LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

21 avril, 2015

LA PUISSANCE DU JUGEMENT, 3

Classé dans : Decadence — inconnaissance @ 13:23

Je me pense, en gros et en détails, je m’aime, en gros et en détails, comme on m’a pensé et aimé. Tout seul, je n’aurais pas trouvé. C’est d’autant plus vrai que mon milieu, mes éducateurs ont été aimés et valorisés par moi. C’est alors, puisqu’ils sont importants, que ma façon de me penser et de m’aimer est importante Ce que je défends donc, ce que je promeus, donc, c’est simplement, uniquement, la pensée ou le sentiment des autres. Ce sont les autres. Ce qui me chagrine quand je me pense dans certaines occasions, c’est l’atteinte à l’oeuvre des autres. Il faut les sauver. Mémoire mémoire. Passé et enfance sont pourtant deux choses différentes. Il ne faut pas les confondre. On pourrait en venir à embellir le premier même s’il était désastreux. Le passé doit être considéré indépendamment, comme étant celui des autres indépendamment de soi.

Comment peut-on s’être laissé insulter, condamner depuis des siècles, tous autant que nous sommes, parce que nous serions responsables des échecs de tous les systèmes, de toutes les doctrines ? . Ce ne serait jamais eux qui seraient en cause quand bien même nous les aurions épousés et servis.

Puisque l’on se pense et que l’on s’aime, en gros et en détail, comme on nous a pensés et aimés, se suicider, se faire mal, se négliger, reviendrait à tuer, maltraiter, négliger les autres. Une revanche, croit-on. S’améliorer, s’amender, c’est admettre que les autres n’étaient pas parfaits, mais c’est aussi prolonger, améliorer l’oeuvre des autres. Il faut pour cela, continuer à aimer ces autres. Si on ne les aime pas, on peut vouloir les supprimer en supprimant leur œuvre. Mais si on n’est pas content de soi, si on n’aime pas la société, ce serait double peine de se maltraiter ou de se négliger. Pourquoi ne pas se contenter de discréditer les pensées, les jugements à notre égard, de débrancher la façon que l’on a de se penser. Et pour cela, il faut s’attaquer a leurs bases, leurs fondements.  Ce qui est absolument sûr, c’est que cet ensemble ou ce système de pensée ne tient pas debout. Rien ne peut empêcher sa destruction. Aucun Verbe ne tient debout.

Cela fait des siècles que les parents et éducateurs sacrifient les enfants à la morale sociale en vigueur. Cela fait des siècles que les riches sacrifient les autres à l’accroissement de leurs richesses. Cela fait des siècles que les puissants sacrifient les peuples à leurs ambitions. Cela fait des siècles que les religieux sacrifient les peuples à la gloire de leurs dogmes et à leurs intérêts. Et ce sont les victimes qui paient les pots cassés.

Un point commun à tout cela : c’est pour des causes abstraites que l’on se sacrifie, c’est à dire pour de pures créations de la pensée, pas pour le bien réel de personnes réelles et présentes. Mais ce sacrifice pour des causes abstraites profite à des gens bien réels d’une façon qu’on n’aurait pas souhaité.

En fait, aucun jugement de la part des individus en tant que tels. Celui qui n’a aucune idée du bonheur ne se dit jamais qu’il est malheureux. L’athée ne traite pas autrui de pécheur. Tout vient d’une idée associée. D’une idée générale. C’est une réponse apprise. C’est sociétal. A l’origine, les adultes, les parents étaient pour le petit enfant des êtres supérieurs dont les demandes et les raisons s’imposaient du fait de leur supériorité et de leur importance. Mais il ne s’agissait encore que d‘êtres. Les choses ont mal tourné quand ces derniers ont été confondus avec des idées générales, des conceptions englobantes. Ils sont devenus des « éducateurs » ! !. Ils ont pu, par la suite, disparaître, la suprématie des idées générales est restée comme témoignage de leur passage et de leur valeur. Maintenant, on se comporte envers chacune de ces idées comme un enfant obéissant et timide. Concentrez-vous sur l’une d’elles, et vous verrez qu’elle renvoie ou suggère quelqu’un derrière. Un auteur. Pour chacune d’elle, c’est ainsi.

