LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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28 mai, 2020

LE BIEN M’A TUE

Classé dans : Dualite — inconnaissance @ 18:13

Ecrire, parler, et même penser, sans s’adresser à quelqu’un , de réel ou d’imaginaire, à l’extérieur ou à l’intérieur, cela n’existe guère. Et s’adresser à quelqu’un c’est se mobiliser, faire ce qu’il faut, pour faire de lui le destinataire de ce que l’on écrit, dit ou pense. Le but est la communication. Une communication qu’il faut réussir, ou du moins, il faut parvenir à un certain résultat Et pour cela, on tient compte du destinataire.

Si bien que écrire, parler, penser, communiquer, c’est essayer de constituer un monde commun de sens. Insensiblement, c’est le destinataire qui devient l’enjeu, pas soi. Et ce n’est pas du tout la même chose.

 Revenons aux commencements. Le rapport au monde volontaire, le rapport au monde avec une intention, un objectif, n’est pas inné, naturel, spontané. Il a fait l’objet d’un apprentissage de la part de l’entourage, d’un entraînement. Adopter des manières,. Et on nous l’a vanté, recommandé, on nous l’a présenté comme quelque chose de désirable, de bien. (Parler tout seul n’est pas très normal. Heureusement que penser tout seul se fait en silence)

Si bien que vouloir communiquer avec le monde réveille tout ce conditionnement. En tant que tel et de la façon dont il se déroule, c’est vraiment un pur produit de l’éducation. C’est une conquête de la société sur l’individu.

On a tellement voulu communiquer ensuite qu’on ne se rend plus du tout compte de tout ce qui se passe quand on le fait. On est tellement convaincu que communiquer, c’est bien, que cela fait désormais partie de nos devoirs les plus importants. Et certains sont devenus des experts en matière de communication ; On a même fait de la communication, une sorte de science. Or, les Sophistes de la Grèce antique scandalisaient déjà les idéalistes comme Platon.

Qui n’est pas platonicien dans ce domaine aujourd’hui ? Qui ne fait pas du verbe, de la parole, de la langue quelque chose de quasi sacré parce que trop inséparable de la nature humaine, trop indispensable à sa supériorité et sa haute dignité ? (« La parole est d’argent et le silence est d’or » tiens mon œil ! Cela veut simplement dire qu’il faut taire certaines choses) Inutile de dire que le christianisme a poussé à l’extrême cette tendance. («  le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas «  il est drôle ce monsieur, pour qui seront-elles ? )

C’est comme cela que ça fait des milliers d’années que nos sociétés essaient, par tous les moyens, de toutes les manières, obstinément, de transformer les individus humains en créations culturelles. Toujours le rêve insensé d’être des verbes incarnés. Cela doit dire quelque chose à tous les calotins, qu’ils s’ignorent ou pas.

 Tout cela était prévisible. Des cités sont apparues il y a longtemps. Les sociétés sont devenues de plus en plus nombreuses et complexes. Or, une société est fondée sur des lois, des écrits, des règles, des usages. Elle est fondée sur la langue. Elle est un certain discours. Et toutes ces paroles explicites ou implicites sont censées inspirer et régler la vie des gens. C’est l’espoir têtu d’un sens commun qui nous animerait tous. Le sens commun, une des plus grandes foutaises qui puisse exister. Il s’agirait pour le citoyen de penser comme tout le monde, de vivre comme tout le monde, d’être comme tout le monde. Vraiment

Alors prenez un concept de valeur, vous avez toute la vie pour essayer de l’incarner parfaitement. Prenez-en un autre. Pareil. Prenez-en un autre. Pareil. On ne se demande plus depuis très longtemps pourquoi on les prend.

Et la volonté dont je parlais dans l’article précédent, c’est justement celle qui s’applique à soi-même (et non à un objet du monde extérieur) quand on se pense, qu’on se prend pour cet objet de pensée et qu’on veut que cet objet-soi devienne conforme à ce qui est prévu. L’objet-soi qui est sous le regard des impératifs qu’on nous a mis dans la tête. Il y a tellement de choses, si on veut bien y prendre garde, que l’on fait de telle sorte que la société qui leur a donné un sens général défini pourrait théoriquement dire : c’est moi qui l’ai fait. (quand est-ce que ce n’est pas le cas?) Il y a tellement du buts moraux, sociaux, psychologiques que l’on veut atteindre qui sont tels que la société pourrait dire : c’est moi qui veut. (quand est-ce que ce n’est pas le cas?)

