LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

25 septembre, 2017

C’ETAIT PAS PREVU

Classé dans : Censure — inconnaissance @ 13:18

Je suis obligé de commencer par énoncer quelques banalités.

Il y a des phénomènes naturels, qui obéissent à certaines lois ou dont on connaît les causes, sur lesquels on peut compter. Demain le soleil va se lever, si je fais chauffer de l’eau, elle va bouillir, demain j’aurai envie de manger, de boire etc, Il y a les choses qui persistent à exister, et ce d’autant plus que ce sont des choses concrètes, non vivantes. Il y a toutes les chances que la mairie ou la poste soient demain toujours à la même place. La rue devant chez moi aussi. La mer plus loin aussi. Il y a une organisation de la société telle que l’on peut être sûr que tel magasin va ouvrir, que tel radar va nous flasher au-dessus d’une certaine vitesse, que tel professionnel va nous rendre tel service. (les politiques exclus) De cette façon, je peux prévoir de faire ceci ou d’obtenir cela. Pour la vie quotidienne, c’est très pratique.

En revanche, on ne peut pas prévoir le détail de ce qui va se passer dans un magasin, du degré de faim ou de soif que l’on éprouvera. Bon, ça c’est fait.

Ce que l’on ne peut pas prévoir, c’est soi-même. Si on se connaît assez bien, on peut avoir une assez bonne idée de ce qui va se passer si on se trouve dans telle ou telle situation . Mais on ne peut pas prévoir nos états de conscience, le détail de nos émotions, impressions diverses, de nos désirs, de nos troubles plus tard ou bientôt. On ne se connaît pas assez pour cela. On ne connaît pas le détail de ce qui va arriver. Et de toute façon, on évolue imperceptiblement. Donc les interactions sont imprévisibles de même que les états dans lesquels on se trouvera. A chaque instant, on peut dire : c’était pas prévu.

Alors comment pouvez-vous, dans ces conditions, vouloir que vous soyez comme ceci ou comme cela ? C’est peine perdue. Tous les systèmes de pensée, les idéologies, les religions, les doctrines, les morales etc qui prétendent que les hommes peuvent correspondre parfaitement à tel modèle sont des insanités. Mais le résultat, on l’a vu précédemment, c’est que l’on va sans cesse chercher à se dénaturer, se réprimer, se falsifier, se cacher, se travestir, pour essayer de montrer (et de se prouver) qu’on est fidèle à un modèle si on l’a épousé.

Mais il n’y a pas que toutes ces grandes entreprises ambitieuses qui n’ont cessé de produire des désastres pour nous mettre la pression.

On a pris l’habitude d’avoir des idées préconçues, des attentes, des jugements préalables qui oblitèrent la vérité de ce qui va se passer en nous. Pour prendre un exemple dans la musique : écouter un morceau en ayant dès le départ une opinion de l’interprète ou la mémoire de ce qui s’est passé la fois précédente ou en épiant la qualité de l’interprétation ou en voulant obtenir telle émotion, ou muni d’une bonne intention (c’est bien d’écouter de la musique !) c’est passer à côté de ce que l’on va vraiment éprouver cette fois-là. (dans le monde de la musique classique, pour un pianiste deux étoiles à l’argus, deux rappels, trois étoiles à l’argus, trois rappels, même s’il a mal joué, même s’il n’a pas joué, c’est l’usage dans ce petit microcosme) Question de dispositions. Parfois, on n’est pas dans les dispositions requises (on a du vague à l’âme et on écoute du LISZT, on est très remonté et on écoute du DEBUSSY ) parfois on est préoccupé par autre chose, parfois on s’est fait une opinion fausse etc Il n’y a pas de triche possible. Tous les baratins n’y changeront rien. Et ce n’est pas parce qu’on n’a pas apprécié un morceau ou un interprète un jour , qu’on ne les appréciera pas le lendemain. Mes goûts et vos goûts sont différents. J’accepte complètement, sans l’ombre d’une réserve, que vous ayez des goûts différents, je n’accepte pas une microseconde que vous insinuiez que vos goûts sont meilleurs ou plus autorisés que les miens.

Quand est-ce que l’on peut partir de son état de conscience et ne pas le trahir ? Quand donnons-nous la priorité à ce qu’on est sur ce qu’on devrait être ?