Que ce soit l’opinion d’autrui ou que ce soit notre propre moralité qui nous mettent en désarroi, qui nous inspirent honte ou remords, quand nous avons fait quelque chose de répréhensible ou d’illégal, c’est toujours une idée de soi qui est mise à mal et toujours une idée socioculturelle venue de quelque autorité qui est transgressée, la réalité vécue, singulière n’est jamais la source d’une telle confusion. Cette réalité vécue ne peut être jugée de cette façon. Mais il y a le moment où l’on se résigne à remplacer la réalité vécue par le sens usuel que le mot véhicule.

Non seulement le moi est haïssable, mais il est conçu pour être haï.

Qu’est-ce qui fait le fond de la mentalité des Occidentaux et particulièrement des Français – champions dans la consommation de drogue et de tranquillisants et dans la création d’associations de bienfaisance. Quelles dispositions, quel état d’esprit les animent ? (particulièrement les Français)  Des siècles de christianisme + des siècles de matriarco-féminisme + des lustres d’humanisme et d’universalisme. Cela donne ce que des philosophes avaient prédit : des sentiments baveux.

Les grandes causes, les grandes idéologies, les grands systèmes de pensée, ceux pour lesquels on avait l’habitude de verser notre sang ou de sacrifier notre vie, ont vécu. (Un peu d’individualisme et d’égoïsme salutaires sont passés par là). L’épopée, l’édification d’une nouvelle civilisation ne sont plus à l’ordre du jour. (manque de projet, manque de perspective répète-t-on en boucle ! ) Pourtant, l’abnégation, le désintéressement, le sacrifice de soi n’ont pas disparu. Ils ont simplement pris un visage différent : moins ambitieux, moins glorieux, plus personnel, plus quotidien, plus familial, plus sentimental. Les croisades sont morales, généreuses. On parcourt le monde et on en rapporte des milliers de témoignages de gens en détresse ou de cultures différentes. Et on revient chez soi pour attendrir l’opinion ou pour mettre en valeur ces cultures.

Le nouveau fond de pensée qui correspond au christianisme, au matriarco-féminisme, à l’humanisme universaliste, peut être résumé en quelques mots : faire plaisir, secourir, compatir. C’est ce qui nous anime, nous plaît, nous semble représenter Le bien en permanence . Aimer, donner, partager, assister, être à l’écoute, être attentionné, être aimable, être utile, se dévouer, accueillir, faire du sentiment, s’attendrir, soulager etc Pour cela, être sensible aux humeurs, aux mines, aux réactions, aux émotions, aux regards, aux expressions des autres. (La psychologie est venue seconder ou remplacer la religion en nous apprenant à avoir les relations et les sentiments qu’il faut, aux hommes à être de bons pères, de bons époux, de bons citoyens, à faire tout comme la femme à la maison sans jamais l’égaler. Travail, famille, citoyenneté)

Si ceci n’est pas faux, si c’est un fond de pensée particulièrement partagé, à part dans quelques milieux, si c’est passé dans les mœurs et que cela paraît naturel, évident, c’est à partir ou au nom de cela que l’on juge. Sans se gêner. On doit constater alors que ce sont ces qualités que l’on exige de nous le plus souvent, et que les reproches les plus fréquents, les plus sévères, les plus définitifs concerneront nos sentiments, notre serviabilité, notre sociabilité, notre sensibilité, notre générosité. On constatera aussi que ce sont les catégories à qui sont dus les devoirs décrits ci-dessus qui seront les plus exigeantes et les plus promptes à faire des reproches. On a peut-être rencontré des gens qui savaient exploiter à fond ces devoirs de sollicitude dictés par la société., et beaucoup plus fréquemment, rencontré des gens qui se reposent, qui comptent sur ces idées convenues. Qui donc… ?

