LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 décembre, 2016

LA GRANDE TRAGI-COMEDIE DE L’AMOUR

Classé dans : Amour — inconnaissance @ 14:02

Aucun enfant au monde n’a demandé à naître, à venir au monde. Aucun enfant au monde ne fixe les règles du jeu de son existence. Ce sont les autres qui les fixent pour lui. Aucun enfant au monde n’a de merci à formuler pour avoir hérité de son existence et de son sort. Aucun enfant au monde n’est responsable d’être l’enfant au monde qu’il est. Quel enfant ne s’est pas demandé un jour : « qu’est-ce que je fais là, sur cette terre » , Ou mieux encore «  pourquoi suis (je moi et pas quelqu’un d’autre » Personne n’a de reconnaissance à attendre d’un enfant qu’il a mis au monde. Ce n’est pas à lui de justifier sa présence, c’est le monde qui a cette dette envers lui. (C’est être irresponsable, c’est ne pas aimer les enfants que d’en faire à la pelle, inconsidérément, comme dans certains endroits. Il est coupable de ne rien y trouver à redire voire de s’en émerveiller)

Que va-t-il devenir ? Cela dépend de beaucoup de choses et notamment de son hérédité. En tout cas, très vite (dès 6-7 ans), il manifeste ce qu’il sera fondamentalement plus tard. Ce qu’il sera dépendra notamment, selon moi, de son rapport essentiel à la grande tragi-comédie que l’on appelle : l’amour.

Décrivons cette tragi-comédie.

S’aimer soi-même, aimer les autres, aimer ce qu’on fait, aimer ce qu’on dit, aimer la vie, aimer le monde, si c’est possible, que peut-on souhaiter de mieux ? Tout le monde signe.

En principe, l’amour est synonyme de bonheur ou de bénédiction. Il semble être exactement ce qui nous manque pour être heureux. Il semble être la solution pour résoudre nos problèmes. (Tiens ! Pourquoi est-ce l’amour, la solution ? )

Pourtant, il est aussi associé à la peine, aux chagrins, à la souffrance, la souffrance acceptée. Aimer, n’est-ce pas s‘offrir ?. Cette offrande de soi, sans restrictions, mesure aussi l’amour. Drôle de mélange ! Comment est-ce possible ? Peut-on aimer ce qui nous rend malheureux ou nous fait souffrir ? L’amour totalement heureux existe-t-il ? Quel dosage ?

Qu’est-ce que l’impression d’aimer quelqu’un  ? Cela commence par une sorte d’amour impersonnel  : la simple vue, la simple présence de cette personne est une joie. C’est spontané. Il s’ensuit une sensibilité croissante à la personne aimée, à tout ce qui la concerne. Pour mieux la comprendre, la rejoindre. Pour que cet amour augmente. Or qui dit sensibilité croissante, dit émotions croissantes. Emotions heureuses et malheureuses. (sentiment de partager, d’éprouver ce que l’autre éprouve) Qu’est-ce qu’être aimé ? Emotions suscitées par la sensibilité à l’autre, oui, mais cette sensibilité à l’autre est aussi sensibilité aux réactions, aux humeurs, aux impressions, aux manifestations, aux paroles de l’autre à propos de soi. Avoir l’impression d’être aimé, c’est d’abord avoir l’impression que ces réactions, manifestations etc sont favorables. (l’autre serait aussi sensible, et cette sensibilité lui apporterait de la joie) Être aimé, c‘est aussi avoir le sentiment que ses propres émotions, sa propre sensibilité sont comprises. Réciprocité en matière d’envie de se rapprocher (voir le vocabulaire : atomes crochus, diapason, union etc). S’il n’y avait que cela, ce serait passionnant. (c’est un peu l’image des débuts d’une relation amoureuse) Mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte.

L’amour commence par être de l’ordre d’un ressenti irrationnel, il devient ensuite une expérience qui étend ses ramifications en profondeur et qui fait naître et grandir l’idée d’un expérimentateur. Une mémoire s’installe. 

