LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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23 septembre, 2020

TOURS DE RÔLES

Classé dans : Mal — inconnaissance @ 11:03

On ne va jamais chercher ailleurs que dans le monde dont on nous explique le sens, dont on fait des connaissances, les éléments nécessaires pour se penser. On ne construit pas son identité autrement qu’en prenant dans le monde tel qu’on nous le présente les éléments qui semblent nous la procurer, à savoir tout ce qui parle des hommes de la vie, de nous.

C’est comme si nous étions, pour les autres et pour nous-même, un homme invisible, et ce n’est qu’en entrant dans le grand magasin du monde, que l’on peut, à l’image de ce qu’il se passe dans le film, se vêtir avec tout un tas d’articles qui nous donneront une visibilité et une identité. Ou c’est comme si des aspects, des parties du monde dans lequel on est projeté avaient le pouvoir de venir se coller sur nous. Tout ce qu’on a collecté comme sens et connaissances pour se penser, se construire une identité, pour se donner un sens, on l’a pris dans le monde qui était à notre portée, et nulle part ailleurs. (même les mots de la religion sont des mots ordinaires, connus, son sens est un sens connu, bien terrestre, bien humain )

La pensée-je ou le soi dans la conscience d’un soi séparé, appartient au monde, c’est une sorte de dérivation ou d’appendice ou d’extrait ou d’échantillon du monde. Nous c’est lui. Prendre connaissance de nous ou prendre connaissance du monde (qui a été, qui est en partie) c’est pareil. 

Quand on croit faire fonctionner son libre-arbitre, on ne fait que donner l’occasion à un de ces aspects de prendre le dessus sur les autres. Les conditions, la situation sollicitent la réponse correspondante.

Se mettre à exister et à acquérir un sens à travers le regard des autres, c’est se mettre à exister et à acquérir un sens à travers le sens donné au regard, se mettre à exister et à acquérir un sens à travers les paroles et les désirs des autres, c’est se mettre à exister à travers le sens du monde qu’ils contiennent.

Vous constatez bien cet irrépressible besoin, cet automatisme qui nous fait prendre à témoin on ne sait qui dans nos pensées, qui nous fait inventer un dialogue intérieur, un interlocuteur, un autre  ! . Vous voyez bien qu’il n’arrive jamais que nous soyons, dans nos pensées, complètement seuls, ne dépendant de personne. Vous voyez bien que cette dualité est un jeu mental dont on ne se détourne jamais. Hein que j’existe ! Hein que j’ai de la valeur ! Couple infernal, divorce impossible .Il y a mille manières de parvenir à l’état où on peut se dire : j’existe et je suis bien, ou mille dépendances ou références dans le monde. Courir souvent, comploter parfois.

Alors, dans tout ce qui a de la valeur pour nous, dans tout ce qu’on désire, dans tout ce qu’on aime, qu’est-ce qui est indépendant, étranger aux valeurs qui existent dans la société ? On est tombé dans le bouillon ou le courant de celles-ci quand on était petit. Aujourd’hui, l’effet est permanent. Non seulement ce qui existe en nous existe quelque part dans le monde, mais en plus cela existe aussi dans la nature humaine, ce n’est en rien une création, une invention de nous-même, d’un supposé libre-arbitre qui n’obéirait à aucun déterminisme.

Se rend-on compte que lorsque l’on met un mot sur notre vie intérieure, nos émotions, nos désirs, nos impressions, nos sensations, on court le risque de se retrouver complice ou partisan d’un mouvement, d’un parti, d’une organisation ? Le mot en question n’a pas le sens quelque peu aseptisé du dictionnaire, ce n’est pas un simple signifié, il est l’objet de jugements collectifs, il est connoté ou réputé renvoyer à certains systèmes de pensée politiques ou religieux. Certains groupes ou catégories militants l’ont chargé de sens. Un courant de pensée, des usages dans certains milieux lui ont donné un sens particulier. C’est un moyen de se positionner dans le monde, sans l’avoir prévu, de prendre parti pour exister dans le monde. Non seulement ce mot a un sens partisan, mais en plus, par nature, il généralise. Ce qui nous met en fâcheuse posture. Dites générosité, et vous êtes compromis et engagé.

Peut-on sentir quelque chose sans l’intervention de la pensée ? La pensée a déjà nommé ce que l’on ressent avant d’avoir fait quoi que ce soit. Nommé, et aussitôt, cela fait partie d’un discours, d’un de ces sales discours de la société dont on sort sali. Mettons humeur ? Eh bien aussitôt tout un tas de considérations – bonne humeur, mauvaise humeur etc – viennent faire de ce qui était désigné un truc social pas très reluisant. Santé, mais la santé est définie par le discours médical intéressé dont on est saturé.