 Mais alors, dans ce cas, si on est bien conditionné par l’idée que être une culture incarnée, c’est l’idéal, quand on écrit, quand on parle ou quand on pense, on croit agir puisque la pensée s’incarne et que l’action incluse dans la pensée devient en s’incarnant, véritable action. Le penseur ou le discoureur serait acteur. Si je suis devenu l’incarnation de la charité, tout ce que je fais, y compris parler, est charitable. .

 Que fait-on en philosophant, en pensant l’homme, la société, les relations humaines ?. On se montre le plus souvent critique à l’égard des critères, des valeurs, des idées en fonction desquels, au nom desquels on se pense, (idéalisme) parce que l’objet de pensée-soi en question, ne donne pas toute satisfaction Il faudrait qu’il soit le produit d’autres pensées. (le produit de la volonté d’une société un peu différente) Non seulement on critique, mais on adresse nos critiques aux autres, des autres concrets ou abstraits, présents ou absents. On pense qu’on serait meilleur si on vivait dans un autre monde. C’est la faute du monde dans lequel on vit.

So what ? Qu’est-ce que ça fait, quel effet ça a  ?

 « Rendez-nous notre espace public «  titrait France culture. C’est pas juste cet espace public confisqué ou interdit. On pourrait penser cela, le dire. Donc critiquer ceux qui…, les décisions qui… en s’adressant à quelqu’un. On n’est pas d’accord pour être ce personnage social, cet objet de pensée-soi privé de la liberté d’aller et venir. Bon ! Et on fait quoi ? Rien ! On ne fait rien aux auteurs de ce confinement. On ne fait rien à ce devoir de confinement.

On peut passer toute sa vie à critiquer les impératifs auxquels on se soumet, prendre les autres à témoin toute sa vie de son mécontentement et des problèmes que cela nous pose. On peut passer toute sa vie à dire qu’on voudrait autre chose. Et passer toute sa vie, en fait, concrètement, à faire la volonté des critères, valeurs, idées qu’on nous a mis dans la tête.

 Sur une autre scène, imaginaire celle-là, on n’est pas confiné, c’est un autre objet-soi qui est au coeur de notre vie. Et alors ?

C’est une sorte de fausse action que de communiquer ses désirs. La seule chose que l’on fasse, c’est de communiquer. C’est tout . Tout le monde fait ça avec tout le monde. Si on influence quelque autre, le résultat sera parfaitement incontrôlé.

Il y a donc la volonté imaginaire qui aboutit à l’action imaginaire, et la volonté qui débouche sur une action bien réelle. En dialoguant, communiquant, on n’a donné naissance à aucun acteur. Et pourtant, pour pouvoir être compris, pour pouvoir être écouté, on a fait comme on nous l’a appris et on a essayé de représenter le sens commun, si puissant n’est-ce pas ? Justement, on n’a rien changé !

Il y a comme ça tant de penseurs tout à fait inoffensifs, frivoles, vains – s’ils ne possèdent pas quelque pouvoir en haut lieu – qui passent leur vie à dire ce qu’il faudrait, ce qu’il aurait fallu, ce qui est regrettable, ce qui est souhaitable, ce qui est critiquable, . C’est pô juste. Mais ces grands penseurs idéalistes, à l’esprit prêtre, n’ont plus le monopole de la parole avec internet, le multiculturalisme jette à bas l’espoir d’un sens commun en tout, les religions ne plaisent plus qu’à des esprits simples et ringards ou nostalgiques., tous les rêves, et les plus beaux, ont tourné en eau de boudin . Il n’y a rien à attendre de ce genre de penseurs . Ils ne font que peigner la girafe.

Une chose est sûre, agir peut consister à ne pas faire comme les autres, comme on a toujours fait. Je n’écoute plus tous ces penseurs vains qui m’encourageaient dans mon travers de parler et de penser pour ne rien faire.

