LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

11 septembre, 2019

LE CONDITIONNEMENT SOCIOCULTUREL, 3

Classé dans : Conditionnement — inconnaissance @ 20:27

Il y a ce qui est fait, ce qui est à faire, et il y a le reste. C’est avec ce qui est fait et ce qui est à faire que l’on nous tient parce que cela signifie justement pour nous  : faire, travailler, participer, nous engager, cogiter, Quant au reste, le commun des mortels, de prime abord, ne pense pas en voyant un arbre, une rivière, un oiseau, que c’est fait ou qu’il y a quelque chose à faire. Tout ce qui a été fabriqué, élaboré par l’homme ou tout ce qu’il est question de fabriquer ou de concevoir a tendance à nous interpeller sans qu’on y prenne garde..C’est un peu comme si tout cela nous racontait son histoire, subtilement en soufflant, à la fin : et toi ? .

Cela devrait nous étonner un petit peu quand même. Ce qui a été fait, 99,9 fois sur cent n’a pas été fait par nous. Ce qui doit être fait, 99,9 fois sur cent sera fait par d’autres que nous. Combien d’entre vous vont participer aux travaux de reconstruction de Notre-Dame-De-Paris ? 0,01 % ? même pas. Beaucoup plus nombreux sont ceux qui s’inquiètent de ce qu’il faut faire, de la façon de le faire, du résultat. Peut-être parce qu’on ne cesse de nous en parler. Le souci (apparent) de ceux qui nous en parlent devient notre souci.

Le fait et à faire ne concerne pas que des objets, cela concerne aussi la présentation des choses, l’organisation ou le fonctionnement de la société, les relations entre les personnes. On peut se promener en pensant à ce qu’il faudrait faire pour que tel jardin soit plus beau, en pensant au travail réalisé par son propriétaire, ou à la façon dont un enfant devrait se comporter, ou à la faute de goût dans la tenue vestimentaire de quelqu’un ou à un projet en voie de réalisation ou à un problème que semble avoir une personne, ou aux obligations qui pourraient se présenter à nous ou à ce qu’une personne de rencontre attend de nous etc etc A chaque fois, c’est l’idée automatique de ce qu’il faudrait faire.. Il peut y en avoir beaucoup. Ces idées peuvent être oppressantes ou accessoires. Elles peuvent peser sur notre existence,ou pas. On peut aussi laisser tout cela tranquille et ne pas être dérangé. Les sentiments, les désirs, les émotions, font-ils partie de la nature ou sont-ils une création des hommes ?. Ce qui est sûr, c’est qu’avec eux aussi, on sent la plupart du temps qu’on a quelque chose à faire. Cela nous interpelle plus, la plupart du temps, que le portail du jardin et même que le dernier fait divers. Que faire dans les différents contextes, circonstances, situations. Ce que l’on doit aux hommes, c’est le conditionnement socioculturel.

Il y a longtemps que cela a commencé. Tombé dans le monde des hommes et dans le monde que les hommes ont bâti, nous n’avons jamais arrêté d’entendre parler de ce que les autres ont fait, de ce qu’ils n’ont pas fait, de ce qu’ils pourraient faire, de ce qu’il faut faire pour ne pas faire comme eux, de ce qu’il aurait fallu faire etc. Les hommes n’ont pas arrêté de nous raconter l’histoire de ce qu’ont fait les hommes. (et quelle valeur ça a, et où ça va,, et pourquoi c’est comme ça et pas autrement, et comment changer ça, et qu’est-ce qu’on peut faire, et qu’est-ce que l’autre a fait, et quel sens ça a etc Comme ça, madame Binsur, la concierge, est une héroïne)

L’oeuvre des hommes, voilà ce qui remplit et occupe entièrement notre esprit. Nous sommes aussi immergés là-dedans qu’un poisson dans l’eau. Alors vous pensez bien qu’une devanture, la maison du voisin ou le grand titre d’un magazine nous fait penser à ce qu’il faudrait faire. On l’a vu dans l’article précédent tout porte à jugement, opinion, point de vue, interprétation , ensuite, il faut agir en conséquence.  Alors nous nous sentons souvent concernés, interpellés par tout ce qui a été fait et tout ce qu’il y a faire. C’est une habitude. Toujours prêts, toujours partant. Comme des gamins dans un club de plage, on leur dit : il faut sauter, ils sautent, il faut passer dans le cercle, ils passent dans le cercle, il faut ramper, ils rampent, il faut partir à la guerre….non pas encore .

