LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

20 décembre, 2015

J’AI MAL PARTOUT

Classé dans : Culture — inconnaissance @ 16:09

Si vous aimez la société, vous ne pouvez être véritablement athée. Si vous aimez Dieu, si vous y croyez vous aimez la société La société n’est rien sans croyance, et la meilleure est la croyance en Dieu. Dieu n’est rien sans la société. Israël, n’en parlons même pas. L’islam ? que représente le soufisme ? Le christianisme ? Il nous cherche au niveau plus intérieur de nos motivations (dispositions, attitudes) et de nos modes de relation. Tout cela dans un seul but : instaurer un certain type de société. La vraie vocation des religions est de régler, d’inspirer, la vie quotidienne, de lui donner un sens, une raison d’être. (les mystiques et les contemplatifs purs ont toujours été mal vus) Il s’agit de purifier, d’abstraire, de mentaliser, de sublimer la conscience de toute chose pour se rapprocher du divin, de l’incorporel, de l’abstrait, du global. Et cela : le divin, l’incorporel, l’abstrait, le global, c’est l’essence de la société. Cela s’appelle, par exemple, le bien collectif, l’intérêt général supposé. Pensez l’idée d’un intérêt général, d’un bien général, indépendamment de toute idée de Dieu, de toute idée de jugement divin, de toute idée de récompense ou châtiment final, de toute forme d’eschatologie, de toute idée d’une transcendance, de toute idée d’une autorité suprême. Essayez. Essayez de penser votre vie dans la société indépendamment de toute culture ou croyance religieuses.

Pour entrer dans ce monde, pour s’y intégrer, pour s’y faire une place, pour y être accepté, il faut pouvoir le décrypter. On le décrypte avec les outils que l’on nous fournit et c’est toute la fonction du conditionnement socioculturel propre à chacun (imprégnation psycho-affective, modèles, savoir, culture etc) Ces outils forgent certainement notre tempérament en ce sens qu’ils nous présentent le monde d’une certaine façon : on sera branché sur un certain type de réalité, sensibilisé à certains stimuli ou aspects du monde, mobilisé en faveur de ce qui est taxé d’important, entraîné à développer certaines facultés plutôt que d’autres. (intellect, sentiments, métaphysique, action, éthique, etc) C’est tout un apprentissage. A la suite de quoi, le décryptage s’opère  automatiquement, sans nous demander notre avis. Il précède toute initiative de notre part. Les différences entre les individus se forment, s’établissent définitivement en fonction de ce rapport au monde. (cela va des grandes aux petites choses, des grands aux petits principes. Manies, routines etc).

On a peut-être été branché sur l’attention aux autres, à l’autre, sur le souci de l’autre. (oh il a l’air, ah, on dirait, vous semblez, est-ce que…j’ai l’impression..) C’est une façon d’être désintéressée que le moi cultivera conséquemment à la prise en considération des idées, concepts, mots correspondants. C’est alors le sens que l’on donne à la vie, le regard que l’on jette sur le monde;, le décryptage essentiel qui fonctionne sans cesse. Si cela s’applique partout et en tout;..aïe ! Y renoncer nous donnerait l’impression de ne plus appartenir au monde, d’être rejeté, ou de le rejeter.

On croit peut-être être mature si on a coupé le cordon ombilical avec ses parents, mais on a probablement déplacé la relation enfant-autorité sur la société. On retrouve le même rapport : confiance, foi aveugle, idéalisation, soumission, dépendance, fidélité. Ah, peut-être a-t-on pris ses distances avec la société, peut-être s’en est-on affranchi, (la classe !) mais n’a-t-on pas fait que déplacer la relation enfant-autorité sur une morale, une éthique, une religion. Ce sont des principes, des valeurs qui impliquent une façon de se comporter, et qui définissent un certain type de relation avec les autres, bref, un certain type de société. Et à l’égard de ces principes et valeurs, c’est à dire de ce monde rêvé : confiance, foi aveugle, soumission, idéalisation, dépendance, fidélité. Continuer à demander l’autorisation comme un enfant.

