LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

22 décembre, 2016

UNE HISTOIRE DE POSSEDES

Classé dans : Alienation — inconnaissance @ 14:08

Les enfants ont donc affaire à des possédés.

Il y a un moyen simple de savoir comment se présente la possession. Prenons l’exemple de l’éducation de nos enfants. Il y a des chances pour qu’on se soit assez fortement identifié à l’idée que l’on se fait d’un père ou d’une mère. Idée très conditionnée, très liée à notre histoire, à notre éducation. On s’est identifié à la mission, à la responsabilité qu’elle implique à l’égard des enfants. Très important est l’objectif éducatif que nous nous fixons – objectif éducatif synonyme de comportement, de mœurs, de morale à transmettre. La possession, c’est l’impossibilité où l’on se trouve d’échapper à la souffrance que nous cause un comportement de l’enfant qui remet en cause nos idées, l’impossibilité où l’on se trouve de changer nos valeurs de référence ou de prendre de la distance par rapport à elles. Souffrance qui déclenchera souvent la violence. La défense du type de société incluse dans notre mission est bien plus importante que la défense des intérêts de l’enfant que l’on n’a pas trop envie d’approfondir. Cette violence est ritualisée dans des cultures moins évoluées que la nôtre elle est prise en charge par le groupe tout entier.

Possession ne rime pas avec raison, mais avec passion, adulation, conviction ou foi et surtout avec accoutumance.

Les adultes ne veulent qu’une chose : être en règle avec leur conscience car leur conscience les tourmente : contradictions, conflits intérieurs, incohérences, refoulements ou répression règnent dans le psychisme. C’est la souffrance morale ou psychologique que leurs sales gosses réveillent . Il faudrait que ces sales gosses se satisfassent de ce que les adultes déclarent. (ce serait si simple)

Mais non seulement les adultes ne savent pas ce que c’est que leur conscience, non seulement ils n’évaluent ni sa profondeur ni sa dimension, mais en plus, ils en sont de zélés apôtres malgré eux. Ils confondent conscience et conscience morale, ce qui leur permet de trouver normal de coller à leur conscience. Il apparaît en effet clairement à de nombreux explorateurs du psychisme (philosophes, psychologues, spirituels) que la conscience n’est pas dissociable des objets de conscience. Or, ces objets peuvent avoir toutes sortes de nature : désir, sensation, émotion, pensées. Il est généralement déconseillé d’être possédé par des désirs (notamment sexuels) ou des émotions (colère, peur etc), mais conseillé d’être possédé par des pensées, comme si celles-ci étaient forcément éclairées, justes, fondées, prouvées. Il est pourtant difficile de connaître leur origine dans bien des cas, les cas où elles sont associées à du désir, des émotions, des sensations, des convictions.. Dans ce cas, le désir, les émotions sont bons et peuvent s’emparer de nous. C’est mal de s’emporter contre quelqu’un, mais c’est bien de s’emporter contre ce que l ’on pense être une injustice. C’est mal d’avoir un terrible désir sexuel pour certaines personnes mais bien d’avoir une terrible ambition politique. (On admire même ceux qui en font montre, surtout s’ils sont nouveaux) C’est mal de s’en prendre aux autres sauf si c’est pour la défense de quelque principe moral. Dans un cas, l’émotion ou le désir est nu, dans l’autre il a une raison sociale respectable. En fait, notre jugement sur ces désirs, émotions, sensations, convictions ne fait que relayer ou épouser celui de la société. Nous l’avons adopté. . Elle régit nos affects.

D’où vient ce tropisme qui consiste à nous démener et à nous battre pour défendre des intérêts ou atteindre des objectifs qui ne sont pas les nôtres ? (qui n’ont pas pour unique but : notre satisfaction)

La plupart du temps, le monde ou la société qui nous entourent ne sont eux-mêmes , sans qu’on y prenne garde, qu’une histoire, un scénario . Leur sens a un sens (destination. aller quelque part) et une signification (interprétation) . On est pris dans cette histoire, on la tient pour la vérité. On prend cela pour argent comptant. On ne sait ni d’où elle vient, ni ce qui l’anime, ni où elle va, ni si elle est bonne, mais on veut en être.

Ce qui veut dire que s’y insérer, c’est épouser la signification et la direction, comme le personnage d’un roman. Chaque repère, chaque valeur, chaque idée, que l’on nous sert n’est qu’une histoire. Cela fait longtemps qu’on nous la conte (depuis quand?), longtemps qu’on y croit, et longtemps qu’il est convenu d’y ajouter foi. Il n’est pas prévu de vouloir en vérifier le bien-fondé (de la République par exemple) ni de s’abstenir d’y souscrire. Et pourtant, en ce qui concerne la République, il y aurait beaucoup à redire sur «  Liberté, Egalité, Fraternité. «  On ne demande pas à un employé de critiquer les éléments constitutifs d’un projet entreprise ou au citoyen de critiquer les éléments constitutifs d’un projet de société, et surtout pas de se comporter différemment des autres. On demande à chacun de plonger dans l’histoire, d’aimer ce que tout le monde aime, de désirer ce que tout le monde désire, de partager les émotions des autres. La cause de l’autorité du maître qui motivait tant A. COMTE-SPONVILLE n’est qu’une histoire, celle qui a cours dans la société. Aucune preuve scientifique irréfutable de sa légitimité. Il faut avoir les mêmes sentiments pour cette idée. C’est le mimétisme. La quantité d’affect, d’émotion, de sentiment affectée à tel et tel événement ou telle et telle idée est soigneusement évaluée en fonction d’une échelle de valeur censée faire autorité. Le personnage du roman éprouve les sentiments prévus par le roman.

