LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

30 août, 2020

LA CITE DES MUETS

Classé dans : Verbe — inconnaissance @ 11:47

Ce serait absurde d’être contre la communication. On peut raisonnablement penser que seules les créatures vivantes (arbres, animaux, hommes par exemple) communiquent entre elles. La communication, c’est la vie. Le problème, c’est que pour communiquer à propos des hommes, les hommes utilisent en priorité un outil mort et dévastateur : le verbe, et pas n’importe lequel.

Je pense que la communication par le verbe ne doit servir que de deux façons : en faire un moyen pour suggérer l’indicible comme en poésie ou dans la grande littérature ou fournir les informations pratiques, indiquer les faits. Reste quand même peut-être le verbe pour détruire le verbe comme on détruit un poison par un contre-poison.

Il y a des mots, des concepts, des formules fréquents ou majoritaires dans une société. Le genre de ceux que l’on utilise aujourd’hui diffère de celui qui prévalait dans l’Antiquité ou au Moyen-Âge. Or, on a vu que c’était avec eux que l’on se pensait et que l’on pensait les autres.

- Bon, vous ! Ca va pas du tout. On va vous envoyer un psychologue, une assistant sociale, un médecin, votre maire, un curé, votre employeur, un policier, pour tenter de vous remettre dans le droit chemin car vous semblez avoir perdu de vue que ce que vous dites et ce que vous pensez doit s’intégrer dans le discours ambiant, doit convenir à la société, doit valoir quelque chose pour elle. Tout ce qu’il se passe en vous doit satisfaire la morale en vigueur, la norme en vigueur, les besoins en vigueur de la société, les convenances et coutumes, les critères du rôle que vous avez dans la société, les préconisations des médecins qui défilent à la télé etc

Alors que si vous continuez comme cela, on ne pourra rien faire de vous. Il faut bien que l’on fasse quelque chose de vous. C’est ce que vous souhaitez, non ? Pensez-y

- Ainsi, je dois pouvoir faire quelque chose de tout ce que je dis et de tout ce que je pense. Je dois m’en saisir, le concevoir dans la durée , en faire un système qui s’intègre dans celui qui existe déjà. Il faut qu’il y ait une raison, (une bonne) il faut qu’il y ait un but (un bon). L’inutilité, non ! L’imprévoyance, non !

Si je me mets en question comme vous m’y invitez, si « moi-même » devient une question, la question est sans réponse. Je n’en ai pas. Et c’est gênant. Si je veux apporter une réponse à mon sujet, je vais la chercher dans un savoir, dans des réponses qui existent déjà. Si une conscience de soi satisfaisante peut exister, ce sera la conscience de la réponse que j’ai apportée.

C’est ainsi que se penser ou être pensé par les autres ou la société, c’est tout un . Elle seule propose des réponses que l’on adopte.Et on va les adopter parce qu’on ne cessera jamais de nous demander qui nous sommes, ce qu’on fait. Avez-vous déjà rencontré quelqu’un qui répond : « rien » aux deux questions. ?

Mais je ferais simplement remarquer que c’est comme cela depuis le tout début, et je ne suis pour rien dans cette ignorance, et je ne suis pour rien dans ses immenses conséquences. Immenses, parce que imaginez une seconde que vous ayez la conscience intime, complète, assurée – non conceptuelle – de ce que vous êtes dès le départ, , tout serait fichu en l’air; la société doit tout à cette ignorance. 

On n’a pas besoin de réfléchir, de se poser de questions pour faire son devoir ou faire comme les autres. S’il y a un doute, on cherche dans sa mémoire ce qu’on a oublié. Mais on n’a pas besoin de réponses si on ne se met pas en question. Donc je comprends votre manège.

 A chaque fois qu’une pensée traverse notre esprit et secrète un soi (quand un soi est l’objet explicite ou implicite de cette pensée), à chaque fois que se déroule ce processus qui nous met en scène, le soi prend un sens avec tout ce qu’on nous a appris (connaissances et endoctrinement) On s’est constitué une identité, une valeur, avec les valeurs de la société. En tant que père ou que mère on fonctionne conformément à la socioculture en place et on attend qu’on nous traite comme tels, en tant que qu’employé ou patron, on fonctionne conformément à la socioculture en place et on attend qu’on nous traite comme tels, en tant qu’homosexuel, on fonctionne conformément à la socioculture et on attend que l’on nous traite comme tel, en tant que personne honnête, en tant que chrétien, en tant détenteur d’un libre-arbitre, on fonctionne conformément à la socioculture en place, et on attend qu’on nous traite comme tel;. On passe de l’un à l’autre ou on essaie d’être plusieurs concepts en même temps. Ce qui n’est pas toujours facile..

