LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

24 février, 2015

BIENHEUREUX SACHER-MASOCH

Classé dans : Christ — inconnaissance @ 22:18

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Le Pape François s’est-il montré chrétien en déclarant : « si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre un un coup de poing, et c’est normal ». N’aurait-il pas dû dire : si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à ce que j’en parle mal également . Parce qu’enfin, Jésus n’a pas seulement dit, en vérité, en vérité je vous le dis «  quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tend encore la joue gauche «  il a dit aussi, en vérité je vous le dis : « veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau «  et encore : «  te requiert pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui « Cède à son désir, celui-ci serait-il mauvais.  

Quelle autre religion a pour modèle et idéal, un supplicié ? La crucifixion de Jésus n’est pas seulement le fait de vilains Romains qui n’ont pas su épargner un tel prophète, ce n’est pas seulement un châtiment couramment pratiqué à l’époque, ce n’est pas un supplice auquel Jésus aurait voulu échapper, ce n’est pas un événement spécifique à l’époque, à cet homme, aux circonstances, ce n’est pas de l’histoire ancienne, ce n’est pas un symbole dépassé.

La croix – et ce qu’elle rappelle – est omniprésente dans nos pays chrétiens. Elle est dans toutes les églises, en plusieurs exemplaires, bien sûr. Elle est sur toutes les routes. Elle est omniprésente dans l’art.

Au-delà du supplice proprement dit et des images gores à souhait que l’on trouve, à quoi renvoie-t-elle ? A la sanctification, au caractère salvateur de la souffrance.

Jésus est le modèle suprême. Et c’est le modèle suprême parce qu’il a donné sa vie pour nous sauver, pour racheter nos péchés (si on croit en lui) et parce que ce don de sa vie se présente comme un supplice atroce, indépassable. Ce supplice suprême rend humbles tous les hommes.

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Un modèle, cela s’imite. Un modèle, c’est un but dans la vie. (« L’imitation de Jésus-Christ » est le manuel du parfait masochiste)

Les innombrables croix nous rappellent sans cesse cela. Ce symbole réactive un conditionnement millénaire et profond.

Lequel d’entre-nous ne pensera pas qu’un homme dont la vie a été très douloureuse mérite le ciel ? Lequel d’entre-nous pensera qu’un homme qui s’est adonné au plaisir toute sa vie mérite le ciel ? Le ciel est une récompense suprême qu’il faut mériter. Le mérite doit être à la mesure de cette récompense. Ce n’est pas rien.

Lequel d’entre-nous pense que justice ne peut être rendue que sur terre ? Lequel d’entre-nous a définitivement renoncé à une justice dans l’au-delà ? Le paradis est associé à cette idée de mérite et de justice. Être maltraité, endurer la maltraitance, voilà qui donne du mérite et qui appelle la justice.

«  Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande au ciel. «

Dans les premiers siècles après Jésus-Christ, on a eu beaucoup de martyrs. Et quels martyrs ! Quels complexes ils nous donnent. Voilà ! Voilà de vrais croyants, de vrais disciples du Christ ! Plus tard, au Moyen-âge, on pratiquait assidument la torture dans le but de rendre saints, de convertir les hérétiques, les pécheurs, malgré eux. Christ avait montré la voie. (et je ne parle pas des sévices que l’on s’infligeait)

Nous n’en sommes plus là. Mais nous conservons encore en nous l’idée bien ancrée, que la souffrance, c’est bien, le plaisir, c’est mal (ou beaucoup moins bien que de supporter une souffrance). 

Le conditionnement chrétien nous a appris à répondre présents lorsque l’occasion nous est donnée de nous sacrifier. Les pouvoirs politiques ont ce grand avantage de pouvoir compter sur notre esprit de sacrifice. Et ce sacrifice pourra être très grand, puisque c’est le meilleur moyen de mériter le ciel. Ainsi, SADE tend la perche au chrétien. Ses personnages cruels fabriquent des élus à la pelle. Il ne manque à ces derniers, pour être assuré du paradis, que de mourir en priant Dieu. Il montre aussi très bien en quoi cette exploitation de la piété et de l’esprit de sacrifice du peuple sert le pouvoir. Et si le pouvoir ne permettait pas de jouir de sa domination sur les autres, de l’humiliation, de l’abaissement des autres, de la servitude des autres, bref de ce masochisme accepté mais non reconnu , il ne serait pas aussi attrayant.

 

Le christianisme fait de la situation de misérable, de gueux, de pauvre, d’affligé, un idéal (« va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, tu auras alors un trésor dans le ciel ») et un moyen de juger les hommes. Le déshérité souffre (pale copie du Christ) , et le nanti doit souffrir pour ne pas avoir porté secours au déshérité. Le mauvais riche – adonné à son plaisir – est le symbole parfait du damné. (aucune trace de considération politique. Le christianisme est apolitique, et en même temps c’est un ensemble de préceptes sur la vie en société et sur les relations entre les catégories de gens dans la société. Aux hommes de supporter la contradiction qui peut exister entre ce modèle de société et l’ordre établi. Là encore, entre le marteau et l’enclume, ils seront les éternelles victimes)

 

Le masochisme est le sens profond du christianisme. Il s’agit de faire de sa propre douleur, de sa propre peine, une valeur en soi. Il s’agit de condamner définitivement l’amour du plaisir (renoncer à soi-même). Une fois le principe admis, les possibilités sont immenses à l’égard du corps et de l’esprit. Mais comme cela va contre la nature humaine, comme cette nature n’a rien de masochiste, les stratégies mentales, les chemins détournés que l’on est obligé d’emprunter ont de quoi rendre tordu, malsain ou pire. Parmi les chemins empruntés, il y a le fait de se venger sur les autres. Le sadique va avec le masochiste. On est tour à tour l’un et l’autre. . La figure du Christ sur la croix jette une ombre sinistre sur le monde.

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Cette ombre, c’est celle de la haine avec sa longue histoire. La moindre considération pour ce monument du sacrifice et du malheur, fait que l’on ne se sent pas autorisé à écouter l’appel de sa conscience. On est comme SACHER-MASOCH : on revit la scène primitive, encore et encore. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Une autre réponse possible pour le Pape François quand on dit du mal de sa mère : « qui est ma mère, qui sont mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon Père, celui qui vit dans l’amour du Père, celui-là m’est un frère et une mère, une sœur. »

 

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