LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

24 juillet, 2019

LE MANQUE METAPHYSIQUE

Classé dans : Metaphysique — inconnaissance @ 12:57

Votre objet de désir n’a qu’un seul nom : le manque. Mais ce qui complique l’affaire, c’est que ce manque varie avec les gens, avec le temps, avec les circonstances. Il prend donc des formes, des natures variées. (cela va de Dieu à un partenaire, à une reconnaissance sociale, à l’incarnation d’une qualité etc) La publicité est intéressante à ce titre : elle essaie de nous présenter le type de manque qui nous correspond. Si chacun ne s’occupait que de lui-même et ne cherchait que son bien propre, son plaisir particulier, elle serait désemparée. Heureusement, nous aimons être dans une collectivité et adopter les désirs, les goûts, les idées de la collectivité, comme de bons citoyens.

La société de consommation formate donc le désir des groupes, une fois que les gens fonctionnent en groupes. pour pouvoir leur présenter les objets de satisfaction qu’elle aura prévus. Les réactions d’un individu sont imprévisibles, tandis que ceux d’un groupe sont prévisibles. Le premier tient compte de ce qu’il est et de sa situation du moment, tandis que le second est un concept qui se nourrit d’idées supposément partagées.

A chaque public, donc, le type de manque qui lui correspond. (en étant un peu expérimenté, on devinera, en fonction de la revendication formulée, le type de public qui l’a formule.)

Mais je vois cette société de consommation très mal partie si jamais les gens se mettent à ne désirer que des satisfactions matérielles et sensuelles sans aucun rapport avec une métaphysique ou une spiritualisation quelconque.

Un monde où les individus, étrangers à ce que pensent les autres et ne s’occupant que d’eux-mêmes, ne recherchent que le type de plaisir ou le bien qui leur correspond, c’est l’enfer pour elle. Et si vous êtes vraiment satisfait – ce qu’elle ne peut savoir – , non seulement vous ne désirez rien, mais vous ne fantasmez pas non plus. Il s’agit donc de créer une société du manque. Chaque parti, chaque groupe, chaque catégorie y va de ses exigences.

Mais pourquoi métaphysique ou spirituelle ? Qu’est-ce que ça vient faire là-dedans ?

Comment le bien ou la satisfaction d’un groupe pourrait-il ne pas être métaphysique et ne pas partir d’une conception métaphysique des hommes ? Comment le bonheur pourrait-il ne pas être de nature métaphysique par opposition à des bienfaits sensuels ? Cela se fait tout naturellement si je puis dire. D’une part, la pensée (que nous avons et que les animaux n’ont pas, du moins à un point aussi poussé) transforme le désir momentané de quelque chose de bien concret, en désir permanent de quelque chose d’abstrait. (une caresse en amour) Les images dans notre esprit, nos chères images, se voudraient intemporelles, elles ne semblent pas être de nature à s’user. Nos sens, nos sensations, nos ressentis, sont éphémères

La vie des hommes se passe entre ces deux continents incompatibles Ils essaient vainement de jeter des ponts entre eux. Mais entre eux, il y a un abîme. Désirer des images intemporelles et immatérielles, c’est être mûr pour la métaphysique.

D’autre part, le bien d’un groupe, est le bien d’une sorte d’essence, c’est à dire de quelque chose d’indépendant des individus particuliers et de commun. Cela ne peut être que quelque chose de l’ordre de l’esprit. C’est une idée, l’idée que l’on se fait d’un groupe, et le groupe s’est constitué autour d’une idée. Et le bien est le bien de cette idée, comme le bien des Français était le bien de la France. (alors qu’aujourd’hui, le bien des Français est le bien de l’Europe qui contient la France) Comment qualifieriez-vous le bien d’une idée qui est vue comme intemporelle ?

Donc le manque sera aussi métaphysique, spirituel, idéologique. Il s’agit d’orner, de sublimer, de fantasmer, d’idéaliser, de spiritualiser, de transfigurer ce que l’on pense en tant que membre d’un groupe, d’une collectivité. Ce n’est pas grave, au contraire, si les objets de désirs abstraits, spirituels sont inatteignables. Il n’y aura jamais de comparaison entre ce qu’on nous promettait et ce qu’on obtient. Et c’est parfait. Ce seront éternellement des manques. Des objets de quête (vous savez maintenant que lorsqu’un énergumène sort de grands mots, c’est pour vous conduire à abandonner des objectifs concrets pour des objectifs fumeux. Vous n’imaginez quand même pas qu’il va vous rendre des comptes ! )

Même la maison que vous voulez ne sera pas celle qui vous fournira le sentiment d’aise et de confort maximums, ce sera celle qui correspondra aux critères esthétiques d’une belle maison pour l’époque. Vous faites partie du groupe de ceux qui vont faire construire et vous tenez compte de ce qui se dit, se pense, dans ce groupe.

Il n’y a rien de sorcier dans la métaphysique. Que l’on se mette à n’utiliser que des mots qui désignent des réalités sensibles, et que l’on admette enfin que tout est impermanent (tout passe) et tout changera. Pourquoi ? Parce qu’on ne demandera plus aux gens de rendre visibles des choses invisibles. (des qualités humaines par exemple) Je ne crois pas que mon chat veuille devenir un vrai chat ou que les chimpanzés se battent pour imposer leur conception de Dieu. Il y a simplement que les référents des mots abstraits doivent être abstraits. Et ensuite, il y a que l’abstrait doit devenir concret. .Que les mots pour nommer Dieu disparaissent, et il n’y aura plus que des athées, personne ne voudra mener une vie de croyant. 