« A propos des marginaux dans les sociétés musulmanes «  titre France-Culture. Manquait plus que ça ! Déjà que les musulmans sont un sujet de pensée et un devoir de penser exorbitants, il faut maintenant se mobilier, au moins intellectuellement pour les marginaux. Fabrication en nous de la réaction désirée  On a toujours une vision globale du monde, parce qu’on lui applique un sens global, des pensées globales.

Ce ne sont pas seulement les différents éléments du monde que nous voyons, entendons qui nous mobilisent ou nous interpellent, ce sont surtout les liens, les rapports, entre ces différents éléments. Ils nous happent, nous capturent encore plus. L’église + les cloches ° les fidèles endimanchés qui se hâtent + l’ambiance morbide du dimanche + L’heure de l’école + l’enfant qui traîne + depèche-toi + le travail qui attend + l’habitude qu’il en soit ainsi + Paradoxal. Vaste, le monde est toujours inquiétant, étouffant, oppressant, en détail, il est captivant. L’explication est simple : de près, le réel reprend ses droits, de loin, c’est la pensée qui domine.

C’est malheureux de prendre cela très au sérieux, à coup sûr, toute poésie disparaît à l’occasion . Celle qui fait, par exemple, de la promenade coutumière de pensionnaires un moment spécial : « Il fait soleil. Elle s’en va la pension de jeunes filles…..les plus petites filles marchent en avant pour attendrir l’espace. La pension caresse avec leurs pieds d’enfants la rue où elle passe. Elle grandit d’un rang à l’autre, sans surprise comme une rive en fleurs : elle est comme un théâtre où se seraient assises des couleurs « (J. Romains)  ou bien alors, encore mieux, la musique :

http://planetdsaintje.unblog.fr/2019/09/08/spleen/

Non, ni poésie, ni réel, que de la pensée très conditionnée. On pourrait s’amuser à faire un petit bilan : à s’interroger à propos de tout ce qui nous entoure, de tout ce que nous voyons, de tout ce que nous entendons, lisons, de tout ce que nous pensons : quelle dose de fait et à faire à la minute ? Quelle quantité ? Quelle pression, ? (Citron, pressez-vous !) On peut aisément penser que le besoin de retourner vivre à la campagne, correspond au besoin de ne pas être entouré, en permanence, d’une telle quantité de choses faites et à faire dans tous les coins, de discours et de messages importuns qui nous assaillent continuellement. . Se déconnecter, éteindre le poste, c’est la même chose. Le harcèlement, ça va ! Les gens à ferrer sont vite affairés. La campagne ? Cela s’appelle une vie plus simple. Elle passera peut-être, pour les gens modernes, pour une vie pauvre et monotone, Mais peut-être que ce sont eux qui ne peuvent plus se passer des sollicitations et occupations de la vie moderne. Trop occupés pour s’ennuyer. Vous aimez faire la queue en téléphonant,, faites la queue en téléphonant.

Il y a une chose qui apparaît peu à peu quand on commence à prendre conscience du rapport que nous entretenons avec tout ce qui a été fait et tout ce qui est à faire, (avec un portail de jardin, avec le moment des vacances, avec le départ au travail, avec le ménage à faire, etc ) c’est le fait que nous pensons automatiquement que c’est une activité collective. C’est l’occasion de participer à une activité commune. Alors ne vous faites pas trop de reproches si cela ne fonctionne pas comme prévu : c’est l’usage qui est en cause, pas vous. Dans la majorité des cas, c’est pareil. Ou alors vous ne savez peut-être pas bien faire comme les autres, le conditionnement n’a pas été réussi. Ce n’est pas votre faute non plus si vous n’êtes pas comme les autres.

