LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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24 octobre, 2019

MOTS M’Y FIER

Classé dans : Mot — inconnaissance @ 19:38

C’est ce qu’on dit : les cons osent tout, même le pire bien sûr. Il y a quand même un fait certain, sauf en de rares occasions, ou dans des conditions tout à fait particulières, celui qui aime sera dominé par celui qui n’aime pas. L’amour est tendre et inoffensif, il perd donc face à quelqu’un qui n’est ni tendre ni inoffensif. Ce n’est pas étonnant, l’amour est attente de réciprocité, il voit dans autrui quelqu’un digne d’être aimé, désireux d’être aimé et prêt à aimer. Mais voilà, l’amour tombe à plat quand autrui ne désire pas être aimé et ne désire pas aimer. Il devient ridicule parce qu’il ne s’agit pas seulement d’aimer ou de ne pas aimer, il y a des enjeux, des rapports plus concrets en-dessous ; l’amour n’était qu’une façon d’aborder ou de prendre en considération ces choses. Celui qui aime ne se soucie pas trop d’elles, celui qui n’aime pas ne voit qu’elles. d’où le résultat.

L’ordinateur a battu le champion du monde de go. L’ordinateur ne fait pas de sentiments. L’homme, si, toujours un peu. Il prête à, il suppose.

Il se trouve que ceux qui détiennent le pouvoir n’aiment pas du tout ceux qu’ils gouvernent. Ils ne craignent qu’une chose : la force. Et il se trouve que ceux sur qui s’exerce ce pouvoir, aiment. A ça pour aimer, ils aiment. Ils aiment certaines personnes. Ils aiment l’endroit où ils vivent. Ils aiment leur travail. Ils aiment leur mode de vie, leurs habitudes. Ils aiment leurs dirigeants.Ils aiment certains leaders. Ils aiment les autorités et institutions dont ils dépendent. Ils aiment les beaux discours qui glorifient l’amour. (voir BHL et autres culs bénis) Ils aiment leur famille et leur origine. Ils aiment leur valeurs et leur morale. Ils aiment ceux qui les persécutent. – ce sont de bons chrétiens. Ils aiment leur sort, leur vie, leur personnalité, bon an mal an. Ils aiment faire en sorte que l’amour règne. Ils aiment les signes d’amour dans la société. Ils aiment se sacrifier, faire des efforts, par amour. Ils aiment penser que la vie les aime, que les autres les aiment, que le monde les aime. Et même, ils aiment aimer ce que les autres aiment c’est à dire que généralement ils aiment aimer les mêmes choses que les autres. Ils aiment passer pour des gens qui aiment. Et ce qui les occupe beaucoup, c’est : comment aimer ce que les autres aiment et comment justifier qu’ils n’aiment pas ce que les autres aiment. On peut compter sur leur amour et on peut leur en demander beaucoup. Ils comptent que leurs dirigeants se soucieront de tout cela, parce qu’ils pensent qu’ils les aiment. Ils sont fiers d’avoir fait leur devoir, d’avoir fait les sacrifices nécessaires, et d’être restés dans l’illusion de l’amour. 

Malheureusement ces dirigeants ne vivent que pour leurs intérêts, leur pouvoir, leur réussite, leur gloire (règne = fric, puissance= pouvoir, gloire=gloire) . Il n’en ont rien à faire des milieux humains, des professions, métiers, fonctions, des familles, de la morale, des valeurs, des modes de vie, des liens sociaux, de l’amour des gens. Seulement il faut juste qu’ils fassent croire que c’est le contraire. c’est le grand jeu de dupe, comme dans les relations où l’un souffre parce qu’il aime, et l’autre non et profite de la situation. Et il faut aussi qu’ils sachent exploiter cet amour quand ils en ont besoin.

Voyons les métiers, fonctions d’utilité publique sous contrôle de l’État. Utilité publique, cela signifie rendre service, être dans une certaine forme d’amour. Et ceux qui ont recours aux services de ces professions ou fonctions partent de cette idée. Seulement voilà, des idées différentes de l’intérêt public se contrarient, s’opposent. Et la question est : quelles sont celles auxquelles on donnera la priorité. Les demandes et désirs du public risquent de passer au dernier plan. Alors de temps en temps on a des réflexions du genre pour l’école : mettre l’enfant au centre. Mais l’enfant en général, une idée générale de l’enfant probablement. Une idéologie de l’enfant. Une idée politique de l’enfant.

