LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

23 novembre, 2015

LE RECYCLAGE DES DECHETS

Classé dans : Abnegation — inconnaissance @ 14:42

On est prédisposé à pâtir ou au plaisir, à la tristesse ou à la joie. Il suffit, pour savoir ce qu’il en est pour nous, de descendre un peu dans notre état d’âme habituel, sous-jacent. De humer notre être. Il est certain que la disposition est déjà là, profondément enfouie ; notre mental a mille tours pour nous mettre dans cette disposition. Il suffit, pour s’en convaincre, de partir d’une tristesse ou d’une peine plus consciente mais non rationnelle, non expliquée, et d’en chercher la source. On prend conscience de l’étendue et de la profondeur du problème, du fait qu’il nous imprègne. Est-ce une fatalité contre laquelle on est impuissant ou une malchance rectifiable ?

Pour en parler autrement, à chaque instant des impressions, des sensations des pensées, des réactions se manifestent sans nous demander notre autorisation et notre avis.. Elles sont d’une certaine sorte et elles ont un certain effet sur nous, sans que nous le voulions. C’est l’état de conscience. Impressions, sensations, pensées, réactions et leurs effets agréables ou désagréables, attristantes ou pas. C’est ainsi. Quel genre d’effet majoritairement ? Nous sommes prédisposés à privilégier, surestimer les effets négatifs ou pas, à leur donner de l’importance, de la valeur ou pas. Si nous sommes prédisposés à avoir des passions tristes, habitués à accueillir des sentiments ou émotions affligeants, à être branchés sur le malheur, sur les problèmes, à pâtir de tout parce que cela correspond à notre vision de l’existence, (ou notre forme d’engagement) on devine le résultat. C’est Atlas. (à moins, évidemment, que l’on se réjouisse du malheur des autres, par comparaison, intérieurement)

On dirait que nous sommes enfermés dans une prison à roulettes – l’instant présent laisse la place à l’instant présent suivant etc – nous n’avons pas le pouvoir de nous déplacer dans le passé ou le futur pour les modifier. Il semblerait que nous n’avons pas d’autre solution que l’action présente si tant est qu’elle soit possible et non déjà déterminée. On aurait envie de dire : derrière nous, notre destin, notre histoire, notre évolution poussent, comme un bulldozer, devant nous, le monde, les autres, la société nous aspirent avec tous les pouvoirs dont ils sont pourvus, comme un aspirateur géant, Et nous, on est au milieu, dans notre prison à roulette. Impuissants. Mais ce n’est pas tout à fait vrai, C’est un fait, le passé est enfermé en nous sous forme de mémoire, de conditionnement, on peut le modifier et infléchir la trajectoire. Et le futur doit d’abord nous atteindre avant de produire son effet On peut agir sur notre rapport à lui en réduisant son pouvoir et en évitant, le plus possible, ses pièges.

De toute façon, il y a des lois, des structures, des processus qui interviennent régulièrement dans la façon dont la mémoire et le monde agissent. .

L’Occident a fait peser sur les personnes toute la charge, toute la responsabilité, toute la faute de ce qui ne va pas dans le monde ou la société. En fait, elles sont écartelées (comme dit UG) entre le fait d’être un enjeu et le devoir de s’abstraire, entre une responsabilité croissante et une abnégation, un renoncement à soi indispensables. Tout ce qui est mal vient de nous, tout ce qui est bien vient de l’ordre établi et de ses fidèles représentants. (Autre version : tout ce qui est mal, vient de nous, tout ce qui est bien vient de Dieu. C’est la philosophie pour les nuls) De quoi piquer une crise. Et que faire des déchets, de tous ceux qui ne surmontent pas cet écartèlement et deviennent, plus ou moins, paumés ou asociaux ?

Chacun doit être totalement dévoué à des raisons abstraites et générales qui expriment l’ordre établi. Générale : on a vu que le groupe est le référent, le guide. C’est tout ce qui peut être considéré comme commun. Dès qu’une raison est partagée, elle acquiert la force de s’imposer. Abstraite : s’abstraire soi-même pour laisser toute la place à la pensée du monde. Or soi est une conscience, le monde est une pensée abstraite.

Donnons deux exemples de ce que nous appelons raisons abstraites et générales et leur utilisation ou recours. Pierre BOURETZ déclare dans l’émission « hors-champs » sur France culture (je souligne le mot important et tendancieux) :  » la jeunesse qu’on a VOULU massacrer vendredi soir, c’est une jeunesse cosmopolite, droit-de-l’hommiste, engagée, citoyenne, cultivée avec sa culture, qui n’aime pas les frontières etc » bref, à travers ces bons jeunes (contrairement à d’autres) c’est le cosmopolitisme, le droit-de-l’hommisme, l’engagement etc qu’on a voulu atteindre. . Imaginez que ceci devienne une vérité historique enseignée plus tard dans les écoles . Voilà l’Histoire et ses raisons...