Pourquoi la persistance de cette dépendance, de cette mentalité plus ou moins infantile moralement, psychiquement, intellectuellement parlant ? (parfois, il suffit d’un mot, dune idée, d’un slogan pour déclencher des réactions moutonnières)

C’est toujours l’union que l’on cherche. Depuis notre naissance. Tout est bon pour la favoriser. La généralisation n’est qu’une occasion, un moyen de nous unir au groupe, aux autres . C’est pour cela qu’elle fait la loi. S’il y a un concept dont vous vous fichez de savoir s’il est partagé par les autres, si vous vous vous fichez de ce que pensent les autres à son sujet, c’est bien parce que vous n’avez aucune envie de vous en servir pour rejoindre les autres. (s’il vous laisse froid, c’est parce que vous vous contentez du sens personnel que vous lui donnez) Pour l’union, bien sûr, il y a l’orgie, mais ce n’est pas la façon habituelle.

Il y a les activités collectives (sports collectifs par exemple) mais on n’a pas forcément l’occasion ou le désir de les pratiquer.

Il y a les communautés assez soudées. Si cela nous tente. Mais la façon la plus courante de la chercher passe par le langage en exploitant sa dimension collective, le sens commun, les idées courantes, les fois collectives etc Il y a tant de mots, d’idées qui passent pour être des sujets d’accord, qui semblent aller de soi,. Les mots sont des institutions, des engagements, ils portent la promesse d’un monde, d’un collectif idéal. A condition de nous mettre d’accord. (espoir toujours déçu, désenchantement) . Chaque mot devient l’enjeu, le sujet. Chaque mot est le dieu que l’on sert et qui a ses exigences. Parce qu’il règne sur notre conscience. Débarrassez-vous de l’un de ceux qui font la loi en vous. Vous pouvez ? Non si la référence est la pensée, le sens de cette pensée. Chacun d’eux permet l’adhésion, l’espoir d’union. Il suffit qu’ils soient un tant soit peu investis collectivement, positivement ou négativement, et le mouton se réveille.. (un simple slogan peut suffire)

Tant que le désir d’union est là, on tombe dans le piège de la généralisation. On profite de chaque occasion qui nous est offerte. Être créatif, quel que soit le domaine, quelle que soit la manière, c’est sortir des convenances, des routines, des habitudes, des conformismes, des lieux communs, des préjugés, des clichés, du sens commun.

L’union est ce qui motive la conversation courante Au bout du compte, l’autre, mentalement, en tant que membre d’une société, est conçu comme un conglomérat d’idées convenues, de clichés culturels, comme une simple partie de la société. C’est à dire que ce n’est rien.

« Les Flamandes dansent sans frémir, sans frémir aux dimanches sonnants, les Flamandes dansent sans frémir, les Flamandes, ça n’est pas frémissant. Si elles dansent, c’est parce qu’elles ont trente ans, et qu’à trente ans il est bon de montrer que tout va bien, que poussent les enfants, et le houblon et le blé dans le pré. Elles font la fierté de leurs parents, du bedeau et de son Eminence… » (J. BREL)

On peut aussi, pour faire plaisir à ceux qui fonctionnent ainsi, en parler. Ils se donnent du mal. Ou bien détruire ces idées convenues s’ils sont capables de l’accepter et de le supporter, ou dans le cas où ils nous sont hostiles.

Et il y a le pendant : puisque le moi est certain d’être en accord avec l’esprit de la société, il prêche, il milite. « C’est ce que leur ont dit leurs parents, le bedeau, et même son Eminence l’archiprêtre qui prêche au couvent.. » (BREL)

Mais il y a deux façons de réaliser un semblant d’union ou de s’en approcher, celle du maître, du chef, qui consiste à rassembler les autres autour de lui, et celle du faible qui consiste à aller vers les autres, et à tout faire pour leur plaire. Soit les autres, le groupe sont en notre pouvoir, soit on est en leur pouvoir.

Qu’est-ce qui échappe à l’emprise de la socioculture, qu’est-ce qu’elle ne régente pas ? Dans les fonctions officielles, bien sûr, elle s’impose. En société ou en public, elle s’impose. Quand on entre dans une catégorie sociale, elle s’impose. Dans la vie privée, elle s’impose. Elle s’impose à notre corps; elle s’impose à notre intériorité. Elle s’impose dans tous ces cas parce qu’il suffit de nommer les choses, et aussitôt, ce qui est nommé (fonction, catégorie, comportement en public, vie privée, intériorité) acquiert le sens général, la valeur générale prescrite ou indiquée par la socioculture. Cela ne nous appartient plus. Nul besoin d’un gendarme. Cette fusion entre le service des autres (mobilisation pour…) et la dimension apparemment générale des idées, principes, critères (mobilisation pour elle) fait que nous rendons compte sans cesse à la socioculture, à notre conditionnement.

