LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

9 août, 2016

TELLE EST L’ÂME

Classé dans : Ame — inconnaissance @ 16:21

Si vous demandez à quelqu’un, non pas pourquoi il pense – la pensée est aussi naturelle que la circulation sanguine ou la respiration – mais quel objectif ont ses pensées, il admettra peut-être qu’il essaie toujours de trouver un sens, un ordre, une raison d’être, une intelligibilité à la vie et au monde qui l’entoure. Il voudrait comprendre. Trop d’absurdité, trop d’incohérences, trop de mystère, trop d’aberrations….Qu’est-ce que je fiche dans ce bazar ? ! Parfois, on parvient à échafauder une conception globale qui nous satisfait à peu près. A peu près parce que ce n’est jamais complet, parfaitement satisfaisant, permanent, imparable. L’existence reste une énigme. Et ce fait nous gêne énormément. Elle reste une énigme même pour ceux, quoi qu’ils en disent, qui non contents d’avoir trouvé une raison d’exister, veulent, en plus, convertir les autres à leur conception. (dans le but de donner à cette dernière une plus-value)

Cette loi de l’existence humaine est d’autant plus cruelle, révoltante, que la philosophie de la vie qui fonctionne le mieux, n’est pas celle que l’on élaborera en traquant le vrai, l’efficace, le rationnel, en étant exigeant avec soi, mais celle qui s’en tient à quelques illusions et quelques observations limitées. La vie pépère ou la vie dans un milieu protégé. Mais il n’est pas recommandé de se payer de lunes, d’être naïf, et d’avoir, en même temps, de grandes ambitions. Par exemple, ce que craint le plus une religion monothéiste, ce n’est pas l’hérésie ou une religion adverse ou même l’incroyance, non, c’est l’activité de réflexion personnelle (essence des Lumières) la quête du savoir et de la vérité démontrée. (d’où l’appel constant du Pape François à la niaiserie, à la régression mentale)

Rechercher le vrai, l’efficace, le rationnel, l’intelligible, c’est se servir des sens, de l’observation intérieure et extérieure, et du raisonnement. Avec ces outils, un certain type d’objet d’étude et d’analyse se dégage. Avec la foi ou la croyance, avec les sentiments, avec l’imagination, avec l’aspiration ou les pulsions comme moyens de recherche, c’est un autre type de monde qui se dégage. (en passant, il faut faire la part des choses : le voile de scepticisme qui s’étend aujourd’hui et que certains regrettent, est injustifié s’il concerne des vérités démontrées, il est justifié s’il concerne des choses que la croyance et les pouvoirs façonnent)

On peut se servir de ces deux catégories. Ceux qui appartiennent à cette seconde catégorie, ne croient pas nécessairement en Dieu (trop lié à des religions qui ont fait la preuve de leur abjection). En revanche, ils croient fermement, obstinément, à l’existence d’une sorte d’âme. (le mot est plus approprié que le mot esprit qui est trop cérébral) Mais ils ne s’en rendent guère compte. « Qu’est-ce que l’âme » était une question du catéchisme. Et Dieu n’était pas loin. Aujourd’hui, c’est plus flou, plus informel. L’âme , pour les gens de la seconde catégorie, inspire leurs connaissances, leurs sentiments et leurs actions ou ils cherchent dans les connaissances, sentiments, actions des autres l’âme qui les inspire. Et ce qu’ils cherchent, en eux ou chez les autres, la source, derrière, au-delà, est insaisissable, spirituel, mais central et puissant.Source, centre, spirituel, vie humaine…Commençons par le plus flagrant.

Quand on est révolté, quand on a la rage, la haine, quand on veut se venger de la vie qu’on a eue, pourquoi s’en prendre à des gens qui ne nous ont rien fait, qui ne nous font rien, qui nous aideraient peut-être d’ailleurs, qui sont sans doute dans une situation analogue à la nôtre ? (croyance, pulsions, imagination etc) Qui nous fait souffrir, qui nous rend malheureux, qui nous tient prisonnier, qui nous écrase du talon, nous met plus bas que terre, qui nous condamne pour des méfaits que nous n’avons pas commis ? Cet ennemi exécrable qu’il faut abattre est en nous. C’est la morale. (vision globale plus ou moins fanatique) C’est elle qui nous met en rage du fait, déjà, de notre impuissance. L’ennemi est à l’intérieur.

La morale est liberticide, injuste, aveugle, dévastatrice, débile, immorale. Elle nous réduit en esclavage. Mais comme, depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui la morale est considérée comme un trésor de la civilisation, comme on donnerait le bon dieu sans confession à ses intentions affichées, à sa profession de foi il serait maladroit de s’en prendre à elle. Plutôt que de s’attaquer à la morale proprement dite, à la conscience morale et à son aboutissement le plus consensuel : être en paix avec soi-même, parlons des effets de la morale dans l’existence, de ce qui se passe sous son règne ou dès qu’elle surgit..

