LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

30 décembre, 2017

HIKIKOMORI ET SOCIALISATION

Classé dans : Deserteur — inconnaissance @ 12:01

Hier matin, j’ai croisé un chien qui promenait sa maîtresse. Quand il avançait, elle avançait. Quand il s’arrêtait, elle s’arrêtait. Quand il accélérait, elle accélérait. Quand il rencontrait un autre chien qui promenait une autre maîtresse, les deux femmes parlaient de leur chien pendant que les deux chiens faisaient connaissance. Quand il décidait de repartir, elle repartait aussi. Quand elle essayait d’engager la conversation, il dédaignait de répondre comme s’il savait à quoi s’en tenir..

Quand on est un peu réaliste, honnête, on admet que ce que nous désirons surtout, c’est notre bien-être, notre plaisir, notre bonheur. C’est pourquoi le système actuel, malgré toutes les critiques, fonctionne si bien même s’il a tendance à nous tirer vers le bas. Il en tient compte. Les futurs radieux et théoriques ne font plus vraiment recette, on préfère, aujourd’hui, utiliser la technique inverse : parler d’un futur apocalyptique, faire peur au lieu de faire rêver, pour mobiliser les gens. Demain doit nous hanter, nous faire faire des cauchemars.

Être heureux, c’est donc ce que nous espérons au-delà ou au travers des différentes sortes d’activités auxquelles nous nous livrons. (bénéfices proches ou plus ou moins lointains)

Ce n’est étonnant que pour ceux qui mettent au-dessus de tout, les créations de la pensée, de la morale, du spirituel où il n’est pas de bon ton de réclamer du plaisir, du bien-être. Sinon, il suffit de se rappeler que les hommes sont une espèce vivante parmi les autres, et que c’est la satisfaction des besoins de cette espèce vivante, de cette biologie qui vient en premier (et cela inclut les besoins des facultés intellectuelles)

Le système économique et politique actuel encourage la recherche du plaisir en même temps qu’il réprime certains plaisirs. C’est ce qui fait que le problème est insoluble. On ne peut pas faire du plaisir un critère de réussite (à montrer, à exhiber) , un objectif commun et déclarer en même temps que certains plaisirs sont interdits. Car les raisons alléguées pour justifier la prohibition de ces plaisirs, en exigeant que l’on y renonce, non seulement entrent en contradiction avec l’apologie du plaisir, mais ne justifient pas l’échec à obtenir les plaisirs licites.

Il y a donc des recherches du bonheur, du bien-être, du plaisir autorisées, encouragées, dignes d’éloge, et des recherches qui s’attirent la critique de tous ceux qui se rêvent en autorités morales. Ces derniers ont tendance à ne voir que la satisfaction égoïste de désirs plus ou moins grossiers.pour la condamner. Il faudrait se libérer, s’élever, viser les cimes, ou se socialiser.

Il est rarement question d’une autre addiction, parce que cette addiction-là n’est pas reconnue ou pas condamnée quand elle est reconnue.

La recherche du plaisir nous amène aussi à rechercher par tous les moyens, et avec acharnement, la considération, l’approbation, l’éloge, l’affection de la société ou des autres. On est dépendant du plaisir que cela nous donne. L’affection d’un groupe, c’est épatant.

Ce qu’on ne voit pas toujours, c’est que le plaisir que cela nous procure n’est que la conséquence du plaisir que cela procure aux autres ou à la société, c’est que la recherche en question est un formatage dont on a été l’objet. On est content, on est heureux, on éprouve du plaisir parce que l’on a atteint un objectif que l’on nous avait inculqué ou inversement on est malheureux parce que l’objectif que l’on avait repris à notre compte n’a pas été atteint. C’est l’opinion des autres qui joue. C’était l’objectif fixé par les autres. Ce but est bien enraciné. Logiquement, s’il n’a pas été atteint, ce n’est pas nous qui devrions être affecté, ce sont les autres. Ce qui est ennuyeux dans l’échec à un examen ou un concours, c’est seulement la perte des avantages personnels qu’il entraîne. Ce qui devrait nous affecter, indépendamment de ce qu’en pensent les autres,.quand on ne possède pas certaines qualités demandées, c’est seulement une vie moins heureuse. Mais le but n’a pas seulement été fixé par la société, il désigne ou représente la société. Le mot plaisir désigne le plaisir de la société. C’est ce que la société aime. 