Autre exemple aussi flagrant. C’est comme si les raisons abstraites et générales citées (ex désert moral, crédos, croyance, volonté, espoir, foi) avaient leur vie, leur liberté et leur pouvoir propres, indépendants des individus – comme des êtres. Régis DEBRAY déclare : « Un désert moral appelle des consolations du côté de l’extrême. (et tac ndr) Une société sans rites et sans crédos ne pose en guise d’accomplissement que la course au fric et le chacun pour soi, (et retac ndr) c’est tout cadeau pour l’obscurantisme et le fanatisme. (ah zut ! );[;.]…ce qui me semble le plus grave, de tout cela, c’est notre impuissance à croire en quoi que ce soit, or ce sont les croyants qui font les combattants. Est-ce qu’on peut retrouver une volonté donc un espoir, donc une foi. (logique ! ndr) Tous les hommes de l’histoire, ont eu une foi en quelque chose de plus grand qu’eux  » On est peu de chose ! Cherche crédo, désespérément pour résoudre mon désert moral. M’écrire pour toute suggestion.

La dimension générale et abstraite d’une raison -qu’il s’agisse d’une idée, d’un mot, d’un jugement ou d’un reproche basé sur une quelconque valeur qui doit provoquer une réaction standard – est démontée quand on a intériorisé le fait que le sens donné par autrui à cette raison n’est pas le sien, et que le sien, propre à soi, n’est pas séparable du sentiment du moment Le sens que vous donnez à tel mot ne m’engage ou ne m’implique en rien. ( Chers BOURETZ et DEBRAY, le sens que je donne à cosmopolitisme ou désert moral etc m’est personnel et me convient, et je n’ai pas besoin du vôtre . Et je ne pense pas une seconde à ce que pourrait être un être en général qui correspondrait à vos conceptions de ces mots abstraits et généralisés)

Bon, c’est dans le cas où on serait quelque peu entrepris par des gens comme cela. Sinon….ils disent ce qu’ils veulent, c’est leur monde

Il faut le sacrifice, il faut le service d’une raison abstraite et supérieure c’est à dire générale, quelle qu’elle soit, il faut le témoignage qu’on est un ministre de cette cause. Notre moi veut être digne d’intérêt pour la société. Notre peine, notre aspiration, notre insatisfaction, notre souffrance en témoigneront. ( A se donne du mal..) . Peine et tristesse sont souvent destinées à être montrées aux autres et à soi-même. On ne parle pas pour agir, on parle pour se poser, socialement. Mais à force, cette posture nous influence et nous engage. Conformément à ce recours incessant à des raisons abstraites et générales, on renonce à soi, à ses désirs, à son plaisir, et on se sacrifie. Ce témoignage que l’on se donne et notre rapport à cette peine ou cette tristesse ne sont pas inconscients. Mais c’est comme s’il était coupable, inexcusable, inacceptable, inimaginable de ne pas acquiescer à notre peine ou notre tristesse. Qui osera dire : je veux jouir de la vie au maximum (sans nuire à personne), écarter autant que possible les motifs de souffrance, et l’assumer ? On hésitera le plus souvent, non seulement parce que c’est mal, mais aussi parce que l’on sait très bien qu’on n’est pas engagé dans cette démarche, et qu’on est même souvent engagé dans la démarche contraire. (voir au-dessus) D’où le jeu constant un peu hypocrite que l’on joue : on n’oserait pas prôner une vie anti-individualiste consacrée entièrement au désintéressement, et en même temps on on ne se permet pas d’être tout à fait individualiste. .L’hypocrisie de ceux qui se comportent ainsi c’est de ne pas pouvoir se revendiquer d’une façon de vivre qui implique un constant et total dévouement à des raisons abstraites générales, tout en étant incapables d’abandonner l’habitude de se dévouer pour telle raison et d’accepter d’en pâtir. (sauf maso)

C’est comme cela qu’on nous enseigne, c’est comme cela qu’on pense, c’est comme cela qu’on explique ou s’explique les choses. C’est comme cela qu’on nous demande de faire abstraction de notre petite personne et de nous consacrer à de belles idées abstraites et générales.