A moins de considérer qu’être un esclave ou que ressembler à un prisonnier dans sa cellule, c’est bien ; que la souffrance incompréhensible, c’est bien ; qu’être humilié, ridiculisé, c’est bien ; que le développement de la haine et de l’imbécillité, c’est bien ; à moins de considérer que sa propre détresse ou son propre échec n’ont aucune importance du moment que la morale autour de soi et surtout en soi est préservée, renforcée, glorifiée, bref, à moins de n’avoir aucun souci de soi, de son bien-être, la démarche est utile. . Chaque parcelle de morale exterminée, c’est un peu de liberté et de joie gagnée. Or, si la liberté ne nourrit pas son homme, il n’y a pas d’homme sans liberté.

La rage, la haine s’expliquent en partie de la façon suivante. Quand le but à atteindre est exclusivement décidé par l’autre (tout ce qui fait altérité) l’investissement pour l’atteindre, la réussite dépendent beaucoup de notre rapport à l’autre. Si ce rapport est détestable pour différentes raisons, l’investissement s’en ressentira beaucoup, la satisfaction de l’autre étant devenue insupportable. Pourtant, il faudra subir ses reproches ; Si pendant toute l’enfance, le rapport à l’autre est détestable et les reproches continuels, l’envie de s’en prendre à l’autre augmente, devient un but en soi, alimenté par la rage ou la haine de l’autre. Quel que soit le but ou la tâche, l’essentiel est de se venger.

Mais quelle idiotie, aussi, d’avoir été si totalement altruiste, désintéressé, d’avoir nié ses propres désirs et de s’être consacré totalement à la poursuite du but décidé par l’autre. Si on ne s’était pas identifié à ce but assigné par l’autre, on n’en serait pas là.

La rage ou la haine est d’autant plus irréductible que la vertu de l’altruisme, estimée par tout le monde et devenue une pierre angulaire de notre façon de penser ou de vivre, est ce qui nous a complètement piégé. L’altruisme (le culte de l’altérité) est ce qui nous a fait endosser l’insupportable : une demande discutable exprimée par quelqu’un de détestable. La morale nous dicte des buts. A nous de les atteindre. Si vous l’aimez, vous y travaillerez de bon cœur, sinon…(voir au-dessus)

Comment peut-on se rendre malheureux d’avoir échoué à atteindre un objectif qui n’était fixé que par les autres ?

Et l’âme dans tout cela ? Voilà !

La morale tire tout son pouvoir, assure son existence d’une seule et unique croyance profondément enracinée en nous : la croyance en un jugement ultime, dans un au-delà que chacun fantasme pour son propre compte en fonction de ce à quoi il croit. Un jugement au-delà du jugements des hommes.

Pour en prendre conscience, il suffit d’admettre qu’il n’y a pas d’autres jugements que les jugements des hommes. Pas de justice rendue ou de méfaits punis après la mort. (je ne vais pas énumérer tous les dictons, aphorismes etc qui incluent l’expression : de ce monde) Quand il en est ainsi, on est conduit, nous allons voir pourquoi, à remplacer la morale par la raison, les connaissances, l’intelligence, par les objectifs humains et rien qu’humains. Il s’ensuit que c’est ici-bas, dans les conditions où l’on vit, avec nos propres moyens, qu’il faut se rendre justice, se faire respecter, se réaliser ou s’accomplir, trouver son bonheur et son mode de relation aux autres. Et ces moyens sont ceux cités . Ces moyens sont rationnels.

Autrement dit : de quoi la morale débarrassée de la raison, des connaissances, de l’intelligence humaines, absolument humaines et rien qu’humaines, est-elle le nom ? De l’irrationnel. Il est assez compréhensible que nous recourions à l’irrationnel. FREUD a su nous expliquer pourquoi tout en nous décourageant de ne plus s’y adonner. Quand on passe son temps à constater que nos réactions, émotions, désirs, pulsions, idées même sont imprévisibles, échappent à notre contrôle, nous perturbent, nous troublent nous égarent, nous attristent, on ne peut qu’être attiré par des conceptions, systèmes irrationnels prétendant amener la paix en nous. On ne se contente pas, s’il était possible, de constater et de simplement accepter l’existence de ces tourbillons, on voudrait pouvoir les approuver, en faire un système. Tout ce qui donne un sens à cet irrationnel nous tente.