Quand on aime surtout aimer ce que les autres aiment, on risque de croire ceux qui prétendent représenter ce que les autres aiment. il suffit que quelqu’un puisse faire croire qu’il représente ce que les autres aiment, pour qu’on ne songe plus à ce qu’on aime soi-même. (intérêt général : expression magique) L’amour de ce qu’aiment les autres passe très souvent avant ce qu’on aime soi-même. Une réflexion comme : Ne faites pas plaisir à votre idée du bien (le bien étant ce que les autres sont censés aimer) , faites-moi plaisir à moi, serait mal venue.

   https://youtu.be/P9dL1ccYY8s?t=210

Mais ce qu’on aime plus que tout, l’alpha et l’oméga de l’histoire des hommes et des sociétés, ce sont les mots, surtout certains mots. Sa propre existence et sa propre identité viennent des mots, sont un don des mots. Observez déjà quand vous passez d’un état où les pensées ne sont pas présentes de façon organisées et conscientes dans l’esprit à un état où des pensées vous imposent leur sens. Voyez ce que votre conscience de vous-même devient. Voyez quel effet ces dernières ont sur vous. Remettre en cause cette fonction des mots serait pire que remettre en cause une culture, pire que remettre en cause l’existence d’une culture, cela reviendrait à remettre en cause l’idée même de culture ou de civilisation dans la mesure où il n’y aurait plus aucun absolu  – égalité, amour, progrès, liberté vie, autorité, Président, Roi ou n’importe quoi exigeant un respect absolu – ne seraient jamais plus des absolus Mais c’est l’amour que tout le monde a pour ces mots, l’amour de ces mots devenu lui-même un objet d’amour général, qui fait de ces mots des références absolues. Rien d’autre. Aucune preuve de leur vérité ne peut être apportée. On en déduira donc facilement que lorsque cet amour s’évanouit, c’est toute la société qui se désintègre. Ces mots-là dont on a fait tout un patacaisse, qu’on a présentés comme des sortes d’entités transcendantes objectives ne devaient leur existence et leur pouvoir qu’au fait que nous les aimions tous.

Ayant compris ce rôle des mots, on comprend aussi qu’il y a trois niveaux dans la vie. Premier niveau : le niveau sensoriel , la réaction ou réponse de la créature sensible aux sollicitations du monde. Deuxième niveau : le niveau connaissance, les informations sur le monde (disons la démarche scientifique) Troisième niveau : l’importance, la valeur, le prix des mots pour la vie humaine. C’est là que l’amour se déchaîne. « Dieu est amour » doit être compris de la façon suivante : le plus grand amour des mots de ce troisième niveau vient de lui. Il est clair, n’est-ce pas, qu’il aime son enseignement, ses commandements bien plus que les individus.

Puisque le sens, la raison de notre existence nous échappe, on cherche un sens à notre existence dans le monde des mots, de la culture. Notre être naturel, biologique, n’a pas de raison d’exister, mais notre personnage social, culturel peut en trouver une. On lui en fournira. Il se trouvera une utilité et il se trouvera une valeur avec les mots qui en auront une. Il faut juste qu’il se donne à eux, qu’il leur consacre sa vie. C’est ainsi que l’enfant se trouve une raison d’être et se forge une personnalité grâce aux adultes qui le désignent, le nomment, l’interpellent, le qualifient, le commentent,. Ces caractéristiques sont des éléments culturels, ils dépendent d’une culture. C’est tout. Bientôt, pour lui, la vie se résume à cela. Il ne pense qu’à son fonctionnement, sa place, son rôle, sa réussite dans le cadre de cette culture. Il n’y a rien d’autre comme on va le voir. Il se donne une raison d’exister par la pensée. Il s’en forge une en s’identifiant à des mots qui auront de la valeur, qui donneront de la valeur, simultanément à lui-même et au monde. On peut dire, alors, que pour certains du moins, la vie de cet être social est un don de Dieu, un don des mots de la religion. Religion ou pas, les voilà unis pour la vie. Sa propre identité, sa propre estime de soi et la valeur que le monde prend quand il est éclairé par ces mots sont un seul processus.

Quand vous entendez que X « affiche sa fermeté face à.. » .qu’est-ce que cela veut dire ? Vous fantasmez sur des actes qui pourraient être fermes (qui, comment, quoi,??) mais vous attribuez aussitôt à celui qui a dit cela la qualité correspondante. C’est tout un. Bien sûr, c’est de la blague. Le jugement de valeur que l’on porte, c’est ce que nous sommes, sur l’instant.