Tout nous porte ou nous incite à partir d’une idée préconçue, d’un savoir préalable et à ne pas tenir compte de notre propre vérité du moment. C’est très subtil. Par exemple on entend qu’il faut « accepter ce qui est » ou qu’il faut « s’accepter soi-même ». Celui qui tient ce genre de discours ne s’aperçoit pas qu’il commence par ne pas s’accepter ou ne pas accepter les autres s’il ne s’accepte pas ou si les autres ne s’acceptent pas. Admettre ce qui est c’est admettre qu’on n’admet pas ce qui est.

Vous avez compris où était le piège : c’est comme si on devait absolument partir d’un savoir préalable, et pour partir d’un savoir préalable, il faut constituer ce savoir. D’où la course à la production de savoir, la course à la formule, la course à la sagesse, à la spiritualité etc Il faut que ce soit la pensée qui présente une vérité et pas un moment de vie imprévu. Il faut penser les hommes ou se penser, les enjoindre ou se faire un devoir de correspondre à cette pensée. La vie sous tutelle. D’où la justesse ou la profondeur de ces remarques d’UG : « Tout ce que vous voulez amène la souffrance, parce que vous commencez à cogiter….Tout acte volontaire, quelle que soit sa direction est violence. Tout effort est violence. Tout ce que vous faites avec le concours de la pensée pour créer en vous un état de paix utilise la force et par là même est violence. Tout ce que vous défendez, croyances, expériences,et aspirations est le produit de la pensée et la pensée est destructrice car elle n’est rien de plus qu’un mécanisme protecteur programmé pour servir ses intérêts à tout prix « 

Dans les domaines décrits en préambule, la pensée est utile, indispensable. Elle est à sa place. Elle n’y est plus quand il s’agit de notre vie intime ou alors sous forme poétique, métaphorique, très allusive.

Juger ce qui vient spontanément, c’est vous juger sans recours, c’est comme juger un enfant innocent.

En attendant, on cherche toujours une solution collective, dans une notion ou une idée générale qui ne correspond à personne en particulier. (si c’est un savoir, il faut que ce soit vrai pour tout le monde) Vous en connaissez des tonnes ne serait-ce que pour en entendre tous les jours, du matin au soir. .

On ne le ferait pas si cela n’apportait pas une certaine satisfaction, la satisfaction d’un penseur sachant. D’un penseur qui, dans un monde rêvé, imaginaire, se saurait et serait en même temps acteur.

Reprenons un exemple dans la musique.

« BACH, c’est un équilibre absolument fascinant entre l’esprit et le cœur «  déclare sur France-Culture, Raphaël PICHON. Esprit et cœur ? Pour vous, pas d’autre esprit que votre esprit, pas d’autre cœur que votre cœur. Pas d’autre équilibre que votre équilibre, pas d’autre fascination que votre fascination. .Où avez-vous trouvé un esprit, un cœur, une fascination qui ne seraient pas ceux dont vous avez l’expérience ?

Quant à BACH, vous l’avez peut-être écouté. Dans ce cas, pas d’autre BACH que votre BACH. Mais non ! On vient vous dire que vous devez oublier tout ça et accepter d’être « pichonné ». Que BACH c’est ..etc En réalité, cette phrase est le fruit de la culture livresque ou d’un jeu intellectuel sur les mots du monsieur et de ses impressions personnelles. Alors ça y est, vous vous êtes fait avoir par « prévoir-savoir » dans un domaine où il n’a pas sa place ? Maintenant, quand vous allez écouter BACH, vous vous sentirez obligé d’en arriver à ça.  Mais non, aucune raison que vous abandonniez votre expérience de BACH (BACH qui me saoule très vite) pour adopter ce verbiage. Aucune raison que vous châtiez ce que vous ressentez spontanément ou que vous le déformiez pour faire plaisir à ce genre de monsieur. Car l’équilibre, comme généralité, la fascination comme généralité, l’esprit comme généralité, le cœur comme généralité cela n’existe pas. . Il n’y a que les vôtres et le mien. Tout ce que vous pouvez concevoir comme esprit, cœur, fascination qui ne serait pas ce que vous avez expérimenté est le produit de ce que vous avez expérimenté.