Les hommes changent, mais les principes (ou l’histoire) sont considérés comme sacrés, intangibles.

Chaque déclaration, chaque question qui porte sur quelque chose qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs, renvoie, pour être comprise, définie, à une autre idée plus fondamentale, plus générale mais tout aussi dépourvue de référent réel. On peut disserter, spéculer à l’infini sur l’affirmation ou la question, la décortiquer, mais on ne remonte pas au présupposé qu’il y a derrière. C’est à dire que l’on reste dans un cadre très limité et on ne voit pas le cadre dans lequel se trouve ce cadre. Par exemple France-culture poursuit sa propagande éhontée en faveur des migrants et pose la question : « la politique d’accueil des migrants est-elle à la hauteur ? » Comme s’il était entendu que la question de la hauteur de cette politique d’accueil se posait, devait se poser. On sauve l’histoire en attirant l’attention sur des façons de traiter des petits aspects de l’histoire, par exemple, sur l’évaluation de l’accueil.

Tout part toujours d’un savoir préalable qui n’est pas un savoir, mais un présupposé. Nous vivons dans un univers de présupposés. «  Il ne peut y avoir de question sans connaissance. Toutes les questions viennent des réponses que vous avez déjà….le fait de chercher une réponse implique que le questionneur ne veut pas que la connaissance disparaisse » (UG) Si la question es valable, c’est que le présupposé est valable ; Si le présupposé n’est plus valable, la question disparaît. .

Pourquoi cela ne s’arrêtera jamais  ? Parce qu’il n’est pas prévu de comparer l’histoire avec la réalité (il n’est pas prévu de vérifier concrètement, sérieusement, que la question de l’accueil est pertinente) et qu’il est hors de question également d’admettre clairement que ce n’est qu’une histoire. « Les choses qui n’existent pas, n’existent pas pour rien » disait Etienne KLEIN. C’est à dire que pour faux que soit ce qu’on dit d’elles, ce qu’on dit d’elles aura de l’effet, de l’influence. (tant qu’il ne sera pas avéré qu’elles n’existent pas) Même si l’Homme (l’essence) n’existe pas en tant qu’être spirituel, psychologique, culturel, moral, (il y en a autant de différents que d’individus, c‘est juste une espèce biologique) il n’en reste pas moins que ce qu’on dit de l’Homme, en faisant référence à ces registres, que tous les concepts qui dérivent de ce mot creux, ont beaucoup d’influence et d’importance. (droits de l’homme, égalité, humanisme, devoir moral, etc) L’Homme, c’est comme Dieu, cela sert à justifier un certain type de relations humaines qui passe pour La Vérité..

Le meilleur moyen d’être un bon citoyen ou de s’assimiler à une certaine société, c’est de pratiquer le mimétisme. Aimer, désirer les mêmes choses que les autres, faire les mêmes choses que les autres, penser et dire les mêmes choses que les autres . Que deviendraient les objectifs, les valeurs, les activités qui nous occupent si plus personne n’y accordaient d’intérêt ? Pour subsister, il faudrait que leur intérêt pour nous soit véridique et non pollué par le mimétisme. Mimétisme et possession vont de pair. L’appartenance au groupe, l’amour du groupe, c’est la possession.

villa

Les mettre en péril déclenche des réactions violentes. A contrario, le plus puissant ferment de la singularisation consiste à n’imiter en rien les autres à renoncer à tout désir d’appartenir à quelque groupe, ou communauté que ce soit. L’individu n’est ni possédé, ni violent, il n’a pas de vue sur les autres. . On ne le verra jamais en train de vociférer devant une foule.

Mine de rien, on est sans cesse en train d’essayer d’aimer les mêmes choses que les autres, de désirer les mêmes choses que les autres, de s’inquiéter si c’est c’est bien le cas. . Suivre cette voie, c’est renoncer à sa propre volonté, c’est renoncer à réaliser ses propres objectifs, à satisfaire ses propres désirs, en tout. On pense, on pense…et quand on commence à parler tout haut, tout seul, on nous met dans un asile d’aliénés.

La comparaison, comme opération mentale, peut être utile. Mais si on se compare avec les autres, le monde, si on en est arrivé à penser que les autres, le monde, sont des références, et qu’on doit les prendre comme modèles, si c’est cela notre but, alors on n’existe plus. La seule façon d’exister est alors d’exister comme les autres, comme le stipule le monde. On se consacre totalement à ce que pensent les autres, à ce que désirent les autres, à ce qu’éprouvent les autres, à ce qu’aiment les autres etc (la télé est le temple de cette religion. Pour éviter que vous réfléchissiez, elle répète, répète, répète, répète. Bourrage de crâne, lavage de cerveau) On est vraiment alors des possédés. Il ne saurait plus être question d’une position assurée, sereine, forte à partir de laquelle on n’a rien à demander aux autres pour être.

Impossible de donner la mesure de son intelligence, de ses facultés si on est d’abord soucieux d’être ce que les autres veulent qu’on soit, soucieux de ne pas déplaire, de ne pas froisser.

Chacun éprouve des sentiments, des émotions selon sa perception des choses. Mais comment peut-on accepter que ces sentiments ou ces émotions soient orchestrés par d’autres que nous, qu’ils fassent l’objet d’une entreprise, comme s’ils devenaient des sortes de devoir, de vérité établie par d’autres.

«  Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m’importe ! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres. «  (SADE)

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