Plus assuré que l’amour, peut-être, est le rapport de forces. Dans une relation, il n’y a jamais égalité : l’un a plus besoin d’être aimé et recherche plus l’amour que l’autre. L’un est moins sensible que l’autre. L’un a plus de trempe, de personnalité, de force de caractère que l’autre. L‘un a des intérêts moins sentimentaux, moins romantiques que l’autre. L‘un est plus déterminé que l’autre. L‘un est moins fragile que l’autre etc Bref, l’un a plus besoin d’être aimé par l’autre – de la façon décrite plus haut – que l’autre. Affaire d’histoire et de prédispositions personnelles. Un individu peut avoir un grand besoin d’amour, il peut être en manque d’amour. Ce sera probablement le cas s’il a été rejeté, méprisé, si on a joué avec son affectivité, si des promesses d’amour n’ont pas été suivies d’effet, si les demandes d’amour étaient incessantes et culpabilisantes etc Ce besoin d’amour lui fera voir des marques d’amour qui n’existent pas ou espérer vainement des preuves d’amour. Les réactions, impressions, réponses de l’autre, la sensibilité de l’autre à son égard ne correspondront pas à son image de l’amour et à ses attentes. Quoi qu’il en soit, celui qui n’est pas dans l’amour n’est pas vulnérable à l’amour, tandis que celui qui est dans l’amour est vulnérable aux idées d’amour.

Cela, c’est le facteur psychologique. Autant d’êtres, autant de psychologies différentes. On ne fait pas ce qu’on veut avec la psychologie, c’est plutôt elle qui fait ce qu’elle veut de nous.

S’ajoute à cela le facteur culturel. L‘amour est aussi un concept. Eh oui ! Voir tout ce qu’on entend, apprend, lit à son sujet. (c’est le thème essentiel de la littérature, du cinéma, des chansons etc) On finit donc par se faire une idée de ce qu’est ou plutôt devrait être l’amour. Comme si c’était un vrai savoir. Surtout si la religion s’en mêle. (imaginez un peu, si le mot et tout ce que vous saviez à son sujet disparaissaient de votre mémoire ! Une amnésie spécifique…) Pourtant, tout dépend de la culture ou de la civilisation dans laquelle on vit.

Bref, on met un mot, des mots sur la sensibilité et les émotions décrites ci-dessus. On n’est pas sensible à tout et à n’importe quoi. On applique une grille de lecture fournie par la culture et nos pensées conditionnées en fonction de notre conception de l’amour. Les deux aspects – l’aspect personnel et l’aspect plus culturel – commencent par s’interpénétrer. (On peut être capable d’écrire une magnifique lettre d’amour sans rien éprouver du tout)

Un individu peut avoir été élevé dans l’idée que l’amour des autres est la grande affaire de la vie, la valeur la plus importante. Que la sensibilité à l’autre et le service des autres est un devoir sacré. On peut en arriver à être de plus en plus sensible à ce qui arrive à l’autre, aux réactions de l’autre vis à vis de soi, sans que l’autre s’enquiert de soi, c’est à dire on en arrive à s’effacer de plus en plus et à être de plus en plus dépendant.

Gardons à l’esprit le besoin plus ou moins grand d’amour, la valeur plus ou moins grande attribuée à l’amour-concept, et la grille de lecture culturelle que l’on applique. c’est à dire l’association du personnel et du culturel.

On sait ce qui peut arriver à une foule quand un sentiment collectif de haine, de fureur, de rage ou de vengeance s’empare d’elle. Ce sentiment est communicatif. L’exemple donné par tous à chacun a un effet puissant ; Les sentiments se diffusent de façon irrationnelle. (populisme, dans la bouche de certains, est synonyme de populace) Mais pourquoi parle-t-on rarement du pendant de ce phénomène, tout aussi réel et efficace : l’amour-foi qui entraîne, imprègne, pénètre, embrase tout le monde. Quand tout le monde partage les mêmes sentiments pour une figure, une idée, une valeur, un symbole, difficile d’y échapper. Cet amour-foi devient un parti-pris de base, une façon de voir, une disposition, une façon d’être. Elevé ainsi, on pense ainsi. Rien de plus improbable que de mettre en pratique la légendaire formule à l’adresse de CLOVIS : «adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré « (L’apostasie, suprême offense dans certaines religions) 