La morale est le nom, au premier coup d’oeil, d’une croyance irrationnelle qui se décline de multiples façons. Dans la morale, c‘est l’âme l’enjeu. Par exemple, elle porte le nom d’endurance, de pardon, quand on renonce à réagir immédiatement à un tort qu’on nous fait, que l’on renonce à faire valoir ses droits devant les hommes au nom de je ne sais quoi. Elle porte le nom d’espoir quand on supporte les injustices et qu’on attend la réparation dans l’au-delà. Elle porte le nom de modestie, d’effacement de soi quand les intérêts douteux de l’autre doivent passer avant ses propres intérêts, pour être élevé un jour. l’au-delà. Elle porte le nom d’amour synonyme de haine de soi puisque l’amour en question repose sur deux principes : l’autre est aimable, doit être aimé, par principe, indépendamment de ce que l’on peut penser. Et l’autre doit bénéficier d’un engagement constant de notre part en sa faveur, Ceci non pas pour en recueillir les fruits ici-bas, mais pour incarner une qualité d’âme. Elle porte le nom d’aménité quand, au nom d’un acte de foi dans la bonté des gens et dans la supériorité de cette vertu, on doit réprimer ses impressions immédiates. Elle porte le nom de scrupules, de reproches faits à soi-même quand on pense, non pas du tout aux effets réels sur les autres mais au tort fait à une haute image de soi qui doit servir un jour etc . Et maintenant, supposez que ni vous ni personne ne vous rendra justice quand vous aurez passé votre tour. Seule une croyance irrationnelle en un jugement ultérieur, vous a conduit à vous comporter ainsi. Telle est l’âme. Morale ou immorale.

On accepte la frustration pour des raisons supérieures, sociales, religieuses, en espérant bien que ce ne sera pas perdu.

Au-dessus des opinions des hommes, à conserver intacte, de nature immatérielle, intemporelle, représentant notre essence, le bien le plus précieux que nous ayons, sorte d’oeuvre purement spirituelle, c’est bien de l’âme qu’il s’agit. Mariée à un futur hypothétique,,jamais au présent.

Cette âme, transcendante, intemporelle, n’est pas connaissable. Ce n’est pas une tendance, une habitude, des processus psychiques, une génétique, un apprentissage qui expliquent notre comportement. Pourvue des qualités ou des défauts qu’on lui attribue, c’est un objet de croyance. En tant qu’objet de croyance et en tant que pourvue de ces qualités et défauts, c‘est un héritage, ce n’est pas un choix de notre part. Elle est source de reproches constants. Elle nous tient prisonnier. Elle nous fait souffrir. Mais on en est fier. Elle ne peut être jugée que par un être de même nature. Par conséquent, nul homme ne peut la juger. Si nul homme ne peut la juger, on ne peut pas la juger non plus. Et si ce jugement n’arrivait jamais, cet objet de jugement n’en serait pas un puisqu’il n’y a pas de jugement. Qu’est-ce qu’une âme s’il n’y a pas de jugement ? Qui peut nier que tout cela, c’est de la croyance, de l’imagination, des sentiments, de l’aspiration, de l’irrationnalité pure quand on doit tout miser sur cette existence-ci ? Les gens de la seconde catégorie se reconnaîtront, j’espère…  .

Sa propre vie s’origine dans l’irrationnel. Sa propre quête est une quête d’irrationnel , de quelque chose de général

Atteinte à une âme ou une ie irrationnelle = culpabilité ou faute irrationnelle (c‘est à dire non pcisée, et sans rapport avec un individu réel, en chair et en os) On juge en fonction d’un système, pas en fonction d’effets réels sur des personnes réelles. On atteint une croyance, pas la vraie vie. Mais le sentiment de culpabilité, lui, est bien réel.

Prisonniers. Aujourd’hui, là, maintenant, vous n‘êtes pas libre de ne pas appliquer cette morale irrationnelle, de vivre comme s’il n’y avait pas de jugement dernier, de ne vous fier qu’à votre raison, vos connaissances, votre intelligence et votre intérêt personnel, de rejeter une faute qui se baserait sur plus que cela. Cette morale irrationnelle vous possède. Non seulement, par nature, vous aviez une vie psychique qui vous surprenait, mais vous avez aggravé les choses en ajoutant des croyances et des fantasmes qui vous tourmentent malgré vous. .

Toute notre démarche existentielle vise à la réalisation de cette œuvre spirituelle sans rapport, si on la regarde bien, avec un savoir, le corps ou la matière, avec soi-même en tant qu’individu. La réalisation de cette œuvre spirituelle n’est guère une affaire de volonté, mais plutôt de conversion, d’examen de conscience. Non employée, la volonté s’étiole. Cette volonté qui naît obligatoirement de l’enracinement en soi, de l’acceptation et de la fortification de soi, se sert d’éléments trop rationnels pour convenir à une quête spirituelle. (d’où la mentalité filandreuse, malsaine, fourbe des prêtres) .

