LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

17 juin, 2015

LES M’AS-TU-VU

Classé dans : Dependance — inconnaissance @ 13:24

Notre modernité fabrique des m’as-tu-vu. Le m’as-tu-vuisme n’est plus une caractéristique individuelle ou catégorielle, c’est la loi de la sociabilité même. (D’où le politiquement correct, le terrorisme intellectuel etc)

Psychologie + médias + conformisme social et moral + féminisation ne pouvaient pas donner autre chose que des m’as-tu-vu. (forme moderne du bigot)

Supposons que je possède véritablement le moyen de rendre ma vie agréable et intéressante. Beaucoup d’argent, par exemple, ou un pouvoir incontestable ou un compagnon ou une compagne particulièrement aimé(e) et source de joie. Je jouis, personnellement, de cette situation tous les jours. Vais-je le crier sur les toits, essayer de convaincre tout le monde de l’importance du plaisir que cela m’apporte ? Non bien sûr.

Ai-je besoin des autres pour profiter de cette situation ? Non. Ma jouissance sera-t-elle moindre si les autres ne sont pas comme moi ? Non. Ce serait plutôt le contraire, la conscience de sa chance augmente le plaisir. Ai-je besoin que les autres me confirment que j’ai beaucoup de bonheur ? Non. Bref, ce bonheur ou cette joie ou ce plaisir est indépendant de l’opinion des autres. Il serait toujours là, même si les autres l’ignoraient, même si les autres n’existaient pas, du moins ceux qui sont hors de mon champ d’action.

C’est simple : pour un m’as-tu-vu, c’est exactement le contraire.

Le plaisir du m’as-tu-vu n’existe que parce qu’il fait sa propre promotion et parvient à convaincre les autres. Il a absolument besoin des autres pour que ce plaisir existe. Il a besoin que les autres l’approuvent parce que ce plaisir est justement le résultat de cette approbation. Il a besoin de le montrer ou de le simuler. Est-ce que la publicité ne passe pas son temps à montrer des gens qui affichent, exhibent, leur joie, leur bonheur, leur plaisir etc Eh bien ces m’as-tu-vu de l’image ne sont pas ridicules, au contraire. Quel spectateur en sort complètement indemne ? (La pub s’est rapidement relevée du sketch de COLUCHE) Or la publicité est une des meilleurs reflets de notre société. (Regardez-la et imaginez qu’elle fasse la promotion de l’idée contraire)

Mais elle ne fait pas seulement la promotion de certains produits, elle ne vend pas seulement du rêve (le bonheur que ces produits apportent) elle nous habitue à l’ostentation, à l’exhibition, à la démonstration, au m’as-tu-vuisme. Chez le m’as-tu-vu, la jouissance relève plus d’une idée, d’un fantasme que d’une réalité vécue indiscutable. (le selfie a vocation à être montré, c’est là qu’est le plaisir)

Mais tout le monde n’a pas une mentalité de zazou ou de guignol. Il y a des m’as-tu-vu plus mesurés, plus sages.

Dans le processus qui permet de se construire une personnalité, de se socialiser, de s’intégrer, de se faire une place dans le monde en prenant en compte et intégrant les critères de référence des autres, les demandes explicites des autres, les attentes des autres, les jugements des autres, il y a des éléments plus prioritaires, plus importants que d’autres selon le milieu socioculturel dans lequel on est plongé. Ce qui prévalait à Spartes, était différent de ce qui prévalait au XVIIIe siècle en France. La nature, de ces éléments change : plus intellectuel ou plus affectif, plus religieux ou plus pragmatique etc Se demander quel genre de personnalité on veut avoir, ou se demander quel genre de bien nous guide c’est la même chose que se demander quel genre d’attente on a vis à vis des autres. J’essaie de correspondre à ce que je crois que les autres attendent de moi, j’espère que les autres me seront reconnaissant d’être ainsi et j’attends des autres qu’ils soient comme moi. (Oui, parce que le contraire -inimaginable – serait : je ne tiens aucun compte de l’attente des autres, je n’attends rien d’eux, ils feront comme ils veulent, c’est leur affaire) C’est l’être-pour-l’autre. Les conditions d’existence du m’as-tu-vuisme sont là. C’est pourquoi on n’a jamais cessé de remarquer la comédie, l’hypocrisie inhérentes à la vie en société.

Dans ce rapport à l’autre basé sur la reconnaissance réciproque des façons d’être ou de faire attendus, il y a une entreprise constante de témoigner, de montrer, d’afficher, et une nécessité de montrer son plaisir de correspondre aux attentes. M’as-tu-bien vu ?

Le m’as-tu-vu est esclave, d’autant plus esclave qu’il a affaire à quelqu’un qui, lui, ne fait pas le m’as-tu-vu mais peut exploiter les devoirs du m’as-tu-vu.

L’autre, autrui, ce n’est pas seulement le voisin ou son collège. Autrui est partout. Toutes les structures, institutions, tous les groupes, toutes les vérités établies, toutes les valeurs, c’est autrui. L’autre est aussi immatériel, incorporel, fantasmatique, mystérieux En effet, il y a un discours et une instance supposée à l’origine du discours, il y a une certaine demande, donc un demandeur, et il y a une réponse d’une certaine nature à apporter. Ceci est à penser. Et si on se dit que l’on voudrait bien que nos pensées s’arrêtent un peu, que notre tête la ferme un peu, c’est exactement comme de dire que l’on voudrait bien que les autres la ferment un peu, car ce discours intérieur incessant, c’est celui des autres, quand il a été intériorisé. En effet, fichu comme on est fichu, on a intériorisé comme devoir absolu : servir autrui, humblement, et tirer son existence d’autrui.