Quelles sont donc ces catégories selon vous ? Qui donne le ton ? Autour de quoi tourne l’actualité ? Quelles sont celles qui ont le vent en poupe, qui font le plus référence à ces « valeurs », qui sont les plus culpabilisantes et les moins accessibles à la critique dans notre vie quotidienne ?

Si nous nous levons le matin et si nous vivons avec, plus ou moins, le souci de pouvoir faire plaisir, secourir, compatir, être utile, de montrer notre amour pour en attendre en retour, si nous ne sortons jamais de ce sentimentalisme, de cette conduite ou attitude sociale, c’est bien parce que nous avons été conditionnés ainsi par la conjonction des trois grands courants cités plus haut.

Ainsi, nous nous dévouons pour des essences humaines, de grandes idées infiniment supérieures à nous, et notre responsabilité, notre devoir, notre dignité commandent que nous assurions le bonheur et le salut des catégories concernées . Car en vérité, pris un à un, indépendamment de toute élucubration morale conditionnée, quel devoir à l’égard des individus, quel lien par rapport à nous puisque nous sommes fondamentalement séparés et différents. Reconnaître au moins qu’on est dans l’idéologie.

Le moment où on est jugé est le moment d’un court-circuit. Contact ! Fusion ! Le contact ou le court-circuit, c’est l’illusion d’un référent commun qui serait à la fois intérieur et extérieur. L’essence, le général, sont à la fois extérieurs et intérieurs. Mais on a vu que ce référent commun n’existait pas, que ce n’était qu’une création. il est tout entier du côté de la sentimentalité. Le jugement compte tant sur vos sentiments et si peu sur la raison logique et scientifique. C’est un moyen de nous garder en servitude. Otez la valeur associée à ce qu’il a de général, et il perd son pouvoir.

Dans nos sociétés chrétiennes, matriarco-feministes et humanistes, les premiers fantasmes dont nous parlions ont trouvé un terrain extrêmement propice pour se développer, proliférer. C’est le triomphe de la personnalisation. On personnalise à outrance. L’idée qu’on a le pouvoir de faire le bonheur et le malheur de l’autre, l’invitation à vivre par procuration, l’idée que l’on peut attendre la pareille de l’autre, l’idée qu’il y a des référents communs de nature sentimentale ou spirituelle, ont donné lieu à un nombre considérable de formes de relations fusionnelles, possessives, de démonstrations affectives, de comédies mutuelles, de façons de plaire. L’apitoiement passe par l’identification. Et inversement, ne pas s’apitoyer sur soi conduit à ne pas s’apitoyer sur le autres.C’est parce que l’on s’accorde beaucoup de prix (en fonction de sa propre philosophie : voir ci-dessus) que l’on accorde beaucoup de prix aux autres.

 

Mais c’est comme si les créations de notre imagination étaient chez tous présentes et agissantes. Il est bien à plaindre celui qui ne pense qu’à prendre en compte et satisfaire les attentes des autres, des catégories d’autres en vogue, de la société. A partir d’une position dominante, les jugements tirent parti du fait que l’on a eu ou que l’on n’a pas eu certains effets sur le bonheur de l’autre. Toute une mythologie en place, tout un monde de créations mentales, de signes culturels (auxquels les moralistes et psychologues s’ingénient à donner existence et consistance et les marchands un équivalent consommable) censées être des référents communs voudraient faire la loi, c’est à dire exercer leur pouvoir. C’est la société gnan-gnan. Gnan-gnan justement face aux grands défis civilisationnels de demain. .Décadence ! Non mais regardez nos gouvernants.

decul 

Un argument moral

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Une image à sauver

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Une prestation médiatique

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Un émoi populaire

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Un impératif électoraliste

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Une apparence d’ordre mondial

 

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