C’est une vie par procuration élargie. On ne tire pas seulement notre contentement du contentement que les autres veulent bien nous montrer, on le tire du contentement que devait procurer aux autres l’atteinte d’objectifs qu’on nous a inculqués.

Il est impossible de connaître tout le conditionnement dont on a été l’objet depuis que l’on est sur terre, impossible de faire le bilan de tout ce qui a eu de l’effet sur nous (on peut corriger un peu des rides extérieures, pas des rides intérieures) , de tout ce qui est devenu une nécessité pour nous. Une nécessité au point que l’on trouve normal de connaître, maîtriser, exploiter, transformer, détruire la nature, mais anormal de vouloir en faire autant avec l’ordre établi qui n’est pourtant qu’un moment de l’histoire humaine.

Ce conditionnement se trahit dès que l’on éprouve la moindre peine, la moindre déception, la moindre vexation, quand la satisfaction des autres, du monde, dont on avait fait son propre désir, n’a pas été au rendez-vous.

Bref, il y a beaucoup de bruit en ce moment autour des stéréotypes, des clichés, des discriminations, des essentialisations, des préjugés etc etc La toile résonne des petits et moyens scandales que certains propos ou termes déclenchent. C’est rigolo. ! Si on veut éviter cela, il n’y a qu’à éviter d’utiliser des mots qui désignent des catégories humaines. (toutes les catégories). Parce que je peux vous garantir que tôt ou tard, un adjectif sera associé à une catégorie. Et paf. ! Il faut même faire attention aux mots utilisés pour nommer ces catégories. Vous avez compris que le conditionnement est d’abord une question de mots.

En effet, on a vu que dès que la pensée s’empare de quelque chose, dès qu’elle en fait un concept, cela devient un objectif existentiel pour peu qu’il soit question de la vie humaine, des hommes. Donc tout ce qu’on a emmagasiné comme concepts de ce genre fonctionne comme objectif à atteindre ou comme plaisir à donner afin d’en retirer soi-même du plaisir. Autrement dit, initialement, ce n’est pas son propre plaisir qui est recherché, c’est la satisfaction de quelque chose d’autre.

Pour dire cela de façon familière et concise : depuis que l’on est sur terre on passe son temps à vouloir montrer de quoi on est capable ou montrer qu’on est aimable. On veut montrer à telle et telle personne, à tel ou tel groupe, à telle ou telle idée, à telle ou telle valeur de quoi on est capable ou qu’on est aimable (témoigner intérieurement et espérer intérieurement un retour) 

Depuis quand se fait-on des reproches ou nous fait-on des reproches sur d’autres bases que des éléments de la culture en place ? (on connaît ces petits défis que l’on se lance quand on est jeune : t’es pas cap ! Montre-nous. Ils reposent sur l’intériorisation de la valeur en question. Mais au fond, rien ne change. Le schéma reste le même et les sollicitations sont innombrables. )

C’est donc bien en pensant à la satisfaction de ces éléments que l’on peut être content.

C’est ainsi que l’on nous demandera souvent de trouver des raisons ou des justifications (tirées de la socioculture) à nos comportements, et on en trouvera . Ces comportements n’ont ni raisons ni justifications. Ces comportements les ignorent. On les invente après pour répondre aux interpellations.

Tout ce dont la pensée s’empare et tout ce dont les autres ou la société se sont emparés peuvent régir notre vie. Ceci, cela, un métier, une activité, une cause, une valeur, une opinion , un grand personnage, auraient-ils cet attrait si personne ne s’y intéressait et si on n’avait aucune chance de faire plaisir à qui que ce soit ou quoi que ce soit en s’y consacrant. En parlerions-nous ? Montrer de quoi on est capable ou plaire…à qui ? Ne pas se soucier le moins du monde de plaire ou de montrer quoi que ce soit, ne rien faire pour cela, est-ce possible ?