On a donc, d’une part, tout un tas de concepts de groupes, des catégories dans lesquels on se met, avec lesquels on se pense. Et on a d’autre part des désirs qui sont ceux des groupes, des désirs issus de l’idée de groupe. Le manque des hommes , c’est le manque d’une idée de l’homme en cours. Le manque des parents ? c’est le manque de l’idée de parent en cours. Parce que bien sur, il est entendu que tous les parents veulent la même chose. c’est l’essence parent qui désire. Comme l’essence « chrétien » veut Dieu . Alors, dans ces conditions, comment se situer en dehors de la métaphysique, du spirituel. ?

N’est-ce pas trognon, le genre de chose que l’on nous fait miroiter dans les chansons et une certaine littérature. C’est un monde rêvé où les grandes valeurs, les belles idées deviennent vraies et acquièrent un pouvoir extraordinaire. L’amour, la foi, le bonheur, la passion, la moralité sont grands, beaux, purs et efficaces. .C’est ce que la métaphysique peut créer de plus idyllique. Il faut abêtir le peuple. Il faut qu’il soit naïf, crédule, irréaliste. Mais les politiques excellent aussi dans cet exercice.

Mais n’allez surtout pas croire que nous sommes responsables de nos problèmes. Quand on examine un manque ou l’image de notre désir, dans quelle mesure n’est-il pas quelque chose que les généralités présentes dans les discours ambiants produisent ? Ces généralités, ce sont les catégories humaines et les qualités métaphysiques ou spirituelles qui conviennent à ces catégories. La santé par exemple, dans quelle mesure le manque que l’on a ne dépend pas de l’idée de normalité que l’on nous inculque à longueur de temps dans les médias où les médecins ou pseudo-médecins sont de plus en plus nombreux ? Dans quelle mesure ce ne sont pas des jugements sur ce qui est normal ou anormal qui nous mène chez le médecin ? D’où vient notre idée de santé ? Dans quelle mesure ce que nous voudrions être comme personne n’est pas le produit des idées générales qui circulent sur la personne ?  Dans quelle mesure notre idée du bonheur n’est pas le résultat des idées générales véhiculées par la société. ?

Quand est-ce que nous ne nous pensons pas en tant que concept culturel et quand n’avons-nous pas les désirs de ce concept ?Quand ne désirons-noous pas ce qu’elle veut qu’on désire ?

Décidons-nous librement de nous penser en tant que concept ? Décidons-nous librement de nous penser en tant que père, homme, ingénieur, chrétien, Français ? -Et qui confectionne, alimente le sens de ces concepts ?

Imaginons , on vous accuse d’avoir traité quelqu’un d’ambitieux, d’arriviste, de cupide, et de l’avoir ainsi gravement offensé, pour ne pas dire insulté . Pourquoi ne répondriez-vous pas : mais cela n’a rien d’une attaque personnelle. J’ai utilisé des mots que tout le monde utilise à propos d’un grand nombre de gens. (il y a la catégorie de gens qualifiée par ces qualificatifs généraux) Cela ne peut pas correspondre à un individu particulier, à cette personne ici présente. Si cette réponse ne satisfait pas la partie adverse, c’est qu’elle se conçoit elle-même comme une essence ou une catégorie qu’un mot général peut désigner. En se concevant comme un être métaphysique ou en concevant quelqu’un d’autre comme un être métaphysique, on admet que des généralités puissent nous ou les désigner. Si on n’en a rien à faire des ces essences inventées de toutes pièces pour que les mots aient une raison d’être, on n’est pas concerné.

La réalité, c’est que nous ne réclamerons jamais quelque chose dont on ignore l’existence. Si on ne connaît que notre petit monde, que notre petit sort, bien peu de choses nous manqueront. Ce sont les moyens de transport et de communication qui ont déclenché chez certains peuples l’envie de venir chez nous, pas leur sort propre. Ce n’est pas chacun de nous qui perçoit un manque la plupart du temps, ce n’est pas chacun de nous qui ressent des manques métaphysiques ou spirituels, ce sont les dirigeants de la société et leurs domestiques (que l’Etat finance avec nos sous)  qui fantasment à notre sujet et qui déversent sur nous un nombre incalculable d’inepties. Ce sont eux qui nous voient à travers des généralités fumeuses. La religion nous fantasme saints (pédophilie admise)  L’État actuel nous fantasme autrement. Telle catégorie fantasme ceux qui n’appartiennent pas à la catégorie etc On a juste à échapper à leurs entreprises.

Il n’y a rien de pire dans la vie que de vouloir nier, refouler ce qu’on désire, ce qu’on pense, ce qu’on sent, pour pouvoir faire plaisir à je ne sais qui, pour pouvoir être comme tout le monde, pour ne pas froisser quelque autorité. Dans une relation amoureuse, la déroute est assurée. Pourquoi ferait-on cela à un niveau plus global, pourquoi suçons-nous ce lait qui nous empoisonne ? Pour se conformer à l’ordre établi ? Il y a 3 réponses possibles.

Soit on n’a pas d’autre idée, d’autre but que de le servir fidèlement, de faire tout ce qu’il faut pour lui plaire. Soit on a de temps en temps, des critiques, des objectifs à formuler, mais on les garde pour soi parce qu’on pense que cela ne servirait à rien. (c’est la position de l’immense majorité de ceux dont la profession est étroitement contrôlée par l’État) Soit on a des critiques, des objections, des désirs et des opinions différents, et on veut en tenir compte dans sa vie. C’est dans ce dernier cas que le problème se pose. Va-t-on faire croire à la société qu’on est d’accord avec elle et agir de façon différente discrètement, va-t-on lui faire savoir qu’on n’est pas d’accord ? Va-t-on éviter de fréquenter ceux qui passent leur temps à propager la métaphysique de l’époque ? .

 

 

 

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