La faute que l’on se reproche, n’est une faute que parce que l’on a commis l’erreur de confondre le but des autres avec notre but. Il n’y a pas de faute à l’égard d’un but non atteint, si c’est le but des autres, un but que nous ne partageons pas. (on ne se sentira pas coupable de ne pas être devenu un héros ou un saint si on n’a aucune intention de devenir un héros ou un saint. C’est vrai dans tous les cas) Quand est-ce que l’on a décidé, personnellement, en connaissance de cause, d’acquérir une certaine sorte d’âme ? Jamais. Le reproche que l’on se fait ou que l’on nous fait est immérité. Le seul reproche que l’on peut se faire, c’est d’avoir adopté le point de vue des autres sans réfléchir.

Parmi ces buts décidés par les autres, il y a l’âme altruiste. L’âme altruiste fait de chacun de nous le débiteur de tous les autres, le responsable de tous les autres. Par principe, par nature. Si bien que l’on se sent coupable s’il arrive malheur à quelqu’un d’autre. Il y a environ 380.000 naissances par jour dans le monde. Combien représentent une hypothèque sur notre vie ? Mais si, il suffira qu’ils soient dans le besoin et que notre gouvernement décide de nous mettre à contribution, financièrement ou autrement, pour leur porter secours, en France ou à l’étranger.

Il s’agit , dans les discours, de solliciter, de conforter la croyance dans l’âme, parce que si chacun se mettait en tête de ne se servir que de sa raison, de ses connaissances, de son intelligence et de son intérêt personnel, les gouvernements, par exemple, ne pourraient plus s’autoriser, de leur propre chef, et en se basant sur ce genre de moralité altruiste et irrationnelle du peuple, à faire du besoin des uns, (ceux qu’ils choisissent) un droit sur les autres (ceux qu’ils choisissent) Budget de l’Etat et redistribution = grosses magouilles.

Il n’y a de jugement dans un au-delà que de jugement de tous les hommes. (le grand juge ne va pas se déranger pour un seul mec) Les principes moraux, l’idée du bien auxquels on se réfère, sont toujours généraux. (ils ne sont pas valables uniquement pour soi, adaptés uniquement à soi, ils tirent leur aura et leur valeur du fait qu’ils font partie d’un système, d’une vision globale, universelle) C’est de là que vient le mal. C’est la source du mal. C’est ce qui nous fait faire le mal, car cela conduit rapidement à bafouer les libertés individuelles, la liberté d’autrui. Le poison de la généralisation migre des idées aux groupes. De la même façon que l’on donne autorité à une notion générale (égalité, citoyenneté, anti-racisme etc) sur les individus, ces derniers n’étant plus libres à l’égard de ces notions et devant obligatoirement en faire des vérités dans leur vie, on donne autorité aux collectivités, groupes, communautés, sociétés , on leur donne des droits supérieurs à ceux des individus, des droits sur les individus C’est le groupe, la collectivité, la communauté, la société qui, en tant que tels, sont légitimement représentants d’une vérité qui doit s’imposer aux individus parce qu’ils sont pourvus d’une valeur ajoutée.

Seul l’individualisme reconnaît à autrui un droit de penser et de fonctionner propre, différent du sien. On fait le mal à autrui en fonction d’un bien général. Et nous voilà en pleine contradiction. Dépourvu de l’idée que l’on représente, perpétue un bien général, on laisse autrui en paix s’il ne nous a rien fait. Si on cesse de compter sur les autres, si on cesse d’accepter que les autres se mêlent de nos affaires, il faut se prendre en charge et s’assumer. L’individualiste : «  C’est celui qui a renoncé à se servir des autres de quelque façon que ce soit, qui ne vit pas en fonction d’eux, qui ne fait pas des autres le moteur initial de ses actes, de ses pensées, de ses désirs, qui ne puise pas en eux la source de son énergie « (Ayn RAND)   L’individualiste ne considère pas que sa façon de penser doit être adoptée par les autres.

Oui, je sais parfaitement la réaction générale. On est d’accord pour critiquer ou rejeter tel et tel et tel système (comme Régis DEBRAY dans ses excellentes conférence « Allons aux faits » sur France-culture) mais pas de renoncer à tout système. C’est le besoin de penser l’ensemble, le collectif, le bien collectif, oubliant en même temps qu’on en vient à considérer que les individus sont des moyens dont on peut disposer pour parvenir à la fin.

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