LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

17 septembre, 2020

LES PROBLEMES DE COUPLE

Classé dans : Decheance — inconnaissance @ 20:20

Si tu me quittes, je me tue (sous-entendu : je n’existerai plus)

Ne sachant ce que l’on fait sur terre et qui on est, c’était trop tentant de profiter de ceux qui nous désignaient – comme s’ils savaient qui ils désignaient – et qui nous disaient des choses sur nous. D’autant plus que l’intelligence se développant, il était naturel que l’homme lui-même devint, comme le reste, un sujet de connaissances. Voilà le décor planté une nouvelle fois.

Rien d’étonnant, par conséquent, si les hommes ont cherché à exister pour quelqu’un d’autre. Ils existaient pour le chef. Ils existaient pour un dieu. Ils existaient pour un groupe, une tribu. Ils existaient pour des façons de penser en vogue, pour des opinions en vogue, pour un but, pour la société, pour quelqu’un. Si je n’existe pas pour eux, pour un autre, pour personne, je n’existe pas du tout. S’ils ne me disent pas ce que je vaux, je ne vaux rien. Je suis ramené à l’état initial, à l’état, comme dit Lao-Tseu d’un enfant qui n’a pas encore souri à sa mère.

Le seul petit problème, c’est qu’en fait, quand on regarde quelqu’un d’autre, on le regarde à partir d’un arrière-plan de pensées ou de connaissances. Quand on désigne quelqu’un d’autre, on ne peut en toute logique, désigner que ce qu’on voit : son corps. Comment pourrait-on désigner ce qu’on ne voit pas. Quand on juge quelqu’un d’autre, on le juge en fonction d’une conception globale des hommes, de la vie, du monde, conception qui n’est pas venue là toute seule.

Qui ou quoi désigne qui ? Qui ou quoi juge qui ? Ne parlons pas de tout cela, cela donne le vertige, cela nous jette dans la plus profonde perplexité pour ne pas dire plus. Biaisons. Faisons fonctionner notre intelligence, qui ne demande que cela, pour parler du monde, de la société, et en faire un enjeu. Ils sont de bonne composition, ils ne protesteront jamais contrairement à chacun d’entre nous. C’est une façon détournée de parler de nous, de penser à nous puisqu’on vient de montrer qu’on existe par rapport à eux et grâce à eux. Les protestations, les critiques, viendront de ceux qui ne veulent pas exister pour le monde ou la société dont on parle, mais pour un autre 

La double question que l’on peut se poser, en effet, c’est par rapport ou grâce à quel monde est-ce que j’existe : le monde présent ou le monde futur. Quel monde me donne de la valeur : le monde présent, ou le monde futur ? Dans un cas, il y a désaccord sur la nature du monde grâce à laquelle j’existe, et dans l’autre cas, il y a désaccord sur le type de monde que l’on veut construire.

En tout cas, ce besoin d’exister grâce au monde est si puissant qu’il n’est pas sans présenter de sérieux inconvénients.

Tout de suite, il est clair que quelque chose n’est désigné en soi que parce qu’il y a désignation. Il n’y a quelqu’un de jugé que parce qu’il y a jugement. On ne se désigne pas et on ne se juge pas tout seul.

Se pose alors immédiatement la question de la légitimité et de la valeur de celui qui désigne et du juge. Et surtout, on peut prévoir les catastrophes que provoqueront des gens qui désignent et des juges aberrants.

Mais il y a des degrés (et des formes ) dans la dépendance à un tiers, un partenaire, un référent, un modèle, un idéal, pour exister et savoir ce qu’on vaut. .

En étant attentif, on peut prendre conscience de ce qu’il se passe dans nos rapports avec les autres.

Alors quoi, vous faites quelque chose sans calcul, vous réagissez ou vous agissez selon votre cœur, spontanément, vous dites ce qui vous vient à l’esprit sans malice, vous êtes naturel, paisible, et il faudrait que vous rentriez dans la case qu’on a prévue pour vous ?

Parce que vous avez affaire à quelqu’un de cultivé dont l’érudition est réveillée, il faudrait que vous vous reconnaissiez dans le concept qu’il veut vous coller

Parce que vous avez affaire au militant d’une cause quelconque, il faudrait que vous adoptiez l’étiquette qu’il vous colle pour faire de vous un adhérent de plus.

Parce que vous avez affaire à quelqu’un qui voit le mal ou de la malice partout, il faudrait que vous acceptiez l’intention qu’il vous prête

Parce que vous avez affaire à une autorité, il faudrait croire que ce qu’elle dit de vous

Parce que vous avez affaire à quelqu’un dont vous avez envie d’être aimé, il faudrait admettre que ce qu’il voit en vous est vrai

(mais c’est comme cela aussi dans vos pensées qui rejouent des moments de votre vie quotidienne. Elles aussi vous persuadent)

Il faudrait, à chaque fois, que vous acceptiez de confirmer les théories ou affirmations de vos interlocuteurs, il faudrait que vous vous identifiez aux mots qu’il vous destine

Que se passe-t-il ? Quelle est votre liberté ? Que devenez-vous ?