Les 3 ou 4 méprises que Lionel NACCACHE (De l’interprétation des signes https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/saison-28-08-2017-08-07-2018 )  relate s’expliquent de la même manière. C’est parce qu’il voulait être un bon petit Californien, bien comme il faut, un bon petit médecin, bien comme il faut, un bon petit juif, bien comme il faut, qu’il s’est trompé sur la signification des inscriptions, du titre du livre et du pendentif de sa camarade. Le modèle à oblitéré, tordu, sa perception. (pareil pour l’indication en Portugais)

Nous avons toujours tendance à vouloir produire un savoir, qui nous conduira à prévoir, c’est à dire à nous savoir, à faire de nous un objet de savoir pour nous-même. Et symétriquement, nous nous faisons abuser par ceux qui font la même chose. Parce que cela nous conforte dans notre tendance et que cela va peut-être nous procurer de nouveaux savoirs. Hélas tout cela intervient dans un domaine inapproprié, celui de notre vie qui elle, ne se laisse pas prévoir. Si on laisse quelqu’un parler en notre nom de quelque chose que nous sommes censés vivre, pour en faire une idée ou un concept généraux, ce que nous sommes censés vivre, ce que nous vivons perd soudain toute valeur. A partir de là, de cet état désarmé, il ne nous reste plus qu’à attendre que ces gens autorisés veuillent bien donner la bonne ou la vraie signification de ce que nous vivons. En réalité, il s’agit, pour partie d’idées qu’ils ont lues ou entendues et qu’ils manient comme des prestidigitateurs, et pour partie du fruit de leur propre expérience personnelle. Ni ces jongleries savantes ni ces points de vue subjectifs n’ont de raison de supplanter nos propres connaissances.

Si vous faites de vous, de votre vie, un objet de savoir, c’en est fini de votre liberté de conscience, de votre liberté de changer, de votre liberté de vous surprendre, de votre spontanéité. La dictature s’avance. Vous êtes prêt à vous laisser abuser par le premier leader venu qui saura manier la langue et la culture.

C’est cela un être social. C’est un objet de pensée pour la culture commune, pour le sens commun., cultures communes et sens commun toujours imprécis, toujours mouvants, toujours objets de croyance, toujours enjeux de pouvoir,. « Aujourd’hui la représentation nationale ne correspond pas à ce que pensent les citoyens dans leur organisation. Donc inévitablement il y a des manifestations pour dire : ‘Attention, nous sommes encore là !’ » dit l’Avocat Henri LECLERC sur FC Devoir en 3 heures : définissez le sens commun, la culture commune à propos de : « représentation nationale », « ce que pensent les citoyens », « nous ». C’est important parce que c’est ce qui va nous permettre de nous situer. Quoi, c’est trop dur ? Alors en deux heures définissez le sens commun ou la culture commune à propos de « un domicile moderne et impeccable « .Trop dur encore ? Pourquoi le sens commun ? Mais parce que c’est le sens commun ou la culture commune, et eux seuls, qui donnent leur valeur à ces idées.

A chaque fois, c’est un certain monde qui est construit par la pensée. Il y a d’abord le choix de certains mots plutôt que d’autres pour lui donner un certain visage et il y a des généralités pour donner à ce monde sa dimension de monde. De cette façon, on ne parle jamais de vous, de moi, mais d’un type de monde dans lequel on est prié de s’insérer sagement, pour lequel on est prié de se mobiliser. Autre exemple fourni par cette corne d’abondance de propos creux et pédants qu’est France-Culture. . » Le vide est un théâtre d’ombres, sans visage ni forme, un réceptacle obscur pour d’étranges spectres «  (Etienne KLEIN) On peut dire ça et mille autres choses . Ce qui est bête, c’est que pour qu’il y ait ombre, il faut qu’il y ait de la lumière autour, pour qu’il y ait étrangeté, il faut que le concept d’étrangeté puisse trouver preneur…..et tout ça, c’est le vide !. (Notre physicien prépare son agrégation de Lettres Modernes. Il travaille l’oxymore. ) Quel bel univers ! Entrez, le spectacle va commencer. Mais n’aurait-on pas pu écrire : « la société est un théâtre d’ombres sans visage ni forme, un réceptacle obscur pour d ’étranges spectres «  c’était joli aussi . Et puis on aurait pu écrire : «  Christian BOBIN, c’est un équilibre absolument fascinant entre l’esprit et le cœur «  Il y a tant de discours ingénieux que l’on pourrait appliquer à n’importe quoi, tout le temps puisque de toute façon, ils désignent un certain type de monde à construire, plus ou moins vague, fait pour résister au temps, et personne en particulier. S’ils ne désignent personne, ils ne nous désignent pas. On leur est étranger. Hasta la vista.  Les dissertations que l’on demande aux étudiants de fin d’études secondaires servent à apprécier leur talent de menteur. Les menteurs, au pouvoir, les menteurs au pouvoir ! Je croyais qu’on disait aux enfants qu’il ne faut pas mentir…:

