un son. Comme dans la musique. Dans le langage, le son réactive une représentation avec son sens et peu de vibrations . Dans la musique, un son n’a pas d’autre objectif que de produire une sensation, mais l’ensemble des sons, les accords, les enchaînements produisent des résonances dans l’organisme, cerveau compris. La musique fait plus que d’utiliser le temps physique pour scander des émotions, elle fait plus que de mettre de l »ordre dans une conscience un peu confuse, c’est elle qui choisit et orchestre les émois. C’est la raison pour laquelle certaines ne nous plaisent pas. Il faut qu’ils correspondent au stock immémorial que nous possédons. Diriez-vous que parce que cela ne correspond à aucun sens, parce que cela ne suscite aucune représentation, cela n’existe pas ? (voir les recherches en musicothérapie)

Ce qui se passe en vous là n’existe pas ? https://youtu.be/aRue8CY5tYg?t=160
(sauf que j’ai l’impression qu’il joue l’adagio qui suit un micro-chouïa au-dessus. préférer la version de HAHN)

Tant qu’il s’agit d’objets extérieurs à nous, on ne risque pas l’invasion. Mais dès qu’il s’agit de choses qui peuvent faire partie de nous ou être en nous, dès qu’il s’agit d’abstractions, l’invasion est possible.

Cela c’est le fonctionnement du mental. On sait que l’image d’une personne ou d’une vertu n’est pas cette personne ou cette vertu, malheureusement, on n’en croit pas moins qu’elle est vraie, qu’elle est fidèle à son modèle. Une bonne copie, même si elle n’est pas certifiée par les autres. Comment se fait-il ?  .

Bon, d’accord, on n’est pas sorti de la cuisse de Jupiter, mais on est des enfants de Dieu, il nous a confié une mission, nous devons le servir, et nous montrer dignes de Lui. C’est une très grande responsabilité. Pardon ? Vous n’êtes pas croyant ? Bon, supposons. On est tous frères, on est concerné par tout ce qui arrive aux hommes. On doit tout faire pour leur bien, leur bonheur, leur salut, leur avenir. Pardon ? Vous n’avez pas de telles ambitions ? Alors c’est au bien, au bonheur, au salut, à l’avenir de votre communauté, de vos proches, de vos connaissances ou de certaines catégories de personnes que vous pensez, c’est pour eux que vous travaillez, agissez. Non ? Même pas ? Vous êtes si individualiste que cela ? Alors vous voulez être fidèle aux espoirs que vos parents ont mis en vous, digne de la confiance qu’ils ont mise en vous.  Vous devez leur faire honneur, ne pas les décevoir, ne pas les trahir. . Ou bien alors, on est des cumulards. On est des croyants, de grands humanistes, des bons camarades, des bons enfants. Ouh là !De lourds déterminismes. Lourd karma !

En tout cas, à chaque fois, on est investi d’une grande responsabilité. C’est à dire que ce que nous faisons, disons est important. Ce que nous sommes est important, voire très important. Quel genre de responsabilité ? Pour que toute une collectivité soit en jeu, pour que le bien, le bonheur, soient en jeu, pour que leur avenir, leur salut soient ‘en jeu, il faut que ce que nous leur apportons ait beaucoup de valeur, soit valable pour tous et pour longtemps. Qu’est-ce qui peut bien réunir toutes ces conditions ? Qu’est-ce qui est commun à Dieu, à l’idée d’humanité, de communauté, de fidélité aux parents ? Qu’est-ce qui ne meurt pas ? Bien sûr du spirituel, des valeurs morales, psychologiques, esthétiques, un modèle de société répondant à des critères abstraits.

Si notre responsabilité est grande, si ce que nous sommes est important, alors ce que nous pensons est important. Ce n’est pas vraiment que l’on puisse montrer que les représentations que nous avons sont exactes, c’est qu’elles sont conformes à la mission qui est la nôtre. Elles ne sont pas scientifiques, elles sont morales etc En tant que telles, elles sont capitales et indispensables. C’est leur valeur pour nous qui les rend solides. On y tient d’autant plus qu’on a réussi à nous convaincre que le sort du monde était capital et que notre responsabilité était grande. On est imbu de l’importance que nous avons pour la collectivité. Que l’on soit croyant, écologiste, humaniste, socialiste, citoyen, ingénieur, parent, nous sommes responsables de la nature morale du monde que nous concevons et contribuons à construire.

resp

Petit problème en passant, ce qui est rare est cher, précieux. Il y a longtemps que l’espèce humaine n’est plus rare, elle n’est même plus abondante, elle n’est même plus proliférante, elle pullule, elle grouille et se répand. Ce sont les autres espèces qui disparaissent. . Vases communicants. A quand l’étincelle ?

On comprend bien alors pourquoi on nous rebat les oreilles avec cette notion de responsabilité, on comprend que ce dont il s’agit, n’est pas de décider et d’assumer personnellement ses actes, mais de s’inscrire dans un projet éthique déjà existant.

Sauf que ce faisant, c’est une bien triste influence que nous avons puisque nous voulons imposer aux autres une conception conditionnée, stéréotypée, du bien du monde. C’est, à notre mesure, le schéma décrit au début. . .

Si le principe de réalité sont les nécessités et les contraintes sociales, elles pourraient être autres. Elles le sont si on change d’époque ou de lieu, elles l’auraient été si l’histoire avait pris une autre direction.  Si le principe de réalité, c’est l’univers créé par la culture, cet univers est virtuel ou fictif. Il n’est pas réel.  Ce principe porte un autre nom : le fantasme. Le seul principe de réalité que l’on puisse reconnaître, c’est celui qui découle des lois physiques et des lois biologiques. C’est tout. Le principe de plaisir est le principe de réalité pour les créatures vivantes.  toutes cherchent à éliminer les déplaisirs ou à se mettre dans un état de plaisir . C’est la nature qui parle. Et elle parle sans se soucier du reste. « sous le fouet du plaisir ce bourreau sans merci » (BAUDELAIRE) 

chat

Défendre les institutions, les valeurs ? Mais ce sont des inventions des hommes. On ne tue pas une idée. Si elles sont faites pour eux, ils sauront les réinventer ou les améliorer. Non, ce qu’on protège, c’est juste une personne.

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