 Donc on ne SE pense pas, on n’a pas le souci de SOI, on pense ou on a le souci de celui qui est, qui fonctionne, qui communique dans la société ou avec les autres. . Si on a une raison de communiquer et si l’autre est un but conscient, alors la pensée prend les paroles des autres comme source.

Ce qui est nommé, quoi que ce soit – une chose, une personne, un événement, une idée etc – est nommé avec un mot ou un concept de la culture actualisé par la société. Il faut bien nommer pour communiquer, dans le cadre de la parole ou de l’écrit. Mais jamais les mots ne sont vécus comme des créations personnelles. Jamais ils ne nous apparaissent comme notre propriété.

Jamais le sens qu’ils ont n’est vécu comme une création de soi mais comme un emprunt. Jamais la valeur, l’importance, le prix, l’intérêt qu’ils expriment ne sont vécus comme des avis personnels. C’est reçu. Ce qui est désigné par eux, quoi que ce soit, a donc un sens et une valeur attribués par d’autres que nous. « Moi », « je » a le sens et la valeur attribués par d’autres que nous. Si je me pose la question de je ou moi, (qui est je) pas de réponse. La réponse, je vais la chercher ailleurs.

 Alors on est pensé par d’autres que nous; on est jugé par d’autres que nous. Complètement.

Si on se pose franchement la question : d’où vient notre désir, il y a des chances que nous ne nous soyons pas aperçus que c’est un désir de quelque chose que la socioculture aura mis en valeur ou nous aura inoculé . Même le mal, comment se réjouirait-on du mal que l’on fait, si on ne pouvait pas savoir que c’est le contraire de ce que la société a déclaré bien ? La société ne s’y trompe pas qui fait beucoup plus de publicité à ceux qui s’adonnent à ce que l’on nomme le mal, le vice, qu’à ce qui est considéré comme bien; Si le bien était plus désiré, faisait plus rêver que le mal, ce serait le contraire. Dans un sens, à un certain niveau, on peut dire, contrairement à Spinoza : le désir est l’essence de la société; Voyez d’ailleurs comme elle vous harcèle.

La valeur, le jugement, l’idéal, l’importance, l’intérêt, le prix, qui suscitent notre désir ne sont pas les nôtres, donc le désir n’est pas le nôtre. . Or on croit que si. Le désir de la pensée-je n’est pas le désir de l’être, de l’individu vivant, c’est le désir prescrit par la société. Voir dans quelque chose une occasion de faire le bien et d’être bien, c’est faire ce que la société prescrit. On est bien par rapport à elle.

Et voilà, il me faudrait détruire tout ce que je viens d’écrire dans la mesure où j’ai probablement créé un sachant en vous avec des idées que tout le monde peut comprendre et que l’on appréciera peut-être. Le sachant s’en saisira et en fera un nouveau savoir dans le prolongement de l’ancien, alors que j’ai essayé d’être aussi proche que possible de ce qu’il se passait en moi, des processus qui s’y déroulaient en espérant toucher ce qu’il se passait en vous. Chaque fois que j’écris une phrase, c’est ce que vous allez comprendre, c’est le souci de la façon dont j’écris qui tendent à me faire oublier ce que je voulais dire, ou mieux, ce qu’il y avait en moi avant que je ne mette cela par écrit. La priorité devient : être compris, dire ce qui est compréhensible, dire ce que vous pouvez accepter. Or je ne peux pas en même temps me prendre comme référence, et vous prendre comme référence.