Qu’est-ce que c’est que cette personne, là. Tout dépend du concept du sujet, c’est à dire du mot que naturellement, automatiquement, on colle sur cette personne. Si c’est le mot fantôme qui fait vérité et qui vient, c’est un fantôme, si c’est le mot chef qui fait vérité et qui vient, c’est le chef, si c’est le mot crapule qui fait vérité et qui vient, c’est une crapule, si c’est le mot saint qui fait vérité et qui vient, c’est un saint, si c’est le mot admirable qui fait vérité et qui vient, elle est admirable , si aucun mot, aucun concept ne vient, c’est rien qu’un stimulus pour les sens. Et si cette personne est mécontente de la façon dont on la considère, il ne reste plus que la force ou la violence pour se venger si c’est possible. Ce jugement de valeur n’est rien d’autre que la manifestation de notre conditionnement socioculturel. Il est arrivé tout seul. Il s’impose tout seul. Il nous crée tout seul. Et peu importe l’effet qu’il a sur nous.

Pour éviter que le conditionnement ne disparaisse, pour lutter contre le changement, pour conserver les structures d’une société et les mots-valeurs autour desquels elle s’articule, il y a de nombreux milieux où les rapports humains sont institutionnalisés, au bénéfice de ceux qu’il faut et au détriment des autres. Créer l’automaticité. Compter sur l’automaticité. Pas d’options, de choix possibles dans la conscience immédiate. Reste seulement le ressenti de la créature naturelle, biologique. N’avez-vous pas remarqué combien est efficace une intervention sur ce ressenti quand l’être social est dans un mauvais cas. Et inversement, des salauds peuvent faire en sorte de causer de la souffrance physique à quelqu’un dont l’assurance est gênante. Ou simplement se consoler en pensant au fait qu’il peuvent toujours provoquer cette souffrance. Ce qui donne aux mots cette valeur, c’est l’usage collectif. Le mot a de la valeur parce que tout le monde lui en donne.

Quand une culture disparaît, c’est la valeur que l’on donnait collectivement à certains mots qui disparaît, et avec elle, c’est l’identité des gens qui se désintègre. Alors ne vous étonnez pas de ce qui se passe et de ce qui va arriver alors même que les plus hautes autorités ne sont plus que les pantins d’organisations internationales floues et louches et qu’elles ne pensent plus qu’à elles   Les mots en question passent pour être les seules sources possibles de vérité, passent pour être le chemin qui conduit à la vérité. En dehors d’eux, point de salut.    C’est notre horizon ultime en même temps que notre référence indépassable. Parce que c’est l’existence même de notre être culturel ou social. Pas de religion du livre qui ne soit pas au service d’un type de civilisation.

Notre esclavage, nos tourments sont donc directement proportionnels au nombre de mots que nous aurons valorisés et surtout au degré de valeur qu’ils possèdent. Pas de liberté possible, quand on colle sur le monde et les gens qui nous entourent des mots dont la valeur nous attribue la place, le rôle qu’on a toujours eu. Notre identité.   Mais une toute petite modification dans le cerveau, un tout petit accident pourra faire que la personne qui nous en imposait, qui déclenchait chez nous des comportements déterminés, ne sera plus rien, et n’aura plus d’effet. Cette personne en question se comportera alors, avec cet être hors culture, d’une façon qui dira ce qu’il en est de son personnage social à elle. (voir comment on traitait les malades mentaux, dans les hôpitaux, il y a quelques décennies ou comment on traite certains malades)

Quand ce qu’il y a au fond de l’esprit fonctionne comme une vérité indétrônable, et quand ce fonctionnement est automatique, il n’y a plus aucune espèce de liberté. Activer dans la population ces mots-valeurs qui la fait agir comme un robot, c’est le but de tout leader. Certes, ceux qui détiennent le pouvoir n’ont pas cet amour des mots, mais ils ont appris à manier ceux qui sont les constituants de notre identité. Ôter aux mots leur pouvoir, c’est ôter à la culture ou à la société sa légitimité, c’est cesser de vouloir faire société, sans cesser d’être sociable. Mais vous aurez du mal à trouver quelqu’un qui pense ainsi. Ce sont les militants des mots qui pullulent. .

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