C’est un système qui est tellement pernicieux et qui peut aller si loin que l’on peut refuser tout plaisir, toute joie qui nous donnerait des sentiments de culpabilité aussitôt conscients. Car le ressenti est difficilement refoulable. C’est un fait, une réalité individuelle qui ne peuvent être niés. Alors il faut faire en sorte qu’ils correspondent à notre philosophie de l’existence. Si cette philosophie est anti-individualiste, toute peine sera bonne à prendre.

L’abstraction de soi n’est justifiée que si elle n’est pas volontaire, que si elle n’est pas au service d’une pensée mais effectuée spontanément et librement, par l’individu.

Pour illustrer encore le principe de se tourner vers des raisons abstraites et générales au détriment de sa propre vérité ou de soi on peut penser à poser àu genre de personnes ci-dessus et à bon nombre de gens qui ne peuvent fonctionner autrement la question : dois-je prendre cela pour moi ? Cela permet de mettre en évidence le rapport implicite, sous-entendu, mais non dit qui exist entre le locuteur et l’auditeur. Elle sera embarrassante pour celui qui veut rester dans l’abstrait et le général, c’est à dire s’abstraire et abstraire son interlocuteur de façon à aboutir à une pensée la plus intemporelle, la plus détachée du contexte particulier possible. Le but est de faire adopter cette façon de penser , de généraliser à partir de choses abstraites. C’est si gratifiant pour le moi. Ah les bonimenteurs !

La caractéristique de toutes ces raisons est d’être abstraite et générale et non concrète, précise, démontrée. et de décrire un homme général et abstrait On est toujours invité par nos pensées ou par les autres à nous soumettre ou à nous fier à ce genre de raisons qui se présentent sous forme d’idées, de mots, de jugements, de reproches basés sur des valeurs, sous l’unique prétexte qu’ils sont consacrés par la culture, par l’usage, par des autorités, et parce qu’ils ne sont pas nous. L’énorme propagande anti-individualiste rejoint et sert le service des raisons abstraites et générales.

Mais on peut aussi se tourner dans la direction opposée, se prendre comme référent, refuser de s’abstraire, et prendre en compte son propre sentiment, son propre désir, sa propre compréhension – celle que l’on peut assumer – sans jamais adopter ce qu’une quelconque autorité voudrait imposer On peut refuser de s’abstraire, refuser de se lancer dans le service de quelque chose qui nous échappe ou nous dépasse . refuser de ne pas tenir compte de l’effet que cela aurait sur soi, refuser la peine ou la souffrance que tout service d’une telle raison nous occasionnerait, refuser un bienfait futur, hypothétique, dépendant des autres, refuser de devenir un être purement mental produit de l’adhésion à de l’abstrait et du général. Dans le cas contraire, il y a de fortes chances que nous obligions, si nous en avons la possibilité, les autres à faire de même.

- Ne voulez-vous pas servir une noble cause, un intérêt supérieur

- Prenez un ticket, et attendez, il y a du monde avant vous.

Je n’ai même pas à justifier devant quiconque mon rapport ou mon usage de telle ou telle raison puisque je n’en fais pas un système et je n’ai pas l’intention d’en faire un système, c’est seulement pour moi.

Qu’est-ce qui nous culpabilise ? Qu’est-ce qui nous empêche, sous le seul prétexte que c’est une raison générale, supérieure, de mépriser ce qui nous attristerait, nous affligerait, nous ferait souffrir quand on peut l’éviter ? Qu’est-ce qui nous empêche de redevenir propriétaires de nous-même et d’en jouir ?

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Ôtes-toi de mon soleil

C’est la croyance qu’on a affaire à quelque chose qui doit nous apporter le bonheur, l’amour, la vérité. La dépendance affective persiste parce qu’on veut se convaincre que l’autre est un être aimant qui peut nous apporter l’amour et le bonheur. (mamamamanmanman) La croyance en Dieu persiste parce qu’on veut se convaincre que Dieu peut nous apporter bonheur, amour et vérité. (Dieu, mon Dieu, mon Dieu) La fidélité à une idée persiste parce qu’on veut se convaincre que l’idée va nous apporter la vérité et le bonheur aux hommes. Ce à quoi on croit a la nature de ce que nous avons de plus cher, de plus sacré, de plus pur, de plus vrai. Objet irréfragable et immarcescible parce que porté par un référent pur, inaccessible. (idée de socialisme dans l’idée de socialisme dans le socialisme) C’est la croyance en l’existence de formes imaginaires. La réalité peut alors prendre l’apparence de quelque chose de sublime. Quand n’est-on pas dépendant de croyances en des choses extérieures censées nous apporter le bonheur dans le bien ou la vérité ?