Ce qui est en soi, ce que l’on ressent, ce que l’on éprouve, les sentiments même à leur source, ne se domestiquent qu’à partir du moment où ils sont pensés. Avant, ils sont sans nécessité d’un autre. .La pensée qui s’empare de ce que nous éprouvons, ressentons directement, non seulement le transforme, le dénature, mais ce faisant, elle nous le vole, ce n’est plus notre conscience, c’est la pensée de la société. Et on se méprend si on ne le sait pas. Au fond, nous sommes tous des êtres dont le coeur est un enfant sauvage, un enfant sauvage qui désespère de ne pouvoir sortir de sa cage et finit par se résigner. .

Il ne faudrait pas avoir et montrer tel sentiment, telle émotion, telle idée, telle intention parce qu’ils ne seraient pas d’actualité ou éclairés ou convenables ou matures ou utiles ou je ne sais quoi. Il y aura toujours des gens qui se croiront investis de la mission de nous remettre dans le droit chemin. Un policier, un médecin, un psychologue, un politique, une assistante sociale etc

Besoin de savoir et de bien = régime de la communication. On vit la vie du produit de la socioculture. . C’est lui qui règne.

Le besoin de savoir du produit-je de la pensée conditionnée, c’est le besoin d’aller chercher des réponses, des solutions, dans ce qu’on nous a appris, enseigné, dans les vérités établies. Et si vous vous souciez des valeurs, du bien, vous mettez la société à la une dans votre vie, il s’agira des valeurs ou du bien en circulation. Il s’agira de la scène sociale.

Si on sait ce que l’on est, dans quel état on est à un moment donné, c’est que c’est quelque chose de connu, c’est quelque chose de prévu par la culture, c’est une pensée conditionnée, pas notre vérité.

Si on sait pourquoi on agit, la raison était déjà conditionnée, prête à l’emploi

Le vie qui trouve à s’employer, c’est l’utilité que l’on va chercher où l’on sait.

Sa propre existence, ce sont des valeurs, celles que l’on a collectées et que l’on prend naïvement pour des valeurs personnelles.

Quand un grand enfant ou un jeune adolescent vit quelque chose de fort, (comme Alexandre dans « les amitiés particulières » Tandis que beaucoup, défendant leur chapelle, s’excite sur l’homosexualité, il est annoncé dès son apparition, que c’est l’agneau du sacrifice) il ne conceptualise pas, il ne calcule pas. Ce sont les adultes qui lui apprennent de quelles sources conceptuelles il pourrait être la proie, à quelle sauce il risque d’être mangé. Le vice corrompt la pureté. La pureté n’est pas de taille, elle est sans défense.

Tout prend sa source dans une communication potentielle. Mais on ne peut pas être vraiment honnête, être vrai, si on prend comme référence les autres, si on part d’eux et non pas de soi. Les vérités et les valeurs humaines collectives sont un leurre, des fictions, elles n’existent pas; alors que ce qu’on éprouve existe et est vrai. Alors depuis quand les fantasmes sur ce qui serait collectivement vrai, bon pourraient-ils, devraient-ils nous interdire d’exprimer qui on est ? Il y a beaucoup de beauté, de force, de richesse, dans la communication intense sans les mots, mais on ne construit pas de monde, on ne se projette pas, l’utilité et la prévoyance ne sont pas de mise. Ce que nous sommes en vérité est muet.

Faire de soi une question, s’interroger sur soi-même et son existence, c’est en arriver à exister pour les autres, dans le regard des autres, les paroles des autres, les désirs des autres. puis de la société . C’est la suite logique. Ce sera la réponse. A défaut de savoir ce qu’on fait là, on sait qu’on remplit une fonction.

La quête, la recherche pour soi-même qui nous anime n’a pas d’autre nom que « société » : Il suffirait que la façon dont elle se présente, ce qu’on en dit, tout ce qu’on nous a raconté à son sujet, l’endoctrinement que l’on a subi pour lui donner un sens n’aient plus le moindre intérêt , pour que cela s’arrête.

Grosse erreur de croire que l’on va trouver son bonheur ici-bas en étant ces concepts, ces rôles, ces fonctions définis par la socioculture. Le plaisir, sera indirect ou pris en contrebande; Mettre ses espoirs en eux, par naîveté, par conviction, n’apportera que la déception.

p.s. Je ne me renie pas. je ne renie pas ce que j’ai été. C’était sincère. Donc je ne renie pas mes articles anciens, mais ils sont, de fait, dépassés. Je suis dans les articles récents.   

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