Tout cela serait bel et bon, tout à fait justifié si la société, la socioculture n’étaient pas ce qu’elles étaient. Tout sauf un modèle ou une réussite. Et dire que les enfants croient, naïvement, que le monde au nom duquel les adultes parlent fonctionne à merveille ! . BRASSENS a bien raison de chanter :

« Encor s’il suffisait de quelques hécatombes pour qu’enfin tout changeât, qu’enfin tout s’arrangeât, depuis tant de grands soirs, que tant de têtes tombes, au paradis sur terre, on y serait déjà. Mais l’âge d’or, sans cesse est remis aux calendes, les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez. Et c’est la mort, la mort toujours recommencée  » les dieux ou tout ce qui les remplace.

« Notre état de civilisation tout entier est un système féodal  » (STIRNER) Avec une vie contre-nature, on a mal partout :

« La vie essaie de détruire le barrage, cette structure morte de pensée et d’expériences qui n’est pas dans sa nature….La pensée n’est pas l’instrument qui permet d’atteindre des buts autres que ceux qui sont prévus par la société ou la culture  » (UG) société ou culture devenues des buts en soi, des puissances qui ne s’autorisent que d’elles-mêmes et qui requièrent notre total dévouement.

Pourquoi se soucier du sens et de la valeur qu’une culture attribue à chaque chose ? Pourquoi rendre des comptes sans cesse aux repères apparents d’une culture. Il y en a qui font cela pour faire leur intéressant, pour causer – ils sont nombreux – et il y en a, les pauvres, qui voudraient être authentiques

Tant que le désir d’union est là, on fait passer l’intérêt général ou les belles causes, portés par ces généralisations, avant notre intérêt particulier voire en opposition avec notre intérêt particulier. Et tiens, oublions-nous un peu. Le désintéressement, que diable ! Faisons passer l’intérêt général avant les intérêts particuliers des autres. .

L’intérêt général, le bien commun s’oppose à l’intérêt ou au bien particulier . D’abord parce que ce n’est pas le même, ensuite parce qu’il est d’une nature différente : abstraite, théorique, alors que ce qui est bien pour soi s’enracine dans le corps. Il s’ensuit que l’intérêt général est à la fois hostile au bien particulier, et étranger à lui. Il s’ensuit que cet intérêt général ne peut que faire du mal aux individus. C’est dans sa nature. C’est pourquoi, le désintéressement, comme principe fondamental de notre vie, est malfaisant. N’est-ce pas évident ? On fait toujours le mal au nom du bien, au nom de l’intérêt général. On le fait au nom d’une fonction sociale, d’une institution, d’un ordre établi, d’une idéologie, d’un système de nature quelconque, de valeurs posées comme nécessairement bonnes. Vous sentiriez-vous privilégié, favorisé si vous étiez le seul à être traité comme vous êtes traité au nom d’une de ces innombrables raisons abstraites et générales, de l’intérêt général ? Vous devriez si, comme il est entendu, c’est dans votre intérêt.

On fait donc passer l’intérêt de toutes ces choses avant l’intérêt, le bien particulier. On devient, à son service, un instrument de coërcition. Pas plus zélé que quelqu’un qui a une foi aveugle, une confiance totale etc dans ces généralités. Ravagé, ravages. Il est autorisé à employer tous les moyens pour les imposer. Le plus grand bien fait le plus grand mal. Sans cet alibi ou ce prétexte permanent, réduit à n’être que soi-même, on n’a pas de raison de faire le mal.

En théorie, on ne devrait pas se sentir coupable de ne pas participer à ce mal, au contraire. En pratique nous nous sentons coupables de ne pas suivre le groupe, parce que c’est le groupe. Les effets, on ne regarde pas. On se sent coupable de ne pas se soumettre à la fonction sociale, parce que c’est social, à l’institution, parce que c’est l’institution, à l’ordre établi, parce que c’est établi, au système, parce que c’est un système. Depuis notre naissance, on veut coller au groupe, nous y intégrer, nous unir à lui. Et le mal, c’est de ne pas l’idéaliser, de ne pas y croire. Athéisme interdit. Au point que l’on se sent mal quand on ne fait pas ce mal.

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