Forcément, parfois, on réussit quelque chose, plus ou moins durablement. Puisque la pensée-je est un effet du sens du monde, le sens du monde parfois la récompense. Mais le sens du monde peut-il satisfaire autre chose que la pensée-je ? Peut-il résoudre l’énigme de départ : qu’est-ce que je fais là ? Interrogation bien plus fondamentale et totale que ne peut l’être celle d’une pensée-je qui pose une question courante. Il y a une grande différence entre un état où la question de soi, la pensée de sa propre existence est absente et l’absence de question.

Quand on n’est plus qu’une pensée-je dans le monde et que ce dialogue remplit toute notre vie, on ne se pose plus ce genre de question. On a un sens. Si on se la pose, sans échappatoire, la réponse que peut apporter le monde est loin d’être satisfaisante. Et si la question disparaît , on ne risque plus de se prendre pour la pensée-je, on n’est plus qu’une absence Ce n’est pas si invraisemblable que cela, c’est aux autres, et seulement aux autres, que nous devons d’avoir été désigné, seulement aux autres que nous devons ce questionnement sur ce que nous sommes. Nous n’avons fait que relayer, reprendre à notre compte leur démarche.

Pardonnez-moi, mon père, parce que j’ai péché. Je m’accuse de me réjouir parfois de ce que je publie

Je m’accuse de croire que je peux être utile parce que mes idées seraient pertinentes

Comme si je devais tenir à mon existence parce qu’elle est utile et que ce ne serait pas bien de m’abstenir du service que je peux rendre à celui-ci, rendre à celle-là.

Je m’accuse ne ne pas avoir renoncé à exister et à avoir de la valeur pour le monde, Tous les autres font cela ? Je m ’en fiche  des autres !

Je m’accuse d’avoir cherché à plaire à mes lecteurs.

Je m’accuse de penser que j’ai une petite responsabilité dans la préservation du monde qui mérite de l’être.

On n’imagine pas n’avoir aucun souci du regard des autres, des paroles des autres, des désirs des autres Ce serait annuler toute notre expérience, nos connaissances des relations humaines, ce serait surtout ne plus se soucier de rejoindre les autres, d’être un des leurs. Ce serait mettre à mal la pensée-je dont la nature, la vocation, la fonction est de s’insérer dans le monde des autres. Ce serait renoncer à être aimé ce qui est notre aspiration fondamentale. Une telle attitude, selon la pensée-je serait coupable. Donc on se sociabilise, on communique, on partage, on participe, grâce à la parole. C’est notre vie. On anime, on fait vivre, on entretient, on améliore, ce personnage social. Il est au centre de nos préoccupations pour essayer de ne pas se sentir coupable, on a si souvent ce sentiment quand nous revient la mémoire de nos prestations dans la société et de nos relations.

Ah il y en a qui parlent, qui parlent, qui ont tant de choses à dire, tant d’idées, ils savent si bien parler. Quand on parle on joue un rôle. Des rôles et des rôles. On dit ce qui est censé convenir aux autres + ce qui passe pour vrai + ce qui conforte sa propre image de soi. Faire référence à un savoir qui n’est pas notre entière propriété, c’est jouer un rôle.

Très bien mais en faisant cela, on se sent toujours coupable.

Si nos valeurs viennent de la société, si nos idéals, nos objectifs viennent de la société, les désirs qui en découlent sont aussi ceux de la société, c’est le désir de ce que la société a rendu désirable. Ce n’est pas notre désir, ce n’est pas un désir qui correspond à ce qu’on éprouve, ressent, avant même qu’elle lui ait donné le sens qui lui convient. On est faux. Même là, ça ne va pas parce qu’on n’est pas à jour et on ne sera jamais aux niveau de ce que les-mots catégories nous assignent comme buts. C’est mal agir à notre égard et à l’égard de notre prochain d’accepter la souillure que les mots projettent sur nous en nous fixant des conditions à remplir utopiques, des objectifs inatteignables.

C’est mal de se rendre complice de mots qui généralisent automatiquement. C’est mal de continuer à croire en l’existence d’un sens commun qui n existe pas, c’est à dire d’une société qui n’existe que dans nos rêves. . Et c’est mal d’apporter notre soutien sans le vouloir à des partis à l’oeuvre dans la société.

Le pire du pire, c’est que c’est avec une bonne intention, par amour des autres, que l’on accepte de fonctionner de cette façon, de se salir et de salir les autres, et de s’identifier à cette saleté, en jouant le jeu de la sociabilité. Et si le monde vous dégoûte, viscéralement, la pensée-je vous dégoûte viscéralement aussi car puisque l’on est un appendice, une dérivation, un extrait du monde, et que ce monde est complètement corrompu, on ne peut que l’être aussi.

 

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