 Question à mille milliards de dollars. Voire plus. Quelle parole aurait un effet réel, immédiat, sur le monde mental qui nous régit, non pas pour le mettre en action, mais pour le détruire ? Rajouter des petits bouts de trucs sur un gigantesque édifice, sur une énorme usine à gaz, ça on sait faire, mais détruire ?

 Sans doute faut-il que cet édifice devienne le mal.

Si ce monde règne, si nous ne pouvons pas ne pas lui obéir, c’est parce qu’il se confond avec le bien, c’est qu’il est le bien, et nous ne pouvons pas aller contre ce que nous considérons comme le bien. Vouloir plus d’espace de liberté, c’est alléguer que le bien du confinement devient moins important que le bien du déconfinement. Les idées qui nous régissent, les cultures, nous promettent toutes le bonheur, la paix, la sérénité dans le futur ou dans l’au-delà. Qui irait contre cela, même si la démonstration n’est pas faite que les moyens qu’elles proposent peuvent vraiment nous y mener. Tel qu’on est, il faudrait se rendre compte qu’elles sont le mal, ou qu’un autre bien, mais radicalement étranger au précédent et plus crédible, est possible.

 La volonté régnante et agissante n’est pas mise en danger quand on ne fait qu’envisager, supposer ce qui pourrait lui nuire. En attendant, on ne lui nuit pas. Elle peut dormir sur ses deux oreilles. Adopter l’idée de se laisser vivre sans vouloir agir sur soi ou se changer, ne sert à rien si elle conduit à une nouvelle recherche de ce qui pourrait nous permettre de faire cela. Ce sera encore envisager et caresser des hypothèses sans agir. Tant qu’on ne fait qu’envisager, on ne fait rien. C’est mental.

 Peu importe la vision du monde, de la vie que l’on a, à quelles valeurs on tient, quels principes sont évidents pour nous, si une volonté découle d’eux et crée un objet de pensée, elle nous fait du mal, elle est le mal.

 En étant pensée, n’importe quelle manifestation de la vie ne peut pas conserver sa nature. Un objet de pensée et une manifestation de la vie sont fondamentalement différents. Si on sait vraiment que le sens que l’on a appris à donner à « angoisse » est une chose de nature mentale, et que l’angoisse ressentie en est une autre, il n’y a plus aucune raison de prendre ce sens culturel pour la réalité, il ne fait que la suggérer plus ou moins bien et nous permettre de la mieux discerner. 

Mais de plus, cet objet de pensée s’inscrit obligatoirement dans un système de pensée auquel l’objet de pensée doit s’adapter. Au final, ce que la pensée ou la culture appelle ceci est une dénaturation et une falsification de la réalité. On sait déjà que les bons sentiments et les bonnes intentions cachent des désirs tout à fait différents ; On peut être sûr que si des propos épousent l’ordre établi, c’est que du refoulement et du travestissement sont passés par là parce que la nature se fiche éperdument de ces histoires. Quel bien sert-on en choisissant le parti de la falsification et du travestissement pour être comme il faut ? Je ne savais pas que c’étaient des qualités. Je ne savais pas que les désagréments ressentis en se mentant à soi-même étaient le bien. L’intérêt que l’on choisit, c’est celui de la société, pas le sien.

Agir ou servir ses propres intérêts – pas besoin de volonté pour cela – et pas ceux de la société s’ils sont contraires.

D’autre part, la communication est une forme de sujétion Le plus important ou l’objectif principal dans la communication est de satisfaire l’attente, les besoins de l’interlocuteur . Mais avec l’interlocuteur, on fonctionne comme on a toujours fonctionné avec les autres, avec le monde. On soit se plier à eux ou les contenter ; C’était la volonté initiale de l’entourage que nous tenions compte surtout du monde. . Sujétion du fait de cette dépendance.

Nous n’avons absolument pas choisi ces impératifs culturels, on en a hérité, et nous sommes absolument incapables de les refuser, de les changer. Nous ne sommes pour rien, personnellement, dans cette dualité qui s’est installé en nous, et dans cette pression qui pèse sur l’objet de pensée soi pour lequel nous nous prenons ; Je ne savais pas qu’on pouvait être fier de cette servitude, de cette surveillance et de cette pression constantes. Je ne savais pas que c’est bien de faire sentir aux autres cette situation.

 

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