On est le jouet de tous ces concepts. Il est important pour nous de faire référence à des idées que les autres approuveront, à des vérités en vigueur, de façon à ce que celui qui incarnerait ces idées ou vérités (nous) soit approuvé du fait qu’il aura fait plaisir aux autres ou qu’il aura servi ces vérités. On n’est pas soi, on se prend pour celui que désigneraient ces idées ou vérités. L’important, c’est qu’on ait le sentiment qu’elles sont consensuelles ou bien considérées. Et il nous faut tenir compte de leur succès relatif pour les corriger et ajuster notre personnage Ce que l’on dit n’a pas d’autre but que de plaire. C’est toujours pénible d’être à ce point dépendant de ce qui plaira aux autres, de se falsifier ou de chercher sincèrement à être celui qu’il faut être et d’être souvent désappointé. (sauf si on en fait un jeu comme le suggérait TALLEYRAND) C’est pénible de vivre la vie de quelqu’un de théorique, d’irréel : la vie de celui qui correspondrait à ces idées qui seraient non seulement vraiment communes mais en plus vraiment vraies. Et ça, c’est pas gagné !

L’alcoolique est aussi esclave du plaisir que lui donne l’alcool qu’on peut être esclave du plaisir que nous donne le sentiment de faire plaisir aux autres ou de servir une vérité établie. On ne peut pas agir autrement, c’est plus fort que soi. En fait, ces concepts sont déjà présents dans l’esprit, nous nous y référons sans cesse. Et on les projette ensuite. Le concept dans lequel nous mettons nos espoirs pour être confortés nous gouvernait déjà. Ne pas se soucier de plaire ou de montrer de quoi on est capable ? Toute la question est de savoir à quel point on voit l’autre ou le groupe comme une demande ou une attente légitimes ou un devoir à remplir. (ou inversement à quel point on se conçoit comme une demande ou une attente légitimes)

Il est clair, il me semble, que la plupart du temps on ne nous pense pas au singulier – pas de phénoménologie – on nous invite, on nous incite à nous penser, à nous savoir, à partir de généralités culturelles. (« Il y a toujours quelque chose de magique dans l’attirance entre deux êtres «  FC Ah oui, la magie, j’oubliai la magie, où est la magie, il faut que je trouve la magie T’es pas assez magique. ) D’où l’existence d’un moi. Société et moi se marient très bien. On se pense pour se faire une idée de soi . C’est juste le penseur qui est sollicité, comme ci-dessus, avec des idées générales. Peu à peu, l’idée que l’on se fait de soi passe pour un savoir alors qu’elle est essentiellement constituée de croyances et de fantasmes . C’est à partir de ce prétendu savoir que l’on aborde, décrypte le monde. C’est en fonction de lui que l’on réagit, que l’on juge le monde. C’est pour sa protection, sa continuité, son enrichissement que l’on pense et entretient des rapports avec le monde. Le moi est en quête de savoir.. La société passe son temps à lui en fournir. On ne peut pas nier que la société se présente comme un ensemble de plus en plus important de savoirs à acquérir. Plus elle se complexifie, plus elle devient exigeante, et plus il y a de choses à savoir. Dans tous les domaines. Mais les savoirs auxquels on est le plus sensible sont ceux qui parlent de nous. (vous connaissez les disciplines en question) Comment peut-on, sérieusement, prendre les affirmations de la psychologie, de la morale, de la religion, de la philosophie etc pour de vrais savoirs ? C’est une montagne de croyances, de partis-pris, d’illusions, de fantasmes, de rêves, de théories, de contes. On les traite comme des savoirs pour plaire, pour s’intégrer, pour faire plaisir, pour imiter, pour faire comme tout le monde. La société a donc tout intérêt à multiplier les offres de savoir sur les hommes et à continuer à se complexifier.  Elle caresse ainsi le moi dans le sens du poil. Le moi voit le monde à travers son prisme parce qu’il est constitué de tous les prétendus savoirs, de tous les jugements qui semblaient faire autorité. Ces savoirs et ces jugements qu’ensuite il renvoie au monde (qui devrait bien les reconnaître, quand même !) . Sauf que ce qu’il croyait commun ne l’est pas. Zut !

Vous croyez en Dieu ? Vous ne faites que souscrire à une idée commune, vous ne faites que vous joindre à une communauté. Si vous étiez seul à croire en Dieu, vous n’y croiriez pas. Ce n’est pas en Dieu que vous croyez, c’est dans ce collectif de croyants.

