LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

5 juin, 2019

OBEISSANCE ET AMOUR

Classé dans : Amour — inconnaissance @ 10:27

Pour obéir, pour faire comme les autres, pour penser comme les autres, nul besoin de réfléchir. Il faut juste avoir un peu de mémoire. Pour penser, agir différemment, pour désobéir, il faut réfléchir, se donner la peine de chercher des raisons valables que l’on peut assumer.

Il est certain que dans un pays décadent et ramolli comme le nôtre, le suivisme, la soumission prospèrent et prospèrent ceux qui savent les encourager.

Mais la question est de savoir à qui ou à quoi on obéit, qui ou quoi on sert. On peut obéir à une personne, on peut obéir à un groupe, on peut obéir à un Dieu, on peut obéir à ses caprices, ses désirs, on peut obéir à un devoir, un principe. Alors ?

Repartons de l’expérience de Milgram, si instructive, si dérangeante, qu’on a bien pris soin de ne pas l’actualiser, la perfectionner, la moderniser. (ne réveillons pas Eichman) Son sous-titre aurait pu être : des dangers de l’obéissance.

Il s’agissait en fait de mettre en concurrence deux raisons d’obéir. Obéissance à un devoir moral, des principes moraux, et obéissance au représentant d’une vénérable institution : la science. Cela a permis de mettre en lumière la façon dont fonctionne l’obéissance. Premier enseignement : la force, la puissance de nos principes moraux, ceux auxquels on croit obéir en priorité, laissent à désirer dans certaines conditions. Quand un représentant de l’autorité parle au nom d’une raison d’obéir étrangère à la morale, cette dernière généralement, ne fait pas le poids. Quand un représentant de l’autorité donne l’exemple d’un non-respect de la morale, cette dernière perd la plupart du temps tout son pouvoir. (entre nous soit dit, ce pauvre Dieu n’a guère de chance d’être obéi puisqu’il brille par son absence)

Les enfants, les jeunes montrent qu’ils enfreignent facilement un interdit quand le maître n’est pas là. Et on sait que certaines figures d’autorité – abjectes – peuvent abuser de leur pouvoir pour obtenir d’eux ce qu’elles veulent.

En principe, la morale ou la qualité humaine la plus éminente devrait dominer toutes les autres raisons d’obéir. En fait, dans la vie, on ne nous dit jamais : voici les directives, voyez si votre moralité les approuve avant de les appliquer. Non on est censé avoir donné son accord préalablement, et démissionner si on ne l’est plus. D’une part, et de ce fait, le projet ou l’entreprise est censé être moral, est censé servir l’intérêt général ; et d’autre part, plus concrètement et à plus court terme, c’est l’intérêt de ceux qui y participent qu’il réussisse.

Inversement, celui qui, pour participer à quelque entreprise ou projet que ce soit, veut être personnellement complètement d’accord avec le type de monde qu’il implique, avec les principes moraux qui l’inspirent, ne fera pas grand-chose. Juge voilà un beau métier ! On est sûr de trouver du grain à moudre pour son plaisir de juger.

Mais où est passé Dieu, bon sang de bonsoir ? Qui représentera réellement, physiquement l’intérêt de la morale ?

Les sujets au comportement répréhensible ont obéi. On peut leur dire ensuite qu’ils se sont trompés de raison d’obéir. C’est vrai en théorie. C’est facile et sans risque hors contexte. En théorie, la morale prime tout. Enfin….

L’expérience nous apprend aussi que l’obéissance fonctionne quand les raisons d’obéir alléguées ou présentes dans la circonstance sont déjà bien enracinées et efficaces chez les sujets. En absence de contrainte physique ou de chantage, il vaut mieux activer des déterminismes prêts à fonctionner. (le fil rouge, sur le bouton rouge) Automatisme. Réaction conditionnée etc Pas besoin de réfléchir. (ma main est partie..)

Et quel est le meilleur moyen de faire d’un principe, d’une idée fixe, un élément efficace pour déclencher l’obéissance ? L’amour. L’investissement. La sacralisation. La valeur.  Le prix. Et la société nous aide.

Car enfin, si les sujets de l’expérience de Milgram avaient vu dans le représentant de la science un gamin irresponsable, insensible, uniquement intéressé par sa petite manip, s’ils l’avaient méprisé, ils n’auraient pas été sous sa coupe.

Si on voyait dans un représentant des forces de l’ordre un sbire sans scrupule occupé à servir un pouvoir qui ne pense qu’à ses intérêts, on ne serait pas impressionné.

Si un religieux était pour nous un fichu hypocrite à moitié tordu qui n’a d’autre objectif que de nous utiliser, il pourrait toujours causer etc

Si on avait au moins compris que Jésus n’aimait que lui-même et accessoirement les hommes conformes à ses idées, et surtout pas ceux qui assument d’avoir une vie différente, on ne le tiendrait pas en si haute estime.

