LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

17 août, 2015

INEGALITE CULTURELLE

Classé dans : Culture — inconnaissance @ 11:54

Quand on pense être mandaté par la société, on prend simplement au sérieux la généralisation ou l’essentialisation inhérente aux mots. Mais c’est le jugement de valeur qui fait l’autorité morale. On peut employer un concept désignant une collectivité, un groupe, un mouvement, un parti, un pays, etc etc mais dès qu’un jugement suit, ce sont tous ceux qui appartiennent à cet ensemble qui sont logés à la même enseigne. Car en plus, le jugement, est lui aussi, une généralité, une notion indépendante des singularités. (Si on vous dit : vous êtes étourdi….on ne parle pas de votre façon particulière d’être, on vous affecte une caractéristique générale) C’est la prise en masse. Que voulez-vous faire contre cet emploi de concepts généraux et de valeurs générales ? On ne peut pas détruire quelque chose qui n’existe pas. (on verra plus bas avec l’exemple de la mouche)

Bien sûr, beaucoup de gens voudraient, alternativement, fonctionner ainsi et se défendre contre ceux qui fonctionnent ainsi quand ils risquent d’en être victimes. (les fonctionnaires sont des fainéants;….jusque là, ça va, ..ah non sauf si je suis un fonctionnaire, je ne veux pas être traité ainsi. Pardon, je voulais dire : certains fonctionnaires. Et certains, c’est quel pourcentage ?)

La société est un puzzle qui prend forme. Chaque pièce est une essence, une catégorie générale que l’on a affublée d’un qualificatif général. (les enseignants ont bobo…ils veulent qu’on leur témoigne de la considération. Pièce du puzzle : enseignant+ bien considéré. Ca y est ? Voilà ! )

Disons cela autrement : j’ai intégré le fait que la société est l’objectif et le référent ultimes. Donc je fais tout pour la représenter, pour améliorer son fonctionnement, pour mettre du liant et du lien. Et cela consiste à servir les valeurs, codes, rites, symboles, signes, modes, coutumes, qui l’animent. (je les cherche, je les sers) C’est ainsi qu’elle semble exister. Sauf que « société » n’existe nulle part ailleurs que dans l’esprit des gens. La société (disons : l’ordre, la norme et le sens de l’ensemble) n’est que ma conception de la société, ce que je souhaite qu’elle soit conformément à mon conditionnement, c’est à dire à celui de mon groupe ou milieu socioculturel – mon éthique en est le produit. Si j’avais été élevé ailleurs, si je vivais ailleurs, je serais tout aussi convaincu avec une autre éthique, tout aussi certain de mon fait, tout aussi content de moi. Les mots que j’utilise pour désigner tous ses aspects doivent être pertinents et les jugements dont je les accompagne doivent être les bons. (prenez à peu près n’importe quelle déclaration de politicien comme exemple) D’ailleurs, les membres d’un groupe ne se reconnaissent jamais aussi bien qu’en portant des jugements. (parfois, c’est primaire) Ils ont l’impression de vivre ainsi dans le même monde. De ce phénomène, on ne reconnaît que les excès ( rumeurs, soulèvements populaires etc) sans prendre conscience que le principe est déjà là quand il s’agit des opinions, et encore en deça, du sens commun, des stéréotypes etc

Rien de plus exquis qu’un documentaire socio-historique où l’on peut montrer des comportements collectifs sans failles reposant sur des jugements, des opinions communs. Les gens sont réduits à n’être que des marionnettes. (c’était au temps où Bruxelles rêvait…chantait BREL) Ah si cela pouvait être aussi simple avec l’époque actuelle.

Le bien est le bien du collectif d’où je viens et qui perdure. Ce n’est pas un choix personnel. Pour s’en persuader, il suffit de prendre conscience honnêtement qu’au moment où une raison nous fait agir, cette raison n’a pas été élaborée par nous, elle était là avant, (comme d’autres qui ont pu entrer en concurrence) ou, mieux encore, que l’on ne fait rien, ne dit rien sans avoir besoin de montrer, de témoigner, de rendre des comptes, fut-ce intérieurement. Eh bien à qui croit-on rendre des comptes ? A qui, à quoi ? Jamais on n’agit ou ne parle indépendamment des autres, et en les ignorant.

On peut compléter cette description en écrivant : monsieur « jesuislechefdelaculture ».(par culture, on désignera une forme de culture qui apparaîtra plus bas) Monsieur « Jesuislechefdelaculture » a comme vocation de faire passer le sens des mots (surtout des mots qui ne désignent que des choses qui n’existent que dans l’esprit des gens et nulle part ailleurs) pour la nature de la réalité. Sa culture (la bonne) lui permet d’insinuer que le sens qu’il a appris à donner, par exemple, au mot étourdi (ou à n’importe quel autre du même genre) correspond exactement à votre nature particulière, à ce que vous êtes vous ! Et après, tout un système de pensée vous prend à la gorge. C’est la conséquence du culte des mots.. A la limite, un aveugle de naissance qui n’a jamais vu une couleur mais qui est cultivé (il a beaucoup écouté France-culture) va imposer à celui qui voit, mais qui n’est pas cultivé, sa conception des couleurs.