Il n’est question que de la société dans nos conversations et nos pensées. On passe sa vie à s’occuper d’elle. Nous sommes des altruistes impénitents et on l’ignore. On emploie des mots, mais les mots sont ceux de tout le monde et leur sens voudrait être le sens de tout le monde . Ils devraient désigner tout le monde. Ils généralisent. Si bien qu’en les employant, on ne parle que de la collectivité. Et on se met dedans. « Renoncer pour être heureux » titre France culture. (C’est son quart-d’heure psy). La renonciation, et le bonheur sont ceux de tout le monde. Vous en faites partie. Voilà des valeurs qui pourraient être collectives. Le but, c’est le bien de la collectivité. Des bienfaiteurs de l’humanité ! Eh ben moi, le sens courant des mots renoncer et heureux ne me concerne pas. Et savoir si la renonciation  peut rendre heureux les autres ne m’intéresse pas. C’est bête hein ?

On porte des jugements de valeur, mais ces jugements devraient être valables pour tout le monde. C’’est encore une fois de la collectivité que l’on s’occupe et on tâche d’en faire partie de la façon qui convient. Il est question d’événements, de faits divers. On en entend parler dans les médias ou autour de soi. On n’y a pas assisté. Ce sont les idées sur ces événements ou faits qui circuleront qui occuperont notre esprit. Encore une fois, c’est de la collectivité qu’il s’agit. L’avenir, le bien, ce sont ceux de la collectivité. On ne pense qu’à elle, on ne pense que pour elle même quand on pense à soi, car on pense à soi comme un élément de cette collectivité. Ainsi, ce qu’on a connu au départ, continue toute notre vie.

Le collectif, est au coeur de nos pensées. Ne tenir aucun compte des autres, de la société, c’est rare.

On part du général pour arriver au particulier. Quoi que vous considériez qui vient de vous-même qui vous caractérise, à travers les mots qui généralisent et s’intègrent dans un système global, vous êtes priés de coller aux devoirs et aux usages qu’ils incluent. « Comment parler des livres que l’on n’a ni aimés ni détestés ? «  Titre France culture . Cela ressemble à un problème personnel, mais le cadre est : les livres, parler, aimé et détesté qui forment une question générale qui a déjà reçu des réponses générales. Eh bien qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse une solution générale pour parler des livres que je n’ai ni aimé ni détesté. Vous ne m’avez pas demandé si je voulais en parler. Vous ne m’avez pas demandé si je savais quoi dire . Vous ne m’avez pas demandé si cela m’intéressait la façon dont les autres en parlent. Vous ne m’avez pas demandé si je vous demandais quelque chose. (mais on les connaît depuis le temps avec leurs obsessions, ce sont des pauvres types. Ils voudraient nous rendre responsables du monde tel qu’il est) 

Du matin au soir on sert la collectivité, on vit pour elle, soit directement, soit à travers des représentants reconnus des structures de la collectivité,(beaucoup passent à la télé pour parler au nom de leur discipline) soit à travers des personnes qui, sans s’en rendre compte le plus souvent, s’en font les porte-parole. Du matin au soir on obéit aux pensées conditionnées qui nous disent quoi faire pour la collectivité. Je vous préviens, la société n’en a jamais assez.. Ce que l’on doit aux hommes, c’est le conditionnement socioculturel. Quoi, ça vous gratte ? Il ne s’agit pas de vous personnellement, il s’agit du sens que l’on donne de façon générale à ce mot, et de ce qui doit être fait selon la façon de penser courante.

Quand on se gratte, on en fait quelque chose de social ou de culturel. Et il arrive souvent que le traitement social ou culturel de notre vie nous soit néfaste ou ne nous respecte pas. Le phénomène « ça vous gratte » ne vous appartient plus. C’est valable pour tout ce que vous pourriez nommer de votre personne, de votre vie. On se doute que l’on vit ainsi, et on ne sait pas faire autrement. (ou on ne veut pas) Pas de raison de rester toute sa vie le produit de ses parents, alors pourquoi rester toute sa vie le produit d’un milieu, d’une société, d’une culture ?  

Maintenant, vous savez ce que c’est que les « droits de l’homme » On définit les droits d’abord en fonction de son idéologie, de sa façon de penser, puis on les applique à des gens qui collent avec cette idéologie ou cette façon de penser et qui correspondent à la façon dont elle s’exprime à un moment donné.

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