S’il y a beaucoup de gens qui ne font rien d’autre que de proposer des idées au moi, (généralités et jugements de valeur) on peut aussi rencontrer des gens, sympathiques ceux-là, qui parviennent à donner du plaisir à autre chose que le moi, en amont du moi.

Heureusement que le post-humanisme va mettre de l’ordre dans l’anarchie qui règne dans le monde de la culture ha ha ha !

Fin de la quête ou de la recherche = fin de cette propension à vouloir se faire passer pour le personnage des idées qui plaisent.

Au XIVe siècle déjà, des gens comme OCKHAM se plaisaient à faire remarquer qu’on n’avait jamais vu un homme traverser la rue . Les généralités ou les universaux sont des abstractions. Ils n’existent que dans l’esprit. Mais il faudrait aussi ajouter qu’on n’a jamais rencontré un jugement . Le jugement aussi secrète une abstraction. Beau, laid, méchant, égoïste etc ont une nature purement abstraite. « Les anges n’ont pas de mains », mais les vertus morales ou psychologiques non plus figurez-vous. Cela n’existe que dans l’esprit, en tant que créations de l’esprit. Donc, prendre un phénomène psychique réel chez un individu, et le nommer avec un terme général ou le juger, c’est en faire quelque chose d’irréel. Voilà pourquoi on ne sort pas de la croyance, de l’illusion, du rêve.

Tous ces concepts vous promènent. Hier matin j’ai rencontré un concept qui promenait son utilisateur.  Quand le premier apparaissait, le second répondait présent. Quand le premier était applaudi, le second était fier à sa place. Quand le premier était attaqué, le second prenait sa défense. Quand le premier concept rencontrait un autre concept qui lui ressemblait, ils faisaient connaissance tandis que leurs utilisateurs se mettaient à leur service. Le premier utilisateur caressait le concept de l’autre utilisateur et inversement.

Amour et passion (façon de parler. C’est toujours simplement une façon de parler) . https://youtu.be/n-gCf0nmDH8?t=1411

A propos de l’Hikikomori et de tous ceux qui lui ressemblent (et de leur désertion) , on peut penser à ces propos de John Galt, le héros du roman de Ayn RAND (Atlas shrugged) : « Mais notre grève est différente de toutes celles qui ont été menées au cours des siècles. Nous n’avons pas l’intention de formuler nos revendications mais de les satisfaire. Votre code moral nous désigne comme nuisibles ? Nous ne vous nuirons pas plus longtemps. Vos économistes nous disent inutiles ? Nous ne vous exploiteront pas davantage. Vos politiques nous prétendent dangereux, bons à enfermer ? Nous ne vous menacerons plus sans nous laisser pour autant enchaîner. D’après vos philosophes, nous ne serions qu’illusions ? Nous ne vous aveuglerons plus et vous laisserons libres de regarder la réalité en face. : la réalité que vous vouliez, le monde tel que vous l’avez devant vous aujourd’hui, un monde privé de raison. Nous avons cédé à toutes vos exigences, nous qui avons toujours été ceux qui donnaient, quoique ne l’ayant compris que tout récemment. …. Vous voulez savoir qui est John Galt ? Je suis le premier à avoir refusé de me considérer comme coupable de ma compétence ; le premier à ne pas vouloir me repentir de mes vertus et à ne pas vouloir qu’elles soient utilisées contre moi ; le premier à refuser de souffrir entre les mains de ceux qui voulaient me voir mourir pour avoir eu le privilège de les maintenir en vie. Je suis le premier à leur avoir dit : non ! Que je n’avais pas besoin d’eux, qu’il leur faudrait exister sans moi tant qu’ils ne traiteraient pas avec moi : donnant-donnant «  

Ce qui pourrait s’illustrer par cette formule : la société n’existe pas, seul l’individu existe. Qu’est-ce que la société ? Alors là c’est simple. Elle se manifeste ou il est question d’elle chaque fois que l’on devrait ou pourrait dire : c’est une façon de parler.

https://www.youtube.com/watch?v=nsSuBjC8FtI

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