Vous avez un gros désavantage sur ceux qui prétendent savoir qui vous êtes si vous étiez dans la situation décrite au début, car alors, vous n’aviez pas fait de votre état, un objet de savoir. Vous avez donc le choix entre un savoir non garanti, non authentifié par vous, et qui vient des autres, et un non-savoir.

Le sachant n’était pas là avant, il n’apparaît qu’avec la saisie des mots et concepts que l’on nous fournit.

Vous risquez fort de passer d’un état où vous étiez simplement content de vivre à un état où c’est savoir qui importe.

Voici les conditions d’une dépendance au savoir des autres, et de l’amorce d’un questionnement de soi-même pour se situer.

Le savoir est le moyen d’exister en société, elle sera contente, si le savoir en question vient d’elle , elle reconnaîtra ses petits. Et vous êtes peut-être tenté de vous penser, de commenter les propositions des autres pour paraître plus averti, plus savant en société et pour être mieux compris

Elle vous reconnaîtra en tant qu’objet de pensée si cette pensée vient d’elle. Vous pourrez vous comparer, vous relier aux autres objets de pensée qui existent. C’est le sachant qui mène la danse. Mais quel rapport y-a-t-il entre ce que vous étiez dans l’état initial et le fonctionnement de ce sachant ? Quasiment aucun. Dans le premier cas, le monde, les autres n’étaient pas un sujet de préoccupation, ni un objectif. Dans le second au contraire, l’objectif est de faire reconnaître l’objet de pensée-soi par les autres. Dans le premier cas, la question de notre existence ne nous préoccupait pas, dans le second, la question de l’existence de cet objet de pensée-soi est importante.

 Il y en a beaucoup aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’ils feraient pour exister socialement, être connus, être célèbres. Tout est bon pour attirer l’attention, ou les feux des projecteurs sur eux. (des crimes aux exhibitions en passant par les scandales) Et si c’est par leur appartenance à une catégorie sociale qu’ils existent, le moindre espoir les met en chasse pour gagner de nouveaux adeptes. Vous n’êtes pas militant ? Mais qu’est-ce que vous faites dans la vie alors ?

C’est votre désir d’être reconnu par la société, d’exister pour elle, qui vous portera à prendre au sérieux les mots et concepts qu’on vous propose. (c’est pourquoi j’écrivais  « Il faut rejeter le pacte initial instinctif qui a consisté à adhérer au monde et à le prendre comme raison d’être, raison de vivre, référence « 

Seulement voilà, faire partie du monde, ce n’est pas rester inactif, y trouver sa place, c’est y jouer un rôle, et on n’est pas prêt à renoncer à cela. Mais y jouer un rôle, c’est s’y insérer, c’est être une pièce de son fonctionnement, un rouage. Voilà qui nous convainc tout à fait d’adopter ou de prendre en considération tout ce qu’on dit de nous, toutes les élucubrations des prétendus savants ou sages, et de renoncer à être soi-même. C’est un peu l’histoire de celui qui cherche sa clé la nuit sous un lampadaire, non pas parce qu’il l’a perdue par là, mais parce que là, on y voit clair.

 Maintenant, le non-sachant était pur, et le sachant est assez répugnant, comme peuvent l’être tout particulièrement les prêtres de l’Eglise Catholique. Comparée à leurs aspirations délirantes de sainteté et de pureté, la nature humaine ne mérite plus le respect, d’où leur comportement avec ceux qui sont les plus intacts, les enfants..(un repaire de pervers)

Vous épousez la démarche du sachant, vous vous prenez pour l’objet de pensée juste éclos, vous perdez immédiatement votre fraîcheur et votre innocence, et vous vous corrompez. D’abord parce que c’est une démission, une lâcheté, par rapport à vous-même, une trahison, une falsification. Ensuite à cause de tous les vices inhérents à la langue (voir l’article «  C’est de la folie » )

Enfin parce que cet objet de pensée, celui que la pensée des autres a fait naître est un misérable personnage. Détournons une phrase célèbre de Beauvoir : «  on ne naît pas femme, on le devient » hey mais ce n’est pas gagné, voyez les féministes, c’est un but, il y a des tas de conditions à remplir. Par rapport au but, à l’idéal, celle qui est devenue un objet de pensée avec la pensée femme est loin de faire le compte.

 C’est la caractéristique. Les mots sont non seulement des catégories, mais aussi des normes quand ce ne sont pas des idéals. Vous ne remplissez jamais toutes les conditions nécessaires pour entrer parfaitement dans une catégorie, surtout si celle-ci est de nature morale, abstraite, religieuse. .

Vous êtes donc passée d’un état insouciant, naturel, innocent, à un état qui vous désespère. (vous le sentez bien d’ailleurs, mais complètement engagé dans la société, vous ne savez plus comment faire autrement) Mais vous existez en tant que membre d’un groupe. Et c’est pareil pour tous les mots.

On est donc amené à accepter d’être cet être que la société fait de nous, amené à épouser ses vices et sa bassesse. Pour en faire partie. Déchéance constante. La mauvaise intention devient réalité, l’étiquette devient réalité, le concepts douteux devient réalité etc

Falsifiés et mortifiés, mais on vous fait comprendre que c’est cela qui compte, cela qu’il faut faire, c’est ce qu’on attend de vous. Et vous aspirez à cela depuis le début. Elle est pas belle la vie ?

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