Voilà donc quelqu’un à qui la société a conféré quelque autorité, ou qui se croit investi d’une certaine autorité (père ou mère) et voilà que vous auriez justement contrevenu à quelque code. (la courtoisie par exemple) . Il va prétendre parler au nom de la société, c’est à dire qu’il va prétendre exprimer le sens et l’importance attribués par elle à ce code (au mot courtoisie) indépendamment de vous.et de toutes les autres raisons qui justifieraient votre conduite. Il y a donc ceux qui se comportent ainsi, qui souscrivent à cela, et les autres.

La culture dont il est question tend à donner à tout ce que nos sens nous fournissent comme informations une nature aussi spirituelle, aussi abstraite et générale que possible. Elle cherche à se débarrasser du réel, comme dirait Michel ONFRAY. Ou comme dirait Stephen JOURDAIN, on a tendance à vouloir agir sur le sens que le dictionnaire donne au mot mouche, au lieu d’écraser LA mouche, cette mouche. Parce que c’est le concept courtoisie qui est important. Combien de fois par jour n’entendons nous pas parler de responsable, de responsabilité dans les médias ? 10 , non. 50 ? au moins. Plus sans doute. Il me semble que d’habitude, on est responsable DE quelque chose ou de quelqu’un. Mais non. ! (autres mots ressassés, rabâchés : engagement, mobilisation…Marquise mobilisation votre m’engager me fait. on est en guerre sans doute)

La culture tend, autant que possible, vers le sublime, le spirituel (ou son pendant, son complément : son contraire) Pour reprendre l’exemple des couleurs, la culture leur trouvera certaines qualités plus raffinées, puis une dimension humaine presque métaphysique, puis une valeur mystique. (couleur céleste du bleu au Moyen-Âge) On imagine assez facilement combien, dans ces conditions les beaux parleurs, les cultivés font la pluie et le beau temps. La culture s’enrichit, l’imagination travaille, l’aspiration au spirituel ou au sublime agit, l’univers mental s’approfondit  et s’agrandit, le sentiment de liberté s’accroît, la suffisance aussi. Inégalité culturelle et conséquences. Le monde des gens cultivés est riche, profond, chatoyant, il impressionne. Sauf que ce n’est pas pour cela qu’il est juste, exact.

De quoi parle-t-on ? De choses dont personne n’aura la possibilité d’avoir une expérience personnelle directe (comme les journalistes qui racontent des trucs qu’on n’ira jamais vérifier).

Or le mot crée la chose au sens où c’est par lui, en fonction de lui que l’on pense, conçoit la chose. Et le jugement crée sa nature. On devient dépendant de la nature des choses que l’on a créée (ou plutôt que l’on nous aura appris à créer) . Après avoir conçu et idéalisé un certain beau, tout est comparé à ce beau souhaité. (Ca y va en ce moment, la lutte pour nommer : bataille de mots dans un tunnel) Le mot crée la chose, il confère une nature à la chose, surtout si c’est un jugement. Une nature résultante d’un jugement n’existe nulle part ailleurs que dans notre esprit. Même un truc aussi inoffensif que « bleu », on ne sait pas ce que c’est que LE bleu. Ah une longueur d’onde. On est passé à autre chose. Alors en dehors de ce qu’on raconte sur la courtoisie, savez-vous ce que c’est ?

Si notre monde a une nature, c’est parce qu’il procède d’une vision du bien qui s’est déclinée de mille manières. Et c‘est dans notre tête que cela se passe.

Il est rare que l’on fasse vraiment attention à la nature de nos pensées, de nos représentations, que l’on prenne vraiment conscience de cette nature. Oh si, on sait que l’on agit pour le bien de l’entreprise, pour sauver la France, pour faire plaisir, pour favoriser la bonne entente etc on est sensible à ceci, à cela, mais la nature de ce qu’on a à l’esprit passe inaperçu. Pour en prendre conscience, il faudrait comparer nos pensées à celles des autres. Dire qu’on ne voit pas le monde de la même manière signifie que le monde n’a pas la même nature selon le cas. Pour rendre semblables les mondes, il faudrait une métamorphose totale. (le langage populaire dit cependant : je ne vois plus les choses de la même façon. Donc elles ont changé de nature. ) De plus, cette méconnaissance nous permet d’ignorer le caractère répétitif , régulier de la nature du monde dans lequel on vit. Sinon, le conditionnement apparaîtrait au grand jour et l’univers dans lequel on vit aussi.