Quel genre de moi règne généralement aujourd’hui, autrement dit, qu’est-ce que le m’as-tu-vu veut qu’on voit ? Qu’est-ce qu’il montre, qu’est-ce qui lui fait plaisir ? Bien sûr, la zolie robe ou la zolie maison, la zolie voiture ou les zolis enfants. Mais est-ce l’essentiel ?

Quelle est notre priorité dans la vie, quelle sorte de bien est prioritaire, quelle est la nature de cette priorité ? (le royaume de Dieu ou autre chose) Si cette priorité doit nous permettre d’obtenir une sorte de satisfaction indiscutable, indépendante de l’avis des autres, c’est une chose. Mais si la priorité est d’obtenir l’approbation des autres si la satisfaction est fournie par cette approbation, c’en est une autre. Ce qui demeurera toujours non-appropriable, aléatoire et conditionnel, c’est l’approbation des autres, c’est ce qui dépend des autres, ce qui appartient aux autres.

A l’époque chrétienne, il fallait se montrer humble et montrer son souci d’autrui. A cette disposition d’esprit qui n’a pas disparu, au contraire, les psychologues ont ajouté l’idée que l’on ne peut exister sans autrui, que c’est grâce et à travers autrui que l’on existe. Parmi des milliers de propos dans ce sens, reprenons celui de l’inénarrable CYRULNIK : « Le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres «(le contraire donc de : on ne peut devenir soi-même qu’en se débarrassant de l’influence des autres)

D’abord, de plus en plus, le monde est pour nous ce que les médias montrent du monde. C’est ce monde concocté par les médias qui est important, qui compte, qui devient la référence, qui inspire nos jugements, nos décisions. (réactions pavloviennes) De plus en plus, ce sont les gens qui passent dans les médias ou dont on parle dans les médias qui sont importants. Les médias ont ce pouvoir de supplanter toutes les autres sources d’information et de connaissance et ainsi de modeler notre façon de penser. Bref, après les spots publicitaires, la publicité continue. (Je n’accorde d’ailleurs absolument aucun crédit à ce qui s’y passe, à ce qui s’y dit – surtout si c’est un journaliste qui parle – pas même aux reportages. J’étudie simplement leur stratégie, je juge leur procédé) Cela concerne tous les secteurs de la vie. Cela veut dire par conséquent que la façon de se présenter, la façon de parler, les sujets dont il faut parler, les valeurs à l’ordre du jour sont définis, par les médias. C’est la « com » moderne. Ils font la norme, ils font la mode. Ce qu’on a dit de la pub s’applique sans cesse. C’est l’école du m’as-tu-vuisme. Le « people in progress ». (à part ça, les médias, subventionnés par l’Etat avec nos sous -sans subventions, lesquels ne mettraient pas la clé sous la porte. Aucun, vous les payez pour qu’ils vous manipulent - tuent la démocratie, j’espère que vous avez compris comment….plus besoin de consulter le peuple. Leur accorder de l’importance, c’est contribuer à cette mise à mort)

Notre priorité est ce qui mobilise le plus d’énergie psychique, ce qui nous préoccupe le plus, ce qui nous touche le plus. La forme de bien qui nous inspire, la satisfaction la plus couramment recherchée, ce que l’on veut que l’autre voit ne ressemble-t-il pas souvent à ce qui suit.

Notre souci, est de faire plaisir, de ne surtout pas faire de peine, de ne pas contrarier ou brusquer, d’être la gentillesse même. En remontant dans le passé, on devine d’où venait ce genre d’attente à laquelle on s’est conformé. On se rappelle qui maniait les sentiments, l’émotion, qui développait une relation basée sur l’affectivité. La gentillesse du faible est une démarche propitiatoire. C’est celle de l’enfant par exemple. D’où la facilité avec laquelle on peut exploiter cette gentillesse, en abuser, l’augmenter inconsidérément. (affaiblir son instinct) Cela donne la politesse extrême, l’attention extrême, la bienséance extrême, le respect extrême, la sollicitude extrême, la délicatesse extrême, la bien-pensance extrême. Témoignage, témoignage. .Le m’as-tu-vu ne se réjouit que si autrui est content.

- Allo ? Oui, j’ai vu untel qui a reçu un coup de téléphone d’untel, qui lui disait qu’untel avait semblé contrarié par ce que vous avez dit l’autre jour

- Oh mon dieu !

Très proche est le moi dont le souci principal est d’aimer et d’être aimé. Comme pour la gentillesse, est propitiatoire l’amour de celui qui veut être aimé, qui a besoin d’amour. Qui a voulu être aimé par nous et a dispensé à sa guise son amour autrefois  ? Des sentiments contrôlés, des complicités intéressées, des désirs capricieux, un plaisir psycho-sensuel, un confort personnel prennent le pas sur les lois de l’intelligence. Témoignage, témoignage. Le m’as-tu-vu ne se réjouit que si autrui est content,

Quel esclavage ! (et quelle naïveté)

Le bien en question synthétise la mentalité chrétienne (humilité, don de soi, culpabilité) et la religion de l’autre des psychologues. (l’autre étant autrui, la société, l’ordre établi)

Le schéma principal du moi étant installé, il s’applique à peu près à tout, pour tout.

Si vous pensez que j’ai tort, expliquez-moi ce caritatisme galopant et cet humanitarisme, cet associationisme, ces problèmes psychologico-affectifs, cette fréquence des relations fusionnelles, cette bien-pensance, cette bienfaisance, cette repentance, ce sentimentalisme, cet apitoiement ambiant, ces remords, ces tristesses (les Français sont des champions de la consommation de tranquillisants) cette quête de solutions consolantes.

C’est clair, plus la voix de l’Autre, des autres, dans la conscience, est prégnante, et moins on est libre.

 

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