Cet amour-foi soude (ou pas) les membres d’une société . Qu’est-ce qui fonde notre adhésion à certains jugements, certaines vérités établies, certaines valeurs, certains idéals ? Le fait simplement qu’ils sont partagés par tout le monde. Le mimétisme, c’est de l’amour, le conformisme, c’est de l’amour. De l’amour pour tous ceux qui partagent ces valeurs, jugements etc dans l’espoir d’être aimé par eux. La comparaison avec les autres a toujours eu beaucoup d’importance, n’est-ce pas. (il n’y a pas que le désir qui soit mimétique selon l’expression de René GIRARD) 

L’amour tel qu’on le pense dans un tel cadre, l’amour conforme à une telle socioculture conduira à aimer en quelqu’un les qualités qui nous auraient plu chez n’importe qui. Ce sont les qualités en vigueur.. Il conduira à adopter avec l’être aimé la conduite qu’il est convenu, prévu d’avoir dans une telle société . L’amour pour une personne devient, elle aussi, l’amour pour des principes collectifs que la personne devrait elle aussi aimer. (c’est la grille dont je parlais) C’est une façon de coller aux sentiments ambiants ou de s’imprégner d’eux qui confine à la décalcomanie. (transfert)

Quand R. ENTHOVEN à propos de Donald TRUMP dit « Les valeurs traditionnelles qu’il défend sont le paravent de la sauvagerie qu’il pratique «, il pense partager l’opinion générale sur la sauvagerie ; une condamnation. Il aurait bonne mine s’il était le seul au monde à avoir cette opinion de la sauvagerie ou si pour chacun il était acquis que la culture ne pouvait pas apposer son tampon sur sa conscience. Pourquoi être l’obligé des milliers de mots ou concepts du même genre ?

L’amour est devenu indirect. On aime ceci ou cela, celui-ci ou celle-là, parce que les autres aiment ceci ou cela, celui-ci ou celle-là, et qu’en fait, on espère être aimé par les autres en aimant la même chose qu’eux. La preuve : Si on ne sait pas ce que les autres aiment, on est ramené à un amour véridique ici et maintenant tel qu’on le décrivait plus haut. Ou bien on déteste ceci ou cela pour s’affirmer ou se distinguer d’un groupe qu’on n’aime pas et qui aime ceci ou cela. Mais que détesterait-on si on ne savait pas ce que le groupe aime ? On serait ramené à sa propre vérité.

Qu’est-ce que vous croyez ? Si on nous demande d’aimer telle ou telle idée, telle ou telle valeur, telle ou telle chose, c’est en tant qu’elles seraient spécifiques de la cause que représente celui qui parle et que nous devons aussi aimer (et surtout pas en tant qu’elles seraient spécifiques de la cause opposée. (en ce moment, le « rassemblement » est à la mode, c’est le rassemblement derrière celui qui parle de rassemblement.)

Une fois qu’on a été bien conditionné, que l’amour nous fait penser, est une pensée, on passe à l’étape suivante.

Le malheur veut que la charge de la dette ait changé d’épaules. Au lieu de peser sur l’entourage de l’enfant et sur la société vis à vis de l’enfant, elle pèse sur l’enfant vis à vis de son entourage et de la société. L’amour finit par être déconnecté du bonheur ici et maintenant pour devenir un pur devoir. Il faut le mériter, il faut partir en quête. Qui n’a aucune impression d’avoir une dette d’amour, d’avoir à prouver de l’amour. Le besoin d’amour se marie avec l’idéal de l’amour. Il devient une pensée ou il est pensé. Et en tant que tel, n’importe quoi devient objet d’amour : une figure, un groupe, une cause, une idée , Dieu etc et espoir d’amour.

Est-ce qu’un groupe ou une communauté, par exemple, ne fait pas la loi, dans ce domaine, avec ses membres ?. Que ces membres doivent prouver leur amour de la communauté, c’est une évidence. Que la communauté doive prouver son amour des membres, c’est improbable. Les membres seront toujours dépendants du groupe et n’auront guère de pouvoir sur le groupe. Ensuite, les qualités à posséder pour être digne d’amour, la conduite à tenir pour prouver son amour seront des armes dans la main de ceux qui voudront s’en servir pour dominer et faire souffrir les autres.