Exemples simples et massifs : sauver la France ou être un bon croyant. Quelle est la nature de ce qu’on veut sauver ou de ce qu’on appelle un bon croyant ? On a cette image du salut de la France ou du bon croyant à l’esprit, c’est quelque chose qui n’existe que dans notre esprit (ou dans l’esprit du voisin) mais nulle part ailleurs. Or quelle nature a cette image ? Que vaut-elle ? Quel rapport existe-t-il entre notre nature et la nature de cette image ?

Cette nature (qui se trouve quelque part entre le réel et le rêve le plus fou ), c‘est comme un tableau. Un tableau représente une substance, une essence, une nature particulière. On peut toujours apporter quelques corrections au tableau, mais l’objet doit se fondre dans le tableau. Pas question de détoner, et encore moins de placer un autre tableau d’un autre genre dans le tableau. On est prisonnier du tableau une fois celui-ci installé. Il n’y a plus que lui.

table5

                                VERMEER et BACON

On cherche à retrouver la nature du monde que notre conception du bien, nos jugements de valeur d’arrière-plan ont créée. Il y a les esthètes, les moralistes, les idéologues, les spirituels, les matérialistes, les hommes d’affaires etc. Pour les premiers, le monde est esthétiaque, pour les deuxièmes, il est moral, pour les troisièmes etc Mais la nature de ce monde, pour eux, ne fait aucun doute. Ils ne changent jamais de paradigme car il leur est impossible de remettre en cause leur système de valeur. Ce système est la vérité. Bon, tant qu’ils n’ont pas de pouvoir, ils ne séduisent que les gens qui veulent être séduits. Ca fait des clans, des cercles, des écoles…Mais si par malheur ils ont le pouvoir, attention !

Les images mentales seront le résultat de tout cela. Le type de préoccupation, de sujet de prédilection trahit la nature de notre mental. On donne à l’homme la nature que notre vision lu bien nous a appris à lui donner. Devinette : quels seront les sujets de préoccupation habituels (c’est à dire à quoi seront sensibles, réceptifs) des esthètes, des moralistes, des idéologues, des spirituels, des matérialistes, des hommes d’affaires etc . Facile ! En tout cas, plus on prétend se rapprocher de Dieu ou du Souverain Bien, plus on est fanatique.

Ce qui apparaît déjà, notamment avec la spiritualité ou la morale, c’est qu’on a tendance à évacuer la raison, les connaissances, pour donner à fond dans le sentiment. Et le sentiment peut croître à l’infini. Et même si vous n’êtes pas du genre croyant, vous remarquerez que vous avez tendance à mettre beaucoup de sentiments dans telle ou telle chose, que vous aimez plus que vous n’aimez. C’est le prestige du culturel, l’influence du jugement collectif.

Avec le temps, n’est-ce pas, notre univers mental devient de plus en plus hermétique. ( tragédies des vieilles personnes)

Stanislas DEHAENE disait au début d’une conférence surtout destinée aux enseignants :  » un bon enseignant est un enseignant qui a un bon modèle mental du cerveau de l’enfant….il est important de comprendre comment le cerveau est organisé pour enseigner certaines disciplines particulières «    https://www.youtube.com/watch?v=4NYAuRjvMNQ

En voilà une idée qu’elle est bonne !. Mais pourquoi s’arrêter aux enseignants ?. L’enfance est une période d’apprentissage et tout ou tout le monde concourt à cet apprentissage et devrait donc tenir compte de ce conseil. Et pourquoi s’arrêter à l’enfant ? Est-ce que l’adulte est définitivement fini ? Est-ce qu’il ne continue pas à apprendre et à évoluer, est-ce qu’il ne fonctionne pas aussi d’une certaine façon et ne devrait-on pas en tenir compte ? (les cultureux trouveront cette idée incongrue)

Il y a lieu de se demander si la nature que l’on apprend à attribuer à l’homme est proche ou éloignée de la façon dont il fonctionne, est-ce qu’elle est favorable ou défavorable à ce fonctionnement. Il est inutile de rêver à des conceptions sublimes, incorporelles, spirituelles, morales et de s’enthousiasmer pour elles si elles sont contraires aux intérêts de chacun. Est-ce que des pensées concernant des choses qui n’existent que dans l’esprit et nulle part ailleurs et portées toujours plus haut, dans des sphères toujours plus abstraites sont en contact avec la façon dont nous fonctionnons ?

Eh bien on risque fort de ne jamais se poser la question si on a fait de la société (ses normes, son ordre et le sens de l’ensemble) le référent et le but ultimes. On n’a plus à s’occuper des individus. Plus c’est le cas, et plus les les valeurs, codes, rites, symboles, signes, modes, coutumes etc dont nous parlions deviennent tyranniques. Vive les bonimenteurs !

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