Etienne KLEIN note que pour l’Occident, la question métaphysique radicale est la question de l’Être et du néant. (ontologie) Notre langue substantifie des choses dont on n’a pas vérifié l’existence, et après , on se pose des questions interminables à leur sujet. La langue chinoise ne désigne pas des « étant », mais des processus de toutes sortes et cette affaire ontologique ne se pose pas.

Qu’y a-t-il de vrai dans la nature des référents des mots de nos pensées ou des paroles, que ces mots soient moraux, psychologiques, politiques etc ? Paul VALERY note aussi que « lillusion réaliste qui accorde une valeur ontologique aux mots et aux idées; est liée à l’enfance. « Toute existence qui ne peut se passer du langage et s’évanouit avec un mot ou nom, est un mythe. » Contrairement au processus qui est nécessairement évolutif, fini dans le temps, dépendant, le référent pur des mots abstraits, espèce d’être au-delà du ou des sens, est intemporel, ne dépend de rien et ne s’autorise que de lui-même. Pour prendre, par exemple, la liberté dont nous avons déjà parlé, soit c’est un absolu transcendant au-delà de l’histoire et des cultures, soit ce sont mes facultés, capacités, pouvoirs effectifs supérieurs ou inférieurs à ceux d’un autre qui aura moins ou plus de facultés, de capacités, de pouvoirs effectifs.

Notre rapport aux gens et aux choses dépend totalement de la nature que nous attribuons à ces gens ou ces choses. C’est sûr que notre rapport à un processus ne sera pas le même que notre rapport à un être irréfragable et immarcescible (l’âme par exemple) Ou si on veut, le lien entre deux êtres ne sera pas le lien entre deux processus.

Le principe de l’ontologie consiste à créer de l’être, des êtres qui soient tout esprit ou incorporels, transcendants, infiniment supérieurs. C’est la queue de comète, interminable, du Dieu monothéiste. Le référent abstrait, d’un mot abstrait très général, aura tendance à avoir cette dimension. L’être chez les autres, l’être en soi, c’est une nature extraordinaire qui donne tout son sens, toutes ses caractéristiques, aux rapports entre les hommes. Les hommes ne sont pas seulement des enfants de Dieu, ils partagent un peu de la nature de Dieu. (vous êtes des dieux) Des tas de référents abstraits et généraux acquièrent la nature d’un être : le destin, l’histoire, la société, des idées comme liberté, des personnes identifiées à l’amour. On en prend mieux conscience quand on imagine que tout ceci pourrait être considéré comme des processus ou des éléments naturels interdépendants et intégrés dans un tout.

Soit on parle du sens, et alors il est ce qu’il est pour moi, dans ma vie, soit on parle du référent du mot abstrait, alors ce référent est commun, mais il est vide. Exemple  » Un désert moral appelle des consolations du côté de l’extrême  » soit il s’agit du sens de désert moral, du sens de consolation, et alors il s’agit du mien, soit on parle du référent de désert moral, du référent de consolation, alors chacun de ces référents est commun, chacun de ces référents parait avoir une nature de principe absolu, mais il est introuvable, imaginaire. On le poursuit dans l’idée de désert moral qui se trouve dans l’idée de désert moral qui se trouve etc C‘est juste un truc que l’on pose gratuitement ou plutôt un truc qui n’existe que dans le contexte d’une phrase. . »Les abstraits purs ne sont pensables que par un contexte » (Paul VALERY)

Quel désir, quel amour ressentirons-nous pour ces référents de mots abstraits si ces référents n’ont aucune valeur ou aucune existence dans la société où l’on vit ? .Aucun. Le langage est un instrument de communication qui devient une façon de penser. Si jamais personne ne parle de « droit de l’ »homme » par exemple, il n’y a aucune raison pour qu‘on y accorde de l’intérêt. Pffuiiitttt.

Cette raison abstraite, générale, ne concerne pas un individu mais une création de l’esprit. Les non-dualistes iraient-ils jusqu’à admettre que tout ce que les hommes font est humain sans pour autant toujours approuver ? Ne s’en remette-t-il jamais à une raison abstraite qui ferait le tri ou établirait une sérieuse hiérarchie parmi les hommes ? Ne se réclame-t-il jamais d’une raison abstraite générale ?

C’est perpétuer le malheur, la misère que de vouloir faire croire que ces raisons abstraites et générales, sont autre chose que des conventions, autre chose qu’une proposition de fonctionnement de la société qui pourrait être meilleure que la précédente et à essayer d’un commun accord. Perpétuer ce malheur, c’est faire de l’individu organique, génétique, évolutif, historique, singulier un élément indifférencié, ou bien un déchet qu’il faut jeter ou recycler en le transformant.

meill1

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