On en arrive à une conception de l’amour telle qu’il n’est plus question que du bonheur de l’objet d’amour à l’exclusion de son propre bonheur. C’est l’auto-immolation.

Cela aboutit à ce que nous savons et voyons depuis siècles. Un excellent et suprême exemple est donné par le christianisme et le Dieu qu’il sert ; Non seulement il est prévu dans ce cadre que le sort de l’individu après la mort ne puisse pas être celui qu’il était avant la naissance (ou la conception), mais en plus ce sort peut être un calvaire éternel. Pour quelle raison ? Pour une question d’amour. A l’amour supposé infini de Dieu (et face auquel tout le monde est coupable) est associé une souffrance infinie. Si on redescend sur terre et que l’on considère les plus grands témoignages d’amour, ils sont associés aux plus grands sacrifices, aux plus grandes souffrances (mourir ou souffrir pour une cause ) pour la raison simple que l’objet d’amour est tellement grand, tellement exigeant, et que notre abnégation est tellement poussée qu’il n’y a qu’une façon de prouver son amour pour lui, c’est le sacrifice total de soi-même.

On n’en arrive pas tout de suite là, mais on y va tout droit quand on renonce tout à fait à associer aimer et être heureux dans le présent. C’est renoncer à ce qu’on ressent à ce sujet. L’amour concept occupe alors toute la place en tant que valeur suprême dans la mesure où l’objet d’amour n’est plus une personne en chair et en os, ce n’est plus qu’une idée. Une idée chérie est un idéal en face duquel on n’a plus que des devoirs, plus que des preuves à donner. Dans ces conditions, quelqu’un qui parlerait au nom de ce devoir d’amour peut très facilement faire référence aux conditions culturelles qu’il faut respecter et se servir de la souffrance morale ou psychologique provoquée par une non-conformité. C’est manié par quelqu’un qui n’aime pas. Par exemple, l’amour sert à tous ceux qui connaissent la mentalité occidentale et veulent en tirer profit en suscitant des sentiments de culpabilité. (les victimes, le malheur, sont alors instrumentalisés)

A quoi reconnaît-on l’apôtre de l’amour-immolation, de l’amour dépourvu de bonheur personnel ? Quelle que soit la chapelle pour laquelle il prêche, quelles que soient les valeurs qu’il propage, quelle que soit l’idée qu’il représente, quel que soit son prestige ou son pouvoir, quelle que soit la nature de ce qu’il vous demande, la façon dont il s’y prend, il faut que vous ayez admis une fois pour toutes : qu’il n’y a pas de limites, aucune limite. Pas de contrat. Il peut tout vous demander sans que vous ayez le pouvoir de vous y opposer ; (pas de limites aux efforts, pas de limites au sacrifice, pas de limites au don de soi, pas de limites au nombre de conditions à satisfaire, pas de limites à l’immigration, à l’aide humanitaire ou au secours des victimes du monde entier, pas de limites à la purification, pas de limites à l’endurance, pas de limites aux devoirs à l’égard des Zoulous, des Palestiniens, des Somaliens, des Afghans etc aux devoirs des citoyens-contribuables à l’égard des hommes du monde entier ) Cet apôtre-là ne pense qu’à son intérêt.

La société ou la culture sont conçues pour offrir toutes sortes d’occasions d’aimer et toutes sortes de choses dignes du plus grand amour qui soit. Elles sont conçues pour multiplier les conditions à réaliser et entretenir l’espoir . Est-ce que la société ne nous inflige pas une propagande permanente en faveur de certaines valeurs, de certains principes qu’il faudrait aimer. Elle prétend nous juger en fonction d’eux. Mais face aux nombreux problèmes qu’elle rencontre pour faire appliquer ces valeurs et principes, elle ne se demande jamais s’ils sont bons, appropriés à l’époque, s’ils nous conviennent, si on n’a pas d’autres idées. Elle nous rend responsables de l’échec de ses propres valeurs et principes et elle nous charge nous, à qui elle n’a pas demandé l’avis, de les réparer ou de les incarner coûte que coûte.

« Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère, les soldats seront troubadours…mais nous nous serons morts mon frère »

 

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