LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

24 avril, 2016

L’ENFER DU BIEN

Classé dans : Bien — inconnaissance @ 20:56

Quelle peut être la conséquence du fait que l’on serait très désireux d’appartenir au monde ou à la société, que l’on aurait un besoin profond d’en faire partie ? On la devine en se rappelant ce qu’il en est quand on a cette attitude à l’égard d’un petit groupe, . Ce n’est pas parce que la société ou le monde sont beaucoup plus grands que cela change quelque chose au principe et que cela les rend, du même coup, légitimes, irréprochables. Cette dépendance extrême, encouragée, prônée par la société, par un pouvoir, présentée parfois comme une qualité importante, a de graves conséquences. Il y a eu des personnes, dans l’histoire, qui se sont montrées particulièrement indépendantes par rapport à eux. Qu’a -t-on dit d’elles par la suite ? Et que dit-on de celles qui, quelles que soient les circonstances, ont toujours été dévouées, conformes, dociles etc On peut imaginer que ces dernières ont été ainsi parce qu’elles avaient un puissant besoin d’être intégrées dans la collectivité. (dis-moi à qui tu dois ton intégration et ta promotion)

Quand on a cet irrépressible et profond besoin de faire partie du monde, d’être accepté par lui, on reçoit son existence des autres, du monde. Il fournit ce qui nous manque. Se soumettre à toutes les conditions requises pour recevoir cette existence, c’est la conséquence normale. Recevoir son existence des autres, du monde signifie que rien ne doit antécéder à l’intervention des autres, du monde. (Si l’idéal, c’est le chrétien ou le citoyen, l’idéal, c’est de l’être totalement en faisant ce qu’il faut)

Cependant, il faut bien que l’on se fasse une idée de ce qu’est le monde ou la société afin de leur plaire. Être constitué de telle sorte qu’on est très soucieux, très désireux de faire partie du monde, d’être accepté par lui, nous conduit à coller à tout ce qui fait lien social, à tout ce qui semble admis collectivement  : les valeurs sociales, morales ou autres qui passent pour être communes, partagées. Or, dans cette perspective, la réflexion, les connaissances, l’examen critique ne sont pas les bienvenus.

Il y a une chose qui favorise grandement notre adhésion, c’est le sentiment. Si notre instinct, notre force de caractère, notre volonté, notre personnalité ont été affaiblis, minés comme c’est globalement le but de l’éducation et de la société (il faut mettre l’individu à son service) , on ne sera pas porté à les contrarier. C’est par les sentiments que l’on essaiera de plaire au groupe, de participer au lien social. C’est par les sentiments que l’on montrera aux autres son dévouement, sa fidélité à ces codes sociaux et moraux. (cas particulier : le héros est lui aussi accroc aux valeurs morales et sociales, mais il se trouve que c’est de façon virile qu’il prouve sa fidélité. )

Taraudé par le besoin de repérer des éléments du lien social, on se trouve facilement dans la situation où l’on croit que lorsque 2 personnes ou plus échangent, il se passe quelque chose de moralement et de socialement précieux. Mais il est vrai que cela recoupe un phénomène bien réel, explicable. Dès que deux personnes échangent, ça y est, c’est parti ! Elles commencent à bâtir un monde, à construire ou changer la société. Dès qu’une personne se joint à un groupe de 2, 3 plusieurs personnes, ça y est, c’est parti ! Elle veut participer, apporter sa pierre à la construction ou l’amélioration de la société. Dès qu’on échange, c’est pour apporter notre pierre à l’édification ou l’amélioration de la société. Chaque mot se présente comme le mot de tout le monde – et non pas comme une image de son propre ressenti. Chaque raisonnement se présente comme la logique de tout le monde. Chaque conclusion se présente comme un monde destiné à tout le monde. .Apolitique ? Cela n’existe pas.

Quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un, cela signifie : on ne serait pas d’accord pour vivre dans le monde qu’il propose. Autrement dit , il s’appuie sur des éléments dont on ne veut pas qu’ils soient communs. (procès pour des mots etc) . C’est comme si nous étions condamnés à vivre ensemble. On sait très bien, pourtant, que dans une entreprise, dans un groupe, quand nos idées sont rejetées, on ne risque pas de les faire adopter. Pourquoi dans la société, aurait-on un pouvoir aussi fantastique ? Peut-être parce que nous sommes tenus de faire comme si nous devions accueillir tout le monde, accepter tout le monde, admettre tout le monde à notre table, être avec tout le monde dans l’espace virtuel, théorique de la conversation. Comme si nous devions être un. Les bons sentiments exigent que nous ne nous permettions pas d’ignorer ou de mépriser les idées des autres. Mais la raison principale de notre susceptibilité, c’est notre propension à coller à tout ce qui ferait du lien social. Et ce serait par les sentiments que l’on participerait à ce lien social