Si les concepts de valeur, les grandes idées, les grandes causes qui nous mettent en branle n’avaient strictement aucun intérêt pour nous, on pourrait toujours y faire appel, cela ne servirait à rien.

Mais alors, mais alors…je m’interroge soudain. Quelle différence y-a-t-il entre ce qu’on appelle « la morale » et l’amour que l’on porte à toutes sortes d’idées ? J’ai bien dit des idées. On voit la société glisser progressivement sous la coupe de deux sortes de pouvoir. 1 Le pouvoir d’avoir raison de ceux qui appartiennent à une catégorie sociale qu’on aura officiellement classée comme victime permanente. Quoi qu’ils demandent, il faut leur donner. Quelque critique qu’on peut leur adresser, on a tort du seul fait qu’on s’attaque à de pauvres victimes. 2 Le pouvoir de ceux qui défendent des causes humanistes de toutes sortes.

N’est-il pas immoral de rester indifférent aux gesticulations des uns et des autres ? Comment ? Vous ne vous attendrissez pas, vous ne compatissez pas, mais vous n’avez pas de coeur, vous êtes immoral !

L’amour, l’amour….pas très rationnel tout ça.  Il est aveugle paraît-il. Ainsi, rien de plus efficace, comme déterminisme, qu’une idée fixe, un principe, que l’on a fortement investi et auquel les autres font appel en lui donnant également une grande valeur. Le rapport individu / société ressemble à du shopping. La société étale, met en valeur ses articles, et l’individu choisit celui qui lui plaît le plus. C’est une rencontre. Mais à force de répétitions, on finit par aimer ce que l’on nous dit d’aimer, ce que les autres aiment. Avoir les mêmes goûts, porter les mêmes jugements.

Le représentant de l’autorité, c’est à dire d’un concept, d’une idée, d’un principe particulièrement investi, appelons le X.  X est aussi, par exemple, le mari de sa femme, le père de ses enfants, le voisin de sa voisine, le copain de son copain, le collègue de son collègue, le contribuable du percepteur, le subordonné du chef etc etc Tous ces gens ont une tout autre image de X Et pourtant c’est toujours X. Il n’y a pas une personne physique X qui représente le principe. X est juste une fonction, et la fonction de représentant a la valeur que nous accordons au principe en question. Si science = 0. Fonction = 0. 0 + 0 = 0.

Bizarres les hommes. Ils veulent une chose et son contraire.

Les idées fixes, les principes, les dogmes, c’est rassurant, c’est pépère. Y pu ka. On n’est pas déstabilisé. Mais c’est monotone. L’ennui naquit un jour de l’uniformité. Le suiveur, l’obéissant est tranquille, sage, mais dépérit. Ceux qui sont déjà presque morts aiment ce qui n’est pas vivant. Donc celui qui a passé sa vie à vouloir obéir, à vouloir se conformer à toutes les directives, toutes les nécessités, à faire comme tout le monde, à penser comme tout le monde, et donc à laisser au repos ses propres facultés de réfléchir, son propre esprit critique, ne peut plus se plaindre après d’être devenu un mouton dont on dispose à sa guise. Pourquoi voter, si un âne avec le sigle ad hoc suffit à récolter les suffrages. 

Mais d’un autre côté, l’esprit des hommes aime fonctionner librement, ne pas être bloqué ou contraint. Il aime le mouvement, la fluidité, la liberté. C’est pour cela que les idées fixes, les principes ancrés nous gâchent la vie. Soit parce que c’est plus fort que nous, on ne peut pas ne pas leur obéir même quand on n’en aurait pas envie, soit parce qu’ils nous asticotent, hors contexte, au sujet de moments passés ou à venir où on ne serait pas en règle avec eux, soit parce que les autres ne se comportent pas conformément à nos principes. .

Zut ! Je veux les deux. Non on ne peut pas être fixe et mobile. .

Vous avez sans doute connu l’expérience assez fondamentale qui consiste, quand on se trouve au milieu d’un groupe en mouvement, à se sentir semblable à tous ceux du groupe, comme si tout sentiment individuel avait disparu. Les militaires connaissent bien cela.

On devrait bien envoyer balader tous ceux qui font tout leur possible pour nous inculquer des idées fixes et pour nous les faire aimer. On devrait bien penser à se détacher de celles que l’on a pour permettre à l’intelligence, à la réflexion de s’exercer. . On devrait bien éviter ces engouements pour tout ce qu’on ne connaît que par l’intermédiaire de ce qu’on nous en dit. On devrait bien éviter de coller comme cela, bêtement, à tous les sentiments collectifs. Mais la société, son intérêt ? On en reparlera quand on aura rétabli la démocratie véritable.

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