Voilà une formule à prendre comme un trait d’esprit sans conséquence : Jamais personne ne parvient à un poste de pouvoir sans vouloir et savoir manipuler les autres.

L’existence sociale serait l’existence. Pas d’existence sans cela. Les autres doivent pouvoir me penser avec les critères en vigueur. Ces notions, concepts, idées, mots généraux, objectivés, pourtant creux, illusoires, passent pour être des vérités reconnues. Quel être social voulons-nous être ? Il suffit de voir quelles sortes d’éléments de la socioculture nous sont les plus chères, quels sont ceux qui nous feraient le plus plaisir si on pouvait leur correspondre parfaitement. Ou par quels genres de personnes, dans la société, préférerions-nous être estimés, aimés.Car, manifestement, on peut s’apercevoir que toutes nos façons de rendre compte (à une idée préconçue, un jugement préétabli etc) , ont un goût de « suis-je aimable ? » « est-ce que ça vous plaît » . .Car il faut toujours s’autoriser ou se prévaloir de quelque chose ou de quelqu’un.

La société n’attend pas de vous que vous soyez vraiment un penseur-acteur authentique, un pur être social, elle veut seulement croire que vous voudriez l’être. Elle veut pouvoir compter sur votre dévouement à vous modeler pour lui plaire. Quelle catastrophe ce serait pour elle si plus personne ne faisait référence à ces notions, concepts, idées, mots généraux qui courent les rues , qui servent à disserter, prêcher., parader.

Donc appliquer certaines règles pour bien faire certaines choses concrètes  .D’accord. Mais me falsifier dans le but de me conformer au modèle de société prévu par FC + tel psychologue + mon mari ou ma femme + tel guide spirituel + tel patron + telle autorité institutionnelle + mon médecin ou Michel CYMES + par Emmanuel MACRON + + + + + + + pas question . .Tous les systèmes, doctrines, idéologies dont nous parlions et beaucoup de ces gens produisent à la chaîne, en quantité illimitée, des critères qui, si vous les adoptez. vous asphyxient.

eteig

Alors, votre vie ? C’est celle dont parlent les religions, les médecins, c’est un truc général qui ne vous appartient pas. Votre désir ? C’est ce dont parlent la société, la psychologie, c’est général, il ne vous appartient pas. Votre émotion ? C’est ce dont parlent les gens de la culture et les psychologues, c’est général, elle ne vous appartient pas. Vos goûts ? C’est ce dont parlent les sociologues, les gens de la culture, c’est général, ils ne vous appartiennent pas. Vos opinions ? C’est ce dont parlent les médias, et l’Etat, c’est général, elles ne vous appartiennent pas etc

Non et non !. Aucune raison de savoir d’avance ce que l’on trouvera bien, mal, bon, mauvais, désirable, détestable, beau, laid, intéressant, inintéressant, plaisant, déplaisant, émouvant, insipide…

P.S. Mon BACH

De la même façon que l’on se méfie de ceux qui lisent certains auteurs nauséabonds, dangereux, qu’on s’en détourne ou qu’on les condamne, on devrait se montrer très réservé à l’égard de ceux qui aiment BACH

La musique de BACH est comme une destinée qui s’accomplirait implacablement. Pas de doute, pas de trouble, pas de réflexion, pas de faiblesse. L’émotion est absente. Seul reste le plaisir d’esthète de l’amateur. C’est une musique qui nie la nature humaine, la liberté, la subjectivité. C’est la musique d’un fervent croyant. Obéissant. Froid. Certainement celle qu’un mégalomane appréciera.

 

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