Au bout du compte, on en est arrivé au résultat suivant et la question se pose comment, par quelles étapes, on en est arrivé là. On va voir des films, on lit des livres, on voyage, on sort, on change de milieu, on fait des rencontres etc et on dit que ceci ou cela était intéressant ; Mais ce qui nous motive le plus, l’objet profond de notre recherche, pour beaucoup d’entre nous, n’est-il pas de changer ce que l’on pourrait appeler, sommairement, notre regard sur le monde et qui représente en fait le fond de notre conscience, notre prédisposition fondamentale, conscience ou prédisposition qui s’identifie avec ce qu’est notre existence ou notre être (celui que l’on retrouve tous les matins) . Pour prendre une image, il faudrait inventer une sonde spéciale qui, plongée au cœur de cette disposition, révélerait sa nature, son ambiance, son atmosphère. Car elle n’est pas la même pour tout le monde. « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. » disait Henri CALET. Et CLEMENCEAU disait de son père : la colère est son état naturel. On voudrait la renouveler, la changer, mais on ne sait pas comment faire. En s’immisçant dans l’univers d’un autre, des autres, surtout s’il est riche et original, on espère modifier ou agrandir le nôtre. Mais à ce titre, des univers considérés comme méprisables ou dangereux peuvent se révéler utiles. De cette disposition dépendent, par exemple, le type de pensée que l’on a habituellement et notre rapport aux autres. (ah je déteste, il est prétentieux!)

Cette disposition ou cet univers imprègne, colore notre monde. On voit le monde à son image.. Et c’est même une loi qui se décline. Le militant de l’antiracisme voit du racisme partout. La féministe voit de la discrimination envers les femmes partout. Mais comme il est recommandé de s’abstraire, cette vision passe pour objective. Si on est résigné, dévalorisé, triste, faible, pessimiste, craintif, soumis, désespéré, c’est pareil. D’où l’impérieuse nécessité d’échapper aux philosophies ou traditions qui affaiblissent l’instinct, détruisent la confiance en soi, l’affirmation de soi, humilient et dévalorisent.

Ce qui a fait le lien entre notre souci constant et profond de collaborer au lien social et cette disposition profonde n’est-il pas notre sentiment pour l’idée du bien ? L’idée du bien (jugement positif quelconque) , lien social par excellence et raison d’aimer, puisqu’on ferait le bien de tous. L’idée du bien nous convainc, nous unit et nous émeut. Mais quel bien ? N’importe lequel, du moment que le jugement est partagé et qu’il passe dans la culture. Prenez n’importe quel concept de valeur, ce n’est que cela. (un slogan suffit : « en marche » par exemple)

Car enfin, quel rapport avons-nous, préférentiellement, avec ce qui est partagé, ce qui est général ? Un rapport sentimental. C’est le cœur qui est mobilisé, parce que le partagé, le général représente tout le monde. Et qui n’est pas bien disposé à l’égard de tout le monde ? Appliquons cela à toutes les occasions d’adhérer au éléments communs – et cela ne cesse pas – c’est de cette façon que le sentiment s’enracine dans la conscience. C’est sentimentalement que l’adhésion, ou la croyance à ces codes moraux et sociaux se met en place. Les sentiments se déposent, se mêlent, imprègnent l’être 

On sait que, par nature, les sentiments amollissent, abêtissent. Amollir : c’est le règne de l’émotion, de l’apitoiement, de la confusion. Abêtir : on en vient à souscrire à des causes, des idées, à supporter une personne, parce que c’est la mode, parce que tout le monde le fait, parce qu’on se sent bien à faire comme tout le monde, en tombant dans le piège des campagnes ou propagandes bien orchestrées ( ex macronmania) sans même se demander si cela ne va pas contre ses propres intérêts.In fine, on s’est amollit et abêtit.

Mais ces sentiments se portent bien vers des généralités, de l’abstrait, de l’imaginaire, du rêve. L’individu indépendant dont nous parlions plus haut se caractérise par son absence de sentiment à l’égard de ces idées. On peut bien ramener des valeurs, des jugements, des concepts qui font l’unanimité, qui font battre le cœur, (toc toc toc)  ils le laissent froid. Comme la déclaration laissée sur la lune par les Américains pourrait laisser froides les créatures auxquelles elle était destinée si elles ne partagent en rien l’engouement le prix que nous attribuons aux mots soulignés : « Nous sommes venus en paix pour toute l’Humanité «  Si le désir est fort, bonjour les fantasmes à propos des éléments du lien social, surtout si ceux si sont somptueux. Comme ces derniers. Les politiques s’en servent abondamment. .

Cette disposition profonde semble bien se présenter comme une union possible, apparente autour de choses communes identifiées au bien.

D’abord, si on veut bien admettre que ce qui justifie nos actions, nos décisions, nos conclusions, nos choix, nos paroles, c’est notre idée du bien, admettre qu’un jugement sert de point départ à tout cela, et si on associe à cela le fait que l’on doit, que l’on pense être responsable, être le décideur en toute occasion, alors le décideur en question, soi, est vu comme ayant toujours agi, choisi, parlé conclu, conformément à cette idée du bien. Il est le bien, (j’ai raison, je suis bien) sauf exception, erreurs qui justement, nous font souffrir et nous prouvent que nous tenons à cette image. Si soi ne peut pas ne pas être vu comme dévoué au bien, (idée conditionnée) alors toute autre autre façon de le voir est exclue. Et quand on pense à soi, quand on repense à soi, quand on se tourne vers son passé, on ne peut se concevoir que sous cette forme. Il faut se supposer de bonnes intentions, de bons sentiments (celles que les idées du bien prescrivent) .Le fait de tenir à sa réputation est indissociable de l’idée que l’on serait responsable de ses actes. Pire, le fait de tenir à cette image vertueuse de soi nous conduit à refuser obstinément de minimiser notre responsabilité. (il faut bien que quelqu’un soit bien)

Ensuite, si on a de la peine, ce n’est pas parce qu’on a fait une erreur de raisonnement, c’est parce que nos sentiments ont été déçus, trompés, parce que notre amour a été trahi. Qu’est-ce que la peine sinon la conséquence du fait que nous aurions failli à l’amour commun ou été exclu de l’amour commun ? L’amour pour ces idées générales en question sur lesquelles nous comptions pour être à la fois dans le bien et dans l’union. Que je sache, le même acte perpétré contre un ennemi, ou contre quelqu’un qui serait honni de tous ne produirait pas les mêmes conséquences. La disposition profonde est l’intériorisation des sentiments pour ce lien, ces idées générales du bien dans lesquels on a été élevé. Et un tapis de sentiments, c’est difficile à objectiver et analyser.

C’est le moi qui s’identifie à ces idées générales. Le moi est le produit de : se penser, se penser, justement, avec ces idées de bien générales. Une action spontanée inspirée par les circonstances du moment ne lui convient pas. Il lui faut un système, car il veut pouvoir s’enorgueillir du bien préalablement défini. Aussi pas la peine de se morfondre quand une de ces belles et fumeuses idées en a pris un coup.

Quelle que soit l’éducation que l’on a reçue – religieuse, morale, sociale – celle-ci a toujours consisté à parler au nom d’une idée du bien incontestable (ou d’un jugement de valeur, c’est la même chose.Et cela défile) . Idée d’un bien général, définitif et universel. Peu importe l’idée. Dieu, c’est le bien, chaque valeur morale, c’est le bien, chaque code social, c’est le bien, chaque mot peut être le bien, (égalité, égalité, égalité) un point c’est tout. Autrement dit, c’est ainsi que l’on pense, c’est ce que l’on croit, fondamentalement, initialement. Mais, il faut bien comprendre que faire cela, c’est souscrire à l’idée d’un modèle unique, commun d’humanité, à une essence d’homme, car ces valeurs communes doivent être les attributs d’un modèle unique et commun. Ce modèle, purement imaginaire, purement mental, abstrait n’existe que parce qu’il fallait que ces qualités standards se rapportent à quelqu’un.

La quête de la réalisation de ces belles idées communes, abstraites, imaginaires, creuses est désolante, comparer tout ce qui se présente à elles est décourageant. Et après, on va appréhender, juger, concevoir les autres en fonction de notre modèle d’homme abstrait, imaginaire, standard, invraisemblable au lieu de prendre les individus un par un sans se soumettre à aucun patron de ce genre. Si on ne classe pas, nul besoin d’inventer un modèle.

Si on n’est pas monothéiste et qu’on ne supporte pas que quelqu’un parle au nom de tout le monde sans demander l’avis de personne, de tout le monde, sans citer personne en particulier, pourquoi supporterions-nous qu’un mot représente tout le monde, sans demander l’avis de personne, et décrive tout le monde, sans citer personne en particulier ?

Pourquoi un sentiment général pour une idée générale devrait-il l’emporter sur un rapport singulier que l’on a avec la chose, pourquoi la satisfaction d’une idée vague, générale, abstraite, douteuse devrait-elle l’emporter sur notre propre satisfaction ? Pourquoi ? Parce que l’on a renoncé à l’idée de savoir si c’était bon, agréable pour nous, donc on ne risque plus de protester si ce n’est pas le cas, et on ne risque plus de refuser et de chercher ce qui nous satisfait. Et rien de plus pernicieux que d’avoir abandonné l ’idée de se satisfaire. Résignation, soumission.

« Nous devons apprendre à rejeter comme une abomination la conception selon laquelle le bien commun est servi par l’abolition des droits individuels. Le bonheur général ne peut pas venir de la souffrance générale et de l’auto-immolation. La seule société heureuse est celle des individus heureux. On ne peut pas avoir une forêt saine à partir d’arbres pourris. ….Le droit à la poursuite du bonheur signifie le droit d’un homme de vivre pour lui-même, de choisir ce qui constitue son propre bonheur privé et personnel et de travailler à sa réalisation. Chaque individu est le seul et unique juge dans ce choix. Le bonheur d’un homme ne peut pas lui être prescrit par un autre homme ou par un groupe d’autres hommes. » (Ayn RAND) Ainsi donc, c’est se prémunir contre le mal que de refuser